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Rey de Corazones

Chapter Text

Cette journée aurait dû être la plus belle de sa vie, mais tout ce qui l'entourait ne pouvait l'être. Tout de blanc vêtu, il ne put se résoudre à se regarder dans la glace sans un dégoût apparent : il faisait la plus belle erreur de sa vie. On lui avait toujours dit qu'un mauvais mariage valait mieux que de belles funérailles, il en doutait désormais. Entre les rayons du soleil matinal, il se posait la question encore une fois : pourquoi ? Pourquoi avait-il accepté de le faire ? Ce n'était point par orgueil, ni par désir de richesse, probablement par besoin d'une stabilité certaine malgré tout ce qu'il savait à propos de celui qui allait bientôt partager sa vie pour toujours, devant Dieu tant aimé par sa grand-mère. Peut-être parce que l'amour n'était pas une raison suffisante pour répondre devant l'assemblée « Oui je le veux » et d'embrasser son partenaire, peut-être qu'il y avait quelque chose de plus malsain qui liait les deux amants à jamais, peut-être que tout n'était qu'une question de stabilité et d'un confort qu'il pouvait lui offrir, ou alors parce que Lance était devenu une menace depuis peu. C'était avant tout pour cette raison qu'il soupçonnait Shiro de vouloir l'épouser, et ce malgré tout ce que Lance savait à son propos ; toutes ces horreurs qu'il avait préféré ignorer durant les deux dernières années passées ensemble, à fuir dans le club dont il était désormais le propriétaire et à discuter avec ceux qui autrefois étaient ses collègues. Pidge lui avait de maintes fois déconseillé de se marier, à moins de trouver le véritable amour -ce que Lance avait trouvé ailleurs que dans les riches bras de Shiro-, vivement et violemment car Shiro était un homme qui ne méritait pas Lance, un homme mauvais et malsain dont les intentions étaient aussi claires que l'eau trouble d'un marais dans la brume ; Hunk soutenait cette idée, servant derrière le bar une énième boisson à celui qui autrefois venait ici s'altérer entre deux passages pailletés sur scène et rire à gorge déployée des regards qui lui avaient été lancés sur scène, de ces yeux désireux d'autre chose qu'il ne pouvait leur offrir car il était libre, car il ne dépendait de personne. Ce Lance manquait terriblement à Hunk les soirs de ses services au bar, les soirées qu'ils passaient tous deux à se goinfrer de glaces après un week-end tumultueux pour les deux à essuyer les ivres morts de la salle principale.

Il avait plaqué ses cheveux à l'arrière avant de soupirer longuement, assis sur le grand fauteuil blanc ; il se trouvait laid, laid de cœur et d'âme à ce moment même. Cette histoire n'avait été rien de bon, les mots qu'il avait prononcés la veille en voyant le seul homme qui avait conquis durablement son cœur l'avaient anéanti, Lance n'avait pas été lui-même face à ces yeux violacés aux milles poussières d'étoile, il avait menti droit dans ces yeux méritant toute la vérité du monde tout en posant doucement sa main sur sa joue cicatrisée depuis peu.

« Je ne t'aime pas Keith, je t'ai jamais aimé Keith. »

Le pire mensonge de sa vie, dicté avec une voix aussi froide que tous les soleils cubains qui avaient autrefois habités entre ses lèvres disparurent et semblèrent mourir dans les yeux de son amant.

« Tu mens Lance. »

Il le connaissait mieux que quiconque, il savait lorsque sa voix flanchait et que lorsque ses yeux bleus évitaient les siens il cachait quelque chose. Cette fois-ci, avec le regard froid, arctique il le regarda droit dans les yeux, perçant les nébuleuses d'une simple vague et d'une simple parole. Un mensonge, avec un sourire tristement radieux.

« Tu n'as jamais compté à mes yeux, tu n'étais qu'un jouet Keith. Rien de plus. J'ai joué, tu as perdu. »

Et lorsque Keith le prit par les épaules, plantant ses doigts dans sa chair avec un désespoir tel que Lance faillit se résoudre à tout lui avouer, à tout lui dire de nouveau et lui promettre de ne plus jamais mentir, qu'ils allaient être de nouveau heureux ensemble, sa main halée se détacha de son corps et atterrit violemment sur la joue de Keith, là où gisait encore la cicatrice. Ses yeux prune s'écarquillèrent, et les yeux océan baignés dignement de larmes ne bougèrent pas.

« Tu n'es qu'une pute Lance. Tout ce que tu as toujours été. »

Et il partit, laissant un Lance digne, vers sa moto qu'il enfourcha aussi rapidement qu'il put ne regardant plus jamais derrière lui comme il aurait eu l'habitude de faire pour lui envoyer un dernier baiser avant leur séparation, comme il aurait aimé le faire si ces fichues larmes n'avaient pas brouillé sa vue, si la rage qui brûlait son cœur n'était pas aussi forte, tout simplement si Lance l'aimait.

Quelle ironie du destin de ne plus jamais pouvoir le toucher, de l'enlacer, de l'embrasser et de passer ses doigts entre les mèches de son mulet ; tout ce qui lui restait encore de lui était ce collier, cette petite dague au diamant pourpre lui rappelait ses yeux, et il blaguait souvent y avoir mis de leur essence dans ce diamant rien que pour lui, pour être toujours à ses côtés. Il serra contre son cœur le pendentif, Keith tu seras avec moi pour toujours.

 

Sa mère était venue le récupérer ce matin là, la joie au cœur tout en conduisant la belle voiture que Shiro lui avait offerte le jour de leur fiançailles, lorsque sa mère et son père lui accordèrent la main de Lance comme cela se faisait autrefois, comme dans les contes de fée. Elle avait ses yeux rivés sur la route, jetant de temps à autres un regard vers Lance assis à l'arrière, silencieux, souffrant dans son fort intérieur de tout ce qu'il avait pu lui faire, tout le mal qu'il avait fait la veille et tout ce qu'il regrettait désormais. Il regrettait ses mains gantées qui tenaient la sienne délicatement lorsqu'ils se promenaient dans les parcs aux abords de la ville, son sourire radieux valant mille après-midis ensoleillées sur leur petite plage à Cuba, son parfum envoûtant et si frais qui lui chatouillait les narines à chaque fois qu'il posait sa tête sur son épaule feignant dramatiquement la fatigue ; mais ce qui lui manquait le plus furent ces yeux, miroirs de l'univers tout entier, cette carte des étoiles les plus lumineuses et brillantes à chaque fois plus encore et Lance ne pouvait se détacher d'elles, de ces étoiles en plein jour qui ne lui apportaient que du bonheur, à chaque seconde passée auprès de lui.

- Alors mon requin des Caraïbes, prêt à faire le grand plongeon, lui demanda sa mère souriante le sortant de ses pensées nostalgiques donnant à son visage un air mélancolique.

- Oui maman, répondit-il en esquissant un léger sourire sur son visage, je suis juste un peu nerveux... C'est tout ne t'en fais pas pour moi...

- Je sais que c'est stressant mon chou, lui dit-elle cette fois-ci sans le regarder toute sa concentration mobilisée pour l'entrée sur un rond point. Mais ce sera le plus beau jour de ta vie, et tu t'en souviendras longtemps, Lancey !

Elle ne savait pas ses sombres pensées, elle ne pouvait pas imaginer à quel point il souffrait et à quel point ce jour lui serait mémorable pour toutes les horreurs qu'il a accomplies alors il sourit juste, hochant la tête pour ne pas l'inquiéter. C'est ce qu'il savait faire le mieux, ne plus les inquiéter. Car ses parents n'avaient jamais aimé son travail, car il était le bon à rien de la famille, car il était « déviant et diabolique » d'après son grand-père désormais décédé, car Lance ne méritait pas tout ce qui lui arrivait désormais d'après son père qui n'avait jamais été fier de son fils pour diverses raisons. Et pour une fois, Lance était d'accord avec lui : il ne le méritait pas. Il ne méritait pas de tout perdre ainsi, de perdre sa liberté en prononçant quelques simples mots, de perdre tout ce à quoi il tenait, de perdre celui auquel il tenait plus que tout. La vie lui était injuste.

Il descendait l'allée, un bouquet à la main, tout de blanc vêtu. Il avait refusé la robe sur laquelle Shiro avait insisté, mais il ne voulait pas se soumettre encore un fois malgré tout l'amour qu'il portait aux dentelles et aux beautés des créateurs. Alors il portait un costard blanc, une rose rouge dans sa poche d'où un mouchoir bleuté sortait délicatement, et ce collier caché sous sa chemise ; ce collier qui lui donnait du courage à chaque pas vers l'autel et vers Shiro, à chaque respiration qui se faisait de plus en plus difficile face à ce qui l'attendait au bout de cette route, à chaque pas qui l'éloignait de sa vie d'avant, de ses amis, de Keith. Il était là, en noir comme à son habitude, un sourire ironique collé sur le visage, une émotion fausse ornant ses mimiques, et ses murmures à son témoin dont Lance ne pouvait que lire sur les lèvres « Qu'il est beau. Qu'est-ce que je suis chanceux. » Que cette scène semblait fausse ; si on lui avait un jour dit que son mariage serait ainsi, il aurait ri au nez de cette personne, il lui aurait dit que Lance McClain n'accepterait jamais un tel affront, que même si sa vie en dépendrait il n'épouserait jamais une personne de force, et qu'il ne laisserait jamais personne lui reprendre sa liberté. Qu'était-il arrivé à ce Lance ? Telle était la question qu'il se posait à chaque pas. Et lorsqu'enfin il y arriva, il vit la main de Shiro se tendre vers lui avec un sourire qu'il connaissait beaucoup trop bien, ce sourire qui voulait dire « Oui, j'ai couché avec elle », « Oui, je t'ai menti encore un fois », « Oui, je joue avec toi » auquel il ne répondit pas, pas cette fois. Il ne voulait pas faire ça devant sa mère, devant sa famille, devant tous ces gens qui le croyaient heureux, devant Allura à laquelle il aurait plu de le voir encore plus souffrant qu'il ne l'était. Il lui passa sa main, avec un sourire radieux et lumineux dont même le soleil aurait pu être jaloux, « Hâte de devenir monsieur Shirogane » sa voix ne tremblait plus, ses yeux lançaient des pics de glace dans l'ambre de Shiro qui serra un peu plus fort sa main dans la sienne, espérant le faire grimacer avant de se tourner vers le prêtre qui allait commencer la cérémonie.

- Takashi, Lance, mes chers frères et chères sœurs, commença le prêtre en levant les bras avec un regard attendri vers les deux futurs époux. Nous sommes aujourd'hui tous réunis ici dans la maison de Dieu avec la plus grande des joies afin de célébrer un jour heureux : l'union entre ces deux âmes dont l'amour est plus fort que tout.

L'amour est plus fort que tout ? Il aurait aimé y croire désormais, il y croyait auprès de Keith, mais cet espoir s'était évanoui la veille. Lance ne put faire autrement que regarder ses mains, les tenant nerveusement, les yeux baissés vers le sol tandis que le prêtre continuait son discours. Qu'est-ce qui l'avait pris ? Pourquoi acceptait-il ce qui lui arrivait ? Où était passé son ardeur ? Pourquoi baissait-il les yeux, alors qu'il était le premier à les lever vers le ciel pour protester contre les injustices ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se défaire des poussières d'étoile violacées dans son esprit ? Où était le Lance que Hunk et Pidge avaient connu ?

- Takashi Shirogane, voulez-vous comme époux Lance Alejandro McClain, et lui jurer fidélité jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

Où était Keith ?

- Oui, je le veux.

Pourquoi Lance était-il ici, à se tenir auprès de Shiro ?

- Lance Alejandro McClain, voulez-vous comme époux Takashi Shirogane, et lui jurer fidélité jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

Pourquoi sa langue brûlait tant ?

- Oui je le veux.

Pourquoi son cœur venait-il de se briser en mille morceaux, comme un vase ; pourquoi il se sentait comme un papillon dont les ailes venaient d'être punaisées contre un tableau en liège par un collectionneur de belles ailes ?

- Je vous déclare époux, vous pouvez embrasser le marié.

Lance sentit la main lourde de Shiro se poser sur son épaule, enfin, ce moment tant attendu par Lance avait un goût amer de défaite ; il se tourna vers lui, feignant l'innocence, la gaieté de cœur et s’apprêta à l'embrasser. Shiro ne se fit pas prier, et posant ses mains sur les hanches de Lance, il colla ses lèvres aux goûts évanouis de vanille sur les siennes -certainement Allura- avant de les entrouvrir et de laisser glisser sa langue dans la bouche de Lance, très peu discrètement, peu élégamment. A ce moment là, Lance le repoussa quelque peu avec un regard triste, froid, l'air de dire « N'en faisons pas toute une histoire, nous nous marions pour le spectacle ; je me marie pour le spectacle, ne m'humilie pas plus ». Les applaudissements se firent retentir, et tandis qu'il tourna la tête vers l'assemblée pour voir le visage radieusement ravi de sa mère il faillit défaillir.

Keith.

Sa veste en cuir noire, et son casque sous le bras ; ses yeux brillaient d'ici, de là où Lance pouvait encore les apercevoir. Il semblait rempli de haine, d'une violence inouïe mais surtout d'une déception qu'il ne savait plus cacher face à Lance et Lance savait à quel point il était impulsif, et à quel point cette venue pouvait lui faire du mal, surtout en sachant qu'il était son garde du corps. Essuyant sa joue déjà quelque peu guérie, il poussa les portes de l'église sans que personne ne le voit, ne l'entende tous obnubilés par la beauté de ce mariage aux mille et une fleurs blanches et roses -comme les cheveux d'Allura-, par la beauté de ce couple si parfait de l’extérieur, par leur éclat. Sans réfléchir plus longtemps, Lance dévala l'allée sous les regards intrigués et suspicieux, mais pour ses yeux il n'existait plus rien ni personne : il devait rattraper Keith. Il pouvait encore réparer son erreur, ils pouvaient encore fuir comme lui venait de fuir devant Dieu, ils pouvaient encore être heureux tous les deux et peu lui importaient les autres. Hunk et Pidge comprendraient s'il les contactait, ils seraient enfin heureux pour lui. Et ses parents ? Sa mère comprendrait, son père le tuerait mais peu lui importait car il voulait être heureux. Il sortit de l'église, regardant en face de lui, personne n'était encore à ses trousses, pas même Shiro et il cria son nom, à deux reprises tandis que Keith ne daigna pas lui répondre quoique ce soit en traversant la rue en direction de sa moto tout en posant son casque sur la moto et s'asseyant dessus. Ce n'était plus le moment de fuir, et Lance le savait : il avait trop fui. Il courut, le plus rapidement qu'il put afin de le rejoindre de l'autre côté de la rue, sans se soucier de rien ni de personne ; ce fut seulement la brève expression de Keith tant alarmée et ses derniers mots, ou plutôt son cri l'appelant qui lui parvinrent avant l'impact. La prochaine fois je ferai comme mamie m'a dit : je regarderai à droite et à gauche avant de traverser.