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The weight of darkness

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-Où êtes-vous Mr Reese? Soupira Finch en se frottant les yeux par-dessous ses lunettes, fatigué et anxieux d’attendre des nouvelles de son partenaire en mission.

Mais seul l’écho sinistre de sa propre voix résonnant dans la galerie du métro désaffectée lui répondit. Assis devant ses écrans d’ordinateur, l’informaticien essayait, depuis quelques minutes déjà, de contacter son agent. Mais le téléphone sonnait désespérément dans le vide ce qui n’était pas pour le rassurer car il n’était pas dans les habitudes de John de ne pas répondre à ses appels. En général, il décrochait dès la première sonnerie. Ce silence n’augurait rien de bon. Plus il se prolongeait, plus l’anxiété de Finch grandissait. Et comme toujours, Finch ne pouvait empêcher son cerveau de tourner à plein régime pour essayer de trouver une raison à ce mutisme anormal.

Quelqu’un de censé trouverait une myriade d’explications logiques et rationnelles au fait que Reese ne décroche pas : son portable avait pu être endommagé lors d’une chute ou une bagarre, il l’avait peut-être perdu en poursuivant leur numéro ou, John était juste occupé et ne pouvait pas répondre… Enfin bref, toutes ces hypothèses étaient hautement probables mais c’était sans compter l’imagination fertile et débordante de Finch qui ne pouvait s’empêcher de craindre le pire. Il imaginait son partenaire, blessé, agonisant dans une ruelle, ou pire, mort, son téléphone sonnant dans le vide…

Et les récentes découvertes à propos de leur cible l’inquiétaient. En effet, Finch venait de repérer que, Sarah O’Mara, l’infirmière dont le numéro était tombé la veille n’était pas aussi gentille et professionnelle qu’il n’y paraissait. Lorsqu’Harold avait hacké le code wifi de son appartement, il avait pu avoir accès à son ordinateur personnel qu’elle avait négligemment laissé en veille. Après l’analyse fastidieuse de son contenu, l’informaticien avait repéré un fichier caché qui s’était avéré être son journal intime. En le lisant, Finch avait réalisé qu’ils avaient fait fausse route : elle n’était pas une victime mais une dangereuse psychopathe qui avait décidé, « pour le bien de la communauté », d’abréger la vie des patients trop atteints à son goût afin de « faire des économies », comme elle l’avait si froidement écrit. Heureusement que la demoiselle n’est pas adepte des cahiers et des stylos, avait pensé Harold avant de composer le numéro de John pour l’avertir du danger.

Depuis le matin-même, Reese avait commencé sa surveillance. Prétextant une visite à un proche hospitalisé, il était facilement parvenu à approcher la demoiselle. A première vue, elle paraissait totalement inoffensive: gentille, attentionnée, douce envers ses patients. En usant de son charme, John était parvenu à l’inviter à prendre un café au restaurant de l’hôpital afin de lui soutirer, l’air de rien, quelques informations. Malheureusement pour Finch, le Mount Sinaï Hospital, comme de nombreux hôpitaux, avait des brouilleurs de portables afin que les ondes n’interfèrent pas avec les machines médicales dernier cri extrêmement sensibles.

Cela faisait maintenant plusieurs minutes qu’il cherchait désespérément à contacter son partenaire sans aucun résultat. Finch commençait à être de plus en plus inquiet. Il l’était d’autant plus que les sonneries dans le vide avaient maintenant laissé place à sa messagerie. Pourquoi son téléphone s’était-il subitement coupé? Etait-il déchargé ? Eteint ? Brisé ?

Les questions se bousculaient dans la tête du génie, de la plus raisonnable à la plus irrationnelle. A bout de nerfs, il se leva de son fauteuil et se dirigea vers la petite cuisine d’appoint aménagée dans un coin de la station abandonnée pour se préparer une boisson chaude. Il remplit la bouilloire d’eau qu’il mit à chauffer. Il saisit une tasse dans un placard situé au-dessus de l’évier puis choisit son thé préféré dans une des petites boites métalliques disposées sur le plan de travail. Il remplit la petite boule à thé de feuilles séchées puis la plaça dans son mug.

Il attendit patiemment que la bouilloire chauffe, tout en surveillant du coin de l’œil son portable posé devant lui. Il se sentait si inutile, seul, ici, dans son repaire sombre et poussiéreux qu’il en aurait pleuré de dépit. C’était dans ce genre de situation qu’il se sentait comme un poids mort, un handicapé incapable d’agir, se contentant d’attendre fébrilement que son agent revienne du terrain. Outre son impuissance, l’autre sentiment qui le tourmentait était la peur. La peur viscérale de perdre son partenaire lors d’une des missions qu’il lui avait confiée.

Pourtant il le savait, le danger était inhérent à leur travail. Dès le début de leur collaboration, il avait mis en garde Reese. Mais maintenant et contre toute attente, c’était lui qui souffrait le plus de la situation.

- Un jour au l’autre, on finira probablement morts, pour de vrai, cette fois.

Harold frissonna en se remémorant les mots qu’il avait prononcé si froidement. Cet avertissement n’avait été qu’une simple formule de rhétorique, pour s’assurer que son nouvel agent savait parfaitement dans quoi il s’embarquait. A cette époque, John n’était qu’un nouvel agent, recruté pour remplacer Dilinger. D’ailleurs, pour être tout à fait honnête, Finch n’aurait jamais cru que leur partenariat aurait duré aussi longtemps. Quatre ans. Cela faisait maintenant quatre années que les deux hommes travaillaient ensemble, aidés depuis peu par un nouveau duo formé par Shaw et Root.

Au départ, ce choix avait été fait par la Machine. C’était elle qui avait repéré le potentiel de cet homme perdu, expert en armes, formé au combat rapproché, rodé aux techniques d’interrogatoire, sachant aussi bien se fondre dans la foule que briller en société. Oh oui, John était parfait pour les missions.

Mais ce constat purement rationnel et objectif avait été posé par l’IA avec la froideur scientifique propre aux machines. Elle n’avait pas vu, derrière les données et les statistiques, l’homme qu’il était en réalité. Harold, lui, l’avait vu. Après ces quatre années passées à ses cotés, il avait su voir l’homme derrière le tueur froid au service des numéros. Si pour la Machine, John restait un agent de terrain, un asset ; pour son créateur, il était beaucoup plus. Il aimait à croire qu’il était devenu son partenaire voire son ami.

Bien qu’au fond de son cœur, il savait qu’il était beaucoup plus. Mais il n’était pas encore prêt à mettre un mot sur les sentiments qu’il éveillait en lui. Il mourrait d’envie de le voir mais le redoutait également. Il voulait le toucher sans pour autant se le permettre. Il ressentait un plaisir coupable à le contempler… Non, il n’était pas encore prêt…

Le sifflement de la bouilloire le sauva d’une introspection trop dérangeante. Il versa l’eau bouillante dans sa tasse, et, pendant qu’il faisait infuser son thé, jeta encore une fois un regard sur son téléphone. Toujours rien.

Sa tasse de thé fumant à la main, son portable dans l’autre, Finch retourna vers son bureau. Une fois assis, il tenta une nouvelle fois de contacter John. Messagerie. Nouveau soupir. Il se frotta l’arête du nez par-dessous ses lunettes tout en réfléchissant. Bon sang, où était-il ? Il décida alors de localiser son agent grâce au GPS de son téléphone. Il doutait d’y parvenir mais bon, comme le disait l’adage : qui ne tente rien, n’a rien !

Le cœur battant, Finch activa la géolocalisation du téléphone de Reese. Le temps du chargement de la gauge lui parut interminable. Oscillant entre espoir et angoisse, il suivit nerveusement la progression de la barre. Une fois à 100%, l’informaticien retint son souffle puis expira bruyamment de déception. No Match.

Trop c’est trop. Il décida de joindre Fusco afin de le prévenir du problème. Fort de sa décision, il saisit son portable pour composer le numéro de l’inspecteur de la criminelle quand il entendit des pas lourds résonner au loin. Il fit lentement pivoter son fauteuil pour avoir une vue sur l’entrée de la station de métro et son cœur bondit littéralement dans sa poitrine lorsqu’il aperçut Reese s’avancer lentement vers lui.

-Relax, Finch, pas la peine d’appeler l’armée, mon téléphone s’est juste cassé en tombant durant la bagarre, annonça l’homme en agitant son portable à l’écran brisé comme pour lui prouver ses dires.

Mais Finch ne l’écoutait pas tant l’allure de son agent accaparait toute son attention. John était en piteux état. Ses cheveux étaient hirsutes, son costume, déchiré, sa chemise lacérée était maculée de sang. A fur et à mesure qu’il approchait, Harold repéra une ecchymose sur sa pommette et une coupure sur sa lèvre inférieure.

-Mr Reese ?! S’exclama-t-il en sautant littéralement de son siège pour s’avancer d’un pas rapide à sa rencontre.

-Du calme, je n’ai rien de grave. J’ai juste dû faire face à une charmante infirmière qui s’est transformée en harpie à partir du moment où j’ai commencé à lui poser des questions sur les décès suspects à l’hôpital. J’ai eu bien du mal à la maîtriser tant elle était déchaînée mais le problème est désormais réglé.

Tout en parlant, l’agent se dirigea vers sa place habituelle, à savoir une banquette accolée au bureau de Finch. Il soupira bruyamment en s’asseyant, calant son dos contre le dossier, la tête reposant contre la vitre du wagon derrière lui.

-Après avoir menotté la furie, j’ai demandé au restaurateur de contacter Fusco pour l’emmener au poste, continua l’ex-opérateur, les yeux fermés, s’octroyant quelques minutes d’un repos bien mérité.

Toujours debout au milieu de l’immense salle abandonnée, Harold regarda Reese, à la fois rassuré de son état général mais toujours aussi inquiet quant à ses blessures, surtout celles à son abdomen. Sans un mot, il se dirigea vers la petite salle de bain située entre la cuisine et la petite chambre de Root. Il prit la petite mallette blanche de premiers secours et retourna vers son agent. A son approche, John rouvrit lentement les yeux pour le regarder boiter vers lui, un léger sourire flottant sur ses lèvres blessées, comme s’il s’amusait de le voir aussi inquiet.

-Je vous l’ai déjà dit, ce sont juste quelques égratignures. Après une douche, je serai comme neuf, murmura Reese en se redressant légèrement.

Sans un mot mais la mine grave, Harold s’assit à ses côté et posa la petite boite sur ses genoux. Il se tourna vers John avant d’annoncer sèchement:

-Permettez-moi d’en juger.

-Harold…, soupira l’agent, aucunement décidé à bouger.

L’informaticien ne dit rien, se contentant de lui lancer un regard froid par-dessus ses lunettes. Il savait pourquoi Reese utilisait son prénom: c’était une manière de l’attendrir, de jouer sur la corde sensible peut-être même de le charmer afin qu’il le laisse tranquille. Mais il ne comptait pas céder et attendait tranquillement que son agent obtempère

Reese leva les yeux au ciel comme un adolescent puis s’exécuta, non sans avoir soupiré bruyamment pour bien signifier son mécontentement. Finch sourit intérieurement devant cette attitude puérile mais savourait sa petite victoire.

John se leva, ôta sa veste puis sa chemise désormais irrécupérable. Il leva le bras pour permettre à son patron d’évaluer les dégâts.

-Mais qu’est-ce que c’est? S’exclama Finch en écarquillant les yeux.

Trois grandes et profondes entailles parallèles déchiraient la peau bronzée de l’agent. Elles partaient du haut de ses côtes et se terminaient sur son ventre. D’une main tremblante, l’informaticien effleura la blessure.

-Une fourchette, précisa Reese comme si de rien n’était, tout en crispant ses muscles de douleur mais aussi gêné par cette caresse douce et inattendue.

Voyant que Finch ne paraissait pas comprendre, l’agent expliqua en haussant les épaules.

-Elle a pris la première chose qui lui soit tombée sous la main.

Le corps de Finch se raidit d’une rage contenue devant autant de nonchalance. N’avait-il pas conscience que des personnes tenaient à lui et souffraient de le voir blessé ? Il s’emporta :

-Et vous appelez ça quelques égratignures?!

Si John fut surpris par ce coup d’éclat très inhabituel de la part de ton patron, il n’en laissa rien paraître. Il se contenta d’hausser les épaules en répondant :

-Ce sont les risques du métier. Je savais à quoi m’attendre en l’acceptant.

Finch se crispa à l’évocation sa mise en garde alors qu’il essayait de le convaincre de le suivre dans sa croisade, quatre ans plus tôt. Avec des gestes brusques et nerveux traduisant sa colère, il ouvrit la valise de secours et sortit de quoi soigner son partenaire. Il imbiba une compresse stérile d’alcool et commença à nettoyer les plaies.

Mais alors qu’il passait un coton sur les lacérations, il remarqua son compagnon se crisper et grogner de douleur. Il maudit sa brutalité. Ce n’était pas parce qu’il était mécontent qu’il devait en faire payer le prix à son agent. Il s’appliqua donc à mettre de côté sa rancœur, il reprit les soins avec plus de douceur.

-Vous prenez votre vie tellement à la légère, murmura l’informaticien en retirant l’excès de sang autour des plaies.

Reese eut un petit rire avant de répondre avec malice, essayant maladroitement de détendre l’atmosphère.

-Je n’ai pas besoin de m’inquiéter, vous le faites pour deux.

Finch garda le silence tout en ravalant la remarque acerbe qu’il avait sur le bout de la langue. Une fois propres, il déposa une noisette de pommade antiseptique sur ses blessures puis massa délicatement la peau meurtrie afin de la faire pénétrer.

Le visage fermé, les sourcils froncés, la bouche pincée, Finch était contrarié. Contrarié que son agent fasse si peu de cas de ses blessures et de sa vie en règle générale. Contrarié de constater que son regard dérivait inexorablement sur ce torse magnifique, que ses mains s’égaraient un peu trop sur son ventre plat. Contrarié de prendre plaisir à le soigner.

Pour les besoins des soins, Harold avait son visage à quelques centimètres de son agent. Il lui serait si facile de se rapprocher encore afin de poser ses lèvres sur son épiderme, juste pour en goûter la saveur. Comme hypnotisé par la vue troublante de sa main pâle sur cette peau hâlée et enivré par son odeur masculine si caractéristique, mélange de poudre et café, Finch approcha encore un peu plus son visage du ventre de Reese. Alors qu’il s’appliquait à panser ses blessures, l’informaticien luttait contre le besoin irrépressible qu’il avait d’embrasser cette peau, autant pour assouvir son propre désir que pour effacer la douleur qu’avait dû éprouver son partenaire, un peu comme une mère qui déposant un baiser sur l’égratignure de son enfant pour le consoler.

Mais les arrière-pensées du reclus étaient nettement moins innocentes. Il voulait beaucoup plus qu’embrasser la peau meurtrie de son agent. Il voulait le protéger, le chérir, l’aimer. Laissant ses pensées doucement dériver dans un monde où il pourrait laisser libre cours à ses fantasmes, Finch approcha imperceptiblement ses lèvres mais son geste fut brutalement interrompu par une réaction inattendue de Reese qui lui fit l’effet d’une douche froide. Ce dernier se crispa et posa une main sur celle de son patron pour la repousser sans ménagement. L’informaticien se rejeta brutalement en arrière comme s’il venait d’être brûlé.

-Laissez Finch, je vais prendre une douche et changer de vêtements. Je terminerai les soins moi-même, annonça brutalement l’agent en baissant le bras, mettant ainsi fin aux soins.

Sans attendre la réponse de son patron, l’agent prit ses vêtements déchirés et se dirigea rapidement vers la salle de bain. Les joues rouges de confusion, l’informaticien resta un moment interdit, aussi troublé par son attitude que par celle de son partenaire. Il reposa le tube de pommade et les compresses dans la mallette avec des gestes mécaniques. Une fois son rangement terminé, Finch ferma les yeux et appuya sa tête sur la vitre du wagon en essayant de ralentir les battements affolés de son cœur.

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?! pensa-t-il avec amertume.

Mais la sonnerie du téléphone mit un terme à ses pensées. Finch se leva d’un bond et s’avança en boitant vers le mur de la station pour décrocher le combiné du vieux téléphone qui y était encastré.

Une voix froide et mécanique annonça une série de chiffres. Harold sortit son carnet et son stylo de sa poche pour noter les indications de la Machine. Une fois le message noté, il raccrocha puis se dirigea vers son bureau. Il pinça les lèvres, contrarié à l’idée de devoir, une fois de plus, envoyer John sur le terrain alors qu’il venait à peine de revenir d’une mission, blessé qui plus est.

Mais bon, une vie était en jeu. Finch s’installa devant ses écrans et entra les indications dans son ordinateur. Après quelques secondes de recherches, une photographie apparut ainsi que l’identité de leur nouveau numéro : Livia Edwood. L’informaticien but une gorgée de son thé, désormais froid, et commença à collecter le maximum d’informations sur leur nouvelle cible.

Alors que le reclus retrouvait peu à peu son sang froid dans sa routine, John s’efforçait de reprendre contenance. Il referma soigneusement la porte de la salle de bain et s’y adossa longuement. La respiration haletante, une main toujours crispée sur la poignée, il peinait à recouvrer ses esprits. Sa peau le brûlait mais ce n’était pas à cause de ses blessures mais plutôt en raison de son partenaire.

C’était exactement ce qu’il redoutait, ce qui l’avait conduit à refuser qu’Harold regarde ses blessures. Se mettre torse nu devant lui, sentir ses yeux le détailler, ses mains sur son corps, son visage à quelques centimètres de sa peau, son souffle le caressant... S’en était trop. Son corps avait réagi sans qu’il ne puisse le contrôler. Au supplice, John, qui pouvait résister aux tortures les plus douloureuses et les plus perverses, n’avait réussi qu’à tenir que quelques minutes face aux soins délicats infligés par son partenaire. N’y tenant plus, il avait décidé de partir avant que son trouble ne devienne trop visible.

Maintenant, seul dans la pièce d’eau, John tentait de se calmer en respirant profondément pour ralentir les battements sourds de son cœur. Au bout de quelques minutes, il retrouva un semblant de sérénité et ne put s’empêcher de rire de la situation. Quelle ironie ! Lui, l’agent toujours sûr de lui et en contrôle, le tueur de sang froid, était totalement démuni face aux marques d’attention innocentes de son patron. Il était tellement désarmé face à Finch qu’il ne trouvait son Salut que dans la fuite…Tragique pour un soldat…

Il termina de se déshabiller, balançant ses derniers vêtements dans un coin de la pièce puis entra dans la douche. Sa peau et ses nerfs étaient toujours surchauffées par le contact trop intime de son patron, il opta donc pour une douche froide. Tournant le robinet vers le côté bleu, l’agent fut instantanément saisi par l’eau glaciale qui se déversait sur lui. Au bout d’une minute de ce traitement radical pour éteindre le feu de désir que son compagnon avait inconsciemment allumé en lui, il ne tarda pas à grelotter de froid. Il coupa le jet, prit une des serviettes éponges suspendues à proximité puis sortit de la cabine. Il se sécha rapidement puis noua la serviette autour de ses hanches.

-Merde, mes vêtements, jura-t-il entre ses dents en réalisant que, dans sa confusion, il avait omis de prendre des rechanges.

Il entrouvrit la porte avec précaution et remarqua, au sol, un costume, une chemise ainsi que des sous-vêtements soigneusement pliés.

Finch…

L’agent sourit tendrement.

Comment ne pas l’aimer ?

Tout en lui était remarquable : son intelligence, sa culture, son humour, sa générosité, sa sensibilité, sa force, ses faiblesses. Reese se pencha pour ramasser ses effets puis retourna dans la salle de bain. Essuyant la condensation sur le miroir, il commença à s’habiller, retrouvant peu à peu l’assurance, le calme et la nonchalance propre à l’homme en costume

Quelques minutes plus tard, l’agent sortit frais et dispo de la salle de bains. Passant négligemment la main dans ses cheveux humides, il traversa la station d’un pas assuré et se dirigea vers le wagon où Finch, assis devant son ordinateur, semblait travailler. Il pénétra dans la voiture et remarqua une nouvelle photographie scotchée sur la vitre, au dessus des moniteurs.

-Un nouveau numéro Finch ? demanda-t-il par pure forme en détaillant le portrait de la jeune femme blonde.

-Oui Mr Reese, répondit Finch sans détacher les yeux de ses écrans, il s’agit de Livia Edwood, jeune femme de vingt-huit ans qui vit à New York depuis la fin de ses études il y a trois ans. Une fois son diplôme en poche, elle a été embauchée dans une entreprise de jeux vidéo comme programmeuse. Elle n’a plus que sa mère qui vit dans le Colorado et semble avoir très peu d’amis. En fait, elle n’est pas présente sur les réseaux sociaux donc, pour l’instant je n’ai pas eu accès à d’autres informations personnelles.

Plus John écoutait son patron, plus il semblait nerveux. Une fois les explications terminées, il demanda d’un ton un peu trop abrupt:

-Vous comptez vous rendre sur le terrain?

-Il est clair que ce milieu m’aurait parfaitement convenu mais la société craint l’espionnage industriel et a verrouillé ses effectifs. En revanche, ils recherchent depuis aujourd’hui un nouvel agent de sécurité. J’ai déjà envoyé votre CV. Le détective Riley doit arrondir ses fins de mois… Je ne serai pas étonné que l’on vous contacte dans la journée. Tachez d’être à la hauteur pour votre entretien d’embauche, avertit l’informaticien, un sourire espiègle aux lèvres.

Reese s’était subitement détendu en apprenant que son patron allait rester en sécurité dans leur repaire. Depuis que Samaritain était en service, l’agent était très angoissé à chaque fois que Finch devait sortir, soit pour vivre sous l’identité du professeur Whistler, soit pour les besoins d’une mission. Rassuré, il lui rendit son sourire, son cœur débordant de tendresse. Dieu qu’il l’aimait ! Pour lui, il serait capable de décrocher la lune.