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Les péchés des hommes vertueux

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Le tir avait été bien ajusté. Aramis l’admirait en connaisseur. La balle avait pénétré par l’orbite gauche du spadassin, lui fracassant l’arcade sourcilière au passage, et était ressortie par l’arrière de son crâne. L’homme était mort avant de lâcher son propre pistolet. L’arme encore fumante reposait maintenant près de sa main ouverte. Un coup superbe, vraiment, à la fois élégant et efficient, surtout venant d’une main féminine. Et c’était pitié, en un sens, qu’il n’ait pas été tiré une demi-seconde plus tôt.

Aramis reporta à contre-coeur son attention sur la jeune femme mourante.

Le mousquetaire avait toujours été amateur de beautés traditionnelles, avec un faible certain pour la blondeur angélique et les yeux bleus. Les traits trop durs et volontaires, les charmes arrogants et insolents le rebutaient. Il aimait la douceur chez une femme, la douceur et la bienveillance, même si ces deux qualités n’excluaient ni la hardiesse, ni la combativité. Pourtant, il devait admettre qu’elle était très belle ainsi. Son visage blême reposait au creux du bras d’Athos et les boucles noires de ses cheveux lui faisaient comme un halo de ténèbres. Sous la ligne nette de ses sourcils, ses yeux clairs paraissaient immenses, d’une luminosité déconcertante alors même que la vie s’y éteignait. Une figure marmoréenne d’où toute couleur semblait s’être enfuie pour se concentrer dans la tâche de sang qui s’élargissait sur son corsage.

“Pardonne-moi.”

Il y avait tant de terreur dans la voix d’Athos qu’Aramis se demanda fugitivement ce que son ami redoutait le plus - la mort de la jeune femme ou que celle-ci survienne sans qu’elle lui ait donné l’absolution. Pas une pensée très charitable. Il la regrettait. Tout comme il regrettait de se trouver sur cette place, au levé du jour, tandis que les premiers rayons du levant rasaient le faîte des maisons et tombaient sur les corps des spadassins gisant sur le sol. Porthos et d’Artagnan ne paraissaient pas plus heureux de leur sort. Le grand mulâtre était grave et solennel. Le gascon, moins endurci, était blanc comme un linge. Tous trois fixaient la moribonde. C’était un spectacle pénible - Aramis n’avait jamais aimé voir mourir une femme, même celle-ci - mais infiniment préférable à celui du visage d’Athos à cette minute précise.

“Je t’en prie. Pardonne-moi.”

Alors que le lumière montait, le sang sur la robe de la mourante et sur le pourpoint de mousquetaire agenouillé près d’elle virait du rouille à l’écarlate. Sa poitrine se soulevait à un rythme rapide et irrégulier. Chaque respiration lui coûtait, la sueur luisait sur son front, mais Aramis s’émerveilla de ne voir sur ses traits aucune trace de peur, aucun signe de déroute. Elle ne se rendait pas. Elle luttait toujours.

"Je t’en prie.”

La jeune femme sourit. Il y avait de l’amertume dans ce sourire. De la nostalgie aussi et un autre sentiment qu’Aramis ne parvint pas à définir. Elle leva une main gantée et effleura des doigts la joue barbue d’Athos.

“Comme c’est curieux…” souffla-t-elle.

Puis elle se tut.

Pendant le silence qui suivit, ils ne bougèrent pas. Le soleil s’éleva au dessus des toits et les ombres s’accentuèrent, se découpant nettement sur le pavé inégal. Ils attendirent encore. Ils attendirent autant qu’ils le purent. Ils auraient attendu des heures durant si la chose avait été possible, mais c’était précisément ce qu’ils ne pouvaient se permettre. Pas alors que l’air se réchauffait rapidement et que la foule parisienne était sur le point d’envahir les rues, bruyante et indiscrète. Aussi Aramis s’approcha-t-il. Il posa sa main sur l’épaule d’Athos et la serra. Pendant un instant, il eut l’impression de toucher de la pierre et en fut si profondément troublé qu’il en resta muet.

Quand les mots lui revinrent, ce ne furent pas ceux qu’il aurait souhaités prononcer.

“Ca va aller.” dit-il.

D’Artagnan le considéra avec une incrédulité légèrement choquée. Aramis esquissa un haussement d’épaules gêné - le gascon avait peut-être mieux à dire ? Porthos se gratta la barbe et lâcha un soupir si profond qu’il fit enfler sa large poitrine comme un soufflet de forge. Tous trois partageaient la même pensée sans oser la formuler à voix haute.

Bien sûr que cela n’irait pas.

 …

Ils l'enterrèrent sous le nom qu’elle avait adopté les trois dernières années de sa vie - Milady Clarick de Winter.

Elle avait dû en porter d’autres et Athos en connaissait probablement quelques uns mais il ne paraissait pas disposé à les partager. La cérémonie eu lieu le matin même, dans un petit cloître isolé à l’est de la porte de Saint-Honoré. Ce fut Aramis qui choisit le lieu et dénicha un prêtre dépourvu de curiosité comme de préjugés. Il se sentait toujours une dette mal définie envers la défunte. Elle n’avait jamais servi que ses intérêts propres, les avait mis en danger autant qu’elle les avait aidés, mais, sans son intervention providentielle, le mousquetaire croupirait toujours dans une geôle ou - alternative plus définitive - sous la tourbe d’un cimetière. Porthos et d’Artagnan ne partageaient sans doute pas ces sentiments magnanimes, mais ils assistèrent tout de même aux obsèques. Pour Athos, bien entendu. Ils faisaient tous cela pour Athos.

L’enterrement fut court et discret. Le prêtre était un bonhomme rond et grisonnant, assez blasé pour ne pas s’étonner de la présence de quatre mousquetaires en armes aux funérailles de celle qui avait été, sans nul doute, une dame de qualité. Il eut le bon goût de ne pas demander si la disparue avait quitté ce monde en état de grâce et débita ses pater noster avec componction. Il bâcla un peu la conclusion de la liturgie mais l’heure du déjeuner allait bientôt sonner et Aramis n’eut pas le coeur de l’en blâmer.

À la fin de la cérémonie, d’Artagnan s’avança vers Athos.

Le jeune homme était tendu et embarrassé. Nul besoin d’être un grand sage pour deviner pourquoi. Davantage que Porthos et Aramis, il avait souffert des menées de Milady et nourrissait contre elle une rancune tenace que ses derniers coups fourrés n’avaient pas contribué à adoucir. Il ne voulait et ne pouvait pas feindre un regret hypocrite, mais il aimait Athos. Il aurait voulu l’aider, le soulager, prendre sur lui un peu de son chagrin et de sa souffrance... Il cherchait encore ses mots quand Athos tourna brusquement les talons et quitta le cimetière.

D’Artagnan encaissa assez bien la rebuffade, mais il n’avait jamais eu la dissimulation facile. Il était blessé et sa peine se lisait aisément sur son visage naturellement ouvert. Porthos le prit en pitié. Le colosse s’approcha du gascon et abattit sa grosse patte amicale sur son épaule.

“Laisse-lui le temps, dit-il. Du temps, c’est tout ce qu’on peut lui offrir pour le moment.”

Le jeune homme le regarda et presque plaintivement :

“Je ne comprends pas. C’était une mauvaise femme.

- Il le sait, mon gars. Il le sait…”

Aramis les rejoignit. Midi sonnait au clocher courtaud qui dominait le petit cloître. Le prêtre rondouillard avait déjà pris la poudre d’escampette, impatient de se retrouver en tête à tête avec son assiette. Un fossoyeur maussade finissait de combler la fosse sans leur prêter attention. Le mousquetaire basané coiffa son chapeau qu’il avait conservé sous son bras pendant la cérémonie.

“Dieu merci, conclut-il, il y aura la guerre.”

 …

Il fallut à d’Artagnan près d’un mois pour saisir le sens de cette affirmation.

Quatre jours après l’enterrement, le régiment des mousquetaires gris quitta Paris en compagnie de celui de Monsieur des Essarts et de trois autres bataillons. Ils firent la route jusqu'à Chartres avant de rejoindre Tours puis Limoges, et de là les environs de Bayonne où s’était massée l’avant-garde des troupes espagnoles. Le trajet fut long et pénible - mais moins que les semaines qui suivirent. Le gascon découvrit la guerre parmi les bosquets épineux de Pays de Basque, à quelques jours de chevauchée de son village natal, et il ne l’apprécia pas.

Il la savait déjà sanglante et imprévisible, mais il l’ignorait fastidieuse et répétitive. Les jours au campement se suivaient et se ressemblaient, leur monotonie entrecoupée seulement de quelques échauffourées avec des troupes ennemies visiblement plus désireuses de mener une guerre de siège que d’affrontement. On se battait, oui, et parfois de terrible façon, mais on se rongeait surtout d’ennui entre deux missions plus ou moins périlleuses. La chaleur était étouffante, la nourriture exécrable, l’approvisionnement en eau et en poudre laissé à désirer, quant aux conditions de couchage et d’hygiène... Mieux valait ne pas en parler. Paris manquait à d’Artagnan. La caserne lui manquait et, avec elle, le réconfort du foyer et la vie aventureuse de mousquetaire. Et Constance lui manquait aussi, bien entendu. Leur lune de miel lui avait paru d’une brièveté affligeante. Un mois d’amour et de vie partagée, c’était court qu’on avait attendu si longtemps et avec tant d’impatience.

Et pourtant Aramis avait vu juste. La guerre semblait faire du bien à Athos.

Pas vraiment la guerre, en fait, mais plutôt le réseau de contraintes qu’elle suscitait. Dès le début des hostilités, ses nouveaux devoirs de capitaine de mousquetaires l’avaient complètement accaparé. Les tâches se succédaient sans fin, l’une chassant l’autre avant d’être balayée par la suivante : organiser des patrouilles, échanger plans et pensums avec les officiers des autres régiments, houspiller l’intendance, rendre des comptes à un état-major à la fois pointilleux et dépassé… Tout cela ne laissait guère de temps pour la dépression et la prostration. Peu de temps pour l’amitié également. Si d’Artagnan continuait à passer l’essentiel de ses journées aux côtés de Porthos et Aramis, il ne voyait plus Athos que ponctuellement et ces brèves rencontres étaient essentiellement consacrées à des échanges tactiques et factuels. C’était moindre mal, se disait-il. Il voulait le croire. Son ami allait mieux et c’était là l’essentiel.

En apparence, du moins.

Les hommes réagissaient diversement à la mort d’une femme aimée, d’Artagnan le savait. Certains s’effondraient, se noyaient dans leur douleur comme dans un puit sans fond. D’autres l’exorcisaient brutalement à coups de sang et d’épée. D’autres encore s’étourdissaient dans les bras de catins de luxe. À la mort de sa mère, treize ans auparavant, son propre père avait alterné pendant des mois les périodes d’accablement et celles d’activité frénétique, entrecoupées de crises de rage phénoménales. Le petit garçon qu’il avait été en conservait encore un souvenir craintif et désolant.

Athos s’était pétrifié.

Aux yeux d’un observateur non averti, peu de choses avaient changé dans son comportement quotidien. Calme et distant, il avait toujours été. Calme et distant, il restait. Et s’il paraissait plus las, plus rigide et plus hautain depuis le début de la guerre, ses anciens camarades mettaient cela tout naturellement sur le poids de ses nouvelles responsabilités et la distance nécessaire qu’elles instauraient entre eux et lui. Mais d’Artagnan avait vu les prémices du froid s’installer chez Athos. Il n’oubliait pas la façon dont celui-ci l’avait regardé dans le cimetière du petit cloître. Sans hostilité, ni dédain, mais sans la moindre trace de reconnaissance non plus. Pendant quelques secondes, son ami l’avait fixé comme il aurait dévisagé un parfait étranger et il en avait été réfrigéré jusqu'à la moelle des os.

Après leur départ de Paris, il avait espéré - ils avaient tous trois espéré - que les rigueurs du champ de bataille dissiperaient cette impassibilité glacée, malsaine. Mais les semaines s’étaient écoulées et le froid avait persisté. Avait empiré. Oh, Athos ne fuyait pas leur compagnie ! Pas ouvertement. Il lui suffisait de ne pas la rechercher et la différence de grades facilitait cet isolement passif. La toile de la tente de commandement faisait un rempart très efficace contre les manifestations de sollicitude intempestives. Ou contre tout type de manifestation, à vrai dire. Ils avaient cessé de s'illusionner : Athos se coupait d’eux. Il le faisait lentement, progressivement mais avec la même rigueur consciencieuse qu’il mettait à toute chose, y compris l’enivrement.

“Le bon côté des choses, commenta Aramis alors qu’ils étaient réunis un soir sous leur petite tente commune, c’est qu’il boit peu…

- Et le mauvais côté ? demanda machinalement d’Artagnan.

- C’est qu’il boit peu.”

Le gascon lui jeta un regard d’incompréhension mais l’intéressé l’ignora et continua à inspecter songeusement le canon de son mousquet à la lumière de la lanterne comme si de rien n’était. Ce fut Porthos, obligeant comme à son habitude, qui l’éclaira :

“Aramis aime se croire spirituel, mais il n’a pas tort sur le fond. Le vin ne rend pas Athos plus causant, mais ça le rend un peu plus accessible. Mais c’est pas comme si on pouvait le torcher de force, hein ? Ce serait surement considéré comme une mutinerie.

- Qu’est ce qu’on peut faire, alors ?

- Attendre, répondit le colosse. Attendre et ne pas le lâcher.”

Ils patientèrent donc. Du temps, avait dit Porthos, du temps, c’est tout ce qu’ils pouvaient lui offrir. Ils patientèrent pendant toute la campagne. Celle-ci dura jusqu'à la fin l’été et continua pendant une bonne partie de l’automne, sans qu’aucune victoire militaire majeure ne vienne faire pencher la balance en faveur d’un camp ou de l’autre. Enfin, avec l’arrivée des premières gelées, le régiment des mousquetaires gris reçut l’ordre de prendre ses quartiers d’hiver à Paris. Son capitaine organisa le retour de la troupe, conjointement avec les autres officiers du camp de Bayonne. À ce stade, Athos ne se contentait plus de battre froid à ses amis. Il ne leur décrochait plus un mot qui ne soit d’ordre professionnel, les saluait à peine et évitait avec acharnement tout entretien privé. D’Artagnan commençait à douter sérieusement des vertus du temps passé.

Le retour à la capitale n’y fit rien. Athos se barricadait dans son bureau comme un ours dans sa grotte et même les membres les plus obtus de la compagnie commençaient à sentir que l’atmosphère tournait à l’aigre - les plus observateurs n’avaient pas attendu quatre mois pour s’en rendre compte. Un seul changement notable : il s’était remis à boire et abondamment. Jamais pendant le service. Jamais en public. Mais son teint blafard et les cernes qui lui mangeaient le visage chaque matin ne trompaient pas. Hélas, la phase où une solide cuite aurait pu affaiblir sa réserve était depuis longtemps dépassée. Personne n’en disait mot, bien sûr, pas plus les soldats que Tréville à qui son rôle de ministre donnait déjà nombre de chats à fouetter. D’Artagnan n’avait pas la moindre idée du laps de temps pendant lequel la situation pourrait se prolonger avant qu’une réaction hiérarchique ne devienne inévitable.

Le gascon se sentait profondément déprimé. Il avait retrouvé les bras de Constance et la familiarité jadis rassurante de la caserne mais celle-ci semblait avoir perdu toute chaleur humaine. La garnison n’était plus un foyer. Chaque soir, il retrouvait avec soulagement la modeste maisonnée où il avait aménagé avec son épouse - soulagement d’autant plus vif quand Aramis et Porthos acceptaient de partager une soirée à leur table. Alors, le temps de quelques heures, les trois amis retrouvaient leur camaraderie d’antan ou, du moins, quelque chose qui y ressemblait assez pour que chacun puisse y puiser du réconfort. Ils parlaient de tout et de rien - des conquêtes d’Aramis, des pugilats victorieux de Porthos, des nouveaux chevaux de la garnison, des fantaisies du roi… À l’exception d’un seul sujet. Le seul qui importa. Le seul sur lequel ils n’avaient pas la moindre influence.

Novembre se traîna avec une lenteur lymphatique. Puis ce fut décembre, ses brouillards humides et ses bourrasques chargées de neige.

Enfin, janvier.

Athos était à peu près sobre quand il arriva chez lui.

Depuis quelques temps, boire dans des tavernes lui répugnait, et pas seulement par respect instinctif du rang que Tréville lui avait octroyé. Le regard des habitués l’indifférait, mais la promiscuité et le brouhaha constant des conversations avinées l’écoeuraient. L’odeur aussi. L’odeur de transpiration partagée, de corps entassés, de fumée rance… Des inconvénients jadis négligeables devenus soudain odieux. Bien entendu, il était inenvisageable de modérer sa consommation d’alcool pour autant. Impensable également de boire à la caserne. Un capitaine des mousquetaires ne se bitturait pas devant ses hommes. Il buvait chez lui, porte close et verrou tiré, dans la chambre étriquée et basse de plafond qu’il avait habitée ces sept dernières années. Un logement de fonction était attribué à l’officier en charge de la garnison, mais l’idée de se saouler à mort dans les anciens quartiers de Tréville le révulsait presque autant que celle de se trouver à court de vin.

Cette alternative avait des inconvénients, dont la distance entre la caserne et son logis. Athos y remédiait de son mieux. Chaque matin, il remplissait une gourde de cuir avec le vin de la veille et la glissait dans son baudrier. Il n’y touchait pas de la journée - une épreuve pénible mais nécessaire - mais s’octroyait une lampée dès son départ de la garnison. Il buvait à intervals réguliers, sans cesser de marcher. Pas assez pour s'enivrer réellement, mais suffisamment pour atténuer la nausée et rendre supportables les quelques minutes qui le séparaient de chez lui.

Il venait d’en vider les dernières gouttes quand il parvint au pied de l’escalier qui menait de la rue à sa chambre. Une voix l’interpella alors qu’il posait le pied sur la première marche.

“Capitaine ? Pardonnez-moi, capitaine ?”

L’importun était un cordonnier dont l’étal se dressait en face de la maison de sa logeuse. Il était solidement bâti et avait dû jouir en son temps d’une carrure de taureau mais l’âge avait fait fondre le muscle sur ses épaules et épaissit son tour de taille. Pour l’heure, son gros visage rougi par le froid reflétait un mélange de respect et d’inquiétude. Athos le laissa approcher. Le bonhomme ne l’intéressait pas, ce qu’il avait à lui dire encore moins, mais trente-trois ans de courtoisie innée ne s’évanouissaient pas en quelques mois.

“Que puis-je pour vous ?” demanda-t-il.

Le cordonnier sembla soulagé. Le geste raide et un brin trop solennel, il tendit à Athos une enveloppe cachetée dont celui-ci se saisit mécaniquement.

“Mes excuses, capitaine. On m’a confié ça pour vous.”

L’enveloppe était vierge. Athos la décacheta et en tira une feuille pliée en deux. Il l’ouvrit. Le papier était de mauvaise qualité, mais l’écriture soignée - une calligraphie nette et impersonnelle d’écrivain public. Un numéro et un nom de rue qu’il ne connaissaient pas, peut-être dans les environs de la basilique Sainte-Clotilde. Pas de signature. Il allait froisser le tout pour le jeter sur un tas d’ordures qui trônait près de l’escalier, quand un petit objet s’échappa de l’enveloppe et voltigea jusqu’au sol. Il se pencha pour le ramasser, mais se figea avant de l’avoir touché. Une petite fleur bleue desséchée gisait sur le pavé saupoudré de neige. Athos releva les yeux vers le commerçant.

“Qui vous a donné ceci ?

- Mes excuses, capitaine. Je…

- Qui ?

Le cordonnier paraissait à présent beaucoup plus inquiet que respectueux. Ses traits viraient du rouge au violet et il entrelaçait nerveusement se gros doigts sur son tablier. Il bredouilla :

“Une jeune femme, capitaine. Une jeune femme brune en robe verte. Elle est partie en direction de l’église, par cette ruelle. Il y a quelques minutes à peine. Peut-être pourrez-vous… ?”

Athos ne l’entendait plus.

La ruelle était étroite et verglacée. Il glissa et manqua de renverser une lavandière courbée sous ses paniers. Continua sa course sans se préoccuper des vociférations offusquées de la femme. Évita de justesse le chariot d’un rémouleur. Déboucha en trébuchant à une nouvelle intersection. Un chemin à droite, l’autre à gauche. Quelques minutes, avait dit le commerçant. Autant dire une éternité. Jamais il ne la rattraperait. Il obliqua à droite, puis encore à droite. Sa respiration sifflait. Le coeur lui battait dans la gorge à grands coups irréguliers. Un voile noir s’abattit devant ses yeux, si opaque qu’il en perdit un instant la vue et l’équilibre. Ses genoux plièrent, mais il réussit à rester debout. Se reprit dans un sursaut de conscience affolé avant de se remettre à courir, enchaînant les virages au hasard, maudissant confusément les rues labyrinthiques de Paris, les atermoiements du cordonnier, sa propre stupidité…

Son oeil capta l’éclat vert d’une robe disparaissant au coin d’un mur. Athos se précipita et parvint à l’entrée de la venelle juste à temps pour embrasser du regard la silhouette mince d’une jeune femme avant qu’elle ne disparaisse à nouveau. Il vit onduler une chevelure noire, entraperçut la blancheur d’un col de cape fourrée. Ses dents claquaient. La sueur froide lui collait sa chemise aux omoplates. Il bondit en avant.

La jeune femme poussa un cri quand il la saisit par le coude et la fit brutalement pivoter dans sa direction.

“Je n’ai rien fait ! Je vous en prie, je n’ai rien fait !”

Athos battit des paupières.

Pas une jeune femme, rectifia-t-il. Une fille, une jeune fille. Pas plus de quinze ou seize ans avec de grands yeux marrons de biche acculée qui la faisaient paraître plus juvénile encore. Le visage doux et lisse. Des cheveux bruns, oui, mais tirant sur le châtain foncé et qui s'éclairciraient peut-être encore avec les années. Une silhouette gracieuse mais pas tout à fait formée. Un moment, il en resta comme hébété, incapable de comprendre comment il avait pu confondre cette chevelure avec celle d’une autre, ce dos, ces épaules, ces hanches… Puis, il nota les larmes qui brillaient aux coins de ses paupières, sentit son bras gracile frémir sous ses doigts, vit les mouvements convulsifs de sa poitrine sous le tissu trop grossier de sa robe.

“Vous me faites mal .” gémit-elle.

Sa voix monta dans les aigus sur le dernier mot, une note étranglée d’oisillon nouveau-né. Elle avait peur. Plus que peur. Elle était terrifiée.

Cette constatation fit à Athos l’effet d’une gifle glacée. Il aurait aimé pouvoir affirmer n’avoir jamais levé la main sur une femme auparavant. Un mensonge. Il l’avait déjà fait. Sous l’empire d’une rage puissante et d’une passion plus grande encore, mais il l’avait déjà fait. La honte le submergea aussi soudainement que l’avaient fait le frayeur et la confusion, un instant plus tôt. Seize ans. Seize ans, pas davantage. Une enfant. Il relâcha doucement son étreinte et fit un pas en arrière.

“Je suis désolé.” dit-il.

La fille ne répondit rien. Elle tremblait comme une feuille. Une partie de lui voulait reculer encore, continuer à s’excuser, mais l’autre craignait égoïstement de la voir s’enfuir s’il lui en laissait l’occasion. Athos tira de son pourpoint l’enveloppe décachetée et la lui montra.

“Est-ce vous qui avait laissé cela pour moi ?” demanda-t-il.

Elle hocha la tête.

“Qui vous l’a donnée ?”

Les yeux éperdus de la fille papillonnaient de droite à gauche, à la recherche d’un secours hypothétique. Ses mains tordaient frénétiquement le tissu de sa robe. Elle ne l’écoutait pas. Athos leva une main pour lui prendre la mâchoire et tourner son visage vers lui mais la laissa retomber sans avoir osé l’effleurer. Il sentait son propre désespoir monter. Ne pouvait-elle seulement l’écouter ?

“S’il vous plaît… murmura-t-il. S’il vous plaît. Je suis vraiment désolé. Je ne vous ferai plus mal. Je vous le promets.”

Elle le regarda enfin.

Ses frissons ne s’apaisèrent pas et elle continua à torturer ses jupons, triturant le textile épais avec tant de force qu’il craignit qu’elle ne s’y brise les ongles. Mais elle le regardait. Et elle lui répondit.

“Une dame, dit-elle. Une grande dame. Elle venait de la province. Je lui ai servi de femme de chambre quelquefois pendant qu’elle séjournait à Paris. Elle était généreuse et elle ne me frappait pas. Elle m’a confié la lettre. Elle m’a dit de la déposer chez vous si elle ne me contactait pas avant la fin de l’année. Je ne sais rien d’autre. Je vous jure que je ne sais rien d’autre.

- Quand ?”

L’attention de la fille s’égarait à nouveau.

“S’il vous plaît ?”

Il aurait pu la supplier.

“Il y a cinq mois.”

Elle s’était mise à pleurer tout en parlant - des larmes silencieuses qui coulaient le long de ses joues encore rondes et venaient se perdre aux coins de sa bouche. Elle avait l’air d’une adolescente, mais elle pleurait comme une femme, en retenant ses sanglots et en s’efforçant de garder la tête haute. L'enveloppe pendait dans la main d’Athos, froissée et inutile. Lentement, il la glissa de nouveau dans son pourpoint. La fille avala sa salive avec difficulté puis demanda :

“Puis-je partir maintenant ?”

Il s’effaça pour la laisser passer.

C’était une folie.

Alors même qu’il se tenait là, dissimulé derrière un pan de mur à une vingtaine de mètres de l’entrée d’une grande maison d’apparence bourgeoise, Athos en était parfaitement conscient. Il était seul, dans une rue inconnue, au coeur d’un quartier de Paris où il n’avait jamais mis les pieds. Il avait obéi aveuglément à un billet laissé par une femme qui l’avait haï pendant des années et avait tenté de le tuer à maintes reprises. Il n’avait prévenu personne de son expédition. Et il était soûl. Enfin, pas tout à fait soûl - il avait déjà arpenté les rues de la ville dans un état bien plus lamentable - mais considérablement plus que trois heures auparavant. Il ne se serait jamais lancé sobre dans une telle aberration. Ou peut-être que si. L’instinct de survie n’était pas ce qui caractérisait le plus ses actions, ces derniers mois.

Il lui avait fallu la moitié de la soirée et l’aide plus ou moins volontaire d’un prêteur sur gages pour localiser l’adresse du billet. L’homme, un répugnant escroc au demeurant, louait ses services dans tout Paris et possédait une connaissance encyclopédique des recoins de la capitale, bien supérieure à celle du sergent de garde le plus aguerri. En le quittant, Athos avait acheté une paire de bouteilles à un vieux marchand de vin. Le vin était infect, une piquette pire encore que celle qu’il consommait habituellement. Il s’en était contenté. Avait même réussi à en ingurgiter une bonne partie avant de verser le reste dans un caniveau. Il n’avait ni vomi, ni tourné de l’oeil. Grâce en soit rendue aux années de cuites régulières qui lui avaient endurci l’estomac.

Quand il était enfin parvenu à destination, la nuit était tombée et les rues presque entièrement désertées.

La demeure n’avait rien de particulièrement inquiétant. Elle avait connu des jours meilleurs, mais restait en meilleur état que la plupart des demeures parisiennes. Porte et volets étaient clos. Un mince filet de fumée s’échappait d’une imposante cheminée encastrée dans un des murs de pignon. Pas un lieu propice en apparence à un guet-apens - mais quel lieu l’était ? Un reste de bon sens poussa Athos à contourner le pâté de maisons dans l’espoir de dénicher une porte de service. Il la trouva au bout d’un cul-de-sac où s’amassaient quelques débris de bois et des bâches huilées grossièrement pliées. La serrure était médiocre. Quelques coups de crosse, accompagnés de plusieurs poussées vigoureuses, en vinrent facilement à bout. Il pénétra dans la maison.

À l’intérieur comme à l’extérieur, même mélange de vétusté et de respectabilité petite-bourgeoise. Des commodes rustiques et fonctionnelles bordaient un couloir étroit menant à un salon de moyenne envergure. Trois fauteuils à dossier droit, quelques banquettes, un guéridon... Un vieux poêle en fonte tapissé de braises rougeoyantes éclairait faiblement la pièce. Pas de fenêtre. La maison était silencieuse. Un tapis râpé étouffait le bruit de ses bottes et l’épaisseur des murs isolait efficacement la demeure des bruits extérieurs. Athos dégagea un de ses pistolets de son baudrier. Il avait trop chaud et ses paumes étaient moites. À chaque mouvement, il entendait ou croyait entendre crisser le papier de l’enveloppe pliée contre sa poitrine. Il aurait dû interroger davantage la fille. Il n’en avait eu ni le coeur, ni le cran. Trop tard à présent. Il se força à respirer calmement, se concentrant sur la régularité de son souffle.

Une latte grinça dans son dos.

Athos fit volte-face - et mit en joue deux jeunes enfants.

Un petit garçon et une fillette. Le garçon pouvait avoir quatre ans et tenait par la main la fillette de deux ou trois années son aînée. Tous deux étaient pieds nus et portaient d’amples chemises de nuit qui leur descendaient jusqu’aux genoux. Ils le fixaient, l’oeil rond, l’air plus étonné qu’effrayé. Le garçonnet serrait contre sa poitrine une couverture de laine rouge. La fillette tenait une poupée de chiffon.

Dieu du ciel.

“Que faites-vous ici ?”

La voix claqua comme un coup de cravache. Une grande femme vêtue de gris émergea de la pénombre et vint se placer promptement près des deux enfants. Sèche, maigre, revêche et des yeux noirs irradiant la colère comme deux brandons. Elle brandissait une petite lampe à huile avec autant de menaçante férocité qu’elle l’aurait fait d’une arme contondante. Le petit garçon se pendit aussitôt à ses jupes et y enfouit son visage poupin. Moins timorée, la fillette continua d’observer Athos avec attention, manifestement curieuse de la suite des événements.

“Où croyez-vous être ? cracha la femme. Rangez cela tout de suite !”

Elle ne l’aurait pas toisé avec moins de crainte et davantage de répulsion s’il avait été un chien errant venu déféquer sur ses tapis. Athos s’empressa d’obéir.

“Je ne savais pas... bredouilla-t-il.

- Ce n’est ni l’heure, ni le lieu de brandir des armes à feu ! vociféra-t-elle. Vous êtes dans une maison respectable ! Décampez immédiatement ou j’appelle la garde !”

À défaut de sa dignité, l’idée de voir débarquer une escouade de gardes municipaux rendit à Athos un peu de son sang-froid. Il considéra la sobriété sévère du salon, les enfants vêtus pour la nuit, le maintien autoritaire de la femme et ses longs doigts tachés d’encre. Un pensionnat. Il avait forcé la porte d’un pensionnat. Comment était-ce possible ? L’idée farfelue de s’être trompé de maison lui traversa l’esprit... Aramis aurait trouvé la situation désopilante. Il chassa machinalement cette pensée - un exercice pour lequel il avait développé une remarquable aptitude - et tenta de se concentrer sur sa situation présente et la nécessité d’apaiser son interlocutrice ulcérée au plus vite avant qu’elle ne mette ses menaces à exécution.

“Cela ne sera pas nécessaire, assura-t-il. Je vous prie de m’excuser. C’est une méprise. Je vais me retirer.

- Qui êtes-vous ?”

Une question qu’il aurait préféré éviter. Se ridiculiser était une chose, bafouer l’honneur du régiment en était une autre. Encore une conséquence dont il aurait dû se préoccuper avant de se lancer dans cette équipée absurde.

“Athos des mousquetaires du roi. Madame, je...

- Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ?”

Sur un dernier coup d’oeil courroucé, elle se désintéressa de lui et s’adressant brusquement à la fillette :

“Marie, ramène ton frère au dortoir et va te coucher.

- Julien veut faire pipi, l’informa la petite.

- Alors, accompagne-le aux toilettes puis ramène-le au dortoir.”

La fillette parut mécontente, mais s’abstint sagement de protester. Elle saisit la main du bambin et le traîna plus qu’elle ne l’entraîna hors de la pièce. Athos les vit disparaître avec soulagement. Il s’apprêtait à battre en retraite quand le regard foudroyant de la virago le figea sur place.

“Vous, restez-ici.” ordonna-t-elle.

Elle tourna les talons et disparut par là où elle était venue, le laissant planté au milieu du salon, les mains et la nuque en sueur. Pendant le temps que dura son absence, Athos envisagea sérieusement de prendre la fuite. Pas une résolution très glorieuse pour un mousquetaire, mais que son embarras et son malaise rendaient bougrement attrayante. À cela s’ajoutaient les grondements sourds de son estomac à jeun qui supportait moins bien qu’il ne l’avait espéré l’abus de mauvais vin. Plus que sa fierté, ce fut la perspective d’être poursuivi dans la rue par la matrone en furie qui le retint. Dieu savait qu’elle en avait l’air capable ! Athos resta donc. Il n’avait pas les idées claires, il le savait. Tout ceci était un malentendu risible, mais il était incapable de le débrouiller pour le moment.

Il entendit les pas vifs de la femme remonter le couloir. Elle réapparut, poussant devant elle un deuxième petit garçon. Une jeune fille ensommeillée la suivait, les bras chargés d’un paquet de vêtements mal fagotté. Athos voulut ouvrir la bouche, mais la femme le devança.

“Si vous souhaitez l’emmener maintenant, dit-elle, ses affaires peuvent être prêtes dans vingt minutes. Il a soupé et s’est lavé. Malheureusement, nous n’avons pas de manteau à lui prêter. Nous avions pensé que vous y pourvoiriez.”

Son expression suggérait clairement qu’il était un imbécile de ne pas y avoir songé.

Le petit garçon lorgnait prudemment Athos à travers ses mèches sombres en désordre. C’était un garçonnet maigrichon à la peau claire et au cheveux bruns, perdu comme ses deux camarades dans une chemise de nuit trop grande pour lui. Il avait l’air endormi et un peu égaré. Des yeux gris ou bleus - difficile à dire à la lumière vacillante de la lampe. À peu près l’âge de la fillette. Peut-être plus, peut-être moins. Deviner l’âge des jeunes enfants ne faisait pas partie des compétences acquises par Athos durant ses années de service.

“Pourquoi devrait-il venir avec moi ?” demanda-t-il, perplexe.

Pour la première fois, le visage fermé de la femme laissa percer un sentiment autre qu’une réprobation totale et écrasante. Elle haussa un sourcil surpris.

“Ma foi, parce que c’est le vôtre.” répondit-elle.

Athos abaissa son regard sur le petit garçon. Celui-ci avait à présent les yeux rivés au sol, visiblement absorbé dans la contemplation d’un interstice entre deux lattes du plancher.

Verts, ses yeux. Pas gris, ni bleus. Verts.

Le mousquetaire inspira profondément et détourna la tête.

“Non.” dit-il.

Puis :

“Ce n’est pas vrai.”

La femme l’ignora complètement. Elle s’était tournée vers la jeune fille et l’accablait d’une liste d’instructions débitées à toute allure. Athos n’en entendit pas un mot. Sa propre voix résonnait étrangement à ses oreilles. Calme, maîtrisée mais curieusement assourdie, comme s’élevant d’une pièce voisine. Il aurait voulu ajouter quelque chose mais n’y parvenait pas. Sa langue était de plomb, son visage et ses lèvres glacés, alors même que la nuque lui  brûlait toujours comme si un fer porté au rouge avait été appliqué à la base de son cou. Tout en parlant, la femme prit des bras de sa compagne une partie des vêtements froissés et commença à les replier à grands gestes irrités. Ni l’une, ni l’autre ne lui prêtait la moindre attention.

Athos fit une nouvelle tentative, plus concluante cette fois.

“Je ne peux pas.” déclara-t-il.

La femme se tourna vers lui.

“Je ne peux pas le prendre, répéta-t-il.

- Et nous ne pouvons pas le garder, rétorqua-t-elle froidement. Nous ne percevons plus sa pension depuis des mois. Nous ne sommes pas une oeuvre de charité. Nous avons d’autres enfants à nourrir et à éduquer. Si vous n’en voulez pas, il partira tout de même.”

Il la dévisagea fixement.

“Nous ne sommes pas des monstres, précisa-t-elle, irritée. Nous ne le jetterons pas à la rue. Il ira à l’orphelinat à de la porte Saint Germain.”

Athos resta muet.

La pensée lui vint qu’il aurait dû partir quand il en avait eu l’occasion. Il aurait dû partir, rentrer chez lui, jeter ou brûler la lettre, puis boire jusqu’à que le néant apaisant l’engloutisse. Et, le lendemain, se rendre à la caserne et y assumer ses devoirs d’officier. Puis rentrer, se saouler à nouveau, se coucher. S’il l’avait fait…  Mais il pouvait encore le faire. Il pouvait s’en aller. Aussi enragée soit-elle, la femme ne pousserait sans doute pas la vindicte jusqu’à le traquer à travers tout Paris. Quelle importance puisque rien de tout ceci n’était vrai ? Un mensonge, une erreur, un malentendu. Puisqu’il n’était responsable de rien, puisqu’on ne pouvait rien exiger de lui qu’il n’ait déjà donné ? Quelle importance ? Sa gorge était aussi sèche que du papier. Athos déglutit et chercha ses mots.

Il ne regardait pas le garçon.