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Pouvoir et trahisons.

Chapter Text

Le comte Robert d’Artois avait un physique de géant.

 

C’était une force de la nature.

 

Il était cela, et bien d’autres choses.

 

§§§§

 

Pour Mahaut d’Artois, il était son impertinent neveu, qui brillait non pas par son intelligence, mais par sa force physique et par sa fourberie, celui qui tenta toute sa vie de la déposséder de son cher comté et qui n’y parvint jamais.

 

Celui qui fut le seul adversaire à sa taille, le seul à pouvoir lutter à armes égales contre elle.

 

Et il est celui qui la fit tuer, également.

 

Il est celui qu’elle a haït, qu’elle a craint, qu’elle a combattu, et qu’elle a vaincu, aussi, et ce par delà la mort, puisque jamais Robert ne parvint à récupérer l’Artois.

 

§§§§

 

Pour Isabelle, la louve de France, il est celui qu’elle aurait pu aimer, bien avant Roger Mortimer, il est celui qui aurait pu réchauffer son lit avec son corps puissant, pendant que son époux à elle partait fricoter avec Hugues Le Despenser.

 

Il est celui qui lui a offert la vengeance contre ses belles-sœurs sur un plateau, celui qui l’a comprise mieux que personne, celui qui l’a sauvée de son époux Edward II, qui voulait la faire occire, et ce alors que Charles, son propre frère, roi de France, hésitait à la faire secourir.

 

Il est celui qui s’est battu pour elle, pour des raisons personnelles et égoïstes, certes, mais elle ne l’a jamais oublié.

 

§§§§

 

Pour Béatrice d’Hirson, il est celui qui l’a perdue.

 

L’homme qu’elle a aimé, trop aimé, avec son corps autant qu’avec son âme (contrairement à d’habitude), celui pour qui elle a menti, trahi, volé, tué.

 

Celui pour qui elle a tout sacrifié et qui ne lui a jamais rien donné en retour.

 

Il est celui qui lui a fait des promesses qu’il n’a jamais tenues, celui qui s’est servi d’elle sans vergogne, celui qui l’a serrée dans ses bras en lui jurant qu’il l’aimait (ou peut-être se l’est-elle imaginé, ça aussi), celui qui l’a utilisée sans remords.

 

Il est celui qui l’a tuée quand elle a fini par le trahir.

 

§§§§

 

Pour Marguerite de Bourgogne, Robert d’Artois est ironiquement à la fois son bourreau et son sauveur. Il est celui qui l’a envoyée à Château Gaillard, et il est celui qui aurait pu l’en tirer, en vie, si elle n’avait pas tant lutté et protesté, et si Enguerrand de Marigny n’avait pas fait en sorte que sa lettre ne se perde.

 

Il est celui qu’elle aussi aurait pu aimer, et qui aurait pu l’aimer, si elle n’en avait pas décidé autrement.

 

En fait, il est celui qui l’a sans doute le plus aimé.

 

Il est également celui qui l’a trahie, elle aussi.

 

Comme il a trahi toutes les autres.

 

Il l’a tuée, comme il a tué Mahaut et Béatrice.

 

La première par le poison, la deuxième dans d’atroces souffrances.

 

Et elle, Marguerite, par strangulation.

 

Sans oublier les guerres et les pillages, ainsi que les viols, dans sa reconquête de l’Artois, toutes ces vies qu’il a brisées sans aucun remords.

 

Sans oublier sa femme Jeanne, morte en prison pour avoir voulu le suivre dans sa folle quête.

 

Robert d’Artois est semblable par son physique au géant ou à l’ogre des contes.

 

Et il est tout aussi meurtrier que lui.