Actions

Work Header

Count your blessings, not your flaws - Traduction

Work Text:

Shôto savait qu’il n’était pas doué avec ça.

Il ne l’avait jamais été. Il ne saurait dire si c’était juste la manière dont il est, ou si c’était une chose de plus dont il pouvait accuser son père, mais il savait qu’il n’était pas doué avec tout ça. Les gens disaient de lui qu’il était stoïque et froid. Certains disaient même qu’il était mystérieux. Les autres disaient qu’il était impassible.

Ce n’est pas qu’il ne ressentait pas. Il ressentait, mais tout était enfermé à l’intérieur et rien n’en sortait. Quelques fois c’était parce qu’il ne pouvait pas les montrer. D’autres fois il avait peur de le faire.

Ce moment, par exemple. Midoriya ne le regardait même pas, trop absorbé par la vérification de ses notes, et pourtant Shôto pouvait sentir sa bouche devenir sèche et sa langue être de plomb. Dans des moments comme celui-là, en regardant le visage de Midoriya, la façon dont ses sourcils s’unissaient sous la concentration et ses yeux clignaient à chaque pensée, Shôto ressentait les choses très nettement.

Il y pensait depuis des semaines. Des mois, même. Shôto n’était pas doué pour montrer ce qu’il ressentait, ou exprimer ce qu’il ressentait, alors il enfermait ça loin et réfléchissait plutôt. Mais avec Midoriya…

Avec Midoriya, ce n’était pas grave. Peu importe qu’il soit nul avec tout ça, Midoriya écoutait. Midoriya comprenait. Peu importe ce qu’il se passe, Shôto était en sécurité.

Et ce qui fit basculer la balance était en faveur du courage. Midoriya lui a beaucoup donné, mais il n’a jamais cessé de lui donner du courage.

Midoriya se leva, ferma son cahier, et c’est seulement quand il réalisa que Midoriya était en train de parler, que Shôto – perdu dans ses pensées et ses sentiments – avait à peine saisi un mot. « - et de toute façon, qu’est-ce que tu en penses ? »

« Moi ? » La balance tremblait dangereusement.

« Ouais. Je veux entendre tes opinions. »

Ils étaient seuls dans la partie commune du dortoir, il n’y avait donc personne d’autre pour écouter. Les mots sortirent directement et artificiellement, mais Midoriya comprenait. Midoriya comprenait toujours. « Je pense que je t’aime, et je veux sortir avec toi. »

Il retint son souffle, guettant une réaction, attendant une réponse. Son ami cligna des yeux, qui s’élargissaient sous la confusion, puis l’incrédulité.

Ensuite Midoriya ria d’un coup franc et parti.

 


 

La première fois que cela se produisit, Izuku avait douze ans, pendant sa deuxième semaine au collège, et Nanase-senpai dans la classe 2-B était la plus belle fille qu’il n’avait jamais vue. Il aimait son sourire, la barrette scintillante dans ses cheveux, et son rire lui donnait envie de sourire même s’il tremblait encore face aux moqueries de Katchan.

Il ne lui parlait jamais, bien sûr, parce qu’elle était belle, une année plus âgée que lui, et comme Katchan et tout le monde dans cette école, elle avait un alter et lui non. Izuku n’était pas en colère contre ça ; c’était juste comme ça. Ce n’était pas la faute de Nanase-senpai, qui pouvait bouger des choses sans les toucher, ni sa faute si Izuku ne pouvait rien faire. Il était d’accord avec ça. Rien ne changerait jamais.

Jusqu’à, pour environ cinq secondes, il pensait que ça pourrait.

Il pensait parce que soudainement Nanase-senpai marchait vers sa table solitaire pour le déjeuner, avec un joli sourire, sa barrette scintillante dans ses cheveux, et dit, « Salut ! Tu es Midoriya-kun, n’est-ce pas ? »

Izuku ne pouvait que la fixer du regard, stupéfait et peut-être un peu effrayé parce que  Nanase-senpai connaissait son nom.

« Tu sais, tu es plutôt mignon ! » Avait-il déjà mentionné que son sourire était magnifique ? « Tu veux aller à un rencard avec moi ? »

Son esprit devint blanc, puis ses yeux larges, ronds et peut-être un peu larmoyants. Et il pensait, peut-être que Maman avait raison. Peut-être que le collège allait être mieux que l’école élémentaire et peut-être –

Le joli visage de Nanase-senpai se déforma, et elle essaya de retenir un rire mais elle postillonna tout de même, puis elle se retourna et fonça à une table voisine où un groupe de filles avaient regardé depuis le début.

« Je suis désolée ! » dit-elle, en ne s’embêtant pas à regarder en arrière, ni à ce que Izuku et la moitié de la cafétéria pouvait l’entendre. « Je suis désolée – j’ai essayé de me retenir, mais je ne pouvais pas – vous avez vu sa tête ? »

 « C’est bon, Nanase ! » répondit une autre fille. « Tu l’as quand même fait – un défi est un défi ! »

Nanase-senpai riait encore, et soudainement ça ne sonnait plus aussi beau.

C’était devenu une blague récurrente à l’école, après ça. Akiyama-san vint le voir dans sa classe des semaines plus tard, grande, de forte carrure et bien charpentée, suffisamment pour que Izuku recule quand elle surgit face à lui. Ensuite la première chose qui sorti de sa bouche fut « Tu veux qu’on mange ensemble, Midoriya-kuuun ? » avec une voix qui trillait, et Midoriya se redressa sur sa chaise parce qu’il ne pouvait se souvenir la dernière fois il avait eu la chance de se faire une amie.

Cette fois, il alla jusqu’à dire « Euh, » avant que Akiyama ne frappe violemment son bureau avec sa main et se retourne sur ses talons vers ses voisins.

« Je l’ai fait ! » dit-elle. « Je vous avais dit que je le ferais ! Passe à la caisse, Naoka ! »

« Tu étais supposée lui demander un rendez-vous, Akiyama. »

« Oh allez, j’ai mes limites. Un pari est un pari. »

Cette fois, Katchan entendit tout, et Izuku baissa la tête rapidement et laissa les rires grinçants le submerger à nouveau.

Le prochain semestre commença quand Mihara-kun fut transféré dans sa classe, et ça faisait encore comme avec Nanase-senpai. Izuku ne pouvait regarder vers lui longtemps, parce que s’il ne faisait pas attention il finira par ne plus pouvoir regarder ailleurs. Il eut quelques jours magiques où Mihara-kun lui souriait et le traitait gentiment avant que quelqu’un ne l’informe aimablement que Izuku est sans alter, et même après il n’était pas devenu agressif. Une fois pendant le cours de maths, il prêta un crayon à papier à Izuku, qui avait cassé le sien, et c’était la chose la plus gentille que n’importe qui dans sa classe ait faite pour lui.

Son alter lui faisait changer ses yeux de couleur selon comment il se sentait. Izuku n’avait pas eu assez de temps pour déterminer les couleurs quand Mihara-kun se tourna vers lui un jour et dit, « Hey, Midoriya-kun, je t’aime vraiment. Tu veux aller à un rendez-vous après l’école ? » Et à cause de ça, Izuku ne savait pas que le orange signifiait qu’il était en train de blaguer jusqu’à ce que son visage s’illumine et que Mihara-kun éclata de rire à la vue. « Oh mon Dieu, je rigole, arrête de me regarder comme ça. »

« Il est vraiment comme un chiot stupide, » dit quelqu’un d’autre, et Mihara-kun ria.

Ça n’en finit pas là. Une fois de temps en temps, quelque jolie fille ou joli garçon surprenait Izuku avec une confession amoureuse ou demandait un rendez-vous, pour régler un pari ou répondre à un défi, avant de courir pour rire avec leurs amis, parce que personne ne voulait sortir avec Midoriya Izuku le sans alter, mais c’était drôle de le faire sursauter. Akiyama rigolait à chaque fois qu’elle voyait ça se produire, comme si c’était la première fois.

Et Izuku souriait, baissait la tête rapidement et restait silencieux, et accueillait chaque blague avec sincérité et avec grand plaisir, parce que son espoir naissait éternellement.

Ou au moins, jusqu’à sa seconde année, quand Shinoda-san se précipita vers lui pendant le déjeuner avec ses yeux brillant d’excitation.

« Retrouve-moi au terrain de basket après l’école, » dit-elle, avec une voix murmurée comme si elle partageait un secret. « Je dois te dire quelque chose. » Et Izuku accepta, absorbé par son enthousiasme et rata la façon dont elle fit un large sourire non pas à lui, mais à quelqu’un derrière son épaule.

Il se dépêcha jusqu’au terrain de basket après l’école, son cœur battant d’anticipation, et trouva non pas Shinoda-san, mais quatre garçons de troisième année qui l’attendaient. Ils l’encerclèrent avant qu’il ne puisse s’enfuir.

Il n’aurait vraiment pas dû prendre un œil au beurre noir, un nez en sang et son cartable noyé dans les toilettes pour comprendre le truc, mais peut-être aimait-il juste avoir de l’attention.

Mais au moins il arrêta de se faire avoir après ça. Les blagues continuaient d’arriver, jusqu’à ce que les filles et les garçons qui jouaient avec ça le fassent ensemble et Izuku arrêta de se souvenir des noms et des visages. Il trouva ça plus facile, de faire un large sourire et de choisir de rire, de prétendre qu’il était dans la blague. C’était plus facile de rire avec eux plutôt que de rester assis silencieusement pendant qu’ils riaient de lui. Ça faisait mal, mais c’était un mal plus aisé, et plus personne ne pourrait utiliser la blague pour le tabasser à nouveau. Comme tout, ça devient plus facile avec la pratique, et ses camarades au collège lui offrirent beaucoup d’occasions.

Lorsqu’il l’entendit de Todoroki, Izuku manquait tellement de pratique qu’il laissa accidentellement l’espoir renaître. Juste pour une fraction de seconde, son cœur se souleva et il se demanda si quelqu’un d’aussi beau et fort que Todoroki le voyait de cette façon-là. Mais la réalité revint, aussi inopportune que d’habitude, et Izuku laissa son espoir éclater de nouveau. La mémoire des muscles le laissa forcer un rire avec une aisance relative, et il partit avant qu’il ne puisse laisser passer la douleur à moitié oubliée se montrer.

 


 

Shôto fixa le dos de Midoriya jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le voir, puis continua de fixer parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre.

Cela pouvait se passer de deux manières, pensait-il. Soit Midoriya lui retournait ses sentiments, ou non. Soit les yeux de Midoriya devenaient larges, comme ils le sont toujours quand il est surpris ou troublé, et il aurait bafouillé et bégayé son accord – ou il aurait remué maladroitement et l’aurait rejeté gentiment, s’excusant alors même que ce n’était pas sa faute. C’était comme ça que Shôto se l’était imaginé, quand il rassemblait son courage. C’était comme ça qu’il se confortait lui-même : même s’il échouait, Midoriya ferait tout ce qu’il pourrait pour éviter de le blesser. Il était de ce genre-là. Sa voix était tendre, ses sentiments doux, et même si cela n’allait pas dans le sens que Shôto espérait, au moins ça ne le blesserait pas.

Il n’aurait jamais imaginé un rire. Il n’aurait jamais imaginé Midoriya partir sans un mot – sans même un oui ou un non.

Une honte forte et pénible le remplissait, et il restait assis immobile, le regard fixe comme s’il était piqué par des aiguilles, lui donnant envie de reculer, de se cacher et de plus voir personne.

Ses yeux le piquaient, et étaient mouillés, puis quand ils débordèrent Shouto s’échappa de sa paralysie pour les essuyer précipitamment. Si quelqu’un venait – si Midoriya revenait et voyait – ?

Et maintenant il se sentait comme un idiot, assis seul dans la pièce commune frottant ses larmes qui coulaient le long son visage. Il essaya de se prendre en main, mais le profond souffle qu’il prit trembla et il ne voulait pas se sentir comme ça. Ce n’était pas censé faire mal. Il n’était pas censé se détacher de ses sentiments comme un idiot.

Il avait l’habitude d’avoir ses sentiments traités comme s’ils ne comptaient pas. Mais il n’était pas habitué à ce que Midoriya le fasse.

 


 

Ça faisait mal parce que c’était l’une des choses que Izuku pensait laisser derrière lui quand il avait commencé l’U.A. Ainsi que ses cartables jetés dans les fontaines et les toilettes, ses cahiers volés qui réapparaissent dans des buissons avec la moitié des pages arrachées, ses plateaux repas bousculés dans ses mains, les yeux au beurre noir, les rêves écrasés et la solitude – Izuku a passé son temps au lycée à se dire que la farce était enfin quelque chose du passé.

Ça faisait mal parce que c’était comme avec Nanase-senpai et Mihara-kun encore une fois – parce que Todoroki est magnifique, avec ses cheveux et ses yeux brillants et sa force tranquille. Parce que Izuku a passé assez de temps à le regarder, espérant et imaginant être sûr de ses sentiments, et c’était différent de ses amourettes de collège parce qu’il savait plus que tout qu’il pouvait faire confiance à Todoroki. Ça ne le blesserait pas autant s’il ne pouvait pas.

Cela devait être trop évident, si même Todoroki avait décidé de se moquer de lui.

Et parce que c’était douloureux, Izuku restait calmement énervé et fâché pendant quelques heures avant de se secouer. Que Dieu l’aide, il ne pouvait jamais rester fâché avec Todoroki trop longtemps. Surtout maintenant, le sens commun montrant que Todoroki était aussi inexpérimenté que lui pour avoir des amis, si ce n’est plus. Selon toute vraisemblance, Todoroki n’avait juste pas réalisé combien cela pouvait être douloureux. Et comment l’aurait-il su ? C’était juste une blague débile, et la seule raison pour que cela dérange autant Izuku était que ça l’avait harcelé pendant trop longtemps. Rester silencieusement n’aidait pas ; Izuku ne pouvait pas résoudre ça en prétendant qu’il n’y avait rien.

Mais tout allait bien – la différence entre avant et maintenant était que Todoroki n’était pas quelque camarade inaccessible à qui Izuku ne pouvait jamais parler ; Todoroki était son ami, et Izuku pouvait toujours lui parler quand quelque chose n’allait pas.

Izuku retourna dans la salle commune juste à temps pour trouver son ami, veste sur les épaules sur le point de partir.

« Hey, Todoroki, » l’appelle-t-il pour le rattraper. Il essaya d’être détendu – il ne voulait pas commencer en sonnant d’un ton accusateur. « Je voulais – »

Todoroki passa à côté de lui sans un mot. La porte se ferma devant le visage d’Izuku.

 


 

Shôto savait qu’il était puéril. Lâche même. S’il était quelqu’un de courageux, il aurait saisi l’occasion que lui offrait Midoriya – et beaucoup d’occasions ont suivi – au lieu de laisser sa colère et sa douleur se déverser à l’intérieur de lui. Midoriya approchait à tout moment quand il voyait Shôto dans la même pièce, les yeux brillants, la bouche prête à parler, mais Shôto détournait le regard et ses épaules de lui à chaque fois – s’il ne pouvait pas fuir et partir. Il voudrait parler – il voudrait crier même – mais quand il entendait la voix de Midoriya, il entendait un rire sec, et quand il voyait son visage, il voyait ce sourire superficiel et hypocrite. La douleur se construisait à nouveau jusqu’au débordement et Shôto partait parce que c’était ce qu’il faisait toujours quand il était proche de s’effondrer face à quelqu’un.

Il évitait Midoriya, purement et simplement. Il n’essayait pas de le cacher ; il était trop contrarié pour s’en inquiéter. Et Midoriya, qui n’a jamais été stupide ou non observateur, avait remarqué. Shôto essayait de regarder ailleurs, de ne pas voir, de ne pas entendre et d’être insensible à ça, mais à chaque tentative, il pouvait sentir la frustration de Midoriya croître. Une petite partie mesquine de lui tira satisfaction, et avant qu’ils ne doivent retourner en classe, Midoriya avait arrêté d’essayer.

Shôto devait être soulagé de ne plus avoir à faire d’efforts pour ne plus le voir. Mais maintenant si le hasard les forçait à être proche, il pouvait sentir la colère irradier depuis Midoriya, et cela ne fit qu’alimenter sa propre irritation. Qu’est-ce qui faisait que Midoriya soit en colère ? Avait-il trouvé la déclaration de Shôto si répugnante ?

Au moins les cours signifiaient l’entraînement, et l’entraînement était un soulagement. Pendant l’entraînement, il pouvait s’investir dans chaque manœuvre, chaque explosion, chaque attaque, jusqu’à ce qu’il soit hors d’haleine, et qu’il n’ait plus à penser qu’à la douleur dans ses poumons et ses côtes à la place de la peine. C’était un vieux et fiable mécanisme de défense à lui, travailler assez dur pour qu’il soit trop fatigué pour penser à autre chose.

Il ne l’avait pas fait depuis un moment, mais maintenant c’était le seul exutoire qu’il voyait. C’était moins épuisant de parler de ce qui le blessait, mais ce n’était pas possible pour le moment. La seule personne à laquelle il faisait confiance était Midoriya, alors qu’est-ce qu’il pouvait faire quand ce qui le blessait était Midoriya lui-même ?

 


 

« Quelque chose cloche. »

Ochako attendit peu de jours avant de dire quelque chose. Elle se considérait elle-même comme une optimiste, vous savez ? Voyant toujours le meilleur d’une situation, et le meilleur des gens. Mais sa patience était brève quand ses amis avaient un problème, et c’était quelque chose sur laquelle elle ne pouvait simplement pas s’assoir dessus et l’ignorer jusqu’à ce que cela se résolve tout seul.

Iida cligna des yeux. « Eh bien, le style de tes phrases manque encore un peu de naturel, et – oh, je vois, tu as quelques erreurs sur le temps verbal. »

Ils étaient compagnons de révisions pour l’après-midi. Ochako avait besoin d’aide pour le cours d’anglais, et Iida avait la deuxième meilleure note dans leur classe. Alors c’était une manière pratique de se confier à quelqu’un.

« Non, je voulais dire – bon, ok, ouais, tu as raison. » Ochako effaça les fautes de grammaire pointées par Iida. « Mais, je voulais dire que quelque clochait avec Deku et Todoroki. »

Iida n’était pas un imbécile. « Donc tu as remarqué aussi ? »

« Tu veux dire, si j’ai remarqué que Todoroki n’avait pas mangé ce midi avec nous aujourd’hui et hier, et que lui et Deku se sont à peine regardés depuis le week-end dernier ? »

« Euh… oui. » Iida avait l’air légèrement inconfortable. « Je ne vois pas le rapport avec la conjugaison par contre… »

« Et tu n’as rien dit ? » pressa Ochako. « Je pensais que tu serais dessus genre immédiatement. »

« J’étais en train d’y réfléchir, » admit Iida. « En fait, j’ai demandé à Midoriya si quelque chose n’allait pas – »

« Oh ? Et qu’a-t-il répondu ? »

« Que tout allait parfaitement bien, bien sûr. » Iida roula des yeux et soupira doucement. « Honnêtement, je ne sais pas ce que j’espérais. »

« Il ne t’a rien dit ? » demanda Ochako déçue. « Mais tu peux le dire, pas vrai ? Il y a quelque chose entre eux. »

« Du peu que je puisse dire, les choses sont un peu glaciales entre eux depuis ces derniers jours. » Iida tapota son menton pensivement. « Même, il n’y a peut-être pas matière à s’inquiéter. De telles choses arrivent dans une amitié, et ça serait indiscret de ma part de demander après chaque simple différent. Ils sont bons amis, après tout, et je suis sûr que peu importe ce qu’il se passe, ils seront parfaitement capable de le régler. »

« C’est… peut-être vrai, » dit Ochako, enlevant la poussière de sa gomme sur le papier. « Mais je n’ai jamais vu Deku fâché contre quelqu’un plus d’un jour, tu sais ? Je sens qu’il y a vraiment quelque chose qui cloche cette fois. »

« Tu… as peut-être raison, » admit Iida. « Pour être honnête, je suis quelque peu inquiet à propos de Todoroki. »

« Vraiment ? » dit Ochako en fronçant les sourcils. « Je… suppose que tu as raison. Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus par contre. Il est juste aussi détaché et stoïque que d’habitude. »

« Il se jetait dans l’entraînement avec un peu plus… hum… d’intensité que la normale, » dit Iida. « Je pensais que j’imaginais au début, mais j’ai entendu Aizawa-sensei faire une remarque dessus. » Il haussa les épaules. « Si je ne le connaissais pas mieux, je dirais que Todoroki essayait de se détourner – « i » avant le « e », Uraraka. »

« Oh, vrai, merci. » Ochako effaça encore. « Donc… Todoroki est contrarié à propos de quelque chose, pas vrai ? »

« Ça semble être le cas, par contre je ne vois pas comment ça puisse être – »

« Ça ne t’inquiète pas ? » dit Ochako.

« Bien sûr que ça m’inquiète, » dit Iida, clignant des yeux sous la surprise. « Mais… où est-ce que tu veux en venir, Uraraka ? »

« Je veux dire, tu les connais ? » demanda Ochako, faisant tournoyer son crayon à papier dans sa main. « Quel est le truc qui arrive toujours quand Todoroki est contrarié à propos de quelque chose ? » Les yeux d’Iida se rétrécirent sous la réflexion, et Ochako continua. « Deku vient, tu sais ? Il est toujours dessus. C’est comme s’il avait un Todoroki-a-un-problème en plus ou quelque chose comme ça. Et sinon, c’est Todoroki qui va vers lui. Ils sont super proches. Donc… » Elle fronça les sourcils, et son inquiétude grandit. « Si Todoroki est contrarié à propos de quelque chose, mais qu’il ne peut pas en parler à Deku, alors il n’est pas étonnant qu’il agisse comme ça. »

« Oui, je crois que tu as raison. » Maintenant Iida fronçait les sourcils aussi, le travail d’école presque oublié. « Peut-être a-t-il besoin de quelqu’un d’autre pour parler cette fois. »

« Je vais te dire, » offrit Ochako. « Et si on séparait ça en deux – tu essayes de parler à Todoroki, et je vois si Deku a quelque chose à dire à ce propos. »

« Ça ne peut pas faire de mal, » accepte Iida. « Un plan juste, Uraraka. Mais pour le moment – oh ! Souviens-toi que celui-ci est un verbe irrégulier. Il ne suit pas les règles habituelles de conjugaison. »

« Oh, merde, j’oublie tout le temps. »

Ochako eut de la chance la fois suivante où elle vit Deku, parce que All Might était déjà là, préparant sa chance sans le faire exprès.

Ils étaient juste en train de papoter, dans le couloir après le cours, rien de privé, et c’est pourquoi Ochako entendit All Might demander, « Il y a quelque chose qui te perturbe, mon  garçon ? Tu sembles quelque peu en dehors. »

« P – pas plus que d’habitude ! » Ni l’un ni l’autre ne semblaient baisser leur voix ou guetter des oreilles indiscrètes, alors Ochako ne se sentie pas gênée d’approcher.

« Vraiment ? » intervient-elle. « Tu sembles un peu déprimé ces derniers temps. »

« Oh. » Une sorte d’alarme éclaira ses yeux pendant une fraction de seconde. « Vr – vraiment ? Je ne vois pas pourquoi… »

Ochako pouvait dire en regardant le visage d’All Might qu’il ne le croyait pas plus qu’elle ne le croyait. « Cela semble peu probable, jeune Midoriya, » dit-il patiemment. « Tu sais que tu peux parler à propos de ces choses-là si tu en as besoin. »

« Merci, All Might, mais vraiment, il n’y a rien à dire. » Deku n’était pas très bon quand il s’agissait de mentir, ce qui signifiait à Ochako qu’au fond de lui-même, il voulait vraiment en parler.

« Je suis plutôt sûre qu’il y a quelque chose, » dit-elle en pressant directement. « Todoroki est vraiment contrarié dernièrement aussi. Je ne vous ai pas vu vous dire deux mots depuis le week-end dernier. »

Il y a eu un autre éclair de quelque chose, mais il disparut avant que Ochako ne puisse l’identifier. « C’est bon. Nous avons juste été assez occupés cette semaine, c’est tout. »

Ochako était amie avec Deku assez longtemps pour reconnaître ce ton. C’est le ton Je-suis-contrarié-et-je-veux-que-tu-arrêtes-de-le-remarquer. « Il n’a pas mangé avec nous le midi ces deux derniers jours, » pressa-t-elle.

« Je ne suis pas son patron, » dit Deku, un peu sèchement. « Todoroki peut manger où il le veut. » Etait-ce une pointe d’amertume qu’elle entendit ?

« Ah, je vois, » dit All Might, soupirant un peu. « Tu as eu un désaccord avec un ami ? »

« Je suppose, » murmura Deku.

« Pourquoi ne pas en parler avec lui alors ? » proposa leur professeur. « C’est mieux de couper les problèmes à la racine, tu sais ? Les résoudre rapidement avant qu’ils ne se transforment en une spirale hors de contrôle. Ça n’aide personne de remettre ça à plus tard. »

« J’aimerais en parler avec lui. » La frustration faisait surface chez Deku, prenant Ochako au dépourvu. « J’ai essayé depuis dimanche, mais je ne peux pas lui parler s’il continue de m’ignorer* à tout moment ! » (* jeu de mots avec cold shoulder en anglais qui signifie snober, mépriser, ignorer)

Ochako toussa légèrement. « Euh, était-ce un – ? »

« Ce n’était pas un jeu de mots, » soupira Deku.

« Puis-je demander ce qu’il s’est passé dimanche ? » demanda All Might.

« R – rien ne s’est passé dimanche, c’était stupide et c’est difficile à expliquer de toute façon… » La voix de Deku diminua quand All Might le regarda. Pendant un moment Ochako pensa qu’il allait se tourner et les fuir tous les deux, mais ses épaules s’affaissèrent en résignation.

« Hey. » Elle le toucha doucement. « Peu importe ce que c’est. Aucun jugement, tu sais ? Pas de moi. »

Le regard que Deku lui lança lui fit penser à un chiot abandonné dans un carton. « Je – je veux dire, c’est juste… » Ses yeux clignaient sur le côté, regardant All Might, il prit son souffle et sembla se mobiliser. « Ok, vous connaissez ce sentiment que vous avez quand quelqu’un fait quelque chose de complètement innocent mais pour certaines raisons vous n’en parlez jamais parce que ça vous dérange et que votre premier instinct est d’être vraiment vraiment contrarié alors même que cette personne n’a aucune façon de savoir ce qui vous contrarie ? »

« Hum. » Ochako cligna des yeux plusieurs fois. « A peu près ? »

« Je connais ce sentiment, » dit All Might. « Est-ce quelque que Todoroki – ? »

« Appelons… ça juste une hypothèse, » dit Deku à voix basse.

« Voudrais-tu que j’en parle avec lui ? » offrit All Might. « Vous êtes tous les deux mes élèves et – »

« Non, » dit Deku rapidement. « Non, non – merci, All Might, vraiment, mais… non. Tout ira bien, sincèrement. Co – comme je l’ai dit, ce n’est rien, et… je peux gérer ça. Je promets. »

All Might le regarda dans les yeux quelques secondes. Il n’avait toujours pas l’air de le croire, mais il n’avait pas besoin de se disputer avec Deku. « Si tu en es certain, mon garçon. »

« Je le suis, » répondit Deku. « Je le suis vraiment. »

Ochako en doutait beaucoup. Mais elle n’était pas là pour régler le problème immédiatement ; elle était seulement là pour trouver ce qu’il se passait, et Deku lui apprit plus qu’elle ne savait avant. Deku était le plus gentil, le plus ouvert, et la personne plus extravertie qu’elle connaissait, mais il pouvait garder un secret comme personne.

Elle espérait que Iida aurait plus de chance.

 


 

« Todoroki, as-tu eu une dispute avec Midoriya ? »

« Non. »

« Oh. Es-tu sûr ? Il semble y avoir de la tension, et vous deux ne vous êtes pas parlés… »

« Il ne peut pas y avoir de dispute si on ne parle pas. »

« Todoroki, tu sais que ce n’est pas ce que je voulais dire. »

« C’est bon, Iida, ne t’inquiète pas. »

« Bon je ne peux pas aider mais – »

« Il n’y a rien à dire. »

« Mais – »

« Iida. Laisse. »

« Bon… très bien. Si tu insistes. »

 


 

 C’était devenu pire, à la surprise d’aucun. Mercredi, la moitié de la classe pouvait dire qu’il y avait quelque chose avec Todoroki. Le lendemain, il circulait que lui et Midoriya se fuyaient comme la peste, et plus personne n’était sûr du lieu où Todoroki prenait ses repas.

Il a fallu beaucoup de gouttes d’eau pour faire déborder le vase, mais Midoriya avait failli être éliminé pendant un exercice d’entraînement (et prit Mineta avec lui) quand Todoroki ignora son signal et explosa à côté d’eux. Les deux subirent une réprimande d’Aizawa-sensei et passèrent le reste du cours aussi loin de l’autre que ce que le terrain d’entraînement permettait, et ce fut Yaoyorozu qui déclara qu’elle en avait assez.

« Si ça continue, cela affectera négativement toute la classe, » dit-elle, à la fin des cours quand plusieurs membres de la classe (aucun n’étant Midoriya et Todoroki) s’étaient réunis dans la partie commune.

« Ça le fait déjà, » souligna Jirou. « Mineta s’est plaint à quiconque se tenait assez longtemps pour écouter. »

« Est-ce que vous êtes sûrs que vous n’allez pas un peu trop loin ? demanda Kaminari. « Je veux dire, ce n’est pas comme si la classe allait partir en fumée juste à cause de deux personnes qui ont des problèmes entre elles. »

« Ce n’est peut-être pas vrai – coa, » intervint Tsuyu. « On se construit ensemble, souviens-toi ? On se motive ensemble. Et personne ne motive les gens comme Midoriya. »

« Et même si ce n’était pas vrai, » ajouta Yaoyorozu. « La collaboration est la clé maintenant, après tout. Nous avons la responsabilité de nous aider les uns les autres, si besoin. »

Les têtes se tournèrent vers Uraraka et Iida.

Uraraka fit un petit bruit de frustration. « J’en ai parlé à Deku, » dit-elle. « En quelque sorte. Vous savez ce truc qu’il fait quand il a clairement un problème mais qu’il en parle comme si ce n’était rien ? »

« Ouais, c’est plutôt le pire – coa. »

« Au moins, il en parle tout court, » soupira Iida. « J’ai essayé d’en parler avec Todoroki, mais il a été absolument impénétrable. »

« C’est vraiment notre affaire, après tout ? » souligna Kaminari. « Genre, peut-être que c’est super privé ou quelque chose comme ça. S’ils ne veulent vraiment pas nous en parler, on ne peut pas les forcer à s’exprimer. »

« Nous n’avons pas besoin de les faire s’exprimer à nous ! » dit Uraraka. « Nous voulons qu’ils se parlent l’un à l’autre pour résoudre le problème ! Une chose que Deku m’a dite est qu’il avait essayé de lui parler, mais que Todoroki ne voulait pas l’écouter. »

« Tout va bien alors. » dit Jirou en haussant les épaules. « La moitié du problème est résolue. Pourquoi on ne l’aiderait pas ? »

« Je pourrais essayer de faire le médiateur entre eux, » offrit Iida. « Je suis plutôt proche d’eux deux, après tout. Même sans le mentionner, en tant que délégué de la classe, faire le médiateur pendant des disputes et préserver la paix au sein de la classe font partie de mes responsabilités. »

« Hum, ça nous ramène au problème qu’ils ne veulent pas nous en parler, » rappelle Uraraka.

« J’ai une idée. »

Les têtes se tournèrent encore, cette fois vers Yaoyorozu.

« Si Midoriya a déjà essayé de parler à Todoroki, cela signifie qu’il a autant que nous envie de résoudre ce problème, » continua-t-elle. « Nous avons juste à lui offrir cette chance, et je pense connaître un moyen. » Elle fronça les sourcils pensivement. « Nous aurons besoin de l’aide de Sero par contre. »

Jirou s’assis et se pencha en avant. « J’écoute. »

« Voilà ce que nous allons faire… »

 


 

Izuku avait faim de distraction, et c’est pourquoi c’était plutôt facile pour ses camarades de le duper.

Il se demandait pourquoi la partie commune était si vide pour un samedi, mais quand un Sero penaud vint vers lui, lui demandant de l’aide pour un devoir de maths, Izuku le sorti de sa tête et le suivit. A un moment, Kaminari et Uraraka les rejoignirent, et il n’en pensa rien parce qu’ils ont souvent besoin d’aide eux aussi.

La chambre de Sero était au cinquième étage, et Izuku sentit un pincement au cœur inconfortable à la vue de la porte de Todoroki. Cela faisait une semaine et ils ne se parlaient toujours pas, et Izuku mentirait s’il disait que ça ne dérangeait pas.

A sa surprise, Iida était là, abaissant sa main comme s’il venait de frapper à la porte de Todoroki. A son inquiétude, il l’a vit s’ouvrir, et repéra les cheveux distinctifs de Todoroki avant que tout n’aille de travers.

Kaminari bougea en premier, lui donnant un léger coup qui le laissa trop surpris et désorienté pour pouvoir réagir. Uraraka l’attrapa ensuite et il se sentit très léger pendant un moment assez long pour que Uraraka et Kaminari puissent le soulever à bras-le-corps et le lancer à travers l’embrasure de la porte comme Iida sauta hors du chemin. Uraraka défit son alter, et Izuku s’étala complètement sur Todoroki avant que quelqu’un ne ferme la porte derrière eux.

Avec un cri, il sauta en arrière et agrippa la poignée, mais elle était maintenant bloquée. « Les gars, qu’est-ce vous faîtes ? » cria-t-il.

Sero fut le premier à lui répondre de l’autre côté de la porte. « Midoriya, je suis tellement désolé, je leur ai dit de ne pas faire ça, mais ils m’ont forcé à les aider et – »

« Sero, espèce de… » cria Kaminari.

« C’est pas drôle ! » Izuku pouvait sentir son cœur battre dans sa gorge. Il voulait parler à Todoroki toute la semaine, mais pas comme ça. « Ouvrez cette porte et laissez-moi sortir ! »

« Nope ! » Uraraka parlait cette fois. Elle semblait curieusement enjouée. « Pas tant que vous vous soyez parlés et que vous ayez résolus quoi que vous devez résoudre ! »

« Tu te moques de moi ? » La voix d’Izuku monta presque d’une octave.

« Ne vous inquiétez pas ! » dit Iida. « Vous aurez une intimité totale ! Yaoyorozu a nommé une session de révision d’urgence dans la chambre de Shouji pour ce but ! Personne ne viendra écouter. »

« Alors comment – »

« Vous pourrez sortir quand vous aurez envoyé à Tsuyu un beau selfie de vous deux où vous vous entendez bien ! » Uraraka d’une voix presque chantante continua. « Si vous essayez d’en un faire un faux elle le saura et on bougera pour vous faire tenir la main devant tout le monde ! »

« Uraraka ! »

« Salut Deku bonne chance ! »

Et voilà. Les voix et les bruits de pas s’effacèrent, et Izuku était laissé, tenant son visage dans ses mains, enfermé dans la chambre de Todoroki.

Après ce qu’il semblait une éternité dans quelques secondes, Izuku leva la tête et se tourna pour trouver un Todoroki ébouriffé, maussade et jetant un regard noir à la porte ou à lui.

« J’essayais de faire la sieste. »

C’était la première chose qu’il dit à Izuku en à peu près une semaine, aux oreilles d’Izuku cela sonnait comme une accusation.

« C’est pas comme si je leur avais demandé de me jeter ici. » Sa réponse sonna un peu plus irritée que ce qu’il imaginait, et il s’arrêta de pousser la douleur dans sa poitrine avant que ça ne devienne hors de contrôle. « Regarde. Clairement les choses sont assez foirées pour que tout le monde ait remarqué. Donc à moins que tu aies envie de casser ta porte, on est coincés ici jusqu’à ce qu’on… règle ça. Je suppose. » Il dû traîner ses yeux jusqu’au visage de Todoroki. « Pour ce  que ça vaut, j’ai essayé de te parler depuis dimanche. »

Regarder les yeux de Todoroki en cet instant fit à Izuku le même sentiment que voir de lourdes portes de fer se claquer. « Qu’est-ce qu’il y a à dire ? » demanda-t-il. « Tu as déjà été clair. »

« Je – non je ne l’ai pas été. » La douleur grandissait encore, comme il pensait à cette blague stupide et inutile qui ne devrait pas lui poser plus problème que cela. « Tu ne m’a pas donné de chance – »

« Si je l’ai fait. » Todoroki avança, et Izuku fut bouleversé par la colère dans ses yeux. Quoi, la blague n’a-t-elle pas eu la réaction qu’il voulait ?

Eh bien, dur.

Izuku se prépara lui-même. « Ecoute, Todoroki, j’ai compris ce que tu ne voulais pas comprendre, mais – »

« Tu as absolument raison. » Todoroki l’interrompit, et quelque chose dans sa voix fit mourir les mots dans la gorge d’Izuku.. « Je ne comprends pas. Il y a tellement que je ne comprends pas, et tu sais quoi, et tu sais pourquoi, et je pensais – je pensais que tu comprendrais. »

L’inquiétude l’enserra, et il n’était pas sûr pourquoi. « Comprendre quoi ? »

« Que c’est dur pour moi ! » Todoroki avait à peine augmenté sa voix, mais Izuku le ressentit comme un coup de fouet. « C’est difficile, de parler de ces choses-là, et c’est… c’est… » Ses dents se serrèrent. « Effrayant, parfois. » Ses poings étaient serrés le long de son corps, et de la glace s’étendait le long de son avant-bras droit. « Je ne suis pas… doué, avec les gens. Je pensais juste que tu comprendrais. Tu comprends toujours. »

Izuku ne pouvait que le fixer, désespérément confus. « Todoroki, je – »

« J’étais effrayé. » La voix de Todoroki trembla. « Et c’est pour ça que je ne te l’ai pas dit plus tôt, et je l’ai seulement surmonté parce que c’est toi, et si je ne peux pas être honnête avec toi alors je ne peux l’être avec personne et je pensais – » Il s’arrêta parce que sa voix se brisa,  et Izuku tressaillit au bruit. Les yeux de Todoroki étaient baissés et rétrécis, mais il pouvait quand même voir les larmes se rassembler, et la confusion se transforma rapidement en crainte. « Et quand je l’ai enfin dit, tu ne m’as même pas répondu, tu as juste ri, tu es parti et tu ne m’as pas regardé à nouveau pendant des heures – »

« Todoroki – »

« C’est pas grave si tu ne ressens pas de cette façon ! » Il y avait un éclat de glace sur son visage maintenant. « Tu n’as pas à ressentir de la même manière – je n’ai pas espéré que tu le serais, je pensais juste que tu ne me haïrais pas pour ça, ou que tu te moquerais de moi, et puis – puis tu l’as fait, et… » Sur un côté de son visage, les larmes gelèrent ; de l’autre elles se transformèrent en vapeur. Jurant silencieusement, Todoroki les essuya. « Merde. Désolé. » Il inclina sa tête en arrière, regardant le plafond comme s’il essayait d’éviter que le reste ne coule de ses yeux. « Bon. C’est pourquoi je t’évitais. Je ne voulais pas tout ce coming-out pendant le repas. Ou jamais. » Il ferma ses yeux et baissa la tête, respirant difficilement. « Et c’est pourquoi il n’y a rien à dire – parce que c’est simple. Je me sens stupide. Je déteste me sentir stupide. Je déteste que tu m’aies fait sentir stupide, et parce que je pensais que ce serait sûr de t’en parler, et que ça ne l’était pas, et… » Sa voix diminua, et il pressa ses paumes sur ses yeux à nouveau.

Et Izuku ne pouvait que le fixer, sans voix.

Quand il retrouva sa voix, tout ce qu’il put dire fut un calme « Oh, merde. »

Il s’échappa un second temps quand Todoroki le regarda finalement, et Izuku le vit avec une clarté renouvelée, sans le ressentiment et les années de douleur brouillant tout. « Oh merde, tu étais sérieux. »

Le visage de Todoroki devint blanc, figé sous le choc. « Qu’est-ce que tu veux dire, j’étais sérieux. »

« Je – je… » Les bras d’Izuku bougèrent de leur plein gré, s’enroulant autour de sa tête comme s’ils pouvaient le cacher de la douleur de Todoroki et de son propre stupide jugement tordu.

« Pourquoi je ne serais pas sérieux. » Izuku pouvait difficilement dire la différence entre le froid de la voix de Todoroki et le froid flottant de son côté droit. « Quoi, tu penses que je te le dirais si je n’étais pas sérieux ? »

« Je – Je voulais dire, je… » Et Izuku ne répondit pas, car avant tout était trouble mais avec le recul c’était net et clair, et comment avait-il pu être si stupide ? C’était Todoroki. Avec Todoroki, la plus petite des choses signifiait tout, et les émotions étaient des épreuves, et peu importe ce qu’il avait entre eux, il y avait la confiance plus que tout. Comment pouvait-il avoir la pensée une seconde que Todoroki blaguerait à propos de quelque chose d’aussi important ? « Euh, je pensais. Juste que tu blaguais. » Cela sorti faiblement et fébrilement, comme une excuse foireuse parce que c’était un peu de ce genre-là.

Parce qu’il avait seulement blessé Todoroki assez fort pour qu’il y ait des larmes, et rien ne pourra justifier ça.

« Tu pensais que je blaguais ? » La voix de Todoroki craqua à nouveau, Et le cœur d’Izuku se brisa un peu plus. « Es-tu sérieux ? »

Ses bras semblaient mener, et il les laissa tomber à ses côtés. « Todoroki, je – »

« Qu’est-ce qui a pu te faire penser que j’étais si mauvais ? »

« R – rien ! Tu n’as rien fait, je – »

« Alors pourquoi penserais-tu ça ? » demanda Todoroki. « Pourquoi penserais-tu que je te dirais que je suis amoureux de toi si c’était une blague ? »

« Parce que c’est la seule raison pour laquelle personne ne me l’a jamais dit ! »

Les mots sortirent avant que Izuku ne puisse réaliser comment ils sonnaient – combien triste, embarrassant et pathétique il a dû être en les disant. Todoroki cligna des yeux, et la douleur dans ses yeux se doucirent par la confusion.

« Quoi ? »

« Je – je veux dire… » Il ne s’était pas senti petit depuis si longtemps. « Hum. »

Todoroki le regarda curieusement maintenant, comme s’il donnait le sentiment d’être sur le point de poser une question, sans être sûr de comment la poser. « Midoriya, » dit-il. « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« R – rien. Ce n’est pas – euh. » Il sentait une pression sur sa gorge, et il déglutissait contre celle-ci désespérément. Ce n’était pas le moment de pleurer. « C’était stupide. Je – c’était vraiment stupide, et – et tu as raison, j’aurais dû mieux le savoir, et je suis désolé, et – »

Pour la première fois, Todoroki s’approcha. « Midoriya. »

Les bégaiements s’interrompirent.

Todoroki regarda son visage, comme s’il cherchait quelque chose. « Je, euh. Tu voulais me parler. Je ne pense pas t’avoir laissé l’occasion. »

Izuku a passé la semaine à vouloir lui dire ce qui n’allait pas, à présenter ses douloureux sentiments et expliquer pourquoi la douleur est la douleur, peu importe si ça semble insensé, mais maintenant il se sentait insignifiant et hypersensible et tout ce qui sortait était, « C’est rien. » Todoroki continuait de le regarder, jusqu’à ce que d’autres mots sortent. « Ce – c’était juste – une blague, qui passait sur moi. De nombreuses fois. A – au collège. Juste des enfants qui faisaient les idiots, t – tu sais ? Juste, prétendre se c – confe – demandant quelques fois, p – pour voir si je tombais dedans. Et je l’ai fait, beaucoup jusqu’à… ce que j’arrête. Mais eux non, et j’ai juste… tu m’as demandé ça, et j’ai juste supposé… parce que c’était toujours comme ça, et… » Sa voix diminua.

Todoroki continuait de fixer, silencieux et incrédule.

« M – mais tu as raison. » Izuku a presque dû s’étrangler, car la pression dans sa gorge l’avait pris. « J’aurais dû mieux le savoir, parce que – aucun n’était mes amis, mais tu l’es, et je te fais confiance, et… je suis désolé. Je suis tellement désolé, je ne… »

Le silence s’étiraient entre eux. Izuku a passé une semaine à imaginer ce qu’il pourrait dire à Todoroki, si lui offrait une chance, mais ce n’est pas sorti comme il le pensait, et maintenant il ne savait plus quoi dire.

« J’ai juste un problème de compréhension, » dit Todoroki calmement.

« Je – je sais. » La voix d’Izuku se cassa. « Je sais, j’aurais dû mieux le savoir, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas – »

« Non, je veux dire – » Todoroki rencontra ses yeux, ayant l’air perdu. « Je ne comprends pas – pourquoi quiconque blaguerait à propos d’être amoureux de toi ? »

C’est ce qui le brisa, et les larmes contre lesquelles Izuku se battit débordèrent, amenant toute la honte, la culpabilité et la douleur avec elles. L’amour – c’est le mot que Todoroki a utilisé. Pas apprécier, ou avoir un béguin, ou des sentiments, mais l’amour. Todoroki est amoureux de lui. Todoroki lui a dit qu’il était amoureux de lui, et Izuku a ri et est parti.

Izuku a passé son enfance à être moquer, à être traité comme si ses sentiments étaient une sorte de jeu, à dire à travers des mots et des actions que ses sentiments ne comptaient pas, et maintenant il avait fait la même chose avec Todoroki.

Sa vision devint floue. Sécher ses yeux ne servit à rien lorsque les larmes ne voulaient pas s’arrêter.

« Je – » Sa voix saisit un sanglot. « Je t’ai vraiment blessé, n’est-ce pas ? »

« Un peu. » La voix de Todoroki semblait plus proche maintenant. « Mais, hum… tu essayais de me parler depuis tout de temps. Et je pense que si j’avais arrêté pour t’écouter, ça serait devenu clair plus vite. Alors… je suis désolé. »

« C’est bon, » dit Izuku rapidement. « C – c’est bon, vraiment, j’ai compris, tu as eu t – tous les droits pour être furieux, et… ouais. »

« Ouais. »

Todoroki fut silencieux à nouveau, attendant que les larmes d’Izuku se tarissent assez pour qu’il essuie son visage proprement. Quand ses yeux furent clairs, il trouva Todoroki en train de le regarder, les yeux brillants.

« Hum. M – Midoriya. » Todoroki se rapprocha encore, hésitant. « Maintenant que tu sais, que ce n’était pas une blague, as-tu… une réponse ? »

Izuku cligna des yeux, des yeux grands ouverts. « Je – alors, tu veux dire que je ne t’ai pas dégoûté ? Ou n’importe quoi ? »

Les yeux de Todoroki tremblèrent un moment, et ses sourcils se froncèrent. « Je pense que si c’était si facile de les faire partir, ça n’aurait pas fait aussi mal. »

D’une façon ou d’une autre, Izuku réussi à ne pas tressaillir. Il ferma les yeux, brièvement, mais trop longtemps pour être pris pour un clignement. « Je suis tellement désolé, » murmura-t-il.

« Je sais. »

Quand ses yeux s’ouvrirent à nouveau, Izuku chercha son visage, examinant chaque indice, quelque secret qu’il laissera envelopper sa tête. Todoroki est amoureux de moi. Seulement cinq mots, et pourtant curieusement c’était une épreuve.

« Midoriya. » Todoroki fronça les sourcils. Il dû voir la lutte sur le visage d’Izuku. « Tu… me crois, pas vrai ? »

« Je te crois, » laissa échapper Izuku. « Bien sûr, c’est juste… » Ses mots s’emmêlèrent quand Todoroki approcha à nouveau vers lui, et il était si proche maintenant.

Todoroki avait l’air un peu effrayé, et sa main gauche tremblait quand il la leva vers le visage d’Izuku. « Est-ce que cela aiderait si je te le prouvais ? » demanda-t-il.

Izuku ne répondit pas – ne pouvait pas répondre, pas avec les yeux de Todoroki si proches et brillants. Pas avec Todoroki qui s’inclinait déjà.

Alors il ne répondit pas. Il voyait ce qui arrivait, et le laissa se produire. 

 


 

Shôto bougea rapidement, avant qu’il ne puisse y penser ou y réfléchir. Avec les yeux verts de Midoriya aussi proches, c’est presque une honte de fermer les siens, mais il a trop peur de les laisser ouverts.

Les lèvres de Midoriya sont douces, et il resta quand Shôto presse sa bouche contre elles. Mais il ne recula pas ni ne repoussa Shôto, alors il laissa sa main gauche effleurer la mâchoire de Midoriya, le guidant dans le baiser avec un toucher.

Il le désirait léger et bref, juste assez pour prouver que ses sentiments sont réels et pas une blague (qui blaguerait à propos de quelque chose comme ça ?) mais ensuite Midoriya soupira doucement et fondit contre lui, et Shouto fut parti. Le monde autour de lui disparut, et tout ce qui était réel était la bouche, les mains et la chaleur sans fin de Midoriya.

Il revint quand des mains abîmées tinrent tendrement son visage. Un d’eux se recula en premier – Shôto ne sut pas qui – et ils restèrent debout, leurs fronts pressés ensemble, respirant le même air. Shôto sentit le pouce de Midoriya caresser doucement sa joue, et il approfondit le contact, dans la chaleur rugueuse de ses mains, et ouvrit les yeux pour trouver Midoriya le regarder comme si le visage de Shôto était tout son monde.

Fixant ces yeux, cela prit un moment à Shôto pour se souvenir de comment utiliser sa voix. « Alors, est-ce que ça signifie – ? »

« Oui. » Midoriya baissa un peu la tête, glissant son front dans le cou de Shôto. « Oui, oui, oui, oui, oui. Et je suis encore désolé d’avoir ri, je suis désolé pour… pour avoir laissé ses trucs stupides du passé rester dans ma tête. »

Shôto cligna des yeux. « Me connais-tu ? »

Midoriya ria doucement, et Shôto ne put penser à aucune raison de le laisser tomber et de ne pas goûter le rire sur ses lèvres. 

 


 

Le portable de Tsuyu sonna et la pièce entière se déplaça comme tout le monde trébuchait sur les autres pour avoir un point de vue idéal au-dessus de son épaule.

Le message était une simple photo – envoyée depuis le portable de Todoroki. Le large sourire de Midoriya était plus brillant et plus large que ce qu’il était depuis toute la semaine, et ses yeux étaient fermés comme s’il était pris en plein milieu d’un rire. Todoroki était assez proche pour que leur visage se touche. Il ne regardait pas directement la caméra, mais il essayait de retenir un sourire et échouait misérablement.

Curieusement, l’arrière-plan de la photo les montrait assis, non pas dans la chambre de Todoroki, mais dans un café.

Un message arriva ensuite.

Nous sommes sortis par la fenêtre et nous sommes allés acheter un gâteau. Dites à Yaoyorozu de déverrouiller ma porte avant que nous soyons rentrés.

Ce fut Sero qui brisa le silence.

« Ils étaient au cinquième de putain d’étage. »