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Le royaume se fissure.

Chapter Text

Catelyn Stark serra de façon convulsive le message qui se trouvait à l’intérieur de son poing et qui venait tout juste de lui être apporté par un de ses corbeaux.

 

Elle sentit sa respiration commencer lentement à s’affoler, avant de s’accélérer dramatiquement vite, et elle sentit la douleur la brûler comme jamais auparavant, plus encore qu’en apprenant la mort de Jon Arryn.

 

Ils avaient osé.

 

Prenant une grande inspiration, elle tenta de regagner lentement son calme, avec bien des difficultés.

 

Une part d’elle voulait crier, hurler, se lamenter, mais elle ne le pouvait pas, et elle le savait parfaitement.

 

Ned était mort.

 

Oui, Ned était mort et son cœur était brisé en mille morceaux, mais ça ne changeait rien.

 

Ned était mort, et c’était justement pour cette raison-là qu’elle ne devait pas s’effondrer.

 

Pas maintenant.

 

Plus tard.

 

Parce qu’elle lui devait la justice, et que ce n’était pas le moment de flancher, de tomber, ou de perdre pied, elle devait rester forte, pour lui, elle devait se battre, et ne jamais s’arrêter, malgré la douleur qui lui déchirait le cœur et l’âme.

 

Non, elle ne tomberait pas.

 

Pas avant que les Lannister aient payé pour leurs crimes.

 

Eux, tous autant qu’ils étaient, cette bande de chiens galeux, qui n’avaient cessé de s’en prendre à sa famille et à ceux qui lui étaient chers durant ces derniers mois.

 

Comme elle les haïssait...

 

La colère était préférable à la douleur, alors elle la laissa l’envahir, s’en nourrissant telle une affamée.

 

Elle les ferait payer, pour la mort de Jon Arryn, tué parce qu’il avait appris quelque chose qu’il n’aurait pas dû savoir, et qu’elle ignorait encore.

 

Elle les ferait payer pour Bran, estropié pour toujourspar leur faute, celle de Jaime Lannister, et elle avait dû se retenir de toutes ses forces pour ne pas le frapper au visage encore et encore jusqu’à ce qu’il en crève, lui, ce salopard qui avait osé blesser son fils, qui n’était encore qu’un petit garçon.

 

Qu’ils avaient essayé de tuer, sans absolument aucune pitié.

 

Et surtout, elle les ferait payer pour Ned, pour sa mort, pour son exécution injuste, alors même qu’il avait avoué des crimes qu’il n’avait jamais commis !

 

Elle n’aurait pas de répit tant qu’elle n’aurait pas vu de ses yeux la tête de Joffrey Baratheon détachée de son corps et accrochée à une pique, elle ne s’arrêterait pas avant de voir cette hypocrite de Cersei – qui avait dit compatir à sa douleur, alors qu’elle était responsable elle aussi de l’état de Bran – morte devant elle.

 

Elle ne s’arrêterait pas avant de voir Jaime Lannister et son frère Tyrion en sang, implorant pour leur vie.

 

Elle allait se battre, pour ceux qu’elle avait perdus, et pour ceux qui lui restaient encore, en somme, pour toutce qu’il lui restait encore.

 

Pour sa famille, pour ses enfants qui avaient perdu leur père, pour Robb, désormais Lord Stark et qui avait le devoir de prendre la place de son père (elle essaya de ne pas penser au Bâtard), pour Sansa, prisonnière des Lannister, pour Arya, qui était sans doute déjà morte maintenant, mais aussi pour Bran, et Rickon, également.

 

Serrant les poings de plus belle, elle se mordit la lèvre jusqu’au sang, retenant ce cri de douleur qui menaçait à tout moment de s’échapper de ses lèvres, et le goût de ce sang sur sa langue lui sembla terriblement amer.

 

Elle se battrait pour eux, jusqu’à la mort.

 

Un Lannister paie toujours ses dettes, avait clamé Tyrion Lannister, avant de décamper du Val d’Arryn, une fois son combat remporté par son champion.

 

Elle ferait en sorte qu’il tienne parole, et eux tous, les Lannister, ils paieraient dans le sang cette dette qu’ils devaient à la famille Stark.

 

Oui, Catelyn Stark se le jurait, elle les ferait tous payer.

 

Et là, seulement là, elle pourrait hurler, laisser échapper ces cris et ces sanglots que Robb avait déjà relâchés dans le vent et le silence.

 

Là seulement, elle pourrait pleurer Ned en paix.

 

Jusque là, elle devait tenir.

 

Pour lui.

 

Pour eux.

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Sansa Stark avait tout bonnement envie de vomir.

 

Elles étaient bien loin désormais, ses illusions sur Port-Réal, sur la reine Cersei, sur le prince Joffrey (roi, se rappela-t-elle soudainement avec une horreur à peine contenue), ou même sur les êtres humains en général.

 

Son père était mort, avait été exécuté, assassiné, alors qu’il n’était en aucun cas un traître, et elle n’avait même pas le droit de le pleurer.

 

Et son frère lui aussi était considéré comme un traître, sa mère était loin d’elle, et elle ne pouvait même pas aller pleurer dans ses bras.

 

Ses deux petits frères étaient loin d’elle, tout comme sa petite sœur, et ils étaient sans doute peut-être déjà morts eux aussi, tous autant qu’ils étaient, et elle n’était entourée que de vautours, de monstres et de traîtres qui n’attendaient qu’un instant de faiblesse de sa part pour lui planter un couteau dans le dos.

 

Elle avait tout perdu, et ce n’était même pas encore fini.

 

Dans sa chambre, elle s’était autorisée à pleurer, mais là, devant tout les autres, devant le Limier, devant Joffrey, elle n’avait pas le droit de flancher.

 

Elle était une Stark, après tout, et elle venait du Nord.

 

Elle était forte, ou du moins, elle essayait de s’en convaincre.

 

Si c’était le cas, alors, pourquoi tremblait-elle si fort ?

 

Pourquoi avait-elle aussi peur ?

 

§§§§

 

Quand Joffrey la força à lever la tête, son souffle s’arrêta littéralement dans sa gorge pendant quelques secondes, et elle se mit à suffoquer.

 

Non, oh non, s’il vous plaît, pas ça !

 

Par tout les dieux et les sept enfers, oh par pitié, tout mais pas ça !

 

Il voulait qu’elle voit son père mort, et sa tête, et...

 

Elle ne pouvait pas voir ça.

 

C’était au dessus de ses forces.

 

Elle ne voulait pas voir ça.

 

Sauf qu’elle n’avait pas d’autre choix.

 

Alors Sansa Stark garda la tête haute, et regarda son père droit dans les yeux, droit dans ses yeux morts, et sa nausée la reprit de plus belle, ainsi que sa colère, face à toute cette horreur, face à toute cette injustice.

 

Et elle ne put que détourner le regard, écœurée et brisée.

 

Elle avait déjà vu son père mourir sous yeux, la tête tranchée, n’était-ce donc pas suffisant ?

 

Non.

 

Rien ne serait jamais assez suffisant, assez affreux, assez cruel pour Joffrey Baratheon.

 

Elle osa le regarder, lui et sa suffisance, lui et sa méchanceté sadique, lui et son orgueil...

 

Et alors, elle sut, elle sut ce qu’elle devait faire et elle prit sa décision en à peine une fraction de secondes, ne remarquant pas la rapide et furtive approche du Limier, qui la stoppa dans son élan, sans qu’elle puisse faire un pas de plus.

 

Sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit contre ce monstre qu’elle était censée épouser.

 

Soit, ce ne serait pas pour aujourd’hui.

 

Mais elle savait une chose.

 

Elle n’oublierait jamais ce qu’elle avait vu en ce jour, son père mort, et ses yeux vides.

 

Mais pas seulement.

 

Un jour, elle se jurait, elle le ferait.

 

Elle tuerait Joffrey Baratheon.


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Pour dire vrai, il n’avait pas la moindre envie de la voir partir.

 

Mais que pouvait-il faire d’autre exactement, et elle, que pouvait-elle faire d’autre également ?

 

C’était elle qui avait raison.

 

Elle avait fait un serment à Catelyn Stark, et lui aussi, et même si elle était morte, ils se devaient tout deux de l’honorer.

 

C’était la bonne chose à faire.

 

Oui, il était singulièrement ironique que lui, celui qu’on appelait l’homme sans honneur, ait envie d’honorer un serment faite à une morte, et sans l’insistance de cette chère Brienne, il n’aurait sans doute pas fait ce choix.

 

Le choix de sauver Sansa Stark, un choix qui, malgré tout, malgré sa justesse, lui pesait terriblement, pour une simple raison.

 

Celui-ci allait le séparer de Brienne, pour un long moment, et peut-être même pour toujours (on ne sait jamais, dans ce monde cruel et impitoyable.), et c’était quelque chose qui lui déplaisait fortement.

 

Il l’avait vue partir, et il n’avait absolument rien fait.

 

Elle avait été là, devant lui, sous ses yeux, si proche et en même temps déjà si loin, et il n’avait rien fait.

 

Il s’était tut, et il l’avait regardée partir sur son cheval, au loin.

 

Tout ce qu’il voulait, c’était hurler, lui dire de rester.

 

Mais il n’en avait pas le droit.

 

Elle avait quelque chose à faire, quelque chose d’important, de vital, même, plus important qu’il ne l’était, et puis, de toute façon...

 

Qu’est-ce qu’il aurait pu lui dire ?

 

Lui dire de rester à Port-Réal, dans cet endroit maudit, où les rois mourraient tous les uns après les autres ? Là où son père et Cersei gouvernaient, et où la jalousie de cette dernière allait la poursuivre sans relâche ?

 

(Parce que oui, Cersei n’était pas idiote, elle savait, évidemment, comme elle savait toujours tout au sujet de ses sentiments.)

 

Il fallait qu’elle parte.

 

Pour son propre bien à elle, et pour le sien, aussi...

 

Parce que, peut-être que si elle s’éloignait assez longtemps, il allait oublier...

 

Foutaises !

 

Il n’allait rien oublier au sujet de Brienne de Torth, il n’allait pas oublier son courage, sa force, sa noblesse, son honneur, et...

 

Oui, il devait arrêter de chanter sans cesse ses louanges.

 

Juchée sur son cheval, elle se retourna alors pendant un moment, et le cœur de Jaime Lannister rata un battement.

 

Oh, quel imbécile il avait été de tomber amoureux de Brienne de Torth...

 

Apparemment, il avait un faible pour les femmes inaccessibles...

 

Oui, il aurait tellement voulu pouvoir lui hurler quelque chose, une seule chose, une seule phrase, et il n’en aurait rien eu à foutre que tous autour de lui puissent l’entendre.

 

Je vous aime, Brienne de Torth...

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Cersei lui avait demandé de tuer le roi Robert.

 

Correction : elle le lui avait ordonné.

 

Le roi Robert était un ivrogne, avait-elle dit à son cousin désemparé par cette demande,et un idiot qui ne savait pas régner correctement, et si Lancel n’avait pas eu aussi peur de déplaire à la reine, peut-être aurait-il osé lui dire que Joffrey ne ferait sûrement pas mieux à sa place, et qu’il serait vraisemblablement même pire que lui.

 

Mais il n’avait rien dit.

 

Il aurait été hypocrite de dire qu’il n’avait absolument pas le moindre choix, après tout il pouvait aussi dénoncer Cersei et ses agissements, mais elle était la reine, alors pourquoi aurait-on accepté de le croire, lui, le pauvre petit écuyer du roi ?

 

Il avait le choix, c’est vrai.

 

Il ne voulait pas faire ça.

 

Parce que c’était immonde, immoral, monstrueux.

 

(Et il est vrai qu’étant un Lannister, famille de manipulateurs, d’intrigants, de meurtriers, de traîtres, d’incestueux, il aurait pu se dire que dans sa famille, ils n’en étaient plus à une monstruosité près, sauf qu’il n’était pas comme ça.)

 

Parce que tuer son roi, le roi auquel il avait prêté serment, était criminel, et ce n’était pas parce que Jaime l’avait déjà fait autrefois qu’il pouvait se donner le droit de faire la même chose.

 

(Et de toute façon, Jaime avait fait ça pour le bien du royaume, pour tuer un homme devenu fou, un monstre véritable, il avait fait quelque chose de juste, bien qu’affreux, et il en payait encore les conséquences.

 

Qui donc parmi les sept couronnes connaissait Jaime Lannister autrement que comme le Régicide ?

 

Lancel ne voulait pas avoir à porter un tel poids sur ses épaules.)

 

Et pourtant, Cersei lui avait demandé de tuer le roi, et on lui avait dit de toujours lui obéir.

 

Alors, que devait-il faire ?

 

Lancel n’aimait en aucun cas le roi.

 

Ce n’était pas un secret que Robert ne montrait absolument aucun respect à son égard, et ce n’était pas non plus caché qu’il était un piètre écuyer.

 

Le roi l’insultait en permanence, lui confiait ses basses besognes, et ne cessait de le rabrouer, ne semblant même pas remarquer qu’il avait très souvent les larmes aux yeux à cause de lui, ne s’en souciant même pas, se moquant de lui également.

 

Non, Lancel n’aimait pas Robert, mais il ne le haïssait pas non plus, pas au point de vouloir le tuer, mais il était lié à Cersei et il se devait de lui obéir, il le savait parfaitement.

 

Alors il l’avait fait.

 

Il avait versé du vin dans la coupe de son maître, encore, et encore, et encore, il l’avait vu se soûler et finalement chasser ce sanglier, avant de périr face à lui.

 

Et c’était de sa faute.

 

La sienne, celle du sanglier, celle de Cersei.

 

C’était leur faute à tous, et Lancel ne savait pas encore s’il pourrait se pardonner ce qu’il avait fait.

 

 

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Tous se disputaient l’honneur de danser avec elle.

 

Ce n’est qu’en voyant les sourires plus ou moins habilement dissimulés qu’elle se rendit compte qu’ils se moquaient tous d’elle.

 

Elle aurait dû s’y attendre au fond, et le savoir tout de suite, et ce avant même de venir contre son gré à ce foutu bal stupide.

 

En fait, pourquoi avait-elle seulement accepté de venir à ce bal en premier lieu, pourquoi par les sept avait-elle accepté d’écouter Sansa ?

 

Ah oui, parce que sa meilleure amie était bien trop persuasive.

 

Et aussi foutrement obstinée.

 

« Il y aura plein de gens à ce bal, lui avait-elle dit avec enthousiasme. Ce bal est organisé par les Baratheon et les Lannister, c’est l’évènement de l’année, tu dois venir.

 

- Pourquoi, parce que je suis une Tarth ?

 

- Toutes les grandes familles y seront ! La notre, bien sûr, bien évidemment les Baratheon et les Lannister aussi, la tienne, les Greyjoy, les Targaryen, les Martell, les Tyrell... Il y en a trop pour que je puisse tous les nommer. Ils seront tous là !

 

- Et alors ? Tu le sais bien Sansa, je n’aime pas les bals.

 

- Oui, mais tu sais danser ! Lança l’autre jeune femme avec un air victorieux, comme si cet argument était suffisant en lui-même pour réussir à la convaincre. »

 

Brienne soupira.

 

« Et je n’aime pas non plus danser, mes parents ont juste estimé que je devais apprendre la danse en plus de l’escrime, histoire de savoir me débrouiller un peu. Même si je préfère largement l’un à l’autre, marmonna-t-elle pour elle-même. »

 

Mais comment Sansa Stark, qui était tellement différente d’elle, aurait-elle pu la comprendre ?

 

Brienne en venait même parfois à se demander comment elles avaient bien pu réussir à devenir amies.

 

Son amie la regarda alors avec un air suppliant – et les yeux du Chat Potté en prime – et Brienne comprit immédiatement qu’elle était foutue.

 

Elle leva les yeux au ciel.

 

« Très bien, je viendrai. Mais, ajouta-t-elle, j’irai seule. Sans cavalier, sans partenaire de danse, rien, personne. Donc n’essaye pas de me présenter quelqu'un à la dernière minute avec qui je pourrais aller, et ce, sous aucun prétexte. C’est clair ? »

 

Sansa eut un léger sourire amusé.

 

« Je n’ai rien dit, fit-elle, reconnaissant malgré tout qu’elle la connaissait bien.

 

- Non, mais tu l’as pensé si fort que c’était presque inscrit sur ton visage. »

 

Les deux femmes éclatèrent alors de rire.

 

« Ah, je suis tellement contente ! Tu vas voir, tu vas bien t’amuser.

 

Brienne en doutait, mais elle n’allait pas non plus défaire volontairement l’enthousiasme de son amie, pas alors que celle-ci était si joyeuse à l’idée d’aller à ce bal – chose que Brienne ne comprenait pas, mais bon.

 

- Tu penses, Arya elle aussi, elle y sera !

 

- Attends, vraiment ? On parle bien de la même Arya Stark ? Ta sœur, qui déteste tout ce qui a attrait aux bals, aux robes, ou même à presque tout ce qui est perçu comme féminin en général ? Par les sept, comment ce miracle, si je peux appeler cela comme ça, a-t-il pu arriver ?

 

- Ma mère a beaucoup insisté. Elle veut absolument qu’on y aille tous. Et tu sais déjà que ma mère peut être terrifiante quand elle veut quelque chose. Et puis, de toute façon, je pense qu’Arya va faire comme elle l’entend, notre mère lui a au moins accordé ça, elle s’habillera de la manière dont elle le souhaite.

 

- Quoi, par exemple, T-shirt et jean ? Attend, est-ce que ça veut dire que moi aussi je peux...

 

- NON ! S’exclama Sansa, presque avec violence, mais également avec amusement. N’y pense même pas, Brienne Tarth, il en est hors de question ! Tu as pour obligation de faire comme je l’entends, d’accord ? »

 

Habituée aux lubies de son amie (oui, amie. Brienne elle-même n’arrivait toujours pas y croire, elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait des amies, ici, à l’université, après avoir été à l’écart pendant tant de temps), Brienne sourit une nouvelle fois, et acquiesça.

 

« Très bien, très bien, je me rends...

 

Puis, après quelques secondes, elle reprit.

 

- Dis-moi, quand tu dis que tout le monde y sera, qu’est-ce que tu entends par là ?

 

- Hé bien, par tout le monde, je veux dire, tout le monde, enfin, en tout cas, tout ceux que je connais. Et beaucoup de ceux que je connais ont trouvé quelqu'un avec qui aller au bal. »

 

Face au regard empli d’ennui et de circonspection de Brienne (sérieusement, elle ne comprenait toujours pas l’intérêt de ce genre d’évènement), Sansa faillit éclater de rire une nouvelle fois.

 

« Et en quoi est-ce d’une importance si capitale que tu doives absolument me le signaler ?

 

- Comme ça tu ne seras pas surprise de voir qu’Arya y va avec Gendry...

 

- Ce n’est vraiment pas une grande surprise, ils se tournent autour depuis tellement longtemps qu’il était évident que ça allait arriver un jour. Par contre, je suis surprise qu’il ait fini par enfin oser lui demander de sortir avec lui.

 

Sansa ricana.

 

- Tu crois ça ? C’est Arya qui est allée le voir, bien évidemment, tu la connais... Et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles elle a accepté d’y aller.

 

- Et autrement, qui y va avec qui ?

 

L’autre jeune fille leva un sourcil étonné.

 

- Ça t’intéresse vraiment ?

 

- Non, mais apparemment, tu meurs d’envie d’en parler, alors je t’en pris, lâche-toi.

 

- Hé bien... Renly y va avec Loras, mais ça, tout le monde le savait, Tyrion et Shae y vont ensemble également, de ce que je sais, c’est aussi le cas pour Théon et Robb (Ça non plus c’est pas une surprise, marmonna Brienne pour elle-même), oh, et Ellaria y va avec Yara, de ce que je sais...

 

- Et toi ? L’interrogea brusquement Brienne, intriguée par le silence de son amie à ce sujet. »

 

Un léger rougissement vint colorer les joues de l’étudiante.

 

« J’y vais... avec Lancel Lannister.

 

- Et tu ne voulais pas me le dire parce que...

 

- Parce que tu n’aimes pas beaucoup les Lannister.

 

- Tyrion aussi est un Lannister je te signale, et je n’ai jamais rien dit de mal contre lui. Même chose pour son frère Jaime, à vrai dire, je ne pense pas lui avoir adressé la parole plus de trois fois dans toute ma vie, donc... je ne vois pas comment je pourrais le juger d’une quelconque manière.

 

C’est Cersei que je n’aime pas, je te ferais dire. Et de toute façon, c’est absurde, le bal est organisé en partie par les Lannister, si je ne les aimais réellement pas, je ne voudrais pas venir, et de toute façon, je t’aurais vu avec lui, donc... Voilà quoi. Comment il est ? »

 

Un véritable sourire apparut sur le visage de Sansa.

 

« Gentil. Vraiment, c’est l’un des garçons les plus adorables que j’ai jamais rencontrés.

 

- Rien à voir avec Joffrey, donc, dit Brienne avec soulagement, avant de voir le visage de Sansa brusquement blêmir.

 

- Joffrey est...

 

- Un connard, répondit immédiatement Brienne sans aucune hésitation. Je m’assure juste que...

 

- Ne t’en fait pas, Lancel est... Il n’est absolument pas comme lui. Vraiment pas. Il est terriblement timide, mais aussi drôle, attachant, intelligent...

 

- Donc, tu sors avec lui ?

 

- Non ! Enfin... pas encore. Pas officiellement du moins.

 

- Qu’est-ce que tu veux dire ? Oui, mais il ne le sait pas encore, c’est ça ?

 

- Je lui ai demandé de m’accompagner au bal, mais... non, on ne sort pas ensemble, enfin pas vraiment, enfin, c’est compliqué, balbutia la jeune femme, perdue dans ses explications sans queue ni tête, et du coup...

 

- Donc tu as décidé de faire comme si tu jouais dans Amour, Gloire et Beauté ? Ironisa Brienne avec un sourire amusé aux lèvres, soulagée de constater que la tension qui avait saisi peu de temps avant son amie semblait avoir complètement disparu.

 

- BRIENNE ! Tu es censée être de mon côté je te signale !

 

- Je le suis... Ce n’est pas de ma faute, si tes explications n’ont absolument aucun sens. »

 

Dans un geste de grande maturité (ironie, tout ça, tout ça...), Sansa lui tira la langue, avant d’éclater de rire, tandis que Brienne souriait à son tour.

 

« Je l’aime bien, lâcha soudainement Sansa quelques secondes plus tard. Je veux dire... vraiment. Ça fait plusieurs mois qu’on est amis, et... Je tiens à lui. Je l’aime beaucoup. Et je crois que lui aussi... »

 

Cette fois-ci, le sourire que Brienne lui envoya n’était pas amusé, mais empli de tendresse pour celle qu’elle considérait comme sa meilleure amie.

 

« Alors, vas-y. Fonce. »

 

§§§§

 

Venir à ce bal avait été, en fin de compte, pensa-t-elle alors que le désastre s’annonçait, une véritable catastrophe, et surtout, c’était une monumentale erreur.

 

Brienne savait très bien, et avait toujours su qu’elle ne correspondait pas réellement aux critères de beauté généraux, elle savait qu’elle ne ressemblait pas vraiment aux autres filles considérées par les autres comme étant belles.

 

Elle n’avait rien d’une Sansa Stark, d’une Daenerys Targaryen, d’une Ellaria Sand ou d’une Margaery Tyrell, en fait Arya était bien plus « féminine » qu’elle.

 

Elle n’y pouvait rien, elle n’avait pas le même physique que les autres, mais le fait est qu’elle ne s’attendait pas à une telle humiliation.

 

Brienne la Belle, l’avaient-ils appelée, en cachette, mais sans se cacher totalement non plus.

 

(Ils devaient trouver cela plus drôle, qu’elle finisse par s’en rendre compte toute seule.

 

Les enfoirés.)

 

En fait, elle n’avait compris la vérité qu’en voyant leurs sourires goguenards et railleurs, et elle avait senti un profond dégoût l’envahir, ainsi qu’une terrible envie de pleurer.

 

Elle avait cru, dans sa grande naïveté, qu’ils étaient sincères.

 

Alors qu’en réalité, ils se moquaient juste d’elle, ils voulait seulementse rire d’elle, et ce, devant tout le monde.

 

Dès que ça avait commencé, Sansa, qui était l’une des rares personnes de la pièce à y faire attention, avait voulu se lever pour voler à son secours, mais elle n’en avait pas eu le temps.

 

S’éloignant de Ramsay Bolton, qui de toute évidence faisait parti des gars présents pour se foutre d’elle (de toute façon, elle n’avait jamais senti ce mec), elle avait décidé de partir, de fuir, loin des quolibets et des rires moqueurs, quand tout à coup, Jaime Lannister s’était planté devant elle, avec son visage d’ange et son sourire Colgate, et elle s’était figée, sans savoir quoi faire, sans comprendre ce qu’il lui arrivait.

 

Alors quoi, il était dans le coup lui aussi ?

 

« Écarte-toi de mon chemin, Lannister », Lui avait-elle ordonné, n’étant pas vraiment d’humour pour endurer plus de conneries, sentant déjà ses larmes sur le point de couler, et de ruiner en même temps tout le maquillage que Sansa avait mis tant d’application à... hé bien, à appliquer sur son visage.

 

(Non pas qu’elle en ait vraiment quelque chose à faire maintenant, pas alors qu’elle constatait que tout ses efforts n’avaient servi à rien, et qu’il restait encore des gens qui se moquaient d’elle pour une chose aussi futile que son apparence.

 

Soirée de merde.

 

Monde de merde...)

 

Et pourtant, malgré son ton clairement (et volontairement) sec, Jaime continua de lui sourire, avant de lui faire une révérence.

 

(Une vraie révérence, comme chez les nobles ou dans la royauté, et ce simple fait provoqua un véritable court-circuit dans le cerveau de la jeune femme, qui ne comprenait absolument pas ce qui était en train de se passer, parce que cela ne pouvait juste pas être en train d’arriver, sauf si cela n’était rien d’autre qu’une sordide blague, ce qui était une réelle possibilité.)

 

Et il finit par lui dire, en lui tendant la main :

 

« M’accorderais-tu cette danse ? »

 

Une part d’elle-même avait envie de le gifler, de le faire payer pour tout les autres, et elle ne sut pas exactement ce qui la stoppa de le faire, le fait qu’elle avait entendu parler de Jaime par Tyrion comme étant tout le contraire des gars qui venaient de se moquer d’elle, ou bien si c’était à cause de la lueur de sincérité qui brillait dans ses yeux, mais, muette et abasourdie, elle se contenta de prendre sa main dans la sienne et elle se laissa entraîner dans la danse.

 

Après quelques secondes, une pensée cohérente parvint enfin à se former dans sa tête.

 

Jaime Lannister l’avait invitée à danser.

 

Jaime fucking Lannister lui avait demandé de danser avec lui.

 

Et ce n’était pas une blague, apparemment.

 

« Qu’est-ce que tu veux Lannister ? Lui demanda-t-elle, avec un peu moins d’agressivité qu’auparavant, essayant de comprendre ce qu’il se passait, ses yeux toujours embués de larmes.

 

- Ne laisse pas ces salopards voir tes larmes, Tarth, ils ne méritent pas que tu pleures pour eux.

 

- Pourquoi... Pourquoi diable veux-tu m’aider ? Qu’est-ce que ça peut te faire ? Est-ce que c’est une blague ?

 

- Je ne me moque pas de toi, affirma-t-il/ »

 

Jaime devait admettre que cette soirée était plutôt ennuyeuse, et qu’il était plutôt content que Cersei ne soit pas avec lui en ce moment, étant avec son petit ami du moment, un certain Euron, avec qui elle était en voyage en Grèce, et quand il avait vu ces sales types se moquer de Brienne, son sang n’avait fait qu’un tour.

 

Oui, c’est vrai, il ne la connaissait pas, hormis ce qu’il avait entendu d’elle pendant les rares conversations qu’il avait pu avoir à son sujet avec Tyrion, mais en dehors de cela, il n’avait que peu d’intérêt à son égard.

 

Jusqu’à aujourd’hui, du moins.

 

Quand il l’avait vue arriver, il ne l’avait pas trouvée ridicule, contrairement à certains autres abrutis présents dans la salle, mais plutôt... incroyablement belle.

 

(Elle l’était à ses yeux, et ce, même avant de la voir dans cette soirée désastreuse.)

 

Elle était atypique, c’est vrai, différente des autres, unique en son genre, mais...

 

Oui, elle était réellement belle, et avant même que cette blague stupide ne commence, il avait eu envie de danser avec elle, et puis, d’après ce que Tyrion avait dit d’elle avant cela, elle était intéressante, drôle, gentille, intelligente...

 

Peut-être que, s’il dansait avec elle, cette soirée se révélerait être bien moins ennuyeuse.

 

Et puis, une chose en entraînant une autre, il se trouvait là, jouant au chevalier servant, dansant avec elle et ne trouvant pas quoi dire sur le moment pour répondre à sa question.

 

« J’en sais rien, avoua-t-il. Quand je t’ai vue là, devant tout ces connards, je...

 

- Tu as eu pitié de moi ? Demanda Brienne avec désolation.

 

- Non, pas exactement, je... je me suis dit que tu ne méritais pas de subir cela. »

 

Il lui sourit une nouvelle fois, et Brienne se sentit de nouveau subjuguée malgré elle par ce sourire.

 

Puis, alors qu’elle commençait à comprendre qu’il lui avait réellement évité une cuisante humiliation (les autres gars ayant finalement détourné leur attention du couple dansant au milieu de la piste, ces derniers étant observés par Sansa et Lancel, qui les regardaient en souriant), elle se mit à sourire elle aussi.

 

« Merci, murmura-t-elle. »

 

Jaime, en voyant ce sourire, qui lui était uniquement destiné, eut alors la confirmation de ce qu’il avait toujours su.

 

Brienne Tarth était réellement magnifique.

 

§§§§

 

Sansa s’était rassise à sa place quand elle avait compris que Jaime avait sauvé Brienne de l’humiliation, et elle avait fusillé du regard Ramsay Bolton et sa bande, avant de soupirer de soulagement.

 

« Tu penseras à remercier ton cousin pour moi quand tu le verras, d’accord ? Demanda-t-elle à son pas-tout-à-fait-mais-presque-enfin-pas-vraiment-enfin-bientôt-peut-être-avec-un-peu-de-chance petit copain. »

 

Il sourit.

 

« Bien sûr, je le ferai, et je le remercierai moi aussi. C’est vraiment chic ce qu’il a fait pour Brienne.

 

Un sourire illumina le visage de Sansa.

 

- Oui, je suis bien d’accord. »

 

Lancel prit quelques secondes pour la regarder plus attentivement, son cœur battant fort dans sa poitrine.

 

Comment une fille comme elle avait pu accepter de venir au bal avec un type comme lui, ça le dépassait totalement.

 

Prenant son courage à deux mains, il finit par lui dire, terriblement anxieux et hésitant :

 

« Dis-moi Sansa, est-ce que... Est-ce que tu voudrais bien...

 

Elle se tourna vers lui, et l’espace d’un instant, il se tut, la peur le reprenant une nouvelle

fois, et il se dit qu’il devait être bien ridicule ainsi, muet et confus.

 

Elle souriait, et Lancel ne savait plus vraiment quoi dire.

 

- Oui, Lancel. Ma réponse est oui, fit-elle, comme si elle savait déjà ce qu’il allait lui demander (ce qui était manifestement le cas). Oui, ajouta-t-elle, je veux bien sortir avec toi. »

 

Tout les discours qu’il aurait pu avoir envie de dire s’évanouirent alors complètement, et, alors qu’elle l’embrassait, il se dit qu’il n’avait enfin de compte pas le moins du monde besoin de mots.

 

§§§§

 

« On dirait bien que Sansa et ton cousin ont fini par enfin conclure. »

 

Il tourna la tête dans leur direction, et il se mit à sourire une nouvelle fois.

 

« Ah oui, en effet... Ils sont mignons... »

 

Et le fait est qu’il les enviait quant même un petit peu.

 

Cela faisait déjà deux ou trois heures qu’ils dansaient ensemble sans interruption, tout en discutant, et Brienne devait admettre qu’en fin de compte, Jaime Lannister n’était pas si désagréable que cela.

 

Bon, en fait, il lui était réellement sympathique.

 

Semblant soudainement se sentir embarrassé, Jaime finit par se racler la gorge, après quelques secondes de silence.

 

« En parlant de ça... Qu’est-ce que tu fais samedi prochain ? »

 

Brienne cligna des yeux surprise, l’invitation était plus qu’explicite, et malgré sa méfiance instinctive, elle était plus que tentée de dire oui.

 

Elle avait toujours peur que cela ne soit qu’une blague, mais bon, Jaime lui avait déjà prouvé qu’il était sincère dans son envie de l’aider face à cette bande de connards, et elle ne pouvait pas nier qu’elle l’aimait bien, et qu’il lui plaisait, et...

 

Oh, et puis merde.

 

Alors qu’elle acceptait l’invitation, elle finit par se dire qu’en réalité, elle avait eu raison d’écouter Sansa et de venir avec elle au bal.

 

(Et que Ramsay Bolton et tout les autres aillent se faire foutre.)

 

Chapter Text

Brienne de Torth n’était que rarement tombée amoureuse au cours de sa vie.

 

Il faut dire aussi que, au fil des rencontres, elle n’avait pas réellement connu beaucoup d’hommes qui avaient réussi à lui plaire d’une quelconque manière.

 

Et l’inverse était aussi vrai, et à vrai dire, jusqu’à récemment, ce n’était pas vraiment un problème ou une préoccupation pour elle, elle n’avait pas vraiment le temps pour ce genre de choses.

 

Et puis, il y avait eu Renly.

 

Renly qui était beau, qui était fort, aimable, gentil, noble.

 

Mais ce n’était pour aucune de ces raisons qu’elle était tombée amoureuse de lui, c’était parce qu’il l’avait sauvée de l’humiliation durant un bad qu’elle était tombée sous son charme, et à la reconnaissance logique qu’elle éprouvait à son égard s’était ensuite ajouté l’amour, bien malgré elle.

 

Mais Renly aimait les hommes, Renly aimait Loras, et la guerrière avait alors enfouit ses sentiments tout au fond de son cœur, avait fait comme s’ils n’existaient pas, et avait essayé d’en souffrir le moins possible, se jurant de ne plus jamais retomber amoureuse, après la mort du prétendant au trône.

 

Et puis, soudain, Jaime Lannister était entré dans sa vie.

 

Et plus rien n’avait été pareil.

 

§§§§

 

Brienne de Torth n’avait peut-être pas beaucoup d’expérience en matière d’amour, mais elle était néanmoins sure d’une chose.

 

Elle était en train de tomber amoureuse de Jaime Lannister.

 

Et ça la terrifiait.

 

Jaime n’avait rien à voir avec Renly, n’importe qui aurait pu en faire la remarque.

 

Quand elle l’avait rencontré, le contraste l’avait violemment frappée, car, si tout deux avaient comme caractéristique d’avoir une belle figure, la ressemblance s’arrêtait là, et tout les surnoms du Lannister n’étaient en aucun cas flatteurs.

 

Le Régicide.

 

L’Incestueux.

 

L’Homme sans honneur.

 

Il était cela, certes, mais aussi bien plus encore.

 

Quand la carapace du Régicide avait commencé à peu à peu se fendre, quand il l’avait empêchée de se faire violer, quand il s’était fait coupé la main, et qu’il avait comme perdu toute envie de vivre et qu’elle avait été obligé de le secouer pour le faire se reprendre en main, quand il était revenu pour elle pour la sauver de l’ours, quand il lui avait dit pourquoi il avait tué Aerys, quand ils étaient dans le bain...

 

C’était à partir de ces différents moments-là qu’elle avait compris qu’elle en avait quelque chose à faire de lui.

 

C’est en arrivant à Port-Réal qu’elle avait fini par comprendre qu’elle l’aimait, et ce, avant même que Cersei lui en fasse la remarque.

 

Et elle savait pertinemment qu’elle n’avait aucune chance.

 

Elle avait beau retourner le problème dans tout les sens, elle ne pouvait rien y changer.

 

Le cœur de Jaime Lannister appartenait à sa sœur, et l’on pouvait dire haut et fort que c’était mal, que c’était tordu, immoral, monstrueux, mais s’il y avait bien une chose que l’on ne pouvait pas affirmer sans se tromper, c’est que c’était faux.

 

Et ça, ça lui faisait terriblement mal.

 

Alors qu’elle s’éloignait au loin avec Podrick, à la recherche de Sansa et Arya Stark, elle ne put résister à la tentation de se retourner une dernière fois vers lui, espérant en vain, stupidement et absurdement que, peut-être, il allait se décider à la retenir.

 

Cela n’arriva jamais.

 

Même si elle tenta de rationaliser la chose, comprenant qu’il ne pouvait pas l’empêcher de partir, qu’il n’avait pas le droit, qu’elle devait absolument le faire pour honorer leur serment vis-à-vis de Catelyn Stark, elle ne put empêcher la souffrance de l’atteindre en plein cœur.

 

Loin des yeux, loin du cœur, disait-on d’ordinaire.

 

Conneries !

 

Même maintenant, alors qu’elle était terriblement loin de lui, la seule personne à laquelle elle arrivait à penser (en dehors des filles Stark) était Jaime Lannister.

 

Et plus elle s’éloignait de lui, plus elle réalisait à quel point il lui manquait.

 

Et par extension, à quel point elle l’aimait.

 

Elle se surprit à penser, et surtout à espérer que, la prochaine fois qu’elle le verrait, tout ces sentiments qu’elle éprouvait à son égard se seraient évanouis.

 

Ça rendrait toute cette situation impossible beaucoup moins compliquéequ’elle ne l’était déjà.

 

Et bien moins douloureuse, aussi.

 

ND’A : Promis, la prochaine fois, j’essayerai de faire quelque chose de moins triste.

 

Chapter Text

Peut-être qu’autrefois, il aurait eu des scrupules.

 

Cela n’avait plus d’importance, désormais.

 

Ce qui est fait est fait...

 

Il ne pouvait plus rien y changer.

 

Il s’était trouvé là, dans cette tour, profondément enfoncé dans le cul de Cersei – et depuis le temps, il ne culpabilisait plus du tout à ce sujet – quand soudain, il avait fallu que ce foutu gamin grimpe et les surprenne en plein acte de fornication et d’inceste.

 

(Bref, ils étaient baisés, plus au sens figuré qu’au sens propre cette fois.)

 

Quelle idée aussi qu’avait eu Bran Stark de grimper tout en haut de cette tour justement au pire moment.

 

Enfin, quelle idée ils avaient eu de venir dans cette tour pour y baiser justement à ce moment-là !

 

Ce sera loin de tout le monde, lui avait dit Cersei, et personne ne nous verra ni ne nous entendra hurler, et personne ne m’écoutera dire à quel point je t’aime, à part toi.

 

Et bien sûr, il n’avait pas su lui dire non, parce qu’il n’avait jamais su lui résister.

 

Elle avait envie de lui, il avait envie d’elle, et cela faisait plusieurs semaines qu’ils n’avaient rien fait ensemble, depuis leur départ de Port-Réal et le début de leur voyage vers Winterfell.

 

(Jaime maudit d’autant plus Robert d’avoir choisi de faire ce voyage.)

 

Alors oui, pourquoi pas ?

 

Et ce gosse était arrivé, et en quelques secondes, Jaime tout comme Cersei, avait vu son monde s’écrouler devant ses yeux.

 

Les conséquences plus que probables de la découverte de leur relation incestueuse, donc coupable, donc interdite, défilèrent dans son esprit les unes après les autres.

 

(Cersei était la reine, et il était un membre de la garde royale, certes, mais il n’était pas assez idiot pour penser qu’ils ne seraient pas châtiés pour ce qu’ils avaient fait si Robert découvrait la vérité.

 

Surtout que si ce dernier n’était pas trop idiot et réussissait à aligner deux et deux dans sa tête, il comprendrait rapidement que ceux qu’il croyait être ses enfants étaient en rapidement plus des Lannister que des Baratheon, contrairement à ce qui aurait dû être...)

 

Elle, répudiée par Robert, séparée de ses enfants, de leurs enfants, envoyée au couvent pour adultère, voire peut-être même exécutée pour inceste, et lui, renvoyé de la garde royale, loin de ses fils et de sa fille, déshérité par son père, renié par lui, comme Tyrion l’était déjà, en un sens, puis subissant peut-être le même sœur que sa jumelle, enfermé ou exécuté, selon le bon vouloir de Robert.

 

Son sang ne fit qu’un tour.

 

Cela ne devait pas arriver.

 

Le gosse devant lui n’avait que dix ans, et n’avait sans doute même pas compris ce qu’il venait de se passer sous ses yeux, et il avait de toute évidence peur, et si on l’effrayait assez, peut-être qu’il se tairait.

 

Certes oui.

 

Mais Jaime Lannister n’était pas devenu le Régicide en se basant uniquement sur des c’est possible ou des peut-être, sinon, Aerys le fou serait encore en vie.

 

Et le monde serait en train de brûler, et lui avec.

 

Il se retourna vers Cersei, attendant ses instructions.

 

Et sa sentence fut irrévocable.

 

L’enfant devait mourir, s’ils voulaient pouvoir garder leur vie telle qu’elle l’était.

 

S’ils ne voulaient pas tout perdre.

 

« Les choses que je fais par amour », Avait-il soupiré, avec un air faussement ennuyé, avant de pousser Bran, captant le regard de surprise et d’effroi de celui-ci une demie-seconde avant qu’il ne tombe.

 

Il l’avait fait sans hésiter.

 

Sans aucun regret.

 

Et s’il devait le faire une nouvelle fois, il le referait sans cligner des yeux.

 

Pour lui, certes, mais aussi pour elle.

 

Pour eux.

 

Par amour.

 

Pour ne pas la perdre, et aussi parce qu’elle le lui avait demandé.

 

Et ce que Cersei demandait à son frère lui était toujours amené.

 

Toujours.

 

Quelqu’en soit le prix.

 

« Ce que le roi rêve, sa Main l’édifie, disait-on. »

 

(Il y avait aussi une version bien plus vulgaire qui courait chez le peuple, mais ça ne s’appliquait pas à eux, non.)

 

Cersei était sa reine, et il était sa Main, et c’était vrai depuis des années, depuis leur naissance même, quand il pensait quelques minutes.

 

Ce que sa reine demandait, il l’exécutait.

 

Et Jaime Lannister en avait la certitude, ce n’était pas près de changer.

 

ND’A : Bon, les événements qui ont suivi ont bien montré qu’en fait... si.

 

 

Chapter Text

Ramsay Bolton était un connard sadique.

 

Et un psychopathe, doublé d’un cinglé.

 

C’est une chose que personne le connaissant de près ou de loin ne peut ignorer, ou remettre en question.

 

Mais les monstres ne naissent pas par hasard.

 

Même les monstres sans cœur ayant perdu toute leur humanité ont une histoire.

 

Et si son histoire ne permettait pas d’excuser Ramsay Bolton de tout ses crimes, de toutes ses abominations, au moins, elle permettait de comprendre.

 

Comprendre en partie pourquoi il était devenu ainsi, aussi monstrueux, aussi inhumain, de comprendre pourquoi il était devenu...

 

Comme son père.

 

En pire, certes, mais par certains aspects, il lui ressemblait terriblement.

 

Roose Bolton n’avait pas hésité à poignarder Robb Stark lors des Noces Pourpres, il avait tué son suzerain, celui-là même qu’il avait juré de servir, de protéger.

 

Ramsay n’avait pas non plus hésité à faire la même chose à son père des années plus tard, quand il avait sentit que son statut et sa légitimité pouvaient être menacés.

 

Les chiens ne font pas des chats, et de toute évidence, bâtard ou pas, Ramsay Snow était définitivement un Bolton.

 

En étant aussi cruel, et même encore pire que Lord Bolton, il avait prouvé qu’il était bien le fils de son père.

 

Même si cette partie-là avait mit du temps avant d’être rendue officielle.

 

Au fond, Ramsay était très semblable à Théon.

 

Sur un seul aspect.

 

C’était peut-être même la seule chose, en dehors de son amour pour Miranda, qui le rendait un temps soit peu humain, malgré toutes les horreurs qu’il avait commises, parce qu’il en avait fait certaines sur l’ordre de Roose Bolton.

 

Pour une seule raison, la même que celle qui avait poussé Théon Greyjoy à trahir Robb Stark.

 

Tout ce qu’il voulait, c’était la reconnaissance de son père.

 

Être plus que Ramsay Snow, le bâtard qui n’était là que pour être utile, pour exécuter les basses besognes de Lord Bolton, il voulait être son fils, pour de vrai, faire parti de la famille, avoir enfin sa propre place.

 

Celle qu’il aurait toujours dû avoir, c’était pour cela qu’il s’était toujours battu.

 

Pour cela uniquement.

 

Être réellement reconnu comme le fils de son père.

 

Être enfin un Bolton.

 

Jamais il n’avait été aussi heureux qu’en découvrant le décret royal faisant de lui un Bolton, le légitimant et faisant de lui l’héritier de son père.

 

Il avait gagné.

 

Cela ne changeait rien, il est vrai, et cela ne l’empêcherait pas d’assassiner sans hésiter et impitoyablement tout les autres membres de sa famille, les uns après les autres.

 

Mais au moins, c’est quelque chose.

Chapter Text

Khal Drogo/Daenerys.

1. Angst :

Nous aurions dû régner ensemble.

Et notre fils aurait dû être le roi des sept couronnes après nous.

Nous aurions dû changer les choses ensemble, changer le monde.

Maintenant il ne me reste plus que des rêves brisés et mon avenir n’est plus fait que de cendres.

Tétanisée, Daenerys regarda celui qui était allongé juste en face d’elle, son khal, son mari, son amour, alors que celui-ci se mourrait, et qu’elle était là, impuissante.

Pensant à tout ce qu’elle allait perdre, à tout ce qu’elle avait déjà perdu, elle posa sa main sur son ventre, là où, encore quelques heures plus tôt, elle portait son enfant, son petit garçon, l’étalon qui montera le monde, et elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

La sorcière avait dit que c’était elle la responsable de la mort de son fils, et elle commençait à y croire, même si celle-ci avait toutes les raisons du monde de lui mentir.

Mon amour, je suis tellement désolée.

Elle se rapprocha de lui, sachant pertinemment ce qu’elle avait à faire.

Quand le khal rendit son dernier souffle, le cœur de Daenerys Targaryen se brisa en mille morceaux.

2. AU [Drogo survit] :

Main dans la main, tout deux juchés sur le dragon Viserion, Drogo et Daenerys s’autorisèrent un sourire de triomphe, alors qu’ils voyaient Westeros sous eux, à leurs pieds.

Ensemble, ils vaincraient.

3. Crack!Fic :

« Daenerys ! Finit par hurler Drogo, exaspéré. Pourrais-tu, s’il te plaît, dire à tes chers dragons que je ne suis pas un ennemi, que je ne suis pas venu ici pour te tuer, et que je veux juste rentrer dans notre chambre et passer du temps avec ma femme ? Je voudrais bien qu’ils arrêtent de me grogner dessus et de me barrer le passage. Et j’aimerais également éviter de me faire brûler. C’est la cinquième fois cette semaine, ça commence à bien faire, merde ! »

4. Crossover [OUAT] :

Elle était allée voir ce sorcier immortel avec l’espoir que celui-ci pourrait ramener Drogo à la vie.

Quand c’est mort, c’est mort et avec la magie il y a toujours un prix à payer avaient été les seules réponses que Rumplestiltskin avait pu lui proposer.

Daenerys était repartie bredouille, sans son amour à ses côtés, et avec la volonté de conquérir Westeros pour lui.

C’était la seule chose qu’elle pouvait encore faire pour lui, pas vrai ?

5. First Time :

Le jour où elle comprit qu’elle aimait Drogo fut également celui où elle comprit que Viserys n’avait pas fait un mauvais choix en lui faisant épouser le khal.

6. Fluff :

Il n’aurait jamais cru pouvoir trouver le bonheur dans ce mariage arrangé.

Et pourtant, maintenant, quand il regardait sa khaleesi, si forte, si courageuse, merveilleuse, magnifique, il réalisait à quel point il l’était, et aussi à quel point il l’aimait.

Ensemble, ils feraient de grandes choses, il le savait.

7. Humor [Private joke incompréhensible pour ceux qui ne savent pas qui est Marina Kai-Fai. Allez sur son profil si ce n’est pas le cas] :

« Ton frère est un connard, grogna Drogo avec son fort accent dothraki.

- Ne dis pas ça, protesta Daenerys, tu vas fâcher Marina ! »

Le khal fronça les sourcils.

« Qui ça ?

Daenerys haussa les épaules.

- Aucune idée, c’est juste l’auteure qui fait des siennes et qui essaie de faire des blagues méta et de casser le quatrième mur pour faire rire.

- ...

- ...

- Ça ne fonctionne pas vraiment, lui fit remarquer Drogo.

- On est d’accord ! Approuva Daenerys. »

(Je vous emmerde ! Et puis mes blagues sont drôles d’abord !

Tous les lecteurs, en chœur : NON !)

8. Hurt/Comfort :

Son peuple allait probablement la haïr pour son geste, et rester ici voudrait probablement dire les abandonner, laisser tomber le rêve de son frère décédé de reconquérir leur trône et de rentrer à la maison, et ce n’était certainement pas la chose honorable à faire.

Mais peu importe.

Rester ici signifiait mourir, mais cela voulait aussi dire être enfin heureuse, et avoir une famille.

Alors, malgré ses doutes, elle décida de rester dans la tente, près de son mari et de son fils.

C’était la première fois qu’elle se sentait en paix depuis bien longtemps.

(Le sourire de Drogo et celui de son fils valaient largement le sacrifice qu’elle venait de faire.)

9. Smut :

Elle pouvait remercier Doreah pour tout ce que celle-ci lui avait appris au sujet des choses de l’amour.

10. UST :

Pour dire la vérité, Drogo se disait qu’il allait avoir du mal à réussir à attendre la nuit de noce sans être terriblement impatient.

Chapter Text

Leur premier rendez-vous s’était déroulé à la perfection.

 

Jaime avait eu peur un temps que les choses ne tournent pas forcément bien, mais ses craintes s’étaient rapidement effacées.

 

Cela faisait déjà trois mois que lui et Brienne Tarth sortaient ensemble, et les deux jeunes gens étaient parfaitement heureux.

 

Aujourd’hui était d’ailleurs un grand jour pour Brienne, puisque celle-ci était actuellement en finale d’un important tournoi d’escrime, et Jaime, en petit-ami modèle (Ça va les chevilles ? Lui aurait sûrement dit Brienne avec ironie si elle l’avait entendu, et il laissa un sourire tendre fleurir sur ses lèvres à cette pensée) l’avait évidemment accompagnée et encouragée.

 

Il était terriblement fier d’elle, et il ne le cachait pas.

 

Savoir que sa petit-amie était une des meilleures escrimeuses de Port-Réal (au moins...) le rendait profondément heureux et il avait déjà la certitude qu’elle allait gagner.

 

Les autres n’avaient absolument aucune chance face à elle.

 

Assis parmi le public, dans les gradins, il observait sa petite-amie se préparer pour « son duel à mort » (Arrête d’être aussi dramatique Jaime, on est plus au Moyen-Age ! - Quoi ! J’ai bien le droit de vouloir rendre ça épique !) contre Renly Baratheon, qui était lui-même au moins aussi doué et aguerri à l’épée que pouvait l’être Brienne.

 

Ça promettait d’être un combat intéressant.

 

§§§§

 

Si Jaime était parfaitement honnête, il devait admettre qu’il n’avait pas vraiment un grand intérêt pour l’escrime.

 

Mais, quand il s’agissait de Brienne, c’était complètement différent, non pas parce qu’il voulait se faire bien voir d’elle, mais plutôt parce qu’elle parvenait à rendre cette activité, non pas palpitante, mais au moins plaisante à suivre.

 

Le combat s’engagea alors, aussi long, ardu et passionnant que prévu.

 

Quand, plusieurs minutes plus tard, Brienne parvint enfin à désarmer Renly, Jaime ne put s’empêcher de pousser un cri de joie, qui fut bien évidemment noyé parmi tout les autres de la foule en délire.

 

(J’en fais pas un peu trop ?

 

Hum... non.)

 

Se débarrassant de son « heaume » (Jaime... Je ne suis pas non plus une guerrière, c’est un peu excessif là. - Tu crois ? Pourtant je t’aurais bien vue en amazone...), elle leva le bras en l’air, saluant le public, le sourire aux lèvres, les yeux brillants de joie, tandis que Renly, beau joueur, la félicitait également.

 

Ce fut à cet instant précis que l’évidence le frappa.

 

Elle était là, devant ses yeux, haletante, exultante de joie, faisant l’une des choses qu’elle aimait le plus au monde, et Jaime sut pour de bon à cet instant précis ce qu’il soupçonnait déjà depuis plusieurs semaines.

 

Brienne Tarth était parfaite.

 

Et il en était complètement amoureux.

 

Durant le bal où tout avait basculé, quelques mois plus tôt, il avait déjà eu l’occasion de constater à quel point la jeune femme était magnifique, mais maintenant, c’était bien plus que cela.

 

Se plongeant dans ses yeux bleus, il s’y perdit complètement, tandis qu’elle continuait de sourire, lumineuse, et il ne voyait rien d’autre que ses yeux magnifiques, ayant pour de bon oublié le reste du monde.

 

« Hey ! Fit enfin Brienne en se dirigeant vers lui. J’étais comment ?

 

Il se mit à sourire.

 

Ne le savait-elle donc pas déjà ?

 

- Tu as été parfaite ! Mais je n’en ai jamais douté.

 

Elle pouffa légèrement, reprenant sa respiration, qui était encore très rapide.

 

- Merci... Tu sais, c’est surtout une question d’entraînement, de persévérance, et de motivation ! Et de beaucoup d’autres choses, mais je ne suis pas là pour parler de moi.

 

- C’est ton moment, tu sais. Alors je t’en pris, savoure le. »

 

Le regard qu’il posait sur elle était tellement tendre et affectueux qu’elle ne put s’empêcher de hausser un sourcil.

 

« Qu’est-ce qu’il y a Jaime ?

 

Il laissa un silence réconfortant s’installer entre eux, avant de se saisir de ses mains.

 

Puis, il l’embrassa.

 

- Je t’aime, murmura-t-il.

 

Son regard s’adoucit immédiatement, et elle se mit à sourire à son tour.

 

Elle entrelaça leurs doigts.

 

- Moi aussi je t’aime. »

 

Il sut alors qu’il l’avait trouvée, celle qui, il le savait, le rendrait heureux.

 

Il espérait pouvoir réussir à faire de même à son égard.

Chapter Text

Arya Stark de Winterfell avait longtemps été ce qu’on pouvait appeler une privilégiée.

 

Elle était noble, elle avait une grande famille qui l’aimait, elle vivait en paix, elle était heureuse même si elle ne se sentait parfois pas complètement à sa place.

 

Et c’était encore une enfant en partie ignorante de la laideur et de la pourriture qu’on pouvait trouver dans le monde.

 

Enfin ça, c’était avant que le roi Robert Baratheon n’arrive dans le Nord et ne commence à tout ficher par terre.

 

La première fois qu’Arya avait compris qu’elle était sur le point de tout perdre, et qu’elle avait vu son monde directement s’effondrer sous ses yeux, fut quand elle assista à la mort brutale de son père (même si contrairement à Sansa, elle n’avait pas vu la scène d’une manière véritablement frontale) exécuté à seulement quelques pas d’elle.

 

Ce fut à cet instant précis qu’elle comprit définitivement que plus rien ne serait jamais comme avant.

 

La mort de son maître d’arme quelques heures plus tôt avait déjà été un évènement suffisamment horrible pour être marquant pour elle.

 

Mais à vrai dire, elle n’avait pas réellement eu le temps d’y penser sur le moment, puisqu’elle n’avait fait que courir pour sa vie après cela, et pour elle, tout avait été très confus, et ses pensées n’avaient été dominées que par la peur.

 

Mais quand elle avait entendu les hurlements de Sansa, le bruit rapide et retentissant de l’épée résonnant dans l’air, le son de la tête roulant sur le sol, à terre, elle n’avait pu que penser à cela, au fait que son père venait de mourir, et que sa sœur était toute seule aux mains des Lannister, et qu’elle ne pouvait absolument rien faire.

 

C’était cette mort-là qui avait signé la fin définitive de son innocence.

 

Mais le pire était encore à venir.

 

§§§§

 

Arya, désormais aux Jumeaux, accompagnée du Limier, avait encore du mal à comprendre ce qu’il se passait.

 

Elle avait fuit loin du Limier dès qu’elle avait pu, et celui-ci l’avait bien évidemment suivie, refusant de perdre sa si précieuse otage, mais à vrai dire, elle n’en avait cure.

 

Sa mère et son frère étaient quelque part, et il fallait qu’elle les trouve, et...

 

Mais, que faisait Vent Gris ici ?

 

Avant même de pouvoir répondre à cette question, elle vit des hommes qu’elle identifia immédiatement comme des Freys (à cause de leur blason bien visible malgré la noirceur de la nuit, et ce grâce aux nombreuses torches aux alentours) se diriger vers des soldats de la maison Stark, et commencer à les assassiner implacablement.

 

Elle se figea, étouffant avec difficulté son hoquet d’horreur en voyant également le loup de son frère être tué juste devant elle, à seulement quelques mètres de là où elle se trouvait.

 

Qu’est-ce que...

 

Qu’est-ce qu’il était en train de se passer ?

 

Pourquoi ?

 

Cette soirée était supposée signifier l’union de leurs deux familles, pas la destruction de l’une par l’autre !

 

L’histoire se répétait, se rejouait une nouvelle fois, de la même manière, et encore une fois, il n’y avait rien qu’elle puisse faire pour empêcher la tragédie de se produire.

 

Sa mère et son frère étaient en danger, il fallait qu’elle les prévienne, qu’elle...

 

Soudain, un hurlement de douleur déchira l’air, et Arya se figea une nouvelle fois.

 

Elle connaissait cette voix.

 

Maman !

 

Elle n’avait même pas besoin d’être présente sur place, de voir la scène pour comprendre ce qu’il était en train de se dérouler là, aux membres de sa famille, à la fois si proches et si loin d’elle.

 

Elle sut immédiatement, alors que l’éclat de rire de Walder Frey retentissait à son tour dans l’air, indifférent qu’il était à la mort de sa toute jeune épouse, autant qu’il semblait se réjouir de celle de Robb et Catelyn Stark.

 

Arya sentit son souffle s’arrêter dans sa gorge.

 

Sa mère et son frère venaient de mourir.

 

Et dans son cœur meurtri, mais encore anesthésié par la douleur, chantaient et résonnaient en boucle les mots : Trop tard, trop tard, trop tard.

 

Elle était arrivée trop tard, encore, comme à Port-Réal.

 

Mais qu’aurait-elle bien pu faire ?

 

Elle n’était qu’une enfant !

 

Elle n’était pas de taille à lutter contre Walder Frey et ses sbires.

 

Walder Frey était en train de mettre à bas la famille Stark, pour de bon, et si elle ne s’enfuyait pas de là le plus vite et le plus loin possible, il allait finir par réussir.

 

Sauf qu’elle n’arrivait plus à bouger.

 

Son cœur et son corps étaient gelés, incapable de faire quoi que ce soit, tandis que la douleur de la trahison que venait de subir sa famille était en train de lui déchirer le cœur.

 

Sa mère venait tout juste de mourir, et le pire était que c’était sans même savoir qu’elle avait été là.

 

Catelyn Stark avait péri en croyant sa petite fille loin d’elle, peut-être même morte qui sait, puisqu’ils n’avaient plus aucune nouvelle d’elle.

 

Morts, morts, morts.

 

Elle n’avait plus personne, elle n’avait plus rien.

 

Rien si ce n’est sa rancœur, sa haine, son désir de vengeance, de meurtre, son envie de tous les faire payer (même si à cet instant précis seule sa douleur émergeait de son cerveau quiavait encore du mal à réaliser ce qu’il venait de se passer) tous autant qu’ils étaient, les Freys, les Lannister, tout ces monstres qui pensaient s’en sortir impunément une fois leur crime accompli.

 

Ils ne la connaissaient pas encore, n’avaient aucune idée de ce qu’il leur tomberait bientôt dessus.

 

La jeune fille encore figée sur place accueillit le coup sur la tête que lui administra le Limier pour l’assommer comme une véritable délivrance.

 

À son réveil, quelques heures plus tard, elle avait un certain nombre de nouveaux noms à rajouter à sa liste.

 

Oh, oui, maintenant c’était certain.

 

Arya Stark de Winterfell n’était définitivement plus une enfant.

 

Chapter Text

Sansa Stark avait grandi en apprenant à avoir la foi, que ce soit envers les anciens dieux ou les nouveaux, et ce, d’une manière sincère et inébranlable.

 

Sa mère lui avait enseigné le respect envers les anciens dieux, et Septa Mordane, elle, l’avait fait au sujet des nouveaux, et jamais la petite fille qu’elle était alors n’avait remis en question cette croyance.

 

(Elle avait bien grandi depuis...)

 

Sansa avait toujours écouté docilement ce qu’on lui disait, et surtout elle y avait toujours cru, que ce soient les histoires sur les princes charmants ou tout ce qui pouvait concerner les dieux.

 

Oui, elle le savait, les dieux étaient réels, et bons, et miséricordieux, et si on agissait suffisamment bien et si on les priait de la bonne manière, ils pouvaient vous accorder ce que vous désiriez le plus au monde.

 

Ce qui ne signifiait pas que l’on pouvait tout obtenir non plus, la jeune noble était peut-être naïve, mais pas à ce point-là non plus, elle savait pertinemment que tout avait un prix.

 

Mais, peut-être que si elle s’appliquait suffisamment à devenir la meilleure dans tout les domaines qu’une véritable dame se devait de maîtriser, peut-être aurait-elle droit à ce dont elle rêvait le plus au monde, peut-être les dieux l’exauceraient-ils !

 

Alors elle pria encore, et encore, et encore pour qu’un prince charmant survienne enfin, et veuille l’épouser, puisque c’était bien ce qu’on lui avait appris à vouloir, à chérir, à désirer.

 

Son vœu fut exaucé, bien évidemment.

 

Elle ignorait encore que les contes de son enfance n’étaient que des mensonges destinés à cacher aux enfants la véritable cruauté du monde.

 

§§§§

 

Port-Réal était le lieu des mensonges, des faux-semblants, de la dissimulation, du cynisme et de la cruauté.

 

Et elle, pauvre petite colombe, comment aurait-elle lutter contre tout ça ?

 

Sansa commençait lentement à s’en rendre compte, mais tout n’avait pas encore basculé, tout n’était pas que désolation pour elle, elle avait encore l’espoir que les choses se terminent bien, elle avait encore la foi.

 

Alors elle fit la seule chose qu’elle pouvait encore faire et qui avait peut-être des chances de marcher.

 

Elle pria.

 

Elle pria pour que Joffrey devienne quelqu'un de meilleur, elle pria pour que son père soit épargné, elle pria pour revoir sa mère et ses frères, et pour pouvoir un jour revenir à Winterfell, rentrer à la maison.

 

Elle prie pendant des heures, jusqu’à que sa voix finisse par devenir inaudible, qu’elle se brise, qu’elle se casse, comme on était en train de la briser elle-même, ici, dans ce lieu empli de menteurs et de traîtres, elle prie jusqu’à ce que ses genoux deviennent entièrement insensibles, jusqu’à ce que le froid glacial des dalles du Grand Septuaire de Baelor finissent par lui geler le corps et le cœur.

 

Elle prie, et personne ne l’entend, ni ne lui répond.

 

Elle prie, et cela ne change rien.

 

Elle prie, mais son père meurt quant même, et, naïvement, elle se demande ce qu’elle a bien pu faire de mal pour que les dieux soient si indifférents à ses suppliques.

 

Elle croit encore en eux, mais c’est ce jour-là que sa foi commence à vaciller.

 

§§§§

 

Les princes charmants n’existaient pas.

 

Sansa Stark commençait à croire que les Sept non plus.

 

Elle avait continué d’ardemment les prier, même après la mort de son père, même après la mort de sa mère et de son frère aîné aux Noces Pourpres, elle avait supplié pour leur survie, et pour sa propre survie, mais...

 

Ça n’avait rien changé non plus, et silencieusement, elle avait demandé pourquoi.

 

Aucun d’eux n’était intervenu pour la sauver des brimades et des cruautés de Joffrey.

 

Le Père, la Mère, la Jouvencelle, l’Aïeule, le Guerrier, le Ferrant, l’Étranger...

 

Aucun d’eux n’avait fait quoi que ce soit pour la protéger.

 

Pourquoi ?

 

Elle n’était pourtant pas une mauvaise personne, alors par les sept enfers, pourquoi était-elle forcée d’endurer tout cela ?

 

Pourquoi elle ?

 

Elle priait, encore et encore, et les choses ne changeaient pas.

 

Elle allait devoir se rendre à l’évidence.

 

Il faudrait qu’elle se sauve toute seule.

 

Les gens de Port-Réal avaient tort, elle n’était pas une colombe.

 

Elle était une louve, et un jour prochain, elle saurait sortir les crocs, et leur montrer à tous de quoi elle était capable.

 

§§§§

 

Elle était libre.

 

Elle avait tellement prié pour que ce jour arrive qu’elle n’arrivait même pas à y croire, et pourtant...

 

Joffrey était mort.

 

Sansa n’avait aucune idée du qui, du comment, ni même du quoi (en revanche, elle avait une très bonne idée du pourquoi) mais après tout, peu importe.

 

Les dieux l’avaient entendue, et même si ce n’était pas vrai, elle pouvait toujours y croire, non ?

 

Ils existaient peut-être, n’existaient peut-être pas, mais qu’ils soient réels ou non, miséricordieux ou cruels, Sansa n’en avait cure.

 

Elle avait bien conscience que pour survivre à Westeros, on ne pouvait compter que sur soi-même.

 

La jeune femme avait définitivement perdu ses illusions de petite fille, c’est vrai.

 

Mais ici et maintenant, à Hautjardin, trois ans après la mort de Joffrey, et main dans la main avec Margaery Tyrell, elle se permettait de croire et d’espérer en un avenir radieux pour elles deux.

Chapter Text

Avant, Sansa Stark était l’autre, l’inconnue, l’étrangère.

 

Maintenant, Yara se surprenait de plus en plus à apprécier la jeune noble.

 

Cela ne s’était pas fait naturellement, évidemment, du moins, pas au début.

 

Après être partis en courant de Winterfell, Sansa et Théon avaient tout les deux été sauvés par Brienne de Torth, et celle-ci avait accepté de les escorter jusqu’à Pyk.

 

Yara ne savait pas vraiment à quoi s’attendre de sa part, après tout, leurs familles avaient été ennemies, et elles l’étaient toujours.

 

Mais d’un autre côté, cette vieille querelle était morte en même temps que Balon Greyjoy, et si Sansa avait trouvé la force de pardonner à Théon, alors elle n’avait aucune raison de haïr une personne qui ne lui avait jamais rien fait.

 

Quand à ce qu’elle pensait d’elle, hé bien...

 

C’était en partie grâce à elle si Théon était en train de redevenir lui-même, s’il avait pu se libérer de l’emprise de Ramsay Bolton pour de bon, parce qu’il ne pouvait pas supporter qu’elle puisse mourir, et c’était aussi grâce à elle s’il était enfin rentré à la maison.

 

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, et seul le Dieu Noyé savait à quel point elle haïssait Ramsay Bolton pour ce qu’il avait fait à son frère, au moins autant que Sansa le haïssait.

 

À défaut d’être amies, elles étaient du moins alliées.

 

C’était un bon début, non ?

 

§§§§

 

Alors que Sansa Stark pénètre pour la première fois dans la salle du trône des Fer-nés, Yara Greyjoy s’attend à être mise face à une femme brisée.

 

Et c’est le cas, bien évidemment, mais elle ne s’en rend pas compte tout de suite, elle ne le découvrira que plus tard, parce que certaines blessures et cicatrices peuvent être moins visibles que d’autres.

 

Sans compter que la jeune lady a définitivement appris à mentir et à dissimuler ses blessures et ses faiblesses depuis son séjour à Port-Réal.

 

Devant elle se tient une femme forte, courageuse et déterminée à reprendre ce qui est sien et qui lui a été si injustement arraché.

 

Il y a une flamme qui brûle dans les yeux de Sansa Stark, et, alors qu’elle s’exclame : Je veux reprendre Winterfell, Yara réalise qu’elle serait prête à la suivre n’importe où si elle le lui demandait.

 

Des corbeaux sont envoyés aux quatre coins des Sept Royaumes, aux Eyrié, à Hautjardin, à Château-Noir, à Vivesaigues, à Dorne, partout où les Stark peuvent encore trouver des alliés, et même à Port-Réal, où les moineaux ainsi que Cersei ont perdu le pouvoir depuis peu, et où Margaery règne désormais avec Tommen.

 

Certains viendraient, d’autres non, mais Yara était néanmoins sure d’une chose.

 

Ramsay Bolton ne l’emporterait pas au paradis.

 

Ils vaincraient.

 

§§§§

 

Les semaines passent, les troupes s’amoncellent non loin de Winterfell, et soudain, l’espoir renaît dans le cœur des gens du Nord.

 

Il semblerait qu’en fin de compte, les Stark aient bien plus d’alliés qu’ils ne le pensaient.

 

Quand Jon Snow finit par venir tout droit de Château-Noir, et qu’il manque d’étrangler Théon, Yara ne peut pas franchement dire qu’elle est surprise, et à vrai dire, sans l’intervention de Sansa, elle n’est pas vraiment sure que son frère s’en serait sorti.

 

Elle a encore du mal à se le dire à elle-même, mais le fait est que oui, elle apprécie beaucoup cette fille qui est bien plus que la petite fille fragile qu’elle paraît être au premier abord.

 

C’est une louve.

 

Une louve prête à détruire tout ceux prêts à se mettre en travers de son chemin ou voulant l’empêcher de retourner chez elle.

 

Yara aurait sincèrement peur d’elle si elles n’étaient pas alliées.

 

§§§§

 

D’autres semaines passent, et à Pyk, un étrange équilibre s’installe.

 

Jon et Théon ont tacitement décidé de ne plus se croiser, et peu à peu Yara a le plaisir de voir son petit frère commencer à renaître sous ses yeux.

 

Il ne sera plus jamais comme avant, c’est vrai.

 

Mais un jour, il guérira, du moins, elle l’espère.

 

Tout comme Sansa Stark.

 

Certains jours, la jeune reine du Nord (c’est comme ça que ses bannerets commencent à l’appeler et Yara trouve que ça lui va bien) sourit, voire éclate de rire, tout doucement, comme si elle se permettait d’être heureuse à nouveau.

 

Yara ne peut s’empêcher de se dire que c’est l’un des plus beaux sons du monde.

 

Mais ça ne durera pas, n’est-ce pas ?

 

Et elle le sait parfaitement.

 

Bientôt, une bataille va éclater à Winterfell, un combat qu’ils ne doivent perdre à aucun prix, alors autant savourer ce qu’il leur reste encore.

 

Trois mois après l’arrivée de Sansa et Théon, ils se mettent enfin en route vers Winterfell, la peur au ventre, et Yara mentirait si elle prétendait que ce n’est pas son cas à elle aussi.

 

Tout ce qu’elle veut, c’est rentrer à la maison.

 

Et revoir le sourire de Sansa.

 

Elle ne sait pas encore ce que cela veut dire, ne veut pas encore y penser, parce que ce n’est pas le moment, et parce qu’elle a beaucoup trop peur des réponses qu’une réflexion approfondie à ce sujet pourrait lui apporter.

 

Elle a peur que Sansa ne perde la vie au cours du combat, à cause d’une énième manigance de Ramsay.

 

Ce n’est pas un hasard si la nuit avant la bataille, c’est à elle qu’elle pense.

 

§§§§

 

La bataille est longue, dure et sans pitié, des hommes tombent des deux côtés, et, quand Yara voit Ramsay Bolton balancer brutalement Rickon Stark au beau milieu de celle-ci, son sang ne fait qu’un tour.

 

Elle court, s’élance et se place devant Rickon juste à temps pour lui empêcher d’être transpercé par la flèche qui fonce sur lui.

 

(Elle n’est d’ailleurs pas blessée, le Dieu Noyé soit loué.)

 

Il y a un gosse qui tremble de peur contre elle, une foultitude de chevaux, de combattants et de dangers mortels autour d’eux deux, et soudain, Yara se demande comment elle a pu être aussi stupide pour se lancer ainsi dans la bataille sans réfléchir.

 

Elle ne fait pas ça pour les Stark.

 

C’est un demi-mensonge, en réalité.

 

En effet, elle ne fait pas ça pour les Stark.

 

Non, elle fait ça pour Sansa.

 

Quand Théon finit par surgir sur son cheval et les hisse tout les deux dessus, les sauvant d’une mort certaine, elle remercie tout les dieux qu’elle connaît de lui permettre de survivre un jour de plus.

 

Lorsqu’elle constate que la bataille a été gagnée, et que Ramsay Bolton a été emprisonné, elle sent un poids s’enlever de ses épaules.

 

Quelques heures plus tard, Yara voit pour la première fois la carapace que Sansa Stark a forgé autour d’elle au fil des ans se fissurer, craqueler, pour finalement se briser en mille morceaux, lorsqu’elle retrouve enfin Rickon et qu’elle le sert dans ses bras.

 

Elle pleure, de joie, et il y a de quoi.

 

Elle est rentrée à la maison, son petit frère lui a été rendu, elle est heureuse, et ça, Yara ne peut que le comprendre.

 

Puis, la louve du Nord se tourne vers elle, lui sourit, la remercie d’avoir sauvé son frère, et soudainement, Yara sent des papillons s’envoler dans son ventre.

 

§§§§

 

Il fait nuit, Winterfell a été repris pour de bon, Ramsay est toujours en prison, et Yara et Sansa sont là, assises l’une en face de l’autre, en train de parler de choses et d’autres, au coin du feu.

 

Sansa lui parle de Winterfell, du passé, de sa famille, et ses yeux brillent, ses cheveux rougeoient, éclairés par le feu, ses joues sont roses à cause du froid, et à certains moments même, elle rit.

 

Elle est magnifique.

 

Et, soudain, alors qu’elle la regarde, et l’écoute, Yara écarquille les yeux tandis qu’elle finit enfin par comprendre ce qu’elle s’est caché à elle-même pendant tellement longtemps.

 

Par les sept enfers, je crois que je suis en train de tomber amoureuse.

 

Et bien sûr, quand elle le comprend, il est déjà trop tard.

Chapter Text

Au fil des années, Arya Stark avait pris l’habitude d’enfermer beaucoup de choses au fond d’elle-même, dans des petites boites, de petits compartiments qu’elle se refusait encore à déterrer.

 

Son identité, ses peurs, ses sentiments en tout genre.

 

Ses sentiments pour Gendry notamment.

 

Tout cela n’avait pas le droit d’exister.

 

Parce qu’il n’était pas temps, pas encore, parce qu’elle ne pouvait pas redevenir elle-même, pas tout de suite, parce que la guerre était là, à leur porte, que les morts arrivaient, et qu’elle n’avait plus le temps de vivre.

 

Pendant longtemps, elle n’avait plus été Arya Stark de Winterfell, mais Arry, seulement Arry, un petit garçon sans famille se battant pour survivre et destiné à rejoindre la Garde de nuit, puis elle était devenue personne, et surtout, elle était devenue un assassin sans peur et sans reproche.

 

Ou du moins, c’est ce qu’elle s’était efforcée de croire, parce qu’en réalité, elle n’était qu’une enfant, une enfant qui avait peur, peur de mourir, peur de tout perdre, et qui ne voulait que retrouver sa famille et faire cesser cet horrible cauchemar.

 

Et puis, la petite fille avait grandi, et elle s’était jurée qu’elle n’aurait plus jamais peur.

 

Elle était devenue personne, et elle avait pu faire semblant, faire semblant de ne plus avoir peur, de ne plus avoir mal, faire semblant de ne plus rien ressentir, ni peur, ni colère, ni haine, ni amour.

 

Mais aujourd'hui, en ce jour fatidique où elle avait faillit mourir, tout ce qu’elle avait eu tant de mal à enfouir en elle était en train de remonter à la surface.

 

§§§§

 

Tout s’était déroulé dans un brouillard incompréhensible.

 

Elle avait tué le Roi de la Nuit, avait à peine eu le temps de se lamenter sur la mort de Théon (Théon, mort en héros, mort pour sauver Bran, mort pour protéger les vivants, mort chez lui, en Stark, et qu’est-ce que ça changeait à l’injustice de son destin exactement ?) tant tout son corps et son cœur lui apparaissaient comme au moins aussi gelés que l’avaient été les marcheurs blancs encore quelques secondes plus tôt.

 

Elle avait vu Sansa pleurer Théon, elle l’avait vue la serrer dans ses bras, tout comme Jon, qui était arrivé quelques minutes après, et c’était là que l’improbable vérité lui était finalement apparue.

 

Ils étaient vivants.

 

Elle s’était tellement préparée à mourir que, pour être honnête, elle ne savait pas vraiment comment elle allait désormais faire pour simplement vivre.

 

Tout n’était pas terminé, bien sûr, il y aurait encore une autre guerre à mener, la guerre de Daenerys, ou plutôt, la guerre contre Cersei, mais, comme elle l’avait déjà dit au Dieu de la mort, ce ne serait pas pour aujourd'hui.

 

Pas encore.

 

Désormais, une simple et terrible peur agitait le cœur d’Arya Stark.

 

Son petit frère allait bien, sa grande sœur aussi, tout comme Jon, Daenerys, Brienne, mais aussi le Limier (qui aurait cru quelques années plus tôt qu’elle aurait pu être soulagée par le fait qu’il s’en soit sorti), mais il y avait encore une personne qu’elle n’avait pas revu, une personne dont elle était encore incertaine du sort.

 

Gendry.

 

Alors qu’elle déambulait dans Winterfell en ruine, évitant adroitement tout les survivants qui la cherchaient pour lui montrer leur reconnaissance (elle ne voulait pas de leur reconnaissance. Elle voulait Gendry.), elle sentait son cœur battre à tout rompre.

 

Parce que, quelque part entre Port-Réal et Braavos, la petite fille qu’elle était autrefois avait fini par grandir, à la dur, elle était devenue une femme, et elle était tombée amoureuse.

 

Puis, la femme rouge lui avait arraché Gendry, et quand elle avait compris ce qu’elle ressentait, il était déjà trop tard, bien sûr.

 

Et maintenant, alors qu’elle courait à en perdre haleine au cœur du château, elle se mit à prier tout les dieux qu’elle connaissait pour que lui au moins puisse survivre.

 

Elle avait passé tellement de temps à ne plus rien ressentir, tellement de temps à essayer de ne plus penser à son père et sa mère mort, à Robb décapité, à tout ses frères et sœurs en danger de mort, que désormais, alors que le calme, la paix et le silence étaient revenus, elle ne savait plus comment réagir.

 

Et, alors qu’elle apercevait enfin le visage de Gendry, non loin d’elle, et surtout sain et sauf, Arya Stark eut l’impression que toutes les boites représentant ses émotions, ses joies, ses peurs et ses peines, qu’elle avait enfouies en elle étaient en train d’exploser de joie, tout comme son cœur, ce qui lui donna une furieuse envie de pleurer et de rire en même temps.

 

Que dit-on au Dieu de la Mort ?

 

Pas aujourd'hui.

 

Non, en effet.

 

Aujourd'hui, ils sont vivants.

Chapter Text

Théon avait compris quel risquait d’être son destin à l’instant même où Yara avait accepté de le laisser repartir à Winterfell.

 

Parce que c’était là qu’était sa place, c’était là son véritable foyer, et sa grande sœur semblait l’avoir enfin compris.

 

Il aurait pu rester à Pyk, sur les Îles de Fer, y demeurer en sécurité, s’y terrer comme un rat, et survivre en attendant que les autres fassent le sale travail à sa place, comme le faisait en ce moment-même Cersei Lannister.

 

Il ne le ferait pas, parce qu’il n’était pas un lâche, qu’il ne l’était plus, et que pour lui, le seul moyen de le prouver était de se battre pour ceux qui avaient presque toujours été sa famille, qu’ils l’acceptent ou non dans celle-ci.

 

Yara allait rester là pour Daenerys, pour que la reine des dragons puisse s’y replier, en cas de défaite contre les morts, elle était la reine des fer-nés, et elle avait un rôle crucial à jouer dans la guerre qui s’annonçait.

 

Lui, à l’inverse, n’avait rien à faire ici.

 

Théon était parti en ayant parfaitement conscience que les choses risquaient de mal finir, il s’y était préparé.

 

En réalité, il ne voyait pas d’autre issue pour lui dans ce conflit.

 

Parce qu’après tout, si jamais ils vainquaient les morts et Cersei, quelle place y aurait-il pour lui dans cet après, dans ce nouveau monde dépourvu de marcheurs blancs ?

 

Il avait réussi à sauver Yara, et il la savait parfaitement capable de mettre une raclée à leur oncle Euron si jamais celui-ci osait se repointer à Pyk (du moins, si il survivait lui aussi à cette guerre à venir), elle n’avait plus besoin de son aide.

 

Quant aux Stark et à Winterfell en général, hé bien...

 

Ce serait déjà un miracle qu’ils l’acceptent pour combattre à leur côté, alors espérer obtenir une place au château une fois la guerre terminée (à nouveau, si toutefois il en réchappait) était une chose sur laquelle il ne comptait absolument pas.

 

Pour dire la vérité, le fait est qu’il n’avait lui-même plus envie de vivre.

 

Oui, en réalité, il était déjà mort, son ancien lui était mort depuis longtemps, depuis tellement longtemps, quand exactement, il n’aurait su le dire.

 

Était-il mort à Fort-Terreur, sous les coups, les tortures et les rires de Ramsay ? Ou bien s’était-il définitivement éteint après les Noces Pourpres, après avoir appris la mort de Robb ?

 

Ce qui est mort ne saurait mourir mais se lève à nouveau, plus dur à la peine et plus vigoureux.

 

Il était mort une fois, puis deux, puis trois, il avait cessé d’être Théon Greyjoy, puis il avait vu Sansa manquer de se faire tuer par cette folle de Myranda, et là, d’un seul coup, en la sauvant, il s’était relevé, enfin.

 

Il avait retrouvé Yara, puis il l’avait perdue à cause d’Euron, et enfin, il avait réussi à la sauver, à réparer l’une de ses plus grandes erreurs.

 

Etaujourd'hui, il était là, àWinterfell, à la maison, prêt à se battre jusqu’à la mort contre le roi de la nuit pour sauver Bran.

 

Mais désormais, il le savait déjà.

 

Cette fois-ci, il ne se relèverait pas.

 

§§§§

 

Protéger Bran avait été la bonne chose à faire.

 

En un sens, la boucle était bouclée, c’était comme un cycle qui se refermait enfin.

 

Il l’avait dit lui-même à Bran, il avait autrefois trahi sa famille et brûlé sa maison, l’avait mise à sac, alors, quelle meilleure manière pour lui de se racheter que de se battre pour lui, pour eux tous ?

 

Et, alors que les morts s’avançaient vers eux, inexorables, inéluctables, et qu’il avait tenté de s’excuser, Bran lui avait parlé, et implicitement, l’avait pardonné pour toutes ses erreurs et tout ses crimes, et c’était comme si un poids énorme l’avait enfin quitté.

 

Comme si les Stark, par le biais de Bran, lui permettaient enfin d’être à nouveau en paix avec lui-même, comme si enfin, ils le pardonnaient.

 

En revanche, il y avait une simple question qu’il n’avait pas eu l’occasion de lui poser, et qui le hantait encore et toujours, et qu’il se posait depuis des années.

 

Tu penses que Robb m’aurait pardonné ?

 

Tu penses que, s’il n’y avait pas eu les Noces Pourpres et qu’il avait survécu, Robb m’aurait pardonné, qu’il aurait compris ?

 

Tu penses que ce que j’ai fait peut être réparé, peut être arrangé ?

 

Tu crois que j’ai le droit de me pardonner ?

 

Il n’avait pas eu le temps de le lui demander.

 

Puis, Théon l’avait regardé droit dans les yeux, et il avait su qu’il savait comment tout cela allait finir.

 

Il allait mourir.

 

Mais il n’avait pas peur.

 

Il n’avait plus peur de mourir depuis bien longtemps.

 

Tu crois que ma mort changera quoi que ce soit ?

 

Que j’ai finalement réussi à faire quelque chose de bien, après toutes mes erreurs ?

 

Pardon Bran.

 

Et merci de m’avoir pardonné.

 

Il avait fait ce qu’il avait à faire, et, alors qu’il sentait la vie lentement quitter son corps, ce fut sans regrets, et en ayant conscience que, peut-être, il avait réussi à un peu changer la donne dans cette guerre.

 

Peut-être que ce qu’il avait fait, aussi minime cela soit-il, allait réellement compter.

 

Alors qu’il fermait définitivement les yeux, Théon Greyjoy se surprit à sourire.

 

§§§§

 

Quand il ouvrit une nouvelle fois les yeux, il était dans sa chambre, à Winterfell.

 

Donc, en fait, il était mort là ?

 

Pourquoi est-ce qu’il n’arrivait même pas à être surpris ?

 

Et surtout... pourquoi est-ce que cela ne lui faisait rien ?

 

Il était mort et il n’avait plus mal, et tout ce que Ramsay avait autrefois brisé en lui était revenu à la normale.

 

Puis, cela le frappa comme une évidence à la fois simple, douloureuse et surprenante.

 

Il était à Winterfell ?

 

Il se redressa sur son lit, constatant également assez rapidement qu’il portait les mêmes vêtements qu’avant... hé bien, sa trahison.

 

Comment ?

 

Et surtout, pourquoi par les sept enfers ?

 

Est-ce qu’il n’aurait pas plutôt dû être...

 

Enfin, après tout, qu’est-ce qu’il y connaissait réellement à ce qu’il se passait après la mort ?

 

Donc, s’il avait bien tout compris, il était mort, et il était revenu à Winterfell, apparemment, les anciens dieux, ou les nouveaux, ou le maître de la Lumière, ou le Dieu Noyé... enfin, peu importe.

 

Bref, une quelconque entité supérieur avait décidé qu’il était digne de revenir à la maison, et la simple pensée qu’il n’était sans doute pas seul dans cet au-delà (puisque presque tout les autres Stark morts s’y trouvaient sûrement) eut à peine le temps de traverser son esprit, qu’il entendit soudainement la porte de sa chambre s’ouvrir.

 

Révélant Robb Stark en personne, et Théon blêmit instantanément.

 

Il s’était attendu à n’importe qui, sauf à lui.

 

Et pendant quelques longues et mortelles secondes, il ne sut réellement quoi dire.

 

Parce que Robb était là, juste devant lui, et au-delà du soulagement qui l’étreignait à l’instant-même, c’était surtout la peur qui le dominait.

 

Le roi du Nord avait de nouveau sa tête sur les épaules, et ce simple fait avait suffi pour le faire se figer sur place, incapable de dire ou faire quoi que ce soit, si ce n’est le regarder comme s’il venait tout juste de voir un fantôme.

 

Parce que, la dernière fois qu’il l’avait vu, Robb Stark était mort, certes, il l’était toujours, mais la dernière fois, il n’avait surtout plus de tête.

 

Après les Noces Pourpres, Ramsay Bolton l’avait amené aux Jumeaux.

 

Probablement parce qu’il trouvait terriblement drôle de briser la dernière parcelle de Théon Greyjoy qu’il avait en lui de cette manière.

 

Il l’avait fait pour le détruire définitivement.

 

Pour lui montrer ce qu’il restait du roi qu’il avait autrefois servi, tant chéri, tant aimé, qu’il aimait toujours, et puis qu’il avait trahi.

 

À savoir, qu’il n’y avait absolument plus rien.

 

Il l’avait vu, avait vu sa tête arrachée à son corps, ses yeux bleus grands ouverts, ses yeux morts, ses yeux vides, il avait vu son corps déchiqueté, orné de la tête de Vent Gris, et l’odeur de sang, de pourriture et de mort qui lui avait envahi les narines avait manqué de le faire vomir.

 

Mais il n’avait pas hurlé.

 

Il n’en avait pas eu le droit.

 

Écoute-moi bien Reek, ose hurler, et je te jure que je te coupe un autre doigt, l’avait menacé Ramsay.

 

Et il avait obéi, bien évidemment.

 

Il s’était mordu la langue jusqu’au sang, et il n’avait même pas senti la douleur, ça faisait bien longtemps qu’il ne la sentait presque plus, pas après toutes les tortures que Ramsay lui avait faites endurer.

 

Et de toute façon, il méritait bien de souffrir, non ? Après tout ce qu’il avait fait.

 

Théon Greyjoy, lui, aurait hurlé de douleur face à cette perte, il aurait crié, se serait lamenté.

 

Mais cela faisait bien longtemps que Théon était mort de toute façon, et désormais il n’était plus que Reek.

 

(Ce qui est mort ne saurait mourir.

 

Mais Robb Stark, lui, était mort pour de bon.)

 

En revanche, il avait pleuré, et son esprit brisé, en lambeaux, n’avait pas compris pourquoi, parce qu’il ne se souvenait plus de rien, ou du moins, parce qu’il ne voulait tout bonnement plus se rappeler.

 

Tout ce qu’il savait, c’est qu’il avait le cœur en morceaux, que quelque chose en lui était mort pour toujours et ne reviendrait plus jamais.

 

Et Ramsay...

 

Ramsay avait rit.

 

Comme s’il s’attendait parfaitement à cette réaction, et que ça lui faisait plaisir de voir ça.

 

Il avait marché autour de Théon (non, Reek, son nom était Reek, il ne fallait pas qu’il l’oublie s’il ne voulait pas souffrir encore plus. Théon Greyjoy n’existait plus, et c’était tant mieux pour lui et le monde) pendant un temps, la tête de Robb entre les mains, jouant avec, regardant avec un air narquois sa pauvre victime, qui sanglotait, à genoux sur le sol.

 

Quelques secondes plus tard, il avait posé la tête à terre, juste en face de Théon, et il s’était assis juste à côté de lui.

 

Que dit-on dans ce genre de situation déjà ? Lui avait-il demandé, avec un faux air pensif sur le visage, ne semblant même pas attendre de réponse, comme perdu dans ses propres pensées.

 

Ah oui, c’est vrai ! Avait-il ajouté avec une joie malsaine.

 

Le roi est mort, lui avait-il susurré à l’oreille, alors que les sanglots de Théon (Reek, Reek, REEK !) s’intensifiaient de plus belle.

 

Longue vie au roi ! Avait-il lâché avec un profond cynisme, avant d’éclater de rire, à nouveau.

 

Et c’était à cet instant précis que Théon Greyjoy avait le plus souhaité mourir.

 

C’était là précisément qu’il s’était senti mourir.

 

Puis, tout n’avait été que ténèbres, jusqu’à ce que Sansa Stark ne revienne à Winterfell et ne le fasse se ressouvenir de qui il était vraiment.

 

§§§§

 

Retournant à la réalité, une réalité dans laquelle il était mort, il remarqua que Robb non plus n’avait pas bougé d’un centimètre depuis qu’il était entré dans sa chambre.

 

Quant à Théon, il le regardait toujours avec le même air hébété.

 

« Robb ? Finit-il enfin par lui demander, brisant par la même occasion le silence qui s’était formé entre eux deux. C’est toi ?

 

Question stupide, réalisa-t-il immédiatement.

 

L’ancien roi du nord s’autorisa à sourire.

 

- Oui, bien sûr que c’est moi. »

 

Et à ces simples mots, Théon se sentit presque revivre.

 

Il aurait voulu se lever, pour ensuite aller serrer Robb dans ses bras, pour s’assurer qu’il était bien là, avec lui, mais il ne s’en sentait pas le droit.

 

Pas après tout ce qu’il avait fait.

 

« Robb, commença-t-il enfin par dire, je... Je suis désolé. Tellement désolé, pour... pour tout ce que j’ai fait à ta famille, à... »

 

A notre famille.

 

Il ne prononça jamais ces mots.

 

À vrai dire, il ne put rajouter un seul mot après cela.

 

Le pire, c’est qu’au fil des ans, il avait préparé une sorte de discours, au cas où il aurait la possibilité de revoir Robb dans l’au delà.

 

Et de s’excuser, pour de bon.

 

Je suis désolé de t’avoir trahi, de ne pas avoir su rallier mon père à ta cause, de n’avoir rien trouvé de mieux pour compenser mon échec que de faire le pire des choix, je suis désolé d’avoir pillé et brûlé ta maison.

 

Je suis désolé d’avoir été lâche, désolé de m’être laissé détruire par Ramsay Bolton, désolé de ne pas avoir pu te sauver des Freys et des Bolton, pardon pour tout.

 

Pardon de ne pas avoir été suffisamment fort pour protéger et sauver Bran.

 

Mais, maintenant qu’il était en face de lui, il ne parvenait plus à trouver les mots justes.

 

Un peu comme si, à ce stade, les mots ne suffisaient même plus pour qu’il puisse exprimer ses regrets.

 

Comme s’il avait compris à quoi il pensait, Robb se rapprocha de lui, et, toujours souriant, il posa une main sur son épaule.

 

« Théon... regarde-moi, ajouta-t-il, en constatant que son ami n’arrivait même pas à le regarder dans les yeux. Tu n’as pas à t’excuser.

 

Pardon ?

 

Comment Robb pouvait-il le pardonner aussi facilement alors que lui-même n’y était toujours pas arrivé ?

 

Face à sa surprise, son sourire s’évanouit, et le visage du Jeune Loup se durcit soudainement.

 

- Tu penses sincèrement que, en ayant connaissance de tout ce que tu as enduré par la suite aux mains de Ramsay Bolton, et aussi tout ce que tu as fait plus tard pour te racheter, je pourrais encore t’en vouloir ? »

 

Théon hocha la tête, encore muet et estomaqué par la manière dont se déroulaient les choses.

 

Robb soupira, et il s’assit à ses côtés.

 

« Théon... crois-le ou non, mais je ne te déteste pas.

 

- Moi, je me déteste, lui avoua le fer-né, sur le point de fondre en sanglot. »

 

La prise de Robb sur son épaule se renforça, sans le faire souffrir pour autant, en fait, en un sens, c’était presque... réconfortant.

 

Cela lui prouvait qu’il n’était pas seul.

 

Qu’il ne l’était plus.

 

Lorsqu’il sentit les premières larmes couler le long de ses joues, Théon n’en fut même pas surpris, et il tenta, sans grand succès, de les retenir.

 

En revanche, s’il y avait bien une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’était que Robb, en le voyant pleurer à chaudes larmes, au lieu de s’éloigner de lui comme il s’y attendait, ne finisse par le serrer contre lui, dans ses bras, et posant sa tête contre son torse afin de le laisser pleurer de tout son soûl.

 

Ce fut à cet instant précis que Théon perdit complètement pied.

 

« Pardon... marmonna-t-il. Je suis désolé. Pardon. Je t’en supplie, pardonne-moi. »

 

Robb le regarda alors avec un air terriblement tendre, et Théon ne put déterminer ce que cet air signifiait immédiatement.

 

« Théon, fit-il alors avec douceur. Ce que tu n’as pas l’air de comprendre, c’est que je t’ai déjà pardonné.

 

Sans se dégager de l’étreinte, son ami releva la tête, essuya ses larmes, et le regarda alors droit dans les yeux.

 

Et posa enfin la question qui le taraudait depuis plusieurs minutes.

 

- Pourquoi ? »

 

Sans répondre de prime abord, Robb Stark se contenta de le serrer encore plus fort contre lui, comme pour l’empêcher de partir loin de lui à nouveau, comme s’il refusait de le perdre encore.

 

« J’ai longtemps été en colère contre toi, tu sais... C’était plus de la colère que de la haine, et je t’en ai voulu longtemps parce que j’étais blessé. Ta trahison m’avait fait mal, et surtout, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi tu avais décidé de trahir notre famille. Même après les Noces... après ma mort, je continuais de t’en vouloir, je pensais que tu avais tué mes petits frères, et je ne comprenais toujours pas pourquoi tu m’avais fait ça. Tu nous avais fait ça.

 

Et puis plus tard, bien plus tard, j’ai appris que tu n’avais pas tué Bran et Rickon, et j’ai entendu parler de la manière dont ton père et ta sœur t’avaient accueilli, la manière dont tu avais été confronté à un choix impossible.

 

- Mon père était... est un sale con. Mais Yara, elle, elle fera une excellente reine. »

 

Un sourire illumina le visage de Robb, et Théon sentit son pauvre cœur s’affoler dans sa poitrine, et il se mit à trembler de joie.

 

Oh, par les sept, le dieu noyé, et tout les dieux qui existaient (ou n’existaient pas), comme Robb lui avait manqué !

 

« Je n’en doute pas. Toujours est-il que, j’ai fini par réviser mon jugement. Et quand j’ai entendu parler de ce que Ramsay t’avait fait...

 

Une ombre se posa alors sur le visage du Stark, et fit s’envoler son sourire, pour le plus grand regret de Théon.

 

- Disons tout simplement que, si nous étions tout les deux vivants, crois-moi si je te dis que je ne me gênerais pas pour le tuer dans les plus terribles souffrances possibles.

 

- Et après ? Lui demanda Théon, voulant chasser l’ombre du visage de son ami/amant/cette relation est beaucoup trop compliquée à définir.

 

- Tu as sauvé Sansa. Tu es revenu à Winterfell pour te battre contre les morts alors que tu aurais tout aussi bien pu te cacher. Tu t’es battu pour ta famille. Et c’est là que j’ai compris ce que Jon lui aussi a compris plus tard. Que tu étais à la fois un Stark et un Greyjoy, et que t’obliger à choisir avait été une erreur de notre part.

 

- Ça n’efface pas ce que j’ai fait.

 

- Peut-être. Sauf que tu as suffisamment payé pour tes erreurs, et si même Bran, Sansa et Jon t’on pardonné, tu ne crois pas que je peux le faire aussi ? Tu es mort pour sauver Bran, Théon, tu as permis à mon frère de gagner quelques précieuses secondes, et tu as permis à Arya d’arriver à temps pour tuer le roi de la nuit. Tu as sauvé les vivants, et tu as sauvé ce qu’il reste de ma famille. De notre famille. Tu as été un temps un traître, c’est vrai. Mais aujourd'hui, tu es un héros, et je sais qu’à Winterfell, dans ce monde ou dans celui des vivants, on te célébrera comme tel. »

 

Un timide sourire se forma sur les lèvres de Théon.

 

« Et puis, tu n’es pas le seul à avoir des torts.

 

L’archer fronça les sourcils.

 

- Qu’est-ce tu veux dire ?

 

- Tu te souviens du jour où nous avons été attaqués par des sauvageons ?

 

Bien sûr qu’il s’en souvenait.

 

Ce moment faisait parti de l’un de ceux où, pour lui, tout avait basculé.

 

Son sourire devint alors amer.

 

- C’est le jour où j’ai compris que je ne serais jamais un Stark.

 

En voyant que le regard de Robb était devenu attristé, il voulut reformuler sa phrase, mais l’autre fut plus rapide que lui.

 

- Tu as sauvé Bran de la mort, et moi, tout ce que j’ai trouvé à te dire, c’est : « Ce n’est pas ta maison. » Parce que j’avais eu tellement peur pour mon petit frère, que je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de déverser ma peur et ma colère sur toi. Parce qu’il me fallait un bouc émissaire autre que les deux sauvageons morts qui avaient failli nous tuer. Sauf qu’en le faisant, je te traitais comme un moins que rien, et je réduisais tout tes efforts à néant. Pas étonnant qu’après ça, tu n’ai plus eu envie de faire partie de cette famille, lâcha Robb avec amertume.

 

- Je voulais toujours en faire partie, seulement... Mon père et ma sœur m’ont bien fait comprendre que c’était ta famille qui avait détruit la mienne, qui avait tué mes frères, et que jamais, jamais je ne serais respecté parmi vous. Et j’ai pensé que peut-être, je pourrais gagner une vraie place dans ma famille de naissance. J’ai eu la bêtise d’y croire.

 

- Je n’ai pas aidé non plus, avoua Robb. Je suis désolé Théon. »

 

Le fer-né sentit les larmes lui monter aux yeux une nouvelle fois.

 

Enfin, il entendait ces mots venant de la bouche de Robb, des mots qu’il avait attendu pendant tellement longtemps, pendant une bonne partie de sa vie, et le comble de l’ironie, c’est qu’il ne pouvait les entendre qu’après sa mort.

 

Par le Dieu noyé, pourquoi est-ce que tu ne m’as pas dit tout ça plus tôt ?

 

« Moi aussi je suis désolé. De ne pas avoir compris que j’étais en train de faire le mauvais choix. Pour ne pas avoir su... tout ce que j’allais perdre en faisant cela. Je n’aurais jamais dû te trahir, j’aurais dû...

 

J’aurais dû mourir avec toi aux Noces Pourpres.

 

- J’aurais dû mourir en même temps que toi.

 

- Ne dis pas ça ! Le sermonna immédiatement le jeune homme. Si tu étais mort ce jour-là, Sansa serait sûrement morte aux mains de Ramsay. Tu as protégé Bran jusqu’à mourir pour lui, ce n’est pas rien !Et même si je suis heureux de te revoir, j’aurais souhaité que tu survives à cette guerre.

 

- Pas moi. Il ne me restait plus rien Robb, plus rien du tout. Même si tes frères et sœurs m’ont pardonné, ma place n’était pas à Winterfell.

 

- Théon... Ta place sera toujours à Winterfell. Enfin, si c’est ce que tu veux, bien sûr. »

 

Théon ne put alors s’empêcher de sourire.

 

« Où voudrais-tu que j’aille, si ce n’est ici ? »

 

Robb mit alors sa main dans la sienne, et ses yeux commencèrent à leur tour à s’embuer de larmes.

 

« Oh, Théon... tu m’as tellement manqué, lui souffla-t-il.

 

Le fer-né le serra alors dans ses bras.

 

- Toi aussi tu m’as manqué, murmura-t-il. »

 

Je t’aime, je t’aime, je t’aime.

 

Puis, quelques secondes plus tard, Robb Stark se détacha de lui, avant de prendre son visage entre ses mains, et de se mettre à le regarder avec tendresse et affection, et une autre émotion que, à nouveau, Théon ne réussit pas à bien identifier.

 

« Je t’aime, lui fit alors Robb, et Théon comprit enfin ce que cette lueur pouvait signifier, tout comme il réalisa également qu’il avait attendu ces mots-là également pendant extrêmement longtemps.

 

- Moi aussi je t’aime », et il réalisa aussi que c’était une chose qu’il attendait de dire depuis tellement longtemps également.

 

Robb se mit à l’embrasser, et, alors qu’il répondait au baiser, Théon se dit alors qu’il ne s’était jamais senti aussi vivant depuis des années, et ce, alors même qu’il venait tout juste de mourir.

 

Oui, ils étaient tout deux morts, certes.

 

Mais il étaient ensemble désormais, et c’était tout ce qui comptait, pas vrai ?

 

Et maintenant que tout ces non-dits avaient enfin été réglés, Théon se disait que cette après-vie ne serait peut-être pas si douloureuse que ça après tout.

Chapter Text

Ils avaient gagné.

 

Et pourtant, en un sens, même s’ils avaient tous sauvé le monde, les ennuis ne venaient que de commencer pour eux tous.

 

Parce que, même si la lutte contre les marcheurs blancs avait été âpre, longue et mortelle pour beaucoup d’entre eux, au moins, dans l’esprit en tout cas, les choses étaient simples.

 

Tuer les marcheurs blancs.

 

Tuer le roi de la nuit.

 

Lutter contre un seul ennemi.

 

Ensemble.

 

Tous unis dans un même combat, celui des vivants contre les morts, contre la mort.

 

Maintenant que l’ennemi principal venait d’être défait, demeurait l’autre ennemi.

 

Le trône, et tout ce qu’allait enclencher et détruire la convoitise qu’il provoquait chez les uns et les autres.

 

Cersei, Daenerys...

 

Elles allaient toutes les deux s’écharper pour s’en emparer, ou pour le conserver, et si personne ne trouvait un terrain d’entente très vite, le monde ne serait bientôt plus fait que de cendres, et l’avoir sauvé des marcheurs blancs et de l’hiver éternelle n’aurait en fin de compte servit absolument à rien.

 

Bref, disons tout simplement que, de base, même si il avait enfin réussi à véritablement concrétiser les choses entre lui et Brienne (ça leur a pris du temps dites donc...), Jaime était déjà tout sauf jouasse quand à l’avenir, qui s’annonçait tout sauf radieux.

 

Et puis, Bronn était arrivé à Winterfell.

 

Avec une arbalète dans les mains et une menace à demi-voilée sur les lèvres.

 

« C’est une blague ?

 

- Tu te doutes bien que non mon bon seigneur, ironisa Bronn. Tu sais très bien que je ne plaisante jamais sur ces choses-là, surtout s’il s’agit d’argent.

 

Jaime soupira et dût se retenir de ne pas hurler, en fait, seule la main de Brienne posée sur la sienne l’empêcha de le faire.

 

Bronn vit le geste esquissé par la jeune femme, et eût un sourire goguenard, l’air de dire « je le savais », mais il ne fit étrangement aucune remarque.

 

Sans doute parce que la situation était trop grave, même pour lui.

 

- Donc, reprit alors Jaime avec exaspération, si je comprends bien, alors qu’il y a encore quelques heures, les morts risquaient de déferler sur nous, pendant ce temps-là, Cersei... La fin du monde a failli nous tomber dessus, et ma tarée de sœur n’a rien trouvé de mieux à faire que d’engager un mercenaire pour me tuer ?

 

- Pour nous tuer, le corrigea alors son frère. Mais en dehors de ça, fit-il en se resservant un verre de vin, c’est un bon résumé.

 

- Merci pour ces paroles réconfortantes mon frère, lui répondit Jaime avec un sourire forcé.

 

- Tu me connais, dit Tyrion, je suis toujours de bonne compagnie et extrêmement joyeux quand je bois. »

 

Cersei voulait leur mort.

 

Jaime n’arrivait pas à y croire, en fait, s’il le comprenait facilement pour Tyrion, que leur sœur avait toujours haï, il n’arrivait pas à se dire...

 

Il n’arrivait pas à réaliser que sa propre sœur avait décidé de le faire tuer.

 

Le pire dans tout ça, c’est qu’il n’en souffrait même pas.

 

Il avait fait le deuil de l’amour de Cersei depuis bien longtemps, depuis qu’il avait développé des sentiments amoureux pour Brienne de Torth, tout d’abord, mais surtout...

 

Il se le demandait désormais, depuis combien de temps exactement avait-il cessé de l’aimer, de tenir à elle comme un frère tient à une sœur ?

 

Quand la cassure entre eux s’était-elle produite au juste ?

 

Est-ce que c’était arrivé après la mort de Joffrey ? Celle de Myrcella ? Est-ce que c’était la mort successive de tout leurs enfants qui avait causé la destruction de tout leurs liens familiaux, qui les avait séparés inexorablement ?

 

Après l’explosion du septuaire, qui avait entraîné la mort de Tommen, celle des Tyrell, celle des moineaux, celle de Lancel et Kevan Lannister et celle de tant d’autres innombrables innocents ?

 

Après qu’elle avait finalement enlevé son masque et révélé la personne qu’elle était réellement, à savoir une femme prête à tout pour conserver le pouvoir, quitte à laisser le monde périr ?

 

Après tout, peu importe.

 

Jaime fut sortit de ses pensées par la brusque intervention de Brienne.

 

« Si vous comptez tuer Ser Jaime, Bronn, il faudra d’abord me passer sur le corps, fit-elle avec une force et une certitude qui le fit tomber encore plus amoureux d’elle qu’avant (si c’était possible du moins).

 

Bronn haussa les épaules avec un flegme plus que surprenant au vu de la situation.

 

- Oh, vous savez ma dame, je ne compte ni vous affronter, ni tuer mes employeurs. Surtout que, vous avez déjà vaincu les morts eux-mêmes, je suis sûr que vous serez bien capable de nous débarrasser de cette garce de reine ! Si je dois parier sur quelqu’un, je vais parier sur vous plutôt que sur elle. Au moins, vous me payez bien, et avec vous, je peux me marrer.

 

- C’est Ser Brienne maintenant, remarqua nonchalamment Tyrion pour détendre l’atmosphère et leur permettre à tous d’oublier la menace qui pesait sur leur tête en la personne de Cersei Lannister.

 

Bronn haussa un sourcil surpris, avant de s’emparer du verre de vin que Tyrion avait en main sous le regard courroucé de ce dernier, et celui-ci finit par prendre un autre verre sur la table, en désespoir de cause.

 

Le verre en question était vide, bien sûr, et Tyrion soupira.

 

Et le pichet en face de lui était vide également, donc, en résumé, sa sœur voulait le tuer, et il n’y avait plus de vin.

 

C’était vraiment une mauvaise journée pour lui.

 

Le mercenaire s’assit en face du couple formé par Brienne et Jaime (dont les doigts étaient entrelacés), avant de les désigner tout deux du regard avec un sourire amusé.

 

- Hé bien, apparemment, j’ai raté beaucoup de choses intéressantes qui se sont passées par ici, non ? Ça vous dit de me raconter ? »

 

Malgré sa mauvaise humeur actuelle, Tyrion Lannister ne put s’empêcher de sourire face à l’attitude affreusement désinvolte de celui qu’il avait appris à considérer comme son ami.

 

Apparemment, certaines choses ne changeaient jamais réellement.

Chapter Text

« Je crois en Daenerys Targaryen, lui avait dit Tyrion, et la lueur de tristesse et d’amertume qu’il y avait dans ses yeux n’avait pas été le moins du monde suffisant pour convaincre Varys qu’il y croyait réellement lui-même. »

 

Moi, je n’y crois plus, pensa Varys.

 

Il y avait cru, pendant un temps.

 

Vraiment.

 

Ce n’était pas pour rien si il avait embrigadé Tyrion dans toute cette histoire de fou, il y avait bien une raison, et comme le nain, il avait sincèrement cru que Daenerys Targaryen n’était pas comme les autres, et surtout, qu’elle n’était pas comme son père.

 

Qu’elle était réellement là pour libérer le monde de la tyrannie, pour changer les choses, qu’elle serait une bonne reine.

 

Qu’elle n’était pas juste là pour le trône.

 

Pour le pouvoir.

 

Mais maintenant, il n’arrivait tout simplement plus à y croire.

 

Aujourd’hui, il avait regardé sa reine droit dans les yeux et lui avait dit exactement ce que les rois, reines et autres souverains en tout genre ne veulent jamais entendre, qu’elle se trompait, qu’elle avait tort.

 

Et pour la première fois, en la regardant, il ne l’avait pas reconnue.

 

Elle ne l’avait pas écouté, et en voyant la lueur de colère dans son regard, Varys avait eu peur.

 

Non pas peur d’elle, pas exactement, mais peur de ce qu’elle était devenue, il avait peur de cette froideur qu’il voyait dans ses yeux, qui prouvait qu’elle était prête à tout pour s’emparer du trône de fer.

 

Quel qu’en soit le prix.

 

Où était donc passée la jeune femme qui avait autrefois décidé de ne pas attaquer Port-Réal afin d’éviter un bain de sang ?

 

Celle qui avait libéré tant d’esclaves, qui avait tant fait pour rendre le monde meilleur, et qui risquait de le rendre bien pire en s’attaquant à un peuple qui ne lui avait rien fait ?

 

Le fait est que Varys n’en avait aucune idée, et tout comme Tyrion, il voulait réellement, sincèrement encore croire en elle, croire que tout ça était seulement dû à sa peur de ne pas être considérée comme suffisamment légitime par le peuple, son inquiétude quant à la guerre à venir contre Cersei, puisqu’ils savaient tous pertinemment que jamais elle n’abandonnerait le trône sans mourir.

 

L’eunuque avait désormais peur que Daenerys ne parvienne plus à voir que le trône et en vienne à oublier le reste, notamment tout les pauvres habitants de Port-Réal, civils innocents et effrayés, il craignait qu’elle ne devienne une Cersei-bis.

 

Sa véritable crainte était qu’elle oublie son véritable objectif, et qu’au final, au lieu de briser cette roue qu’elle s’était promise de détruire pour toujours, elle ne devienne finalement un des rouages de cette roue sans même s’en rendre compte.

 

Il n’était pas partie à sa recherche parce qu’elle était la fille d’Aerys, une Targaryen et l’héritière légitime du trône de fer (si tant est que les Targaryen soient véritablement plus légitimes que tout les autres prétendants au trône), mais parce qu’elle était Daenerys du Typhon, l’Imbrûlée, la briseuse de chaînes, et parce qu’elle, contrairement à tout les autres, elle semblait réellement vouloir changer les choses.

 

Mais maintenant, il n’arrivait plus à y croire pour de vrai.

 

Il voulait débarrasser les sept couronnes de Cersei et l’éjecter du trône de fer, certes.

 

Mais pas pour qu’ils se retrouvent ensuite avec potentiellement un autre Aerys.

 

Et en ce jour, alors qu’un véritable massacre inutile semblait s’annoncer d’une manière quasi-inévitable, Varys se mit alors à prier les Sept pour que cela n’arrive pas.

 

Il espérait avoir tort au sujet de la reine, aussi.

Chapter Text

Il ne s’y attendait pas, à vrai dire.

 

Jaime Lannister s’était attendu à la fureur de Daenerys Targaryen, ainsi qu’à la colère et la haine de Sansa Stark à son égard, et même s’il s’était défendu face à elles deux, il était d’accord sur le fait qu’il méritait leur courroux.

 

Pendant la durée de son « procès », il n’avait pu s’empêcher de jeter des regards furtifs vers Bran Stark.

 

Le garçon dont il avait brisé à la fois les jambes et la vie, celui qui ne marcherait plus jamais à cause de lui, et revoir le jeune homme sur cette chaise roulante avait réanimé de plus belle ses remords.

 

Et il avait attendu, encore et encore, que celui-ci ne finisse par s’exprimer, par l’accuser, et il aurait accepté d’être puni pour ça s’il l’avait fallu.

 

Tout ça grâce à/à cause de Brienne, qui l’avait changé, l’avait révélé à lui-même, lui avait rendu son honneur, avait fait de lui un meilleur homme qu’il ne l’aurait jamais été sans elle, et s’il était resté sous l’influence toxique de Cersei.

 

Mais Bran s’était tu, si ce n’est quand il s’était fendu d’un ironique : « les choses que l’on fait par amour », et Jaime avait blêmi, sentant son cœur se serrer.

 

Et le Lannister avait cru que ça se terminerait là, que, malgré sa bonne foi et ses bonnes intentions, ainsi que sa volonté de se battre pour les vivants, il allait être exécuté ici, maintenant, et sans autre forme de procès, un peu comme Rickard et Brandon Stark avaient été brûlés par Aerys autrefois.

 

(Tel père, telle fille, non ?)

 

Son frère avait vainement tenté de le défendre, mais le fait que le Régicide était venu à Winterfell sans l’armée promise par Cersei n’avait pas vraiment aidé, et Jaime aurait presque pu rire alors qu’il comprenait qu’il allait peut-être mourir parce que Cersei avait manqué à sa parole.

 

C’était tellement ironique que ça lui donnait presque envie de pleurer.

 

Et puis, d’un seul coup, un miracle était survenu, en la personne de Brienne de Torth.

 

Elle avait parlé, l’avait défendu corps et âme, avait affirmé que c’était grâce à lui si Sansa Stark était sauve, et il n’avait pu que la regarder parler, stupéfait.

 

Il l’avait écoutée, et il avait sincèrement voulu croire dans ce qu’elle était en train de dire de lui.

 

Mais comment faire, alors que la preuve vivante de sa monstruosité et de son inhumanité passés se trouvait justement devant ses yeux, à le regarder comme si de rien n’était ?

 

Un poids l’avait quitté, avant d’être remplacé par un autre, provoqué par la peur qu’elle se trompe à son sujet.

 

Il avait peur qu’en réalité, elle n’ait tort en le décrivant comme un homme fort, brave, courageux, honorable, un homme qu’il avait pu être autrefois, mais qu’il n’était plus depuis longtemps, ou du moins qu’il n’avait pu redevenir que depuis peu, uniquement sous son influence.

 

Et il y avait autre chose.

 

Le discours que Brienne avait prononcé pour sa défense l’avait touché bien plus qu’il ne voulait l’admettre.

 

Elle l’avait sauvé, et maintenant, il ne savait même plus quoi dire.

 

Tout ce qui s’était passé par la suite s’était déroulé dans un flou impossible à dissiper, à vrai dire, il n’arrivait même plus à se rappeler de si oui ou non il lui avait dit merci, à vrai dire, la jeune femme elle-même semblait comprendre que quelque chose n’allait pas dans son comportement, et il n’aurait pas pu lui donner tort même s’il l’avait voulu.

 

Il savait qu’il ne devait pas lui parler, sinon il risquait de dire une connerie.

 

(Ou d’en faire une, ce qui n’était guère mieux.

 

Genre, l’embrasser, alors que ce n’était absolument pas le moment.)

 

Quelque chose du genre : merci de m’avoir sauvé de la colère des gens du nord, vous êtes la meilleure femme que j’ai jamais rencontré, sans vous je ne serais sûrement pas venu ici, je vous aime, voulez-vous m’épouser ?

 

Ouais, ce qu’il risquait de recevoir, c’était son poing dans la gueule, donc il valait mieux qu’il s’abstienne.

 

Mais, alors que, quelques heures plus tard, il prenait la décision d’adouber Brienne et de la faire chevalier de façon officielle, en voyant son regard empli de joie, il se mit soudainement à sourire.

 

Peut-être qu’après tout, il était réellement devenu un meilleur homme grâce à elle.

 

Merci Brienne, pensa-t-il.

 

Pour tout.

Chapter Text

Jaime et Tyrion se regardèrent, encore incrédules vis-à-vis de ce qu’il venait de se passer.

 

Le Régicide fut le premier à véritablement se reprendre.

 

« Bronn a été engagé pour nous tuer, fit-il, abasourdi. Et si tu ne lui avais pas promis Hautjardin, il nous aurait sûrement tué tout les deux, sans hésiter.

 

- A croire qu’on ne peut définitivement plus faire confiance à personne de nos jours, ironisa Tyrion, avant de reprendre son verre de vin, et de grimacer de douleur, subissant encore le contre-coup du coup de poing de Bronn.

 

La douleur physique, elle, disparaîtrait bien assez vite.

 

La douleur de la trahison, en revanche...

 

Pas celle de Cersei, bien sûr, mais celle de Bronn.

 

Apparemment, au fil du temps, Tyrion avait presque fini par oublier qu’ils n’étaient pas amis, et que le mercenaire l’avait suivit pendant aussi longtemps uniquement parce qu’il le payait bien.

 

Jaime leva les yeux au ciel.

 

- Est-ce que tu pourrais arrêter de tout traiter comme une blague s’il te plaît ?

 

Son petit frère le regarda alors avec dureté.

 

- Tu penses vraiment que ça me fait rire ? Notre sœur a mis notre tête à prix, et, après avoir laissé le monde manquer de tomber aux mains des marcheurs blancs, voilà qu’elle risque de définitivement le détruire par son obstination à ne pas accepter d’abandonner le pouvoir. Tu penses sincèrement que je trouve tout ça drôle ?

 

- Elle veut nous tuer.

 

- Elle a toujours voulu ma mort, lui fit remarquer Tyrion, avec une certaine désinvolture dans la voix, un peu comme si il avait renoncé depuis bien longtemps à l’affection de Cersei (ce qui était effectivement le cas). En revanche, qu’elle veuille te tuer toi, ça, c’est nouveau. »

 

Contrairement à Tyrion, Jaime n’arrivait pas à être aussi pragmatique vis-à-vis de cette nouvelle information, et quelque chose en lui était lentement en train de se briser.

 

Les dernières bribes d’affection qu’il réservait encore à sa sœur, sans doute.

 

Il se sentait incroyablement vide, glacé, gelé, aussi froid que la main d’or qui avait remplacé celle qu’il possédait encore autrefois.

 

« Ça n’a pas de sens... murmura le chevalier pour lui-même. Cersei, vouloir ma mort ? Je veux dire, même quand je lui ai bien signifié que je comptais partir pour le Nord, elle a empêché la Montagne de me tuer... Ça doit bien vouloir dire quelque chose, non ?

 

- Est-ce que tu l’aimes encore ?

 

Jaime le regarda alors comme s’il venait tout juste de l’insulter.

 

- Tu sais bien que non. C’est Brienne que j’aime désormais.

 

Il y avait un côté à la fois étonnant et libérateur pour lui de dire enfin ces mots à voix haute, et en entendant cela, le Gnome se mit à sourire.

 

Il se resservit un verre de vin, avant de déclarer :

 

- Un jour, mon frère, quand toute cette maudite histoire sera terminée, il faudra que tu me racontes en détail comment toi, le Régicide, l’Homme sans honneur, tu as pu tomber amoureux de la dame chevalier la plus honorable et obstinée des sept couronnes. Et surtout, comment se fait-il que ça ait pu devenir réciproque, par les Sept ? »

 

Un sourire rêveur apparut alors sur les lèvres de Jaime, et Tyrion soupira intérieurement de soulagement en constatant qu’il avait réussi à enfin dérider son frère.

 

« C’est une longue histoire, se contenta de lui répondre le chevalier. Une très longue histoire, qui inclut plusieurs combats à l’épée, des discussions houleuses, la perte de ma main, un bain, plusieurs confessions plus ou moins embarrassantes, et un combat contre un ours. »

 

Une lueur d’intérêt apparut alors dans les yeux de la Main de la reine.

 

« Voilà qui promet un récit des plus palpitants ! J’ai hâte de l’entendre. »

 

Les coins de la bouche de Jaime se retroussèrent une nouvelle fois en un léger sourire, amusé cette fois, avant que, quelques secondes plus tard, celui-ci ne disparaisse, et qu’une ombre ne refasse surface sur son visage.

 

De toute évidence, Jaime était préoccupé par autre chose.

 

« Tyrion... Est-ce que tu as déjà entendu parler de la secte des Moineaux ?

 

Le nain fronça les sourcils.

 

- Oui. Effectivement. Tu sais, même à Essos, on reçoit des nouvelles du reste du monde, fit-il, tentant de dédramatiser la chose avec une plaisanterie, sans succès. Je sais qu’ils ont sévi un temps à Port-Réal, et que notre cousin Lancel en faisait parti.

 

- Es-tu au courant de la manière dont ils ont progressivement pris le pouvoir à Port-Réal ?

 

- Je sais que notre sœur y a beaucoup contribué, que ça lui est revenu en pleine gueule sans qu’elle s’y attende, et de la pire des manières. Je suis au courant pour sa marche de la honte dans tout Port-Réal. J’aurais adoré être là pour voir ça et assister à sa déchéance, ajouta-t-il avec un air cruel.

 

- Sais-tu également comment elle a fait pour se débarrasser des Moineaux une fois qu’ils sont devenus trop encombrants pour elle ?

 

Tyrion ne voyait toujours pas où son frère voulait en venir, mais cela ne l’empêcha pas de répondre.

 

- Elle a utilisé du feu grégeois. Et elle a tué ce faisant tout ses ennemis et opposants présents sur place, ainsi que des centaines d’innocents se trouvant aux alentours. Père aurait été fier d’elle, dit-il avec cynisme.

 

- Quand je suis rentré à Port-Réal, avec Bronn, il était déjà trop tard. Tout avait brûlé, et Tommen... Tommen s’était déjà défenestré... Je suis allée la voir, pour essayer de comprendre, et tu sais ce qu’elle m’a dit ? Tommen m’a trahi. Elle était si froide, si... si détachée de tout.

 

- J’en conviens, mais, pourquoi me dis-tu tout cela mon frère ? »

 

Un silence presque étouffant se fit alors entre eux, jusqu’à ce que Jaime n’ajoute finalement :

 

« J’aurais dû la tuer après l’explosion du septuaire, lâcha-t-il finalement, la voix pleine de remords. On en serait pas là aujourd’hui. »

 

Son petit frère le regarda alors, les yeux écarquillés de surprise.

 

« QUOI ? De quoi est-ce que tu parles ? Ce n’est pas de ta faute !

 

Le visage de son frère s’assombrit encore plus qu’avant.

 

- Tu n’étais pas là, quand c’est arrivé. Tu ne l’a pas vue. Tommen, notre fils était mort, et j’avais l’impression que ça ne lui faisait rien. Tu n’as pas vu ce que moi j’ai vu à Port-Réal. »

 

Non, Tyrion Lannister n’avait rien vu, ne savait rien de ce à quoi il avait été confronté, il n’avait pas vu à quoi ressemblait le septuaire détruit par le feu grégeois, il n’avait pas vu les ravages que ce dernier avait pu faire ce jour-là (ça n’avait rien à voir avec la bataille de la Néra, qui était ce qu’elle était, une bataille. La guerre, tout simplement. Au septuaire, personne n’avait rien vu venir), il n’avait pas vu le septuaire brûler.

 

Il n’avait pas sentit l’odeur des flammes, n’avait pas entendu les hurlements des civils, les cris de terreur, d’horreur, de douleur, il n’avait pas vu leurs larmes.

 

Il n’avait pas vu le visage de Jaime blêmir et s’assombrir quand celui-ci avait fini par comprendre que son petit garçon s’était jeté par la fenêtre à cause de ce que sa mère avait fait.

 

On dit que l’Histoire se répète, et en voyant ce désastre, le Régicide avait eu l’impression d’être projeté plus de vingt ans en arrière, avant la mort d’Aerys, avant qu’il ne prenne cette décision qui allait changer son destin et celui des sept couronnes à jamais.

 

À vrai dire, Jaime était parfaitement incapable de mettre des mots sur la détresse qui l’avait saisi quand il avait réalisé que sa propre sœur venait tout juste de provoquer en partie ce qu’il avait justement tenté à tout prix d’éviter en tuant le roi fou.

 

Il était entré dans le Donjon rouge, avait vu Qyburn couronner sa sœur...

 

Et soudain, devant lui, pendant un bref instant, il n’avait plus vu Cersei Lannister.

 

Non, maintenant, il voyait Aerys, tout droit sorti de sa tombe, pour lui demander des comptes et remettre en marche son projet meurtrier, fou et insensé.

 

Brûlez les tous !

 

Il avait eu peur, pendant un instant, mais Cersei lui avait ensuite parlé, et il avait retrouvé sa sœur.

 

Ce qui lui avait permis de se convaincre d’une chose.

 

Sa sœur n’était pas Aerys.

 

Elle ne le serait jamais.

 

Mais, maintenant, il réalisait avec horreur qu’il s’était sans doute trompé.

 

« J’aurais dû la tuer. Pendant qu’il en était encore temps. Maintenant, il est trop tard. À moins que...

 

Tyrion comprit alors finalement d’où venait le mauvais pressentiment qui le tenaillait déjà depuis plusieurs minutes.

 

- Attends une seconde... Ne me dis pas que tu comptes aller à Port-Réal pour la tuer ? »

 

En voyant son frère fuir son regard, il comprit alors qu’il avait tapé dans le mille.

 

Oh, c’est pas vrai.

 

Il resserra ses doigts autour de son verre, sentant une terrible fureur peu à peu l’envahir.

 

Alors quoi, même en se trouvant à des milliers de lieus d’eux, Cersei allait réussir à trouver le moyen de continuer à leur pourrir la vie à tout les deux ?

 

« Jaime... Jaime, regarde-moi ! Son frère se tourna vers lui, et Tyrion se força à sourire. S’il te plaît... dis-moi que ce n’est pas ce que tu veux faire. Et ne me mens pas, je sais toujours quand tu mens.

 

Son frère le regarda alors avec une lueur de défi dans le regard.

 

- Et si c’est le cas ? Qu’est-ce que tu feras pour m’en empêcher ?

 

- Je te l’interdis ! Son frère ricana, peu sensible à la menace. Je suis la Main de la reine, affirma-t-il avec sérieux, hiérarchiquement parlant, je suis bien au dessus de toi, je peux parfaitement t’ordonner de rester ici jusqu’à la fin de la guerre.

 

- Je me moque de la hiérarchie ! S’exclama son frère. Je suis le Régicide, j’ai déjà tué un roi, je ne pense pas que désobéir à la Main de la reine soit un crime plus grave. Je ne suis plus à ça près, de toute façon, ajouta-t-il avec amertume.

 

- Ne fais pas ça...

 

- Ne pas faire quoi ?

 

- Ne fais pas comme si tu n’étais rien d’autre qu’un tueur, tu es plus que cela. Tu vaux mieux que ça. »

 

Jaime Lannister repensa à Bran Stark et à ses jambes brisées par sa faute, et se dit que son frère le connaissait bien mal.

 

Il haussa les épaules.

 

« Tu ne peux pas m’empêcher de partir.

 

- Non. Mais je peux te supplier de rester.

 

Jaime cligna des yeux, surpris, et presque amusé.

 

- Me supplier ? Tu irais sincèrement jusque là ?

 

Il y avait tellement de sérieux dans les yeux de son frère que Jaime se prit à sincèrement regretter son frère insouciant des dernières années, avant que toute cette histoire ne commence.

 

- Oui. Sans hésiter. Je t’en supplie, mon frère, ne quitte pas Winterfell avant que la guerre ne finisse pour de bon.

 

- Pourquoi tiens-tu tant que cela à ce que je reste ici ? Je suis manchot tu sais, pas inapte au combat non plus ! »

 

Tyrion posa son verre sur la table en face de lui, avant d’enfouir son visage dans ses mains et de soupirer de frustration face à l’attitude obstinée de son frère.

 

Puis, il releva la tête.

 

« Toi et moi, nous connaissons Cersei mieux que personne. Nous savons qu’il y a plus de chances qu’elle refuse la reddition plutôt qu’elle ne l’accepte. Ce qui signifie qu’il va y avoir une guerre. Et donc des morts, des deux côtés. Je vais avoir déjà suffisamment de sang sur les mains à cause de ce qu’il va se passer. Je ne veux pas avoir ton sang sur les mains également. J’ai déjà perdu Tommen et Myrcella, je ne peux pas te perdre toi aussi.

 

- Il faut bien que quelqu’un arrête Cersei...

 

- Laisse ça à quelqu’un d’autre ! Explosa alors Tyrion. Quelqu'un d’autre peut tout aussi bien s’en charger, n’importe qui, mais pas toi ! Tout ce que je veux, c’est t’éviter de devoir de nouveau faire face à toute cette merde ! Tu ne vois donc pas que je suis en train d’essayer de te sauver la vie ?

 

- J’ai survécu à la guerre contre les morts, je peux survivre à un combat contre Cersei.

 

- Écoute-moi crétin, si tu penses que je vais te laisser gâcher ton unique chance d’être heureux, tu te mets le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

 

- Si tu le dis...

 

- Tu te souviens de notre arrivée à Winterfell, il y a sept ans ?

 

- Oui... Quel rapport ?

 

- Nous étions tout les deux bien plus insouciants et stupides qu’aujourd’hui, et le monde était encore en paix. Mais tu étais malheureux. Aujourd’hui, le monde est un véritable bordel, mais tu es amoureux et heureux avec une personne qui te convient bien mieux que ne le faisait Cersei. »

 

Jaime vida alors son propre verre.

 

« Je ne la mérite pas, marmonna-t-il d’un air désabusé.

 

- Il y a sept ou huit ans, j’aurais peut-être été d’accord avec toi, reconnut Tyrion. Mais entre-temps, tu as changé, tu as évolué. Tu es devenu un homme bien»

 

Complètement à bout de nerds, Jaime tapa alors du poing sur la table avec son unique main restante.

 

« Un homme bien ? S’exclama-t-il alors, interdit. Est-ce qu’un homme bien balance un pauvre gamin du haut d’une tour simplement parce qu’il était là au mauvais endroit au mauvais moment et qu’il a vu ce qu’il ne devait pas voir ? Il ne marchera plus jamais à cause de moi, est-ce qu’un homme bien fait ce genre de chose ?

 

Tyrion prit alors une profonde inspiration.

 

- Dis-moi mon frère, as-tu la moindre idée du nombre d’ordures qui foulent, ou ont déjà foulé cette terre depuis que l’homme existe ? Non ? Hé bien, moi non plus. Tout ce que je sais, c’est que les trois quarts de ces salopards n’ont jamais ressentit le quart des remords que tu ressens en ce moment-même.

 

Crois-tu que Joffrey s’en ait jamais voulu des souffrances qu’il a faites endurer à Sansa ? Ou aux deux pauvres prostituées qu’il a torturées sans aucune raison ? Sans oublier cette chère Ros... Tu crois que Père s’est blâmé pour l’organisation des Noces Pourpres ? Ou que Roose Bolton a souffert de sa trahison vis-à-vis de Robb Stark ? Non, non, et encore une fois, non. Alors tu vas me faire le plaisir de retourner dans ta chambre, et de rendre cette femme merveilleuse qu’est Brienne de Torth heureuse. C’est clair ? Sinon je te jure que je t’y renvoie avec un coup de pied au cul !

 

- Cersei et moi avons commencé toute cette histoire. Il n’est que justice que ce soit à moi d’en finir avec elle.

 

- Le monde ne tourne pas autour de toi, tu sais. Tu as beau être très égocentrique, je me doute que tu en as déjà conscience.

 

- Tyrion... Tu auras beau faire toutes les plaisanteries du monde, tu ne me feras pas dévier de mon objectif. Et ce même si je dois mourir en le réalisant.

 

- Tu ne peux pas faire ça à Brienne, fit alors Tyrion, en désespoir de cause.

 

Le sourire de Jaime se fit acide.

 

- Sale traître...

 

En comprenant que là aussi, il avait touché juste, Tyrion continua.

 

- Elle a déjà perdu Renly. Elle ne peut pas te perdre toi aussi ! »

 

Pendant quelques douloureuses secondes, il vit alors la détermination dans ses yeux commencer à vaciller.

 

Et ce, juste avant qu’il ne se reprenne.

 

« Elle est forte. Elle s’en remettra.

 

- Je n’en doute pas. Mais est-ce que tu n’as pas envie de laisser tomber toutes ces conneries ? De ne plus être le Régicide, ou même Jaime Lannister, mais juste Jaime ? Et d’être heureux avec Brienne ?

 

- Tu sais bien que si...

 

- D’accord... Alors tu vas me faire une promesse. Tu vas me promettre de rester ici, à Winterfell, et que, si jamais nous perdons contre Cersei, toi, Brienne, Sansa, les habitants de Winterfell et les survivants à la guerre, vous fuirez tous le plus loin possible de Cersei et de ses partisans s’ils sont encore en vie. Jure-moi que si jamais je meurs, tu ne me vengeras pas, et que toi et Brienne, vous ferez tout pour vous construire une nouvelle vie loin de Port-Réal et de ses intrigues. Jure le moi, répéta-t-il face à un Jaime incrédule. »

 

Oui, il était loin le temps où Jaime Lannister baisait encore sa sœur avec insouciance sans penser au lendemain, et où lui, le Gnome, ne s’occupait en aucun cas du sort du monde.

 

« Très bien, fit alors Jaime, à bout de force. Je te le jure.

 

Tyrion se mit à sourire.

 

- Merci.

 

- Évite de te faire tuer en tout cas, d’accord ?

 

Son frère se mit à pouffer.

 

- Je vais faire de mon mieux. »

 

§§§§

 

Quand, quelques jours plus tard, il sut ce que Cersei avait fait, il comprit qu’il ne pourrait pas tenir sa promesse vis-à-vis de son petit frère.

 

Alors qu’il quittait la chambre qu’il partageait avec Brienne, pour ne sans doute jamais y revenir, il sentit son cœur se serrer, parce qu’il savait qu’elle prendrait cela pour un abandon.

 

Sauf qu’il ne voulait pas la laisser connaître ses intentions, sinon elle aurait bien évidemment choisi de l’accompagner.

 

Et il se refusait à risquer de la laisser tomber entre les griffes de Cersei, et il savait que cela arriverait sûrement si sa sœur apprenait qu’elle était avec lui, parce qu’elle connaissait ses sentiments pour elle.

 

Tout ce qu’il voulait, c’était la protéger une toute dernière fois.

 

Il pensait toujours ce qu’il avait dit à son frère.

 

Elle méritait bien mieux que lui.

 

Et, tandis qu’il s’éloignait loin d’elle sur son cheval, la laissant seule et esseulée dans le froid de la nuit, espérant qu’elle ne le suivrait pas, il réalisa alors avec horreur qu’il ne lui avait jamais dit « je t’aime », même s’il le pensait depuis déjà des années.

 

Jaime se mit alors à espérer de tout son cœur pour lui revenir en vie.

 

Et il se jura que, si il survivait et revenait à Winterfell, il lui dirait enfin ces mots la première fois qu’il la reverrait.

 

 

 

 

Chapter Text

Jaime quitta Winterfell le cœur lourd.

 

Il avait fait ce qu’il devait faire, et ce faisant, il avait pris la décision la plus douloureuse de sa vie.

 

Il avait brisé le cœur de la femme qu’il aimait afin de la protéger, et ce, pour la bonne cause.

 

Oui, il avait bien fait.

 

Même s’il espérait de tout cœur survivre à ses « retrouvailles » avec Cersei, il avait parfaitement conscience qu’il risquait de ne pas y arriver.

 

Il voulait revoir Brienne, plus que tout, mais il sentait au fond de son cœur qu’il avait une mission.

 

Brienne devait le haïr désormais, se dit-il alors qu’il chevauchait encore à vive allure, et par les Sept, ce que ça faisait mal !

 

Reste avec moi !

 

Je ne peux pas Brienne, avait-il pensé. Je suis désolé.

 

Je t’aime.

 

Au moins, s’il mourrait là-bas, la jeune femme n’en souffrirait pas trop.

 

Peut-être.

 

Il s’était assuré qu’elle ne le suivrait pas, qu’elle n’ait pas envie de le suivre.

 

Du moins, c’est ce qu’il croyait.

 

Il ignorait que là aussi, il avait terriblement tort.

 

Bien sûr qu’elle allait se mettre à sa recherche.

 

Et qu’elle le retrouverait.

 

Elle le retrouverait toujours.

 

§§§§

 

Quand Jaime arriva à Port-Réal, la bataille était déjà terminée.

 

La ville était en flammes, mais contrairement à ce qu’on aurait pu croire, ce n’était pas le fait de Daenerys.

 

Mais seulement celui de Cersei.

 

Elle savait qu’elle avait perdu et, comme dernier chant du cygne, elle avait fait exploser la moitié de la ville à l’aide du feu grégeois autrefois dissimulé par Aerys dans les fondations de la capitale.

 

En constatant ce qu’était devenue la ville à cause de sa sœur, Jaime avait sentit son cœur se serrer, et il avait compris qu’il était à sa place.

 

Cette pensée n’était aucunement partagée par Tyrion, qui, quand il avait vu son frère arriver vers eux, avait subitement blêmi.

 

Il s’était dirigé vers lui, et l’avait regardé avec sévérité, ce qui, bizarrement, avait donné l’impression à Jaime d’être de nouveau face à son père, le faisant se sentir comme un petit garçon coupable d’une grosse bêtise et sur le point de se faire sévèrement gronder.

 

Tyrion avait voulu hurler de colère.

 

Quelqu’un allait-il donc enfin l’écouter, par les Sept ?

 

L’angoisse qui tenaillait le cœur et les entrailles du nain à la simple idée de toutes ces personnes mortes à cause de la folie de Cersei ne fit alors que se renforcer tandis qu’il voyait son grand frère être là, devant lui, et ce alors qu’il n’aurait jamais dû l’être.

 

« Qu’est-ce que tu fais là ? Lui avait beuglé dessus la Main de la reine, interdit de voir son grand frère ici, stupéfait de constater qu’il lui avait tout bonnement désobéi. Pourquoi as-tu quitté Winterfell ? Tu étais supposé y rester, et y vivre heureux, avec Brienne ! Quand écouteras-tu ce que je te demande de faire ?

 

Malgré l’horreur de la situation, l’odeur du sang et des flammes, le Régicide se permit de sourire.

 

- Jamais, je le crains... C’est moi ton grand frère, après tout, normalement, c’est à toi de m’écouter et de m’obéir. »

 

Malgré sa tentative d’humour, Jaime ne réussit pas à faire naître un seul sourire sur le visage de son petit frère, qui continua à le regarder avec un sérieux désarmant.

 

« Tu n’aurais jamais dû quitter Winterfell, marmonna-t-il.

 

- Où est Cersei ? L’interrogea Jaime, sans tenir compte de son intervention.

 

- Enfermée dans le Donjon rouge. Elle s’y est barricadée dès le début de la bataille. »

 

Port-Réal était en ruines, le Donjon rouge était à moitié détruit, et en un sens, c’était presque un miracle qu’elle n’ait pas encore été écrasée par un quelconque débris.

 

Qyburn était mort, la Montagne était mort, tué par le Limier, qui s’en était sortit de justesse, Euron Greyjoy avait été tué par sa nièce.

 

Seule demeurait Cersei, sans alliés, sans partisans, sans peuple à utiliser comme bouclier pour empêcher sa fin prochaine.

 

Elle avait perdu, et elle n’avait plus rien, n’était plus rien, et ça, tout le monde le savait.

 

Tyrion le savait, Daenerys le savait, Arya Stark le savait, Jon le savait, Varys le savait, même Brienne qui était encore sur les routes en direction de Port-Réal avait reçu le message.

 

La seule raison pour laquelle Daenerys n’avait pas encore mis le feu au Donjon rouge était parce que dans les entrailles de celui-ci, au fin fond des cachots, se trouvaient encore des prisonniers, dont la plupart étaient acquis à la cause de Daenerys, notamment Ellaria Sand.

 

Enfin, si celle-ci était encore vivante...

 

Jaime hocha la tête.

 

« Très bien. Je vais y aller.

 

- Non.

 

Son frère lui adressa un dernier sourire.

 

- Tu ne peux pas m’en empêcher. »

 

Puis, sans que son frère fasse quoi que ce soit, il se dirigea vers le Donjon rouge.

 

« Au revoir Tyrion. »

 

Une part de lui-même savait déjà qu’il n’en sortirait pas vivant.

 

Il pria de tout cœur pour avoir tort à ce sujet.

 

§§§§

 

La première chose que Jaime Lannister constata en entrant dans le Donjon rouge fut le sang qui maculait le sol.

 

Il regarda Cersei droit dans les yeux, et s’aperçut très rapidement que c’était elle qui saignait, au niveau du ventre.

 

La reine déchue se mit à sourire avec froideur.

 

« Bonjour Jaime, susurra-t-elle à son jumeau, sans aucune trace de tendresse dans la voix.

 

- Tu es blessée, lui répondit son frère avec un certain détachement.

 

Le sourire de la Lannister s’agrandit et devint presque monstrueux.

 

- Notre enfant est mort, Jaime, dit-elle. Notre futur est mort. À cause de toi. Parce que tu as choisi de suivre la « reine des dragons ».

 

- Sans la reine des dragons, nous serions tous morts, ou changés en marcheurs blancs. Quant à mon futur...

 

Il se força à sourire, sans succès.

 

- Notre futur n’est plus depuis longtemps. Tu m’as condamné à mort, Cersei. Et mon futur, à moi... n’est qu’une vaste blague. Mon futur n’existe déjà plus. Le futur que j’aurais pu avoir, que j’aurais voulu vivre, ce futur... ce n’est pas avec toi que j’aurais voulu le vivre. Mais mon futur avec Brienne... n’existera jamais. Parce que ce futur, à cause de ce que je suis, à cause de ce que tu m’as fait faire et devenir, à cause de ce que j’ai fait pour toi, ce futur, je l’ai déjà mis en cendres ! Et rien de ce que je pourrais faire ne réparera jamais tout ça.

 

Le sourire de sa jumelle devint amusé, et un peu douloureux, à cause de la souffrance physique, sans doute.

 

- Tu es là pour me tuer ! Affirma-t-elle sans aucune hésitation. »

 

Puis, sans attendre sa réponse, elle éclata de rire.

 

Parce qu’en un sens, ils savaient tout deux que sa démarche était vaine.

 

Elle était déjà mourante.

 

Mais peu importe.

 

Il avait une mission à remplir, non ?

 

Jaime sortit son épée, et se dirigea fermement vers elle, avant de l’en transpercer, et le sourire de Cersei se teinta de sang.

 

Seulement, quelques secondes plus tard, il sentit lui-même une douleur cuisante le transpercer, et il réalisa qu’il n’avait pas fait attention à la dague que Cersei avait dissimulé derrière son dos, avec laquelle elle venait tout juste de le poignarder.

 

Espèce de garce.

 

Il pensa ironiquement qu’il s’y attendait et qu’en réalité, il était venu uniquement pour ça.

 

Pour mourir.

 

Pour expier tout ses crimes dans cette mort qui aurait dû survenir pour lui des années plus tôt.

 

C’était d’une tristesse, vraiment, que tout, absolument tout, ait guidé à cette conclusion-là.

 

À leur mort commune, à ce qu’ils finissent par s’entre-tuer l’un l’autre.

 

En se haïssant, après s’être tant aimés.

 

Mais, à cet instant précis, Jaime ne pensait pas le moins du monde à Cersei.

 

Désormais, alors qu’il se sentait partir et mourir, tout ce qui occupait ses pensées, c’était Brienne, ses cheveux blonds, ses yeux bleus, et son sourire lorsqu’il l’avait adoubée.

 

Il essaya de se concentrer sur ça plutôt que sur la douleur.

 

Tu n’aurais jamais dû quitter Winterfell.

 

Alors que les mots de son frère résonnaient une nouvelle fois dans son esprit, il réalisa que celui-ci avait eu raison, comme toujours, et il demanda pardon à Brienne de l’avoir abandonnée de cette manière.

 

Le Régicide se mit soudainement à ricaner.

 

« La lame est empoisonnée, pas vrai ?

 

Quand Cersei sourit une nouvelle fois, du sang coula directement de sa bouche.

 

- Tu croyais réellement que j’allais te laisser me tuer sans rien faire ? Nous sommes venus sur cette terre en même temps, Jaime. Nous allons la quitter ensemble. »

 

Ainsi donc, c’était lui le valonqar, finalement.

 

Il aurait dû le savoir, vraiment.

 

Cersei s’écroula la première, et il la rejoignit dans la mort quelques secondes plus tard.

 

§§§§

 

Lorsque Brienne arriva au Donjon rouge, il était déjà trop tard, bien sûr.

 

La femme chevalier dût user de toutes ses forces pour ne pas immédiatement s’écrouler face au spectacle atroce de son amant mort, baignant dans son sang, après avoir tué sa propre sœur.

 

Quand elle avait rejoint Port-Réal, Tyrion lui avait expliqué la situation, et à vrai dire, elle n’avait même pas été surprise.

 

Et désormais, son cœur était en train de se briser en mille morceaux.

 

Elle tomba à genoux juste à côté de lui, et commença à sangloter, ne se souciant même pas des divers bruits alentours, jusqu’à ce qu’elle entende les pas de Tyrion qui la suivait de peu.

 

Brienne enserra alors le corps sans vie de Jaime Lannister dans ses bras, sanglotant de plus belle.

 

Derrière elle, Tyrion s’était figé, les poings serrés.

 

« Je le lui avais dit, vous savez... lui dit-il avec émotion. Je lui avais dit de rester avec vous, à Winterfell. De vivre heureux avec vous. Et de fuir avec vous si jamais les choses tournaient mal. Je le lui ai même ordonné, je l’ai supplié. Mais il n’a pas voulu m’écouter.

 

La jeune femme ne répondit rien.

 

- Il vous aimait, vous savez. Vraiment. Seulement, je pense qu’il croyait qu’il n’était pas digne de vous.

 

- Il l’était, Ser, affirma Brienne à travers ses larmes. Il l’était réellement.

 

Tyrion eut un sourire triste.

 

Il y avait tellement de choses qu’il aurait voulu lui dire, mais il sentait implicitement que désormais, même les mots ne suffisaient plus.

 

Alors il se tut.

 

La noble embrassa l’homme qu’elle aimait une dernière fois, avant de se relever, et de se diriger vers la sortie du Donjon rouge.

 

- Brienne ? Dit alors Tyrion, la faisant s’arrêter. Je suis désolé, pour tout. Sincèrement. Je suis désolé de ne pas avoir pu le sauver. »

 

Le sauver de Cersei.

 

Le sauver de lui-même.

 

Brienne se retourna vers lui, et le nain vit alors les larmes couler librement le long de ses joues.

 

Elle hocha la tête, avant de partir, le laissant seul.

 

Alors qu’elle franchissait le seuil du Donjon rouge, Brienne de Tarth se mit à hurler.

 

Le nain contempla alors ce qu’il restait de sa famille désormais détruite.

 

Son regard passa rapidement sur Cersei, avant de se fixer sur Jaime, et ses yeux furent attirés par la main d’or de son grand frère.

 

Une main froide, glacée, inerte, une main qui ne bougerait plus jamais, comme son frère lui-même.

 

Son frère était mort.

 

Son grand frère était mort, et il n’avait pas pu le sauver.

 

Ses larmes roulèrent à son tour sur ses joues, et il serra le poing avant de pointer son frère avec ce dernier.

 

« Espèce de crétin, hoqueta-t-il. Je te l’avais dit pourtant ! Ne quitte pas Winterfell, c’était pourtant pas compliqué à faire, putain ! Je t’avais dit de ne pas la laisser toute seule... Tu l’as adoubée chevalier, pourquoi l’as tu abandonnée ? »

 

Pourquoi m’as-tu abandonné ? Voulait-il hurler.

 

Il se laissa tomber au sol, juste à côté de Jaime, pleurant toujours toutes les larmes de son corps.

 

La guerre était finie.

 

Ils avaient gagné.

 

Et pourtant, aujourd’hui, lui, Tyrion Lannister, il avait tout perdu, tout comme une jeune femme aux yeux bleus avait vu son avenir être brutalement réduit en cendres.

 

Tout ça parce que Jaime Lannister avait voulu payer pour ses erreurs, payer le prix du sang.

 

ND’A : Vais-je écrire une version alternative plus joyeuse une fois que je me serai vraiment calmée ? Peut-être, si vous le voulez et si vous le demandez assez gentiment.

 

 

 

 

 

 

Chapter Text

Elle allait probablement tuer son cheval à la tâche si elle continuait comme ça.

 

Mais pour être honnête, Brienne de Torth n’en avait cure.

 

La jeune femme avait déjà entendu les dernières nouvelles, et ce, alors qu’elle arrivait à peine aux portes de Port-Réal.

 

Cersei avait perdu, mais rien dans ce qu’elle avait compris n’indiquait qu’elle était morte, ou bien qu’elle avait été arrêtée.

 

Et le fait est qu’elle n’allait pas le nier.

 

Elle était terrifiée.

 

La femme chevalier n’était pas idiote, elle savait parfaitement ce que Jaime avait l’intention de faire, et elle avait surtout peur qu’il ne perde sa vie en le faisant.

 

Lorsqu’elle arriva à Port-Réal, les portes du Donjon rouge étaient grandes ouvertes, Cersei reposait sur le sol, morte, mais Jaime, lui, respirait encore.

 

Toujours juchée sur son cheval, elle entra à l’intérieur du Donjon rouge, avant de se laisser tomber à terre, juste à côté du Régicide, qui était bien mal en point, mais bien moins que sa jumelle.

 

Oui, Cersei était belle et bien morte, et Brienne réalisa assez rapidement que cela ne lui faisait rien.

 

À cet instant précis, pour elle, seule comptait la vie de Jaime.

 

Elle n’allait pas le laisser mourir.

 

Pas lui, non certainement pas, pas encore.

 

Elle ne pouvait pas se permettre de perdre quelqu’un d’autre.

 

Après avoir échoué à protéger Renly Baratheon, après la mort de Catelyn Stark aux Noces Pourpres, elle ne pouvait accepter de perdre encore quelqu’un qu’elle avait juré de protéger.

 

Elle avait vu Renly mourir sous ses yeux, mais elle se le jurait, non, cela n’arriverait pas à Jaime.

 

Pas aujourd’hui, du moins.

 

Se rapprochant de lui, elle remarqua rapidement que sa blessure n’était pas profonde, ce qui la rassura momentanément, jusqu’à ce qu’elle réalise en l’examinant de plus près que quelque chose n’était pas normal.

 

Ce n’était pas seulement le fait que Jaime semblait avoir perdu connaissance, non.

 

C’était autre chose.

 

Quelque chose de plus grave.

 

Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour comprendre quelle en était la cause.

 

Poison.

 

Brienne blêmit instantanément.

 

Se retournant, elle aperçut la petite silhouette familière de Tyrion Lannister se dessiner derrière elle, à travers les cendres et la poussière qui les environnaient.

 

« Allez chercher un mestre ! Lui hurla-t-elle alors au visage. Vite ! Ajouta-t-elle, en voyant qu’il restait figé sur place. »

 

Quand il disparut enfin de son champ de vision, elle ne put s’empêcher de soupirer de soulagement.

 

Le Régicide n’avait toujours pas repris connaissance, mais au moins, il respirait encore.

 

« Jaime ? JAIME ? »

 

En voyant qu’il ne se réveillait toujours pas, elle fit alors la première chose qui lui passait par la tête, et qui lui semblait raisonnable à faire.

 

Elle le gifla.

 

En le voyant cligner des yeux puis reprendre peu à peu conscience, elle se mit à sourire.

 

Vivant, Jaime Lannister était encore vivant, et avec un peu de chance, elle allait réussir à le garder en vie encore un peu de temps.

 

S’il vous plaît, s’il vous plaît, donnez-moi encore un peu de temps, je vous en supplie...

 

Il la regarda droit dans les yeux, encore un peu confus par la situation actuelle.

 

Sa blessure avait déjà arrêté de saigner, mais d’après ce qu’elle pouvait en juger, si personne ne faisait rien très vite, le poison allait finir par l’achever.

 

« Br... Brienne ? Balbutia-t-il avec stupéfaction. »

 

Et soudain, sans même qu’elle s’y attende, il se mit à lui sourire.

 

La jeune femme crut qu’elle allait hurler.

 

Ce crétin, cet idiot, qui avait failli mourir ici pour rien, et qui risquait encore de mourir d’ici quelque minutes, avait l’audace de lui sourire, comme si de rien n’était !

 

Sans y réfléchir plus longtemps, autant pour calmer sa colère que pour l’empêcher de risquer de sombrer dans l’inconscience une nouvelle fois, elle le gifla encore.

 

Il grimaça de douleur, avant de se redresser, complètement incrédule quant au fait d’être encore en vie.

 

Ils entendirent alors tout deux un bruit derrière eux.

 

C’était Tyrion qui revenait, accompagné d’un mestre qu’il avait réussi à dénicher quelque part, qui les informa rapidement qu’il pouvait sauverle Régicide, ce qu’il s’employa à faire l’instant d’après.

 

Ce fut à ce moment que Brienne perdit complètement son sang-froid.

 

Elle l’avait cru mort, elle avait cru qu’elle allait uniquement venir ici pour le voir mourir, et pour le perdre, et maintenant qu’elle savait qu’il allait vivre, elle sentait peu à peu ses nerfs la lâcher.

 

Ils étaient seuls désormais, loin du Donjon rouge, loin des flammes et des cendres que seule la folie de Cersei Lannister avait amenés à Port-Réal, et surtout, il allait vivre.

 

Alors dans ce cas-là, pourquoi avait-elle encore aussi peur ?

 

Peur qu’il ne lui arraché une nouvelle fois, et pour de bon, peur que tout cela ne soit en réalité qu’un rêve.

 

Peur que tout ne s’arrête, d’un seul coup, sans prévenir.

 

« Ne me refait plus jamais ça, Jaime Lannister ! Je te l’interdis !

 

Bien qu’étant toujours en danger de mort imminent (si jamais l’antidote ne fonctionnait pas), le chevalier ne put s’empêcher de lui sourire de manière sarcastique.

 

- De quoi ? Ironisa-t-il. De mourir ?

 

Elle leva les yeux au ciel, ses lèvres se tordant en un léger sourire malgré tout.

 

- Tu sais très bien que ce n’est pas de ça dont je... Elle le frappa une nouvelle fois. Ne meurs pas s’il te plaît, l’implora-t-elle, avec cette fois-ci beaucoup plus de sérieux dans la voix.

 

Depuis son lit, là où il était désormais allongé depuis quelques minutes, il se mit à sourire, sans air moqueur cette fois.

 

- Tu sais, fit-elle alors avec une fausse sévérité, ce n’est pas vraiment drôle...

 

- Je t’aime, l’interrompit-il alors.

 

Elle se figea, interloquée.

 

Une forte chaleur et un sentiment de bien-être l’envahit alors.

 

Il ne l’avait jamais dit avant ce jour, et pour être honnête, elle ne savait pas trop quoi répondre.

 

- Je sais que je te ne mérite pas, et le simple fait que je t’ai abandonnée comme une moins que rien à Winterfell le montre bien. Je suis désolé d’avoir fait tout ça, mais je refusais que Cersei puisse te faire du mal si jamais elle apprenait que tu m’avais suivi, et imagine ce qu’elle aurait pu te faire si elle avait gagné et t’avait attrapée. Je ne pouvais pas le supporter et...

 

- Espèce de triple idiot ! Fit-elle avec amusement en le frappant à l’épaule pour sans doute la troisième ou quatrième fois. La prochaine fois que tu comptes risquer ta vie, dis-le moi avant de te lancer dans une quête absurde à corps perdu ! Que je vienne au moins pour t’empêcher de perdre bêtement la vie. »

 

Saisie d’une soudaine impulsion, elle entrelaça leurs doigts, et laissa un silence réconfortant s’installer entre eux, préférant également se taire pour le laisser mariner un petit peu (il le méritait bien, après toutes les frayeurs par lesquelles il l’avait faite passer).

 

« Brienne ? Je...

 

- Moi aussi je t’aime, lui murmura-t-elle à l’oreille, ravie de voir l’air de complète surprise se peindre sur son visage. »

 

Oh par les sept enfers, pensa-t-elle en le regardant.

 

Jamais son sourire n’avait semblé aussi beau, aussi sincère.

 

§§§§

 

Quelques heures plus tard.

 

« Alors mon frère, et cette histoire que tu avais promis de me raconter, à propos de toi et de la femme chevalier ?

 

- Tout a commencé quand Catelyn Stark a décidé de lui demander de « m’escorter » jusqu’à Port-Réal pour m’échanger contre Sansa et Arya... »

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La reine Rhaella Targaryen était actuellement profondément malheureuse.

 

Et il y avait de quoi.

 

Elle avait déjà perdu tellement de choses.

 

Presque tout ses enfants étaient morts, certains avant même d’avoir eu la chance de vivre, Shaena, Daeron, Aegon, Jaehaerys... Sans oublier tout ceux qui n’avaient jamais eu de noms.

 

Tous morts...

 

Même Rhaegar n’était plus désormais.

 

Seuls demeuraient son fils Viserys, son petit garçon de seulement huit ans, ainsi que l’enfant qui grandissait en ce moment-même dans son ventre.

 

Toutes ces années de douleur et de souffrances, à vivre sous la coupe d’Aerys et à subir sa folie et ses mauvais traitements, tout ça, pour ça ?

 

Pour périr ici, à Peyredragon, après avoir perdu Rhaegar ?

 

Le seul bon point dans toute cette situation, en quelque sorte, c’est qu’au moins, ici, elle était loin d’Aerys, loin de son frère et époux qu’elle haïssait de toutes ses forces, qu’elle n’avait jamais aimé.

 

Ici, elle était en paix, elle ne souffrait pas, elle ne souffrait plus, ici, Aerys ne pouvait pas l’atteindre.

 

Elle était libre.

 

Mais elle n’était pas heureuse.

 

Son petit garçon était mort, le royaume était en guerre, parce que son époux était fou et que son fils avait décidé qu’enlever la fille Stark était une bonne idée juste parce qu’il en était tombé amoureux.

 

(Mais en un sens, elle le comprenait, elle-même n’avait jamais réussi à complètement oublier ce chevalier qui l’avait couronnée reine d’amour et de beauté, durant un tournoi, des années auparavant.

 

Elle aussi elle aurait voulu pouvoir s’enfuir loin du pouvoir, des problèmes, et des responsabilités qui lui étaient tombées dessus après son mariage avec Aerys.)

 

Et surtout, elle avait peur.

 

Peur de mourir, peur que tout se finisse mal, peur de perdre son dernier enfant encore vivant, ainsi que son bébé à naître.

 

Mais surtout, elle avait peur d’être réunie avec Aerys, et que son enfer personnel ne recommence une nouvelle fois, et ne devienne pire encore.

 

Une part d’elle-même, aussi absurde cela soit-il, avait désespérément envie que Robert Baratheon gagne la guerre, et la débarrasse enfin de son époux.

 

Elle savait que la défaite de sa famille et de ses alliés signifierait très certainement sa propre mort et celle de ses enfants, mais de toute façon, avec Aerys encore en vie et risquant de lui faire du mal, à elle ou à leur fils, elle ne trouvait pas vraiment de raisons pour continuer à vivre.

 

Ainsi, le jour où un soldat de sa maison se présenta face à elle, tandis qu’elle était seule, à regarder la mer avec mélancolie, elle fronça les sourcils.

 

« Qu’y a-t-il ? Lui demanda-t-elle. »

 

Le jeune homme avait un message dans les mains, et, horriblement gêné ou apeuré, elle n’aurait su dire, il se tordait les mains, incapable de dire quoi que ce soit.

 

« Hé bien ? L’interrogea-t-elle avec majesté.

 

- Ma reine... Il s’agit de... de votre époux, notre roi Aerys... Des rumeurs provenant de Port-Réal disent qu’il aurait été... On dit que votre époux a été assassiné par Ser Jaime Lannister, qu’il l’aurait poignardé dans le dos. »

 

Un long silence suivit ses paroles, et, imperceptiblement, les coins de la bouche de Rhaella Targaryen se retroussèrent en un léger sourire.

 

Puis, sans qu’il s’y attende, la reine finit par éclater de rire.

 

Un rire fort, cristallin, joyeux, réel, et jamais la reine n’avait autant rayonné qu’à ce moment-là.

 

Mort.

 

Aerys était enfin mort.

 

Ça y est, elle était véritablement libre.

 

Le soldat, interdit par cette réaction, la salua brièvement sans qu’elle y prenne attention, alors qu’elle était toujours prise dans un fou rire inarrêtable.

 

Maintenant, peu importait la fin de la guerre, cette mort-là lui suffisait.

 

Le rire de la veuve résonnait désormais dans les murs de Peyredragon, et dans d’autres circonstances, sa joie aurait probablement fait plaisir à voir.

 

Jaime Lannister avait tué son époux.

 

Quelle douce ironie, quand on savait qu’il avait vu brûler juste sous ses yeux les seigneurs Brandon et Rickard Stark, sans avoir la possibilité d’intervenir, et qu’il avait été là aussi, à Port-Réal, non loin, quand Aerys la violait, et qu’il n’avait rien fait.

 

Peut-être y avait-il une justice dans ce monde, finalement.

 

Riant toujours de bon cœur, elle sentit un terrible poids quitter ses épaules, et le soulagement que lui apportait cette nouvelle était indescriptible.

 

Des larmes de joie roulèrent également le long de ses joues, alors qu’elle continuait de rire, ne pouvant désormais plus s’arrêter, ne pouvant que penser au fait que son époux était mort, qu’elle était libre, enfin.

 

Merci Ser Jaime, pensa-t-elle dans sa joie, merci infiniment pour ce que vous avez fait.

 

Il avait tué le roi, il avait lâchement assassiné son suzerain, celui-là même qu’il avait pourtant juré de protéger, il était un traître, un régicide.

 

Pour Rhaella Targaryen, il avait tout simplement tué le monstre de ses cauchemars.

 

Oui, elle était libre désormais, libre de vivre, d’être heureuse, même si la guerre était toujours là, faisant rage, mais pour elle, ça n’avait plus d’importance.

 

Aerys était mort, et jamais elle n’avait été aussi heureuse.

 

Posant une main sur son ventre, elle se mit à sourire, son rire finissant par s’arrêter.

 

Avant, elle ne considérait pas cet enfant à venir comme une raison de vivre, parce que l’ombre d’Aerys planait toujours sur eux, pas tant qu’il était vivant.

 

Mais, alors qu’elle savait que son frère et époux était mort, peut-être que...

 

Elle regarda son ventre et s’autorisa une nouvelle fois à sourire, pensant également à Viserys.

 

La guerre lui importait peu, tout comme le royaume des sept couronnes lui-même, qu’importe après tout quelle était l’identité du futur souverain, elle s’en fichait, tant qu’elle et ses enfants survivaient à tout ça.

 

Elle avait une famille à protéger après tout, à reconstruire, et peut-être qu’elle pourrait faire les choses bien maintenant, qui sait ?

 

Son enfer était fini.

 

Maintenant, elle avait bel et bien une nouvelle raison de vivre.

 

À savoir, survivre à Aerys, et lui prouver qu’elle pouvait encore être heureuse loin de lui, qu’il ne l’avait pas complètement brisée.

 

Le simple fait de vivre serait un défi lancé au cadavre déjà froid d’Aerys.

 

Et elle était bien décidée à l’emporter.

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L’opération avait été un fiasco complet.

 

Ça n’aurait pas dû se passer comme ça.

 

Pourtant, tout son plan était bien huilé, et il n’aurait dût souffrir d’aucun accroc, elle et ses hommes étaient suffisamment expérimentés et unis pour que les choses se passent bien.

 

Cependant, il y avait une seule chose sur laquelle elle n’avait pas compté.

 

Son propre frère.

 

En le voyant ainsi, aussi misérable et en être réduit à n’être plus rien du tout, enfermé dans cette atroce cage, elle n’avait pas hésité une seule seconde.

 

Il était prisonnier, il était maltraité, il était blessé, évidemment qu’il voudrait s’évader.

 

Quand il avait refusé de la suivre, qu’il s’était débattu, rebellé, qu’il avait hurlé contre elle, elle n’avait pas compris, et, même si elle était restée forte sur le moment, elle avait brusquement blêmi, complètement perdue face à l’absurdité de la situation.

 

Elle était là pour le sauver, et lui, il refusait de la suivre ?

 

Mais... pourquoi ?

 

Qu’était-il arrivé entre sa défaite à Winterfell et maintenant ?

 

Qui était donc l’homme en face d’elle, cet homme brisé qui n’avait rien à voir avec le Théon d’autrefois ?

 

Yara n’en savait rien, et elle n’était pas sure de vouloir connaître la réponse.

 

La jeune femme l’avait appelé par son nom, lui avait dit de la suivre, avait essayé de l’entraîner avec elle, pour son bien, et lui...

 

Il avait hurlé de plus belle.

 

« Pas Théon, Reek ! »

 

Sur le moment, elle n’y avait pas fait attention, et ce n’est que plus tard, bien plus tard, qu’elle avait réalisé que son frère n’était plus lui-même.

 

Elle l’avait regardé droit dans les yeux, des yeux effrayés, apeurés, et elle n’avait rien vu.

 

Aucune étincelle de vie, rien, nada.

 

Juste une peur panique, ainsi qu’une incompréhension totale.

 

Il ne l’avait pas reconnue...

 

La Fer-née avait une nouvelle fois blêmi d’horreur face à ce constat.

 

Son petit frère ne se souvenait plus d’elle, n’avait aucune idée de son identité, et ce n’était pas comme à Pyk, où les circonstances et la longue séparation passée entre eux avait rendu cela logique, et également drôle d’une manière atrocement tragique.

 

Son frère était bel et bien mort à l’intérieur, il était même allé jusqu’à la mordre, bon sang !

 

Puis, lorsque Ramsay Snow avait fini par arriver, elle avait compris qu’il était trop tard, et elle avait eu à la fois envie de s’écrouler, et de se mettre à pleurer de frustration.

 

C’était la colère qui l’avait dominée, la colère qui l’avait poussée à se battre, contre l’homme qui avait détruit son frère, mais malgré ça, elle avait été forcée de battre en retraite, sa détermination s’évanouissant au fur et à mesure qu’elle s’éloignait de Fort-Terreur.

 

Toute cette expédition, tout ces efforts mis en œuvre, pour qu’ils soient réduits à néant en à peine quelques minutes, tout ça pour que son frère les fasse repérer en hurlant sans aucune raison apparente, et elle n’arrivait toujours pas à comprendre pourquoi.

 

(Elle comprendrait un jour, bien sûr, mais plus tard, bien plus tard.)

 

Tout ça pour ça !

 

Tout ça, en fin de compte, pour rien !

 

Elle n’était même plus en colère, en fait, elle était juste... vide.

 

Sans force.

 

« Et votre frère, madame ? Lui demanda un de ses soldats une fois qu’ils se furent extirpés du piège mortel que représentait Ramsay, ses hommes et ses chiens. »

 

(Sans oublier Théon lui-même, pensa-t-elle avec tristesse.)

 

Pendant quelques secondes, elle repensa à cet homme qu’elle avait vu dans la cage, cet homme effaré, apeuré, terrorisé par sa simple vue.

 

Ce n’était pas son frère.

 

Si elle avait pu se voir dans une glace, elle aurait remarqué à quel point son visage était encore blême, empli d’incompréhension, tandis que le mot pourquoi résonnait dans sa tête, encore et encore.

 

« Mon frère est mort, annonça-t-elle d’une voix morne. »

 

Je n’ai plus de frères, ajouta-t-elle en pensée, tâchant le plus possible de rester de marbre, de glace, de fer, réalisant que hormis son père et son oncle, il ne lui restait désormais presque plus personne.

 

Comprenant avec horreur que, si jamais elle retournait à Harloi pour voir sa mère, et que celle-ci lui demandait, comme à son habitude : est-ce que tu as ramené Théon à la maison, elle ne pourrait rien lui offrir d’autre comme réponse que des larmes et des regrets.

 

Son frère n’était plus, il ne voulait pas qu’elle le sauve, ou du moins il était parfaitement incapable de vouloir quelque chose désormais, étant complètement brisé en mille morceaux.

 

Elle aurait voulu le sauver.

 

Vraiment.

 

Mais désormais, il était bien trop tard, n’est-ce pas ?

 

Ce n’est qu’une fois seule qu’elle s’autorisa à le pleurer.

 

Je suis désolée petit frère.

 

Je suis tellement désolée.

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C’était juste après la mort de Ramsay Bolton qu’elle s’était faite la réflexion pour la première fois.

 

Quand la future reine du Nord était revenue de là où leur ennemi était emprisonné, quand elle en était sortie avec le sourire aux lèvres, annonçant fièrement qu’il ne leur causerait plus jamais de soucis, et que Théon et elle étaient définitivement libres, Yara n’avait pas pu détacher son regard d’elle.

 

La jeune femme rayonnait, semblait comme avoir définitivement mis de côté sa peur et ses souffrances passées, du moins superficiellement pour l’instant, mais ce ne furent ni son sourire (au demeurant charmant) ni même ses yeux brillants (d’un bleu magnifique, elle devait le reconnaître également.) qui attirèrent son attention.

 

Non, à cet instant précis, Yara Greyjoy prêtait attention à un élément absolument insignifiant d’ordinaire : à savoir ses cheveux.

 

Et ce, pour une bonne raison.

 

Sansa Stark avait les plus beaux cheveux du monde.

 

C’était un jugement purement subjectif, évidemment, qui aurait pu parfaitement être contredit. Et, selon les goûts et les couleurs, d’autres auraient pu dire que sa chevelure était bien moins belle que celle de Cersei Lannister, celle de Daenerys Targaryen, celle de Margaery Tyrell, ou tant qu’à faire, celle de Jaime Lannister.

 

La jeune Fer-née n’aurait pas été le moins du monde d’accord avec eux.

 

Les cheveux de la jeune Stark étaient purement magnifiques, comme elle-même, en fait.

 

C’était quelque chose qu’elle avait déjà remarqué avant, bien sûr, durant le séjour de Sansa à Pyk, avant la bataille contre Ramsay Bolton et ses troupes, puisqu’elle avait eu le loisir (et le plaisir) de l’observer à plusieurs reprises, et personne n’aurait pu prétendre sans être d’une mauvaise foi éhontée que Sansa Stark n’était pas belle.

 

Mais, jamais avant ce jour l’évidence ne lui avait à ce point-là sauté aux yeux.

 

Elle ne savait pas vraiment à quoi c’était dû, à vrai dire.

 

Qu’est-ce qui faisait exactement qu’aujourd’hui particulièrement, la splendeur de ses cheveux lui avait parue si éclatante ?

 

Les sauvageons avaient une expression pour qualifier les femmes et les hommes à la chevelure rousse.

 

 

Qu’ils étaient baisés par le feu.

 

Yara trouvait que ça sonnait bien, et aussi que ça correspondait bien à Sansa.

 

La jeune fille venait peut-être du Nord, mais elle brûlait, par sa force, par son courage, par son regard fier, par sa détermination, et sa chevelure ne faisait que parachever le tableau.

 

Elle avait des cheveux de feu, rouges comme les flammes, rouges comme le sang, rouge comme la vie, en somme, et, alors qu’elle se relevait de ses cendres, tel un phénix, plus forte que jamais (Ce qui est mort ne saurait mourir, après tout), Yara la voyait exulter, et brûler, elle voyait les flammes, les flammes de la victoire, et du renouveau.

 

Et face à elle, Yara elle aussi se sentait brûler.

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Arya Stark n’était plus une petite fille inoffensive.

 

Non pas qu’elle l’ait jamais réellement été, mais à vrai dire, Brienne ne la connaissait pas suffisamment pour le savoir, et la première fois qu’elle l’avait vue, aux Eyrié, ce n’était effectivement qu’une enfant.

 

Une enfant qui avait déjà tué, certes, mais quant même.

 

Déjà à l’époque, la femme chevalier avait conscience qu’il ne fallait pas se fier aux apparences, et qu’il n’était en aucun cas une bonne idée de la sous-estimer. Même si elle ne l’avait pas compris immédiatement.

 

Ça lui avait coûté cher à ce moment-là, puisqu’elle n’avait même pas envisagé l’idée qu’elle puisse s’enfuir au cours de son combat contre le Limier. Et elle l’avait perdue de vue, perdue pendant plusieurs années, alors qu’elle avait été, pendant quelques secondes, si proche du but.

 

Et maintenant, elle s’en rendait véritablement compte, Arya n’était définitivement pas une personne à se mettre à dos, enfin, pas si on avait envie de rester en vie un nombre appréciable d’années.

 

Après son combat contre elle, elle réalisa à quel point la jeune fille était devenue forte.

 

Tout ça lui laissait un certain goût amer, car, si Arya était bel et bien rentré à la maison, à Winterfell, ce n’était pas grâce à elle.

 

Elle avait échoué, en un sens, elle n’avait pas réussi à tenir sa promesse faite à Catelyn Stark.

 

Elle avait fait un serment à sa mère, et elle ne l’avait pas tenu.

 

D’un autre côté, cela prouvait bien que la jeune femme en devenir qu’était Arya Stark pouvait s’en sortir toute seule, et qu’elle n’avait pas besoin de son aide, ce qui était un bon point.

 

En la regardant s’entraîner avec Podrick (qui avait décidément encore beaucoup de choses à apprendre), et en constatant la virtuosité de ses mouvements et de ses coups, la jeune femme sentit un frisson glacé la traverser.

 

Peu de temps avant le retour de la Sans-visage au château des Stark, la nouvelle de la mort de Walder Frey et de tout ses fils était parvenue jusqu’à Lady Sansa, qui, en apprenant la nouvelle, s’était fendue d’un léger sourire.

 

Les Noces pourpres et la mort de sa mère et de son frère étaient enfin vengées, peu importe par qui, au moins, les Freys ne leur causeraient plus jamais de soucis.

 

Et, en voyant Arya se battre, Brienne se remémora ce qui avait été dit après la mort du patriarche et de ses fils :

 

« Si jamais on te demande ce qu’il s’est passé ici, dis leur que le nord se souvient, et que l’hiver est tombé sur la maison Frey. »

 

Le Nord se souvient.

 

L’hiver vient.

 

Deux phrases typiquement Stark (et nordiennes en générales) combinées en une, et si son souvenir était bon, la veuve Frey avait rapporté que c’était une jeune fille qui l’avait prononcée.

 

Une jeune fille habillée en homme, qui avait eu le visage de Walder Frey sur son propre visage encore quelques secondes avant.

 

L’entraînement fini, elle se dirigea vers Arya.

 

Il fallait qu’elle en ait le cœur net.

 

« Lady Arya, la salua-t-elle.

 

- Je vous ai déjà dit que je voulais être appelée seulement Arya, la reprit-elle avec un sourire mi-amusé, mi-ennuyé. Je ne suis pas une dame.

 

Et moi non plus, pensa Brienne.

 

- J’essaierai d’y penser la prochaine fois.

 

- Merci, Ser. »

 

Une vague d’émotion contradictoire traversa alors Brienne. De la surprise, mais aussi de la joie, car elle savait bien que jamais la noble ne l’appellerait ainsi pour se moquer d’elle.

 

« Je ne suis pas un chevalier, La... Arya, se reprit-elle.

 

La jeune femme haussa les épaules, comme si ce genre de détail technique ne l’intéressait pas plus que cela.

 

- Vous vous battez avec une épée, et vous refusez qu’on vous appelle ma dame... Fit-elle avec un pragmatisme déconcertant. Vous êtes un chevalier. »

 

Brienne s’autorisa alors à sourire.

 

C’était étrange, si étrange, de voir une personne reconnaître ses compétences et son statut, comme ça, aussi naturellement.

 

« Qu’y a-t-il ? Lui demanda-t-elle alors.

 

- Je voulais vous poser une question...

 

- Allez-y.

 

- Le massacre chez les Freys, c’était vous, n’est-ce pas ? »

 

Arya se figea, semblant comme interloquée que quelqu’un ait réussi à percer son secret aussi rapidement, puis, elle se mit à sourire, fièrement.

 

La jeune fille releva la tête.

 

« Oui, c’était moi, affirma-t-elle sans broncher. »

 

Brienne ne sut alors si elle devait être admirative ou effrayée de savoir qu’une gamine avait réussi à faire ce qu’elle n’avait jamais fait.

 

Elle avait tué Stannis, avait vengé la mort de Renly, mais jamais elle n’avait eu l’occasion de faire de même en ce qui concernait Lady Catelyn, et une part d’elle-même s’en était toujours voulue, elle s’était maintes fois reprochée de ne pas avoir pu se rendre aux Jumeaux et exécuter elle-même ce salopard de Walder Frey.

 

Oui, elle aurait aimé pouvoir lui planter son épée dans la gorge, et le regarder mourir, agoniser à ses pieds, en lui faisant bien comprendre que par son bras, Lady Catelyn Stark prenait sa revanche depuis l’au-delà, une revanche bien méritée.

 

Mais comment aurait-elle pu le faire, à elle seule contre eux tous ?

 

Arya l’avait devancée, et le fait qu’elle ait réussi à faire tout ça toute seule en disait long sur ses capacités.

 

Elle aurait dû avoir peur, probablement, mais après avoir entendu parler Sansa de ce qu’elle avait vécu à Port-Réal, puis aux mains de Ramsay, elle ne pouvait qu’imaginer que ce qu’avait vécu Arya était probablement aussi horrible.

 

Pas étonnant qu’elle ait voulu tout faire pour venger sa famille détruite...

 

Qu’elle y soit parvenue à la seule force de ses bras, ça c’était le plus étonnant.

 

Elle se sentait terriblement fière.

 

« Est-ce que vous avez quelque chose à dire à ce sujet Ser ? L’interrogea Arya, farouche.

 

- Non. À part que vous avez dû passer par bien des choses, pour aller jusqu’au château des Freys, puis pour revenir jusqu’ici après avoir vengé votre mère et votre frère. Vous êtes terriblement forte Arya. D’ailleurs, ajouta-t-elle, je suis certaine que votre mère est extrêmement fière de vous, de là où elle est. »

 

Pendant quelques fugitives secondes, le masque de froideur et de force qu’elle gardait en permanence sur le visage se fissura légèrement, et, en la voyant sourire, Brienne eut l’impression de revoir la jeune fille paisible et heureuse qu’elle devait être autrefois.

 

Toutes ces épreuves l’avaient faites grandir, c’est vrai, mais toute cette innocence perdue qui ne reviendrait jamais rendait Brienne terriblement triste.

 

« Merci Brienne. »

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Revenir à Winterfell, étonnamment, n’avait rien à voir avec le fait de rentrer à la maison, pour Sansa Stark.

 

Pas quand elle avait le terrible et écœurant sentiment que Littlefinger était en train de tout bonnement la vendre aux Bolton.

 

Pas alors que Winterfell n’était plus à elle, plus aux Stark, si ce n’est en théorie, et que ceux qui les avaient trahis avaient pris leur place.

 

Pas alors qu’elle vivait dans la même demeure que l’homme qui avait assassiné son frère, et vu mourir sa mère sans broncher une seule seconde, et qui s’était accaparé le Nord avec le soutien des Lannister.

 

Pas alors qu’elle devait vivre tout les jours avec l’homme qui avait assassiné ses deux petits frères.

 

Quand elle regardait Théon, elle ne ressentait pas juste de la colère et de la haine, non c’était bien pire que cela.

 

Elle haïssait Roose Bolton de toutes ses forces, elle aurait voulu pouvoir le tuer de ses propres mains, mais aucun sentiment d’amertume ne s’ajoutait à cette colère.

 

Quand elle voyait Théon, enfin, Reek, elle voyait ce qui avait été autrefois, et ne serait plus jamais.

 

Elle entendait les rires de ses frères et sœur, elle voyait son père sourire, sa mère à ses côtés, elle voyait Théon apprendre à tirer à l’arc à Robb, à Jon, à Bran, à Arya aussi parfois, quand elle arrivait à s’extirper de la prise de Septa Mordane.

 

Elle se souvenait des jours heureux, des jours moins heureux, d’une époque où ils étaient encore une famille, des jours qui ne reviendraient jamais, d’une harmonie que Théon avait brisé en...

 

Il avait trahi Robb.

 

Ça, elle aurait pu l’accepter, peut-être, ou au moins le comprendre.

 

Qu’il choisisse sa famille de sang plutôt qu’eux, parmi lesquels il n’était en réalité qu’un prisonnier, c’était quelque chose de parfaitement concevable pour la jeune femme.

 

Après tout, elle avait été elle-même l’otage des Lannister à Port-Réal pendant suffisamment longtemps pour comprendre ce que cela faisait d’être loin de chez soi.

 

Elle restait une Stark, du plus profond de son cœur.

 

Sauf que Théon avait attaqué Winterfell.

 

Théon avait brûlé sa maison, s’en était pris à ses frères, il...

 

Il avait tué Bran et Rickon.

 

Et la jeune dame savait parfaitement qu’elle ne lui pardonnerait jamais cette infamie.

 

« Tu les as tués, tu les as brûlés, tu as exposé leurs corps, tu as tué mes frères, comment as-tu pu faire une chose pareille ? »

 

Maintenant, à chaque fois qu’elle le voyait, elle avait envie de lui hurler au visage : pourquoi ?

 

Et arriva le jour du mariage.

 

Sansa redoutait ce jour, qui était censé, du moins le croyait-elle autrefois, être le plus beau jour de sa vie.

 

Mais, après son séjour à Port-Réal, tout ce que Joffrey lui avait fait, et son mariage catastrophique avec Tyrion, puisqu’il n’y avait aucun amour entre eux, seulement du respect mutuel (ce qui était bien plus que ce qu’elle avait jamais eu avec Joffrey, ou aurait jamais avec Ramsay), elle avait perdu toutes ses illusions.

 

Quand Théon vint la chercher, elle resta froide, imperturbable, faisant absolument tout pour ne pas s’écrouler.

 

Lorsqu’il lui demanda de lui prendre le bras, elle vit rouge, d’un seul coup.

 

Et elle eut envie de hurler.

 

Comment osait-il lui demander de lui prendre le bras, alors qu’il avait tué ses frères ?

 

Comment pouvait-il croire qu’elle allait accéder à sa demande, après tout ce qu’il lui avait fait ?

 

Pourquoi allait-elle accepter ?

 

Elle lisait la peur dans ses yeux, et ça ne lui faisait rien.

 

Il allait souffrir, d’accord, c’est vrai.

 

Et alors ?

 

Elle aussi elle souffrait, toute sa famille entière avait péri, son cœur était brisé en mille morceaux, ses frères étaient morts à cause de lui, alors que ce n’étaient que des enfants, qui n’avaient rien à voir avec tout ça, et elle aurait dû lui témoigner de la compassion ?

 

Et puis quoi encore ?

 

Elle aurait voulu le gifler, le frapper, lui faire mal, elle aurait voulu pouvoir avoir le luxe de pleurer, pleurer sa famille perdue, ses parents et ses frères morts, sa sœur introuvable, et la simple présence de ce traître à ses côtés était un rappel constant de tout ce qu’elle avait perdu.

 

Et à chaque fois qu’elle le voyait, elle se souvenait qu’autrefois, elle croyait encore aux princes charmants et aux contes de fée, et que désormais, elle ne croyait plus en rien.

 

Et dieux, ça faisait tellement mal.

 

Elle se fichait bien de ce que Ramsay pourrait lui faire, et, à chaque fois qu’elle se rappelait du jeune garçon railleur qu’il avait été et qu’elle considérait comme un frère, et qu’elle avait envie de faire preuve de clémence à son égard, une unique phrase revenait en elle, tel un mantra qu’elle se répétait chaque jour, afin sa colère et sa haine perdurent.

 

Il a tué Bran et Rickon.

 

Et, aveuglée par sa colère, elle ne voyait pas à quel point celui qu’elle voyait comme un monstre était brisé, elle ne voyait pas encore à quel point son futur époux était un foutu salopard.

 

Il y avait une part de Sansa Stark, toute petite et bien enfouie au fond d’elle-même, mauvaise, sombre et cruelle, créée par tout ces moments passés aux côtés de Joffrey, Cersei, Littlefinger et Ramsay, qui était en train de se réjouir de ce qui était en train d’arriver à Théon, de toute cette souffrance qu’il allait bientôt endurer des mains de Ramsay.

 

C’était mal, elle le savait.

 

Mais il le méritait bien, pas vrai ?

 

Elle ne le croyait qu’à moitié, le croire entièrement, ça aurait été devenir comme Cersei, comme Joffrey, un véritable monstre, et elle s’y refusait.

 

Pourtant, si elle refusa d’accéder à la requête de Théon, ce fut à la fois par dégoût et par fierté, mais aussi, un peu, par cruauté.

 

Il a tué Bran et Rickon.

 

Il méritait la mort pour ça.

 

Non, c’était faux.

 

Il méritait bien pire.

 

Et, même si la lueur de peur dans les yeux de Reek (rien que cela était suffisant pour que Sansa ne le haïsse pas complètement. Comment pouvait-elle entièrement détester quelqu’un qui était suffisamment brisé pour accepter d’être renommé de cette manière ? Qu’est-ce que Ramsay lui avait fait pour le réduire à ça exactement ?) l’attrista légèrement, elle ne put se résigner à laisser sa colère de côté.

 

Il a tué Bran et Rickon.

 

Alors, elle resta ferme, froide et digne, le fusilla du regard, et se leva seule, sans accepter son bras, se dirigeant d’elle-même jusqu’à l’endroit où les noces seraient célébrées.

 

Et, si Théon avait véritablement été lui-même, il n’aurait définitivement pas reconnu la jeune fille avec qui il avait grandi autrefois.

Chapter Text

Brienne de Torth n’avait jamais réellement porté Cersei Lannister dans son cœur.

 

Elle ne la détestait pas non plus, mais ça aurait été mentir que de dire qu’elle l’appréciait.

 

Et pourtant, elle était là, bien décidée à parler avec la reine, et à la prévenir de ce qui l’attendait peut-être dans le futur s’ils survivaient au combat contre les marcheurs blancs, et en réalité, elle ne comprenait pas elle-même ce qu’elle faisait là.

 

Après sa conversation avec Arya Stark au sujet de la mort des Freys, elle avait dévié le sujet vers Cersei Lannister.

 

La haine que les sœurs Stark entretenaient à son égard était connue de tout Winterfell, et quand Arya avait évoqué avec elle son projet de tuer Cersei, la femme chevalier n’avait même pas été surprise.

 

Et loin d’elle l’idée de l’en empêcher, seulement, elle avait le sentiment que l’autre femme avait le droit d’être au courant.

 

Cersei Lannister méritait-elle de mourir ?

 

Hé bien, elle n’en savait rien, mais du moins, ce n’était pas à elle d’en décider.

 

Et elle sentait bien que c’était son devoir de la prévenir de ce qui l’attendait.

 

Brienne avait vu Arya à l’œuvre, même si cela n’avait été que brièvement, et elle le savait en son fort intérieur.

 

Si la jeune femme attaquait Cersei, cette dernière n’aurait pas la moindre chance.

 

« Majesté, la salua-t-elle, avant que la souveraine ne se retire dans ses appartements, maintenant que la réunion était terminée.

 

Elle n’avait pas le moins du monde l’intention de dire merci à l’aînée des Lannister pour avoir accepté d’envoyer des troupes au Nord, cela lui semblait être la seule bonne chose à faire pour empêcher le monde de complètement s’effondrer.

 

Cersei lui envoya un sourire à la fois crispé et venimeux.

 

- Lady Brienne, lui dit-elle en réponse, et Brienne encaissa la pique sans broncher, sentant que cette salutation n’était qu’une manière de lui rappeler son statut, de lui faire se souvenir qu’elle était exactement comme elle, seulement une femme, qu’elle ne serait jamais un véritable chevalier, malgré tout ses efforts.

 

Mais Brienne n’en avait cure.

 

À Winterfell, tout le monde savait qui elle était, ce qu’elle était, tout le monde la respectait pour ça, et ça lui suffisait.

 

- Je ne sais pas comment les choses vont se dérouler par la suite, commença-t-elle. À vrai dire, je ne sais même pas si nous survivrons nous-même à la guerre qui se prépare contre les marcheurs blancs. Je suis venue pour vous parler d’Arya Stark.

 

La reine haussa un sourcil surpris.

 

- Oh ? Ainsi donc, cette petite garce a survécu ? Tant mieux pour elle.

 

- Elle a l’intention de vous tuer, déclara alors la jeune femme avec tout le sérieux du monde. »

 

La blonde lui adressa alors un sourire hautain, suffisant et méprisant, montrant le peu de cas qu’elle faisait de sa mise en garde.

 

- Vraiment ? Au cas où vous ne le sauriez pas, il y a des centaines de lieues entre Port-Réal et Winterfell, je ne risque donc pas grand-chose de sa part. De plus, même si elle venait ici, je vous rappelle que je suis la reine ! Que pourrait-elle faire contre moi ? Je suis protégée par les plus grands soldats du royaume, ce qui inclut également mon frère, ne se priva-t-elle pas de rajouter, se réjouissant intérieurement de voir le corps de Brienne se raidir.

 

- Vous ne devriez pas la sous-estimer... »

 

D’autres l’ont fait et en sont morts pour ça.

 

Non pas que la mort de la reine l’aurait chagrinée outre mesure.

 

Cersei se mit alors à ricaner.

 

« Ce n’est qu’une enfant. »

 

Brienne la fusilla immédiatement du regard.

 

Vous avez tort, ma reine.

 

En un sens, ce n’était même pas étonnant qu’elle la juge aussi rapidement comme inoffensive.

 

Après tout, le séjour d’Arya à Port-Réal avait été très court, la reine avait principalement côtoyé Sansa, et elle ne l’avait pas vue depuis des années, il n’était que naturel qu’elle ne se souvienne d’elle que comme d’une gamine insignifiante.

 

« C’est une louve, et elle a la rage au cœur. »

 

Arya avait été là quand son père était mort, elle avait perdu de vue sa sœur pendant des années, avant de la retrouver, et d’apprendre ce que celle-ci avait enduré à Port-Réal, elle avait été là durant les Noces pourpres.

 

Elle avait toutes les raisons d’en vouloir aux Lannister, de souhaiter leur mort, et de tenter de la mettre en œuvre.

 

Brienne savait des choses que Cersei ignorait, et elle n’allait pas se priver de ne pas lui en faire part.

 

Elle avait mis en garde Cersei, c’était bien suffisant, non ?

 

Cette dernière haussa les épaules, nullement impressionnée par ce qu’elle venait d’entendre.

 

« Si vous le dites... Avez-vous fini ?

 

- Oui ma dame.

 

- Bien... Vous pouvez disposer, lui dit-elle, un sourire acide et faux plaqué sur le visage. »

 

Brienne la salua, avant de s’éloigner, la conscience tranquille.

 

Elle avait fait ce qu’elle devait faire.

 

Que la reine ne vienne pas lui dire qu’elle ne l’avait pas prévenue.

 

§§§§

 

Quelques mois plus tard, alors que le visage de Qyburn s’effaçait pour être remplacé par celui d’Arya Stark, et que la dague en acier valyrien de la jeune louve lui tranchait la gorge, Cersei Lannister réalisa qu’elle aurait dû écouter plus attentivement ce que Brienne de Torth avait à lui dire.

Chapter Text

Sansa Stark n’avait jamais été véritablement maîtresse de son destin.

 

Elle était une noble, elle avait été la fiancée du prince Joffrey, puis l’épouse de Ramsay Bolton, et, ballottée de Winterfell à Port-Réal, en passant par le Val et Château-Noir, elle n’avait pas forcément eu l’occasion de vraiment agir.

 

Elle avait été princesse de Port-Réal et futurereine des Sept Couronnes, puis otage dans la capitale, puis dans le Val, aux côtés de sa tante et de Petyr Baelish, elle s’était sentie seule et abandonnée, sans le moindre soutien.

 

Toutes les personnes qu’elle avait côtoyées là-bas s’étaient servies d’elle, l’avaient utilisée, à l’exception de Tyrion peut-être.

 

Enfin, en retournant à Winterfell, elle était devenue une lady de façade.

 

Elle s’était mariée, avait vécu l’enfer, puis enfin, elle s’était échappée.

 

Et plus tard, bien plus tard, elle avait tué Ramsay Bolton.

 

D’une certaine manière, quand elle avait lâché les chiens sur ce monstre, elle s’était en un sens vengée de toutes ses souffrances vécues à Port-Réal.

 

C’était la première fois, en réalité, que quelqu’un payait pour ce qu’il lui avait fait, la première fois qu’elle se vengeait.

 

Enfin non.

 

Ce n’était pas la première fois, mais en revanche, c’était la première fois qu’elle le faisait elle-même, d’une manière consciente et volontaire.

 

Et désormais, maintenant que Ramsay n’était plus, les dernières semaines de son séjour à Port-Réal lui laissaient un goût amer dans la bouche.

 

Pour une simple raison.

 

C’était elle qui avait tué Joffrey, en un sens.

 

Elle qui avait permis au poison d’être versé dans son verre, mais sans le savoir ni le vouloir, chose qu’elle regrettait désormais.

 

En rétrospective, Sansa aurait préféré le faire en toute connaissance de cause.

 

Elle aurait aimé savoir ce qu’elle était en train de faire, elle aurait voulu avoir le courage de le faire, sans craindre les conséquences qu’un tel acte engendrerait.

 

Elle aurait aimé pouvoir le regarder dans les yeux, le regarder mourir, s’étouffer avec sa propre respiration, chercher en vain de l’air, désespéré et impuissant, elle aurait voulu lui dire fièrement, et en souriant : c’est moi qui ait fait cela.

 

Et aussi : crève salopard.

 

Mon frère ne m’a peut-être pas apporté ta tête, et il est mort désormais, mais moi, au moins, je suis libre.

 

Plus jamais je n’accepterai de souffrir.

 

Elle n’y aurait jamais droit, et la peur et la panique qui s’étaient emparés d’elle lors de sa fuite loin de Port-Réal l’avaient empêché de complètement savourer sa victoire.

 

Chose qu’elle pouvait faire maintenant face au corps sans vie de Ramsay.

 

Et, alors qu’elle voyait son époux mort sous ses yeux, elle voyait en l’esprit Joffrey mort, et elle se disait qu’au moins, ici et maintenant, elle pouvait savourer son succès.

 

Elle avait tué Ramsay, pas par accident, mais parce qu’elle l’avait choisi.

 

Ça faisait toute la différence.

 

Elle avait repris son destin en main, enfin, et définitivement.

 

Elle était libre.

Chapter Text

Cher Théon,

 

Je ne sais pas exactement où tu te trouves en ce moment, j’espère de tout cœur que tu as pu te rendre jusqu’aux Îles de Fer, et que tu y as retrouvé ta sœur.

 

J’espère sincèrement que tu es sain et sauf.

 

Je voudrais te remercier une nouvelle fois de m’avoir sauvée de Myranda, sans toi, je serai très certainement morte ce jour-là, seule et loin de ma famille.

 

Je suis allée à Château-Noir, accompagnée de Brienne. Jon et moi, nous avons réussi à récupérer Winterfell.

 

Nous sommes rentrés chez nous mais nous avons perdu beaucoup également.

 

Rickon a été tué par Ramsay.

 

Mon petit frère est mort Théon, et ça fait mal, tellement mal.

 

Il y a autre chose que tu dois savoir, une chose qui, je l’espère te rendra heureux, et te permettra d’aller mieux.

 

Ramsay est mort.

 

Je l’ai tué.

 

Jon lui a défoncé le portrait, tu aurais dû voir ça, ça pissait le sang, et encore, ce n’est rien par rapport à ce qu’il t’a fait subir.

 

J’aurais aimé le voir endurer encore plus de choses, mais peu importe.

 

Il est mort désormais.

 

Il a payé.

 

Je l’ai donné à manger à ses chiens, ses chiens fidèles qu’il avait affamés en prévision de la bataille, et qui l’ont dévoré sans aucune hésitation.

 

Je l’ai regardé droit dans les yeux, j’ai prédis la fin de sa maison, et je l’ai regardé mourir, sans regrets.

 

J’ai tué Ramsay Bolton, et jamais avant ce moment je ne me suis sentie aussi libre.

 

Ramsay est mort Théon, et plus jamais il ne nous fera souffrir, plus jamais nous ne le verrons sourire avec sadisme, pensant à la prochaine torture à infliger, à toi ou à moi ou à n’importe qui d’autre.

 

Ramsay est mort, et plus jamais personne ne t’appellera Reek, plus jamais tu ne souffriras à cause de lui, je te le promets.

 

Ramsay est mort, Théon, et maintenant, nous sommes libres.

 

J’espère que, si jamais nous ne nous revoyons pas, tout ira bien pour toi.

 

Je te souhaite d’être heureux.

 

Au revoir, et bonne chance.

 

Sansa Stark.

Chapter Text

Ramsay était mort...

 

Mort ?

 

Réellement ?

 

Dans ses mains, Théon tenait la lettre de Sansa, qu’il avait reçu seulement quelques heures plus tôt.

 

Depuis ce moment-là, il était resté enfermé dans sa cabine dans le bateau de sa sœur, incapable de savoir comment réagir.

 

Le monstre était mort, apparemment, alors que, pendant tout son emprisonnement et sa vie en tant que « Reek », il y avait eu une part de lui-même persuadée que cet immonde salopard était impossible à tuer.

 

Sauf que Sansa avait réussi cet exploit, et il ne savait toujours pas quoi ressentir.

 

Était-il heureux ?

 

Pas spécialement.

 

Il se sentait pour l’instant encore plutôt... vide.

 

Probablement parce qu’il venait à peine d’apprendre la nouvelle.

 

Ramsay était mort, se répéta-t-il, tel un mantra, espérant qu’en se le disant à lui-même encore et encore, cette information perdrait son irréalité.

 

Ramsay était mort.

 

Ramsay était mort, et ça ne changeait rien, il était toujours brisé et ce que le Bâtard lui avait fait ne s’effacerait jamais complètement.

 

Ramsay était mort, mais au moins, maintenant, il était libre, comme l’avait écrit Sansa.

 

Le jeune homme se mit à sourire.

 

Plus jamais il ne le reverrait, plus jamais il n’aurait à craindre que son « maître » ne revienne dans sa vie pour le faire souffrir, ou pire, pour s’en prendre à Yara.

 

Il n’était plus Reek, il était bel et bien Théon Greyjoy.

 

Le monstre de ses cauchemars n’existait plus.

 

Réalisant toutes les implications de cette information, il craqua et pour la première fois depuis qu’il s’était enfuit avec Sansa de Winterfell, il se mit à pleurer de joie.