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[Prélude : Ce qui précède quelque chose et qui lui sert comme d'entrée et de préparation ; pièce instrumentale ou orchestrale de forme libre servant d'ouverture à une oeuvre vocale (opéra) ou instrumentale]

Il y avait une voix dans l'esprit de Naruto, enfouie tout juste derrière ses pensées ; elle avait toujours été là.

Lorsqu'il était très jeune, ça avait été plutôt simple de l'ignorer. C'était facile de passer au-dessus, parce qu'elle ne disait pas grand chose et Naruto, de toute façon, ne comprenait pas grand chose non plus lorsqu'elle le faisait. Ainsi, il courait, s'amusait, et ignorait la façon dont les regards noirs des autres étaient toujours dirigés vers lui. C'était simple. Pas vraiment limpide en soi, mais assez pour que cela compte. Il était un enfant, vivant d'abord à l'orphelinat, puis seul, et s'il était un peu plus doué pour faire les corvées et le ménage que les autres enfants, il ne l'associait qu'à l'habitude qu'il en avait, quand il y pensait même un peu.

Mais cette voix lui venait en rêves plus que lorsqu'il était éveillé, et là-bas, il ne s'embêtait pas à la faire taire ou à la pousser dans un coin de son esprit, parce que ses rêves étaient merveilleux. Il y avait une île sous le soleil tapant de l'été, une cité entourée par la mer, avec ses eaux azur tout autour. Un village de nacre, de rouge et d'un doré étincelant construit en terrasse remontant depuis le bord de l'océan jusqu'en haut des collines surplombant l'étendu d'eau.

Il rêvait souvent qu'il y était. Il rêvait qu'il marchait dans ces rues, les parcourant à toutes jambes avec les autres enfants de son âge, s'élançant à travers la foule de civils et esquivant les groupes de shinobi portant un symbole dont il ne connaissait pas la signification, même s'il lui semblait douloureusement et terriblement familier ; mêlé de regrets. Les enfants couraient et il les suivait, les guidait, même, la plupart du temps, et au lieu des chevelures brunes ou noires qu'on trouvait communément à Konoha, celles autour de lui étaient rouges ou blondes, ou bien même de plus étranges couleurs encore.

Et ils souriaient, ces gens-là. Ils souriaient et riaient en direction de Naruto, ébouriffaient ses cheveux et le saluaient, et c'était une chose qui n'était encore jamais arrivée à Konoha. Naruto se retrouvait à leur sourire en retour sans la moindre peur ou hésitation, répondant à leurs saluts et à leurs rires avec les siens. Et il courait et jouait avec les autres enfants - ses amis, chose qu'il n'avait pas à Konoha - depuis le moment où le soleil se levait jusqu'à celui où il se couchait, puis il revenait finalement vers un énorme et imposant bâtiment qui sortait du sol tel un palace.

Il y avait d'autres enfants là-bas, certains ses amis, d'autres de simples connaissances, et ils mangeaient tous ensemble autour d'une longue table croulant sous la nourriture. Des hommes et des femmes vêtus d'uniformes aux couleurs vives les surveillaient, riaient et jouaient avec eux, et Naruto comprit au fond que, ici aussi, c'était un orphelinat, mais c'était très différent de celui que lui connaissait : plus rayonnant, plus propre et plus joyeux, avec des shinobi en guise de gardiens au lieu de civils.

Ainsi donc, Naruto rêvait de rires, d'amitié et de personnes qui se glissaient dans son cœur et qui s'y établissaient, devenant aussi précieuses que l'air qu'il respirait et plus chères encore.

Puis, il se réveillait dans son appartement vide un peu trop grand pour lui, se réveillait pour des regards froids et indifférents et des sombres murmures lorsque son dos était tourné, se réveillait pour des enfants qui l'évitaient et des parents qui tiraient leurs familles loin de lui, et ça…

Ça faisait mal. Ça pinçait, ça déchirait, et ça le faisait souffrir, mais Naruto ne pensait pas que c'était quelque chose sur lequel on pouvait simplement mettre un bandage pour que cela guérisse.

Alors, il courait et riait quand même, un écho à ses rêves éclatants et magnifiques amené dans la lumière froide et morne de la réalité. Il prétendait avoir des amis et jouait des farces, puis se remettait à courir en tentant de ne pas écouter la voix qui pulsait dans son crâne et lui murmurait pas la maison pas la maison pas la maison va t'en va t'en va t'en revient à la maison et trouve le vrai bonheur.

Yeux froids, cœurs de pierre et solitude encore plus glaciale, dans sa réalité.

Joie, gentillesse et confort, dans ses rêves.

Parfois, Naruto se demandait pourquoi il se réveillait encore.

(Il dépérissait petit à petit, et absolument tout le monde s'en fichait.)

 

Pourtant, ensuite, quelqu'un se préoccupa enfin de lui, et ça alla un peu mieux. L'Académie était plaisante et Iruka-sensei, meilleur encore. Les gens là-bas ne murmuraient pas tant, même si certains continuaient de lui jeter des regards noirs, et Iruka-sensei, au moins, les traitaient tous de la même manière. Certains des autres enfants n'étaient pas méfiants de lui, aussi, et leurs parents semblaient s'en ficher, tout du moins tant qu'ils ne passaient pas trop de temps ensemble.

Mais c'était pire aussi, car la voix dans sa tête était plus vive là-bas, lorsqu'il tentait d'écouter les leçons des professeurs. Les cours seuls étaient suffisants pour le rendre fou, car, tandis que le professeur parlait d'une chose, la voix emplissait sa tête d'autres choses, des tonnes et des tonnes d'informations jusqu'à ce que le crâne de Naruto lui fasse mal et qu'il ne puisse plus se souvenir de quoi que ce soit. Il était toujours distrait par la voix qu'il écoutait à la place de celle de leur instructeur Chûnin, et ils lui grognaient et aboyaient dessus pour ça, bien que ce ne soit pas vraiment de sa faute. La voix était tout simplement plus intéressante la plupart du temps, plus facile à comprendre aussi, comme s'il se souvenait au lieu d'apprendre.

Chakra, avait dit quelqu'un et un instant plus tard, la tête de Naruto s'était remplie de techniques élémentaires, de cercles, de classifications de puissance basées sur le rang, et de théories pour débutant sur le sujet, et…

Au milieu de son tri entre toutes ces informations, il manqua ce que le professeur était en train de dire et cela lui valu un froncement de sourcils désapprobateur.

Ils firent un test théorique de taijutsu, et Naruto observa les questions et se souvint subitement de centaines de différents styles et de leurs katas respectifs, de la façon la plus appropriées des les utiliser selon la situation, de l'histoire derrière chaque séquence, et…

Il rendit une page presque blanche, avec une série de bonshommes en pleine action gribouillées sur les bords de la feuille. (Les professeurs, n'étant pas familiers avec le style qu'ils représentaient, ne remarquèrent pas que c'était en fait des katas de rang A d'un village perdu quelques dizaines d'années auparavant, et lui mirent un zéro en secouant la tête.)

("Intelligent," indiqua avec réticence un instructeur à Sarutobi lorsqu'il le lui demanda. "Correctement instruit, je pense. Il en sait certainement plus que d'autres du même âge, mais il est paresseux. Il ne s'applique pas."

Sarutobi, trop occupé pour être plus qu'une figure paternelle distante, soupira et se frotta les yeux. Minato était un génie après tout, alors, ce ne serait pas une surprise que son fils ait au moins une part de son intelligence. Néanmoins, Naruto n'était rien d'autre qu'un enfant pour le moment, encore à cent lieues de se douter de ce qu'il était, de ce qu'il pourrait être, et Sarutobi n'était certainement pas celui qui allait le forcer dans cette direction. Laissons le garçon avoir une enfance aussi normale que possible tant qu'il en était encore capable. Quoi qu'il arrive, il deviendra un shinobi, alors, il n'y avait pas de doute qu'elle serait plus courte que d'autres de toute façon.)

Les classes sur le scellement étaient les pires d'entre toutes. Naruto écouta seulement les trois première fois, simplement parce que la voix au fond de son esprit grognait à chaque fois non non non ce n'est pas correct ce n'est pas comme ça que ça marche qu'est-ce que tu racontes espèce d'idiot, et que le besoin de le dire à voix haute était presque irrésistible. Et, même s'il ne savait pas vraiment comment se comporter avec les personnes qui n'appartenaient pas à ses doux songes, Naruto avait déjà bien conscience que son opinion n'était pas la bienvenue chez son professeur, alors, à la place, il détourna les yeux, planifia ses futures frasques et se concentra sur d'autres choses.

Il était inutile de préciser qu'il avait également raté cette unité-ci.

Le lancer de kunai et de shuriken lui venait plutôt facilement, parce que c'était simple - il écoutait la voix, et se reposait sur les heures qu'il avait passé à s'entraîner autant dans la vraie vie que dans ses rêves. Mais aussi sur la compréhension qu'il avait de son propre corps, chose qu'il tenait de l'entraînement dans ses rêves-souvenirs. Il avait un talent particulier pour le lancer de senbon, aussi. Une précision presque déroutante pour un garçon d'à peine douze ans qui lui permettait de toucher le centre de la cible à chaque fois. C'était mieux comme ça, parce que même s'il y avait une posture de base à adopter, tout le monde était différent et lançait un peu différemment, donc Iruka-sensei ne le reprit pas sur la sienne. En fait, Iruka-sensei lui sourit même, et tendit la main pour ébouriffer ses cheveux avant de dire "Bien joué" avec tant de chaleur que Naruto en resta pétrifié sur place, pas habitué à entendre ce genre de chose ailleurs que dans ses rêves.

Il sourit en retour, d'un large sourire éclatant et enchanté, et pensa : précieux.

 

Il fila entre les rues lumineuses du marché coloré abondant de personnes, le poids d'un hitai-ate sur son front et l'odeur de l'océan dans le nez. Ses mèches blondes flottaient au-dessus de ses épaules, l'attache perdue quelque part entre ici et les logements dédiés aux shinobi dans lesquels il résidait. Une femme aux cheveux rouges se mit à rire lorsqu'il passa devant elle en courant, et elle lui fit signe d'approcher.

– Arashi-kun ! l'appela-t-elle. Attends, attends un peu, tu n'iras nul part avec tes cheveux dans la figure comme ça !

Naruto - ou Arashi, peut-être même les deux - trébucha avant de s'arrêter, puis se retourna vers elle avec un large sourire au visage et contourna son stand sur lequel était exposé divers superbes parures pour cheveux.

– Merci, Mio-san, dit-il consciencieusement.

Elle était grande et sublime avec des doigts calleux usés par les kunai, et ses cheveux brillants étaient rassemblés en un noeud soigné. Elle claqua la langue en le faisant s'approcher.

– C'est normal, Arashi-kun, dit-elle, ses yeux bleus étincelants alors qu'elle sortit un peigne et le passa dans ses cheveux. Tu es en retard aujourd'hui ? Tu as mangé ?

– Non, Mio-san. Saehara-sensei nous a donné notre matinée, et j'ai déjà mangé à la maison.

Mio n'était pas sa mère, simplement une parente distante - sa cousine, ou du moins, c'était ce qu'elle prétendait, néanmoins le clan Uzumaki était assez large pour qu'il soit possible qu'ils ne soient pas vraiment apparentés - mais elle agissait comme telle, et Naruto, qui recevait le même traitement de la majorité des personnes dans les rues du village, avait depuis longtemps appris à ne plus protester.

Il le fit quand même lorsqu'elle s'empara d'une paire de pics à cheveux aux embouts aussi pointus que des aiguilles parés d'une ficelle à laquelle des clochettes dorées étaient accrochées.

– Mio-san, je n'ai pas d'argent pour ça, et vous ne pouvez pas…

– Tais-toi donc, dit-elle affectueusement en relevant ses cheveux en une torsade et en y glissant les accessoires pour maintenir le tout. Les clochettes sonnèrent légèrement lorsqu'elle passa ses doigts dessus. Ce sont les miennes, donc j'en fais ce qui me plait. En plus, ce sont de bonnes armes de dernier recours pour un shinobi, non ?

Elle lui fit un clin d'oeil, tapotant ses propres ornements, et Naruto s'empourpra et sourit en retour.

– Merci, Mio-san, dit-il en levant la main pour toucher la fine ficelle. Le son que cela produisit fut doux, gai et agréable, et lui rappelait sa voix à elle. Il y avait tant de personnes dans ce monde imaginaire qui lui étaient précieuses, tant de coeurs connectés au sien que cela représentait pratiquement la cité entière. De toute son âme, il les aimait, aimait cet endroit, si différent du monde réel.

Mio lui sourit en plaçant une main sur sa tête.

– N'importe quoi pour notre futur Uzukage, déclara-t-elle et même si ses mots étaient amusés, ils ne portaient aucune condescendance. Optimiste, peut-être, et pour Naruto qui était habitué aux moqueries et à la dérision dès qu'il parlait de ses projets à quelqu'un d'autre qu'à Hokage-jiji ou Iruka-sensei, c'était la meilleure chose qu'il avait jamais entendue.

– Arashi ! cria une autre voix, s'élevant au-dessus du chahut du marché en ce début de matinée. Naruto se tourna automatiquement - il avait vécu chaque nuit dans ce monde imaginaire depuis aussi loin qu'il puisse se souvenir, alors maintenant, ce nom était autant le sien que l'était 'Naruto'.

Il aperçut une rare tête brune serpentant et se mêlant à la foule approcher rapidement et quelques instants plus tard, un garçon de son âge esquiva deux hommes portant une caisse et s'accrocha au bras de Naruto avec un sourire aux lèvres.

– Arashi, te voilà ! Tu es en retard ! s'exclama-t-il. Viens, allons-y !

– Kagami ! protesta Naruto en laissant son meilleur ami le traîner derrière lui dans un rire. Il salua d'un geste de la main Mio qui les regarda s'éloigner avec un sourire indulgent. Kagami, tu ne m'avais pas dit à quelle heure nous devions nous voir ! Comment étais-je censé deviner ?

Kagami roula ses yeux sombres.

– Les matches commencent à huit heures, contra-t-il. Tu ne veux pas tous les voir ? Et, en tant que l'élève prodige de la nièce du Nidaime Uzukage, n'es-tu donc pas capable de trouver par toi-même le programme de l'examen des Jônin ?

Naruto étouffa son envie de rouler les yeux à son tour, alors même qu'il se mettait à courir avec Kagami, celui-ci toujours accroché à son coude. Il fit un geste de salutation en direction d'un homme aux cheveux blancs vendant du pain, puis à une paire de kunoichi aux cheveux bleus se tenant à la porte ouest du marché qui se mirent à rire en les voyant se précipiter.

– Et, en tant que le fils du plus grand ambassadeur et diplomate du clan Uchiha, ne sais-tu donc pas agir de façon plus respectable ? répliqua-t-il. Il évita une dame portant un panier de fleurs, prit son élan et sauta sur les toits en tuiles au-dessus d'eux.

L'instant suivant, l'Uchiha le rejoignit, l'air légèrement mécontent.

– Ce que mon père ne sait pas ne peut pas lui faire de mal, marmonna-t-il, mais ses sombres pensées disparurent quelques secondes plus tard. Naruto pressa le pas, se dirigeant vers l'arène qui se trouvait près du mur sud où il pouvait sentir le chakra enfler et s'élever comme une marée.

Il rièrent en courant côte à côte, bondissant au-dessus des trous et glissant sur les parois inclinées, pimentant leur course d'autant de figures acrobatiques que possible. Kagami vivait au village depuis trois ans maintenant, et chacune d'entre elles avait été passé en tant que son meilleur ami. Naruto avait d'autres amis, bien sûr, mais aucun avec qui il partageait cette proximité, cet esprit de compétition et ce besoin de devenir plus fort. Des rivaux, c'était ce qu'ils étaient, des rivaux et des meilleurs amis, et tout ce qui se trouvait entre les deux.

(Parfois, dans le monde réel, Naruto jetait un regard en biais à travers la salle de classe en direction du garçon morne vêtu du bleu Uchiha, le symbole de son clan fièrement étalé dans son dos, et il… regrettait. Parce que Kagami est.. - était ? - tellement radieux et plein de vie, et en comparaison, Sasuke était juste monotone. Plat et sinistre, et cela rappelait à Naruto les différences entre ses rêves et sa réalité, entre la cité chatoyante au bord de mer et Konoha au milieu de sa forêt. Cela lui faisait penser à la manière dont il avait l'habitude d'avoir des personnes précieuses à son cœur, beaucoup, beaucoup d'entre elles, pour se réveiller ensuite et se rendre compte que seules deux existaient vraiment.)

 

Lorsque la remise des diplômes arriva enfin et que l'examen fut tenu, Naruto leva les mains pour créer un clone, et mécaniquement, commença à faire les mûdras pour un clone de sa propre création, celui qu'il s'était entraîné à faire ce matin même dans ses songes. Le Vent et l'Eau entrelacés ensemble, durable lorsque invoqué, et explosif lorsque relâché. Ce ne fut qu'au dernier moment qu'il se rappela de là où il se trouvait et réalisa que ce n'était peut-être pas le meilleur jutsu a utiliser dans une classe fermée, et chercha à se rattraper.

Un désastre, songea-t-il en observant la chose horrible et déformée qu'il venait d'invoquer. Et pour empirer les choses, Iruka-sensei, se mit à lui crier dessus, et une fois de plus, il échoua, échoua comme les deux fois précédentes, parce qu'il choisissait toujours par défaut ses Clones Houleux et devait toujours se corriger au dernier moment, ou alors il se retrouvait submergé devant le test écrit, ou encore parce qu'il écrivait quelque chose qu'il savait être correct mais qui ne correspondait pas à ce qui était dit en cours.

Le regard désappointé d'Iruka-sensei lui brisa le cœur.

Le seul à avoir été recalé, murmurèrent les parents en venant récupérer leurs enfants, à voix basse, mais pas assez bas.

C'est bien fait pour lui. Tu imaginerais ce qui se passerait s'il devenait un ninja lui aussi ? C'est bien le garçon qui…

Chut, tais-toi ! On ne doit pas en parler.

Naruto ramena sa paire de lunettes un peu plus bas et tenta de se rappeler du dîner qu'il avait partagé avec Iruka-sensei la veille et de la gentillesse gauche de l'homme. Il essaya de ne pas compter les minutes jusqu'au moment où il serait autorisé à rentrer à la maison, à se mettre dans son lit et à rêver d'un autre monde où chacun était précieux à ses yeux.

N'empêche que, cette fois, j'aurais vraiment aimé avoir mon diplôme.

Alors, dit Mizuki avec un sourire, il faut que je te dise quelque chose.

Ne lui fais pas confiance, murmura la voix dans sa tête, mais pour la première fois depuis longtemps, il l'étouffa et l'occulta complètement jusqu'à ce qu'il ne puisse plus l'entendre du tout.

Il ne pouvait pas vivre dans ses rêves toute sa vie après tout.

(Mais ce soir-là, lorsqu'il ferma les yeux l'espace d'une simple minute avant de voler le rouleau, il rêva qu'il était Genin avec un symbole étrange mais pourtant familier inscrit sur son hitai-ate, rêva d'un sensei Jônin lui souriant et le traitant de petit génie en ébouriffant ses cheveux, d'un garçon et d'une fille s'entraînant avec lui, grandissant à ses côtés, et qui le poussaient à avancer toujours plus loin, tout comme il le faisait avec eux.

Naruto se reprit, les joues trempées et une douleur lancinante dans la poitrine, et même si la voix était silencieuse, cela ne lui apporta aucun réconfort. Je veux ça, songea-t-il avant de vivement repousser cette pensée au loin. Cela faisait longtemps qu'il avait arrêté de vouloir des choses entièrement hors de sa portée.)

 

Il rêvait dans un désordre total, parfois, mais il s'agissait habituellement de brefs flashs, de moments, ici et là. Il rêvait de regarder dans le miroir et de contempler un homme d'âge adulte lui renvoyant son regard, un homme aux longs cheveux blonds portant des robes bleu pâle et une paire d'ornements dans les cheveux avec des clochettes dorées. Il rêvait d'une femme aux cheveux rouges rassemblés en une queue-de-cheval et avec des lunettes, agitant son doigt vers lui, l'amusement brillant dans ses yeux. Il rêvait d'années de combats et d'années passées à inventer des jutsu dont il se rappelait lorsqu'il se réveillait.

Il ne les utilisait pas en classe, n'essayait même pas, puisque, ce n'était qu'un rêve, pas vrai ? Juste… son imagination.

(Mais des fois, Naruto n'en était pas aussi certain, parce qu'il rêvait d'être cet homme-là et d'aller à des réunions où les gens s'inclinaient en souriant, murmurant "Sandaime Uzukage Uzumaki Arashi", rêvait avoir lu une lettre portant le sceau du nouvellement nommé Hokage, signé du nom Sarutobi Hiruzen. Il rêvait de rumeurs d'une guerre en approche, puis de la guerre en question, rêvait de marcher sur la mer comme sur la terre ferme, chacun de ses pas réguliers alors même qu'une flotte de bateaux assombrissaient l'horizon.

Le Dieu de la Tempête d'Uzushio, ils l'appelèrent lorsqu'il fit appel au vent et aux vagues pour décimer une armée entière. Et il l'acclamèrent lorsqu'il revint d'un pas tout aussi mesuré, posant à peine un pied sur le rivage avant qu'une femme avec des cheveux rouges et une queue-de-cheval ne se précipite vers lui pour fermement l'enlacer. Il eut à peine le temps de s'en remettre que Kagami se faisait déjà un chemin à travers la foule qui s'était rassemblée pour lui envoyer son poing sur l'épaule avant de l'envelopper de ses bras et de l'attirer vers lui.

– Idiot, s'exclama son meilleur ami, et Naruto se mit à rire alors même qu'il l'enlaçait en retour, alors même qu'il tentait d'oublier les cris qui avaient résonnés lorsqu'il avait mis cette flotte en pièces.

– En tant que qu'éminent et fidèle diplomate du Sandaime Hokage, ne devrais-tu parler au Uzukage d'une autre façon ? demanda-t-il avec amusement.

Kagami renifla, tout autant amusé.

– En tant que bien-aimé et vénéré Sandaime Uzukage, ne devrais-tu pas savoir qu'il est plus que temps d'arrêter de prendre des risques idiots ? rétorqua-t-il. Uzushio a une barrière de protection entièrement constituée de sceaux pour une bonne raison, si je ne m'abuse. Tu aurais tout aussi bien pu laisser Kiri simplement…

– S'écraser contre la barrière ? termina Naruto à sa place, et, bien sûr, il voyait bien les sceaux dont parlait Kagami. Ils étaient minutieux et complexes, insufflés du sang de chaque famille de shinobi du village. Il se dégagea de l'étreinte et rencontra les yeux sombres du Uchiha, ses propres yeux fermes et immuables. Non. Uzushio n'est pas prête à résister à un siège. Je ne les laisserais pas s'approcher. Pas des miens.

Dans un soupir usé et éprouvé, Kagami le laissa partir et secoua la tête, roulant des yeux juste brièvement.

– D'accord, dit-il. Mais si Kiri tente quoi que ce soit contre Uzushio…

Naruto hocha la tête, des plans se formant déjà dans son esprit, avec une ligne de conduite à tenir et les résultats les plus plausibles avec telle ou telle stratégie. Ce n'était pas l'heure pour son impulsivité habituelle, pas lorsqu'un village entier dépendait de lui.

– Nous aurons besoin de Konoha, convint-il, sachant parfaitement ce que son ami s'apprêtait à dire. Et nous devrons agir rapidement. L'emplacement d'Uzushio est avantageux pour sa défense, mais nous sommes aussi coupés de toute aide éventuelle, ici.

– Je peux être parti dans la matinée, offrit Kagami en serrant souplement le poignet de Naruto, son regard plongeant dans le sien. Quatre jours pour se rendre à Konoha, puis quatre autres pour revenir, et probablement une semaine entre les deux pour rassembler nos forces et négocier. Vous pourrez tenir jusque-là ?

– Uzushio ne tombera pas si facilement, répondit Naruto, tordant sa main pour entremêler leurs doigts et les lui serrer légèrement d'une manière qu'il voulait rassurante. Si ça tourne mal, je laisserai Kiri s'épuiser contre la barrière, puis j'enverrai mes Jônin remettre un peu d'ordre.

– Nous apprécierons cette chance de pouvoir nous bouger les fesses pour couvrir vos restes, Uzukage-kun, intervint Ookami Shunka, souriant alors qu'elle approchait. Elle était son Sous-Commandant Jônin et venait d'un des plus petits clans d'Uzushio. Elle portait un rouleau qu'elle agita dans sa direction. J'ai la liste de tous les Jônin disponibles et prêts à se battre. Dois-je commencer à dresser des escouades ?

Naruto acquiesça en roulant les yeux dans sa direction.

– J'ai entendu dire, dit-il sèchement, que les autres Kage recevaient du respect de la part de leurs subordonnés. N'est-ce pas une idée originale, Shunka-san ?

La kunoichi aux cheveux argentés lui lança un sourire effronté.

– Nous vous respectons, Uzukage-sama. Chacun d'entre nous. mais nous vous aimons également, ce qui pardonne notre insolence, de temps à autre. Vous êtes comme un petit-frère pour la moitié nos forces, et un grand-frère pour le reste d'entre nous. Il faut vous y faire.

Joignant le geste à la parole, elle tapa sa tête à l'aide du rouleau, puis tourna les talons avec un geste vague de la main, déambulant à travers la foule.

Naruto soupira et massa ses tempes contre la migraine qui menaçait de se former.

– J'aurais dû devenir pêcheur, déplora-t-il. On me respecterait certainement plus comme ça.

Kagami renifla, amusé.

– Jamais, promit-il en passant un bras autour des épaules de Naruto et ramenant leurs têtes côte à côte affectueusement. On s'en prendrait tout autant à toi. Peut-être même plus, parce que tu ferais un terrible pêcheur.

Malgré ça, il sourit, et même s'il y avait des morceaux de bois commençant à dériver avec le courant, du bois, des voiles, des bouts de tissus et une brève touche de rouge, Naruto sourit en retour.)