Actions

Work Header

LA BARDE SILENCIEUSE

Chapter Text

LA BARDE SILENCIEUSE

Par BL Miller (1997)

Traduit par Fausta88

 

= = = =
AVERTISSEMENT 1 : Les personnages de Xena, Gabrielle, Argo, Hercule et Iolaus sont la propriété de MCA/Universal et ils en détiennent tous les droits. Je ne fais que les emprunter pour cette histoire. Le reste de l'histoire est mienne. Les commentaires peuvent être envoyés à BL Miller sur Facebook.

AVERTISSEMENT 2 : Cette histoire contient des scènes explicites et imagées de deux femmes faisant l'amour entre elles. Si cela vous offense, courez vite - ne marchez pas - bien loin de cette histoire. Il y a aussi des scènes de violence physique et émotionnelle. Maintenant, vous êtes avertis.

 

= = = Chapitre 1 = = =

"C'est quoi cette sale môme impertinente !" Arès enrageait dans son royaume. "Elle n'arrête pas de me bousiller mes plans !" Il regarda dans la coupe de vision. Elle contenait l'image de Xena et de Gabrielle assises auprès d'un feu. Alors qu'il se rapprochait, il entendit Gabrielle raconter à Xena une de ses histoires. "Et cette voix ! Ooh, elle me tape sur les nerfs !" Il frappa du pied, devenant de plus en plus furieux. "Elle n'arrête pas de parler et d'empêcher Xena de faire les choses à ma façon. Avec son influence, je ne récupérerai jamais ma princesse guerrière. Si seulement il y avait un moyen de la faire taire !" Il gratta sa barbe, comme si cela pouvait lui apporter de nouvelles idées. "Je ne peux pas tuer cette salope, Artémis ne voudra jamais que je tue sa précieuse Reine des Amazones !" Il se rapprocha de la coupe. La voix de Gabrielle emplit l'air à nouveau. "Aargh ! Mais elle ne se tait jamais ?" Un sourire diabolique se forma sur ses lèvres divines. "C'est ça ! Je vais la faire taire ! Sans sa voix, elle ne pourra pas dire à Xena ce qu'elle doit faire. Elle ne pourra pas m'arrêter !" Son rire diabolique fit vibrer la pièce.

Comme d'habitude, Xena se leva avec les premiers rayons du chariot d'Apollon. Elle prit un moment pour observer sa compagne endormie, puis se dirigea vers l'eau pour attraper le petit déjeuner. Le lièvre qu'elle avait attrapé la nuit précédente était petit, mais Gabrielle ne s'était pas plainte. Xena décida de compenser ce matin. Elle allait attraper suffisamment de poissons pour remplir le ventre de sa barde. Elle savait, bien sûr, que le ventre de Gabrielle ne restait pas plein très longtemps. Qu'est-ce que cette fille pouvait manger ! De tous ses étés en tant que seigneur de guerre, Xena n'avait jamais vu quelqu'un manger plus que Gabrielle. Le plus fou, c'était que la barde n'avait pas une once de graisse. Xena savait que même si elle mangeait moitié moins que sa compagne, elle deviendrait plus grosse qu'une hutte. Gloussant à cette image, Xena entra dans l'eau.

Gabrielle plissa des yeux contre le soleil brillant. Inutile d'essayer de retourner au sommeil, maintenant. Elle n'avait pas besoin de regarder pour savoir que Xena était partie quelque part chercher le petit déjeuner. Elle s'étira comme elle faisait tous les matins et bâilla. Un air surpris apparut sur son visage. Elle grognait en général quand elle s'étirait. Cette fois-ci, elle n'avait pas entendu un son. "Xena ?" appela-t-elle, mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Elle essaya à nouveau. Elle sentait sa bouche bouger, ses lèvres et sa langue faire les mouvements nécessaires pour faire du bruit, mais tout ce qu'elle entendait, c'était le silence, un silence accablant. C'est peut-être un rêve, pensa-t-elle. Un pincement douloureux sur sa jambe lui apprit qu'elle était bien éveillée. Effrayée, elle essaya encore et encore d'appeler Xena, avec toujours le même résultat. Sa vision se brouilla quand les larmes commencèrent à couler. Elle regarda le feu de camp fumant et repéra leur poêle à frire. Elle rampa jusqu'à elle et la prit, l'écrasant encore et encore contre les rochers qui encerclaient le feu.

Xena venait juste de finir de nettoyer une petite truite quand ses oreilles perçurent le son du métal contre les rochers. Il y avait de l'urgence dans le martèlement. Craignant pour la sécurité de Gabrielle, Xena lâcha le poisson et retourna en courant vers le camp. Gabrielle frappait la poêle contre les rochers, les larmes dévalaient ses joues. Xena n'avait jamais vu auparavant cette expression sur le visage de la barde, de la terreur pure. Elle s'agenouilla près d'elle et ôta la poêle des mains de la femme en pleurs.

"Gabrielle, qu'est-ce qu'il y a ?" La barde secouait la tête d'avant en arrière. Ne comprenant pas, Xena la saisit aux épaules. "Gabrielle, dis-moi ce qu'il se passe." Ces mots ne servirent qu'à accroître les larmes. Gabrielle était d'autant plus perturbée que ses sanglots ne faisaient pas de bruit. Elle montra sa gorge et secoua la tête, essayant désespérément de se faire comprendre par la guerrière. "Je ne comprends pas, Gabrielle. Calme-toi et dis-moi ce qui t'a effrayée." Frustrée de son manque de mots et en colère contre elle-même de ne pas être capable de communiquer, Gabrielle repoussa les mains de Xena et courut vers l'eau. Complètement confuse, Xena la suivit rapidement.

Gabrielle s'arrêta au bord de l'eau et commença à agiter frénétiquement ses doigts dans la boue. Xena allait se baisser et pousser les mains de la barde quand elle réalisa que Gabrielle essayait d'écrire quelque chose dans la terre mouillée. Xena attendit jusqu'à ce que les doigts de Gabrielle arrêtent de bouger. Deux mots étaient écrits. Pas parler. Xena passa de Gabrielle à la boue et à nouveau vers Gabrielle. "Tu ne peux pas parler ? C'est ça qui ne va pas ?" Gabrielle hocha lentement la tête. Sans prévenir, la barde se jeta contre Xena, encerclant la guerrière de ses bras et la tenant serrée. "Je suis là, ça va." Xena mit ses bras autour de la femme en pleurs et caressa ses cheveux. Elle ne bougèrent pas pendant toute une chandelle. Gabrielle avait besoin de réconfort comme jamais auparavant et Xena ne savait pas comment lui donner ce réconfort. Quand elle sentit que Gabrielle s'était finalement calmée, Xena se recula pour regarder ce visage ravagé par les larmes. "Gabrielle… hey, regarde-moi." Elle mit sa main sur le menton de la barde et la força à la regarder. "Je ne sais pas comment cela s'est passé, mais je te jure que nous allons trouver un moyen de te rendre ta voix." Gabrielle acquiesça et essuya ses yeux. "C'est mieux. Tu as faim ?" Xena fut surprise quand la barde secoua la tête de droite à gauche. "Tu es sûre ?" Une autre dénégation. "Okay, écoute, je remballe le camp et nous allons vers Athènes. Nous irons voir Hippocrate. Si quelqu'un peut savoir ce qu'il se passe, c'est bien lui." Xena fit glisser son pouce sur la joue de Gabrielle dans un geste de réconfort, tout en attendant que la jeune femme soit d'accord. Après plusieurs battements de cœur, la conteuse d'histoire acquiesça.

Le silence était sinistre alors que Xena empaquetait le reste de leur équipement. Elle n'arrêtait pas de regarder vers Gabrielle qui passait le plus clair de son temps à fixer le sol. La barde ne faisait aucun effort pour l'aider. Une fois que tout fut empaqueté, Xena sauta sur Argo. Gabrielle commença à marcher, la tête basse, comme si tout le poids du monde reposait sur ses jeunes épaules au lieu de celles d'Atlas. Normalement Gabrielle suivait derrière Argo, bavardant constamment de leurs précédentes aventures ou à propos d'une histoire qu'elle travaillait. Cependant, Xena se vit retenir Argo pour garder la barde dans son champ de vision. Xena n'avait jamais réalisé à quel point elle dépendait du bavardage de Gabrielle pour lui faire savoir que la barde était toujours avec elle. En regardant vers le bas, Xena voyait Gabrielle marcher doucement, fixer le sol. Le cœur de la guerrière brûlait de lui enlever cette peine. La voix de Gabrielle était un de des plus grands atouts. Elle leur ouvrait la porte des auberges, leur facilitait l'entrée dans les villes nouvelles, elle marchandait au meilleur prix les denrées. Maintenant, cela allait être du ressort de Xena et la guerrière savait qu'elle n'était pas aussi efficace avec les mots que sa barde bien-aimée.

Après une chandelle de silence accablant et une progression douloureusement lente, Xena ne put plus le supporter. Sautant à bas d'Argo, elle marcha vers Gabrielle et posa son bras sur ses épaules. "Tu veux bien monter à cheval un moment ? Nous y serons plus rapidement." La barde se tourna pour lui faire face et Xena réalisa qu'elle avait pleuré. "Hey," dit Xena doucement en effaçant une larme errante. "Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?" Réalisant rapidement l'erreur de ses mots, elle se corrigea. "Je suis désolée. Gabrielle, tu veux bien monter avec moi ?" La barde secoua la tête. "S'il te plaît." Gabrielle la regarda pensivement. Xena ne disait jamais s'il te plaît. "Gabrielle, je voudrais vraiment que tu montes avec moi." Ne voyant pas de réaction, Xena prit une profonde inspiration et choisit avec soin ses mots. "Je me sentirais mieux. Je ne peux pas t'entendre, mais au moins, je te sentirais. S'il te plaît, Gabrielle, j'ai besoin d'être en contact avec toi." C'était une admission de sa propre impuissance sur la situation. Si bouleversée qu'elle soit, Gabrielle sentit l'importance des paroles de la guerrière. La barde marcha et posa son pied dans l'étrier. Xena la poussa puis grimpa derrière elle. Tenant les rênes d'une main, elle enveloppa ses bras autour de la taille de la jeune femme. Gabrielle continuait à pleurer silencieusement, mais elle s'autorisa à tirer du réconfort des bras de la robuste femme. L'esprit de Xena essayait à toute vitesse d'imaginer ce qui était arrivé à la voix de la barde.

Argo s'arrêta rapidement quand Gabrielle tira sur les rênes. "Qu'est-ce qu'il y a ?" demanda Xena, puis elle se tança mentalement d'être aussi bête. "Je suis désolée. Il va falloir que nous trouvions une façon de communiquer l'une avec l'autre." Gabrielle hocha légèrement la tête et poussa la jambe de Xena de sa main. "Quoi ? Tu veux descendre ?" Un hochement. Xena glissa à terre et aida la barde. Alors qu'elle déposait Gabrielle, Xena l'enveloppa de ses bras et la tint serrée contre elle. "Gabrielle, tu sais qu'il n'y a rien au monde je ne ferais pour toi. Nous allons trouver un moyen. Je te jure par Artémis que nous trouverons. Elle la relâcha. Gabrielle commença à marcher vers le sous-bois épais. "Où est-ce que tu vas ?" dit Xena en attrapant le bras de la barde. Gabrielle indiqua du doigt les bois. "Pourquoi est-ce que tu veux y aller?" Gabrielle le regarda en essayant de lui dire sans embarrasser l'une ou l'autre. Finalement, elle montra du doigt entre ses jambes, puis agita sa main en montrant les bois. Xena leva les sourcils en finissant par comprendre. Elle grimaça. Gabrielle roula des yeux, le geste le plus plaisant de toute la journée. La barde se dirigea vers la masse d'arbres et de broussailles quand elle entendit les pas de Xena derrière elle. Elle se retourna. "Il faut que je m'assure que tu vas bien. Et si tu trébuchais sur une branche d'arbre et que tu heurtais ta tête ? Comment est-ce que je le saurais ? Je ne fais que regarder autour de toi." Gabrielle haussa les épaules et continua à marcher, consciente de l'ombre de six pieds derrière elle. Quand elle trouva l'endroit qu'elle cherchait, elle tendit les bras et poussa l'épaule gauche de Xena tout en tirant sur l'autre. "J'allais me retourner, Gabrielle. Je n'ai pas besoin de ton aide." Elle se retourna et regarda la cime des arbres, souriant d'un air narquois à la pudeur de la barde. Ses oreilles lui dirent quand la barde eut fini, mais elle attendit de sentir une main douce sur son épaule avant de bouger. Elle retournèrent sur la route en silence.

Il était deux chandelles après la mi-journée quand Gabrielle tira à nouveau sur les rênes. Elles descendirent de cheval. Xena supposait que Gabrielle devait aller dans les bois à nouveau, mais la barde resta là et se frotta l'estomac. "Oh, c'est l'heure du déjeuner, c'est ça ?" Gabrielle hocha la tête. Xena regarda le ciel. "Je suis désolée. Je suppose que j'ai perdu la notion du temps. D'habitude, tu..." Elle laissa les mots en suspens, en réalisant son erreur. "Allez, je vais nous attraper un lièvre et je jure qu'il va être plus gros que celui que nous avons eu la nuit dernière, d'accord ?" Elle avait espéré un sourire de sa barde, mais tout ce qu'elle reçu, ce ne fut qu'un haussement d'épaule indifférent.

Xena dessella rapidement Argo et laissa le destrier brouter l'herbe tendre. Gabrielle n'essaya même pas de sortir leurs victuailles ou leurs ustensiles de cuisine. Sans savoir si la barde voulait même manger, Xena alla la rejoindre et s'assit près d'elle. Gabrielle écrivit rapidement quelque chose dans la poussière fine. Xena regarda et lut les mots. "Tu es effrayée ? Je le sais bien." Xena étendit la main et la posa sur le genou de la barde. "Ce n'est pas permanent, Gabrielle." Elle prononçait les mots alors qu'elle craignait le contraire. "Regarde du bon côté, au moins, tu ne t'es pas cassé la main. Tu peux toujours écrire, même si tu ne peux pas parler." Gabrielle fronça les sourcils et écrivit dans la poussière. "La bonne nouvelle ? Gabrielle, c'est une bonne nouvelle." Gabrielle détourna la tête. "Non. Regarde-moi, Gabrielle." Xena utilisa sa main pour tourner la tête de la jeune femme. "C'est une bonne nouvelle." Elle soupira, souhaitant savoir ce qui passait par la tête de sa barde. "Gabrielle, tu devrais peut-être prendre un peu de temps et écrire ce que tu ressens." La tête se secoua. "Gabrielle, je le pense vraiment. Je pense vraiment que ça pourrait t'aider." Il y eut une longue pause. "Ca m'aiderait. Je n'ai aucune idée de ce qui passe dans ta jolie tête et je donnerais n'importe quoi pour le savoir. Utilise tes parchemins et parle-moi, Gabrielle. Ne m'exclus pas comme ça. Je ne le mérite pas." Xena se leva, incapable de gérer ses sentiments plus longtemps. Elle avait besoin de faire quelque chose. "Je vais nous chercher quelque chose pour le déjeuner." Elle fouilla dans les fontes et en ressortit la poêle à frire. "Tu vas chercher du bois et tu commences le feu. Si tu as besoin de moi, utilise ceci." Elle tendit la poêle et attendit quelques battements de cœur que la barde la prenne. Ne sachant que dire, Xena se détourna et se dirigea vers les bois, s'assurant de rester à portée d'oreille de sa précieuse amie.

Xena revint avec deux petits lièvres, déjà dépecés, pour trouver que Gabrielle avait bien commencé le feu et préparé une broche. A son grand dépit, cependant, elle vit que la barde n'avait fait aucun effort pour écrire quoi que ce soit. La guerrière n'était pas habituée à ce que Gabrielle garde ses sentiments pour elle. D'habitude, elle les étalait en détail. Xena réalisait l'ironie de la situation. La guerrière stoïque essayant de faire en sorte que la barde passionnée exprime ses sentiments. Elle sentit une vague de culpabilité. Gabrielle essayait tant de pousser Xena à exprimer ne serait-ce que la moindre des émotions et elle échouait la plupart du temps. Il faudra que je lui montre plus mes sentiments, pensa la guerrière. "Euh, je n'ai pas pu avoir de plus gros lièvre, mais j'en ai deux petits." Elle s'agenouilla et les mit sur la broche. "T'as pas l'air d'avoir envie d'écrire, n'est-ce pas ?" Mouvement de tête. "Okay, je ne vais pas te pousser, Gabrielle, même si je devrais. Zeus sait que tu m'incites assez à exprimer mes émotions." Gabrielle leva la tête vers elle, prenant en compte la remarque. "Ce que j'essaie de te dire, c'est que je suis là pour toi." Elle tenta sa chance et s'assit près d'elle. "Je serai toujours là pour toi, quoi qu'il arrive." Gabrielle garda le contact avec ses yeux, son visage révélait le tourbillon de ses émotions. Xena y vit la peine, la peur et le souci et un désespoir qui n'avait pas sa place sur un visage aussi jeune. Xena se déplaça vers le feu et tourna la broche. Je n'avait jamais pensé comme c'était difficile de faire la conversation, pensa-telle. Comment fait-elle ? Souriant à elle-même, Xena pensa qu'elle avait vraiment de la chance d'avoir la jeune femme aux cheveux de cuivre dans sa vie.

"Oui, Xena, comme tu as de la chance !" Ares gloussa en baissa la tête dans leur direction. "Est-ce que tu penseras toujours que tu as de la chance quand tu dépenseras ton dernier dinar pour lui trouver à manger, mmm ? Elle sera complètement dépendante de toi, Xena. Elle t'abaissera jusqu'à ce que tu deviennes sa servante personnelle. Tu m'as l'air d'avoir plein de chance, Xena." Les cieux tonnèrent sous le rire du Dieu de la Guerre.

"Tu en veux encore ?" Dénégation. "Okay, je vais seller Argo et tu pourras ranger." Xena jeta le reste de sa nourriture dans le feu et alla s'occuper du cheval. Elle commençait sérieusement à se sentir frustrée de ne pas pouvoir atteindre Gabrielle. Dieux, qu'elle regrettait cette voix ! Qu'elle regrettait de ne plus pouvoir fermer les yeux et écouter Gabrielle lui inventer un conte. La barde connaissait exactement les bons mots pour faire sortit Xena de sa coquille, les bons mots pour la réconforter. Tout en brossant le dos d'Argo, Xena souhaita connaître les mots pour réconforter Gabrielle. Rien de ce qu'elle avait essayé n'avait marché. Elle craignait en secret que sa précieuse barde ne sombre dans une dépression.

Après le dîner, elle s'assirent près du feu. "Gabrielle, je veux que tu essaies d'écrire." Xena posa l'encrier sur le sol près de la barde et lui tendit la plume et le parchemin. Gabrielle laissa tomber les objets sur le sol, près de l'encrier. "Gabrielle, tu as besoin d'écrire ce qu'il se passe." Dénégation. "Pourquoi ?" Dénégation. "Dis-moi ce que tu ressens, Gabrielle, s'il te plaît." Dénégation. Xena sentait la colère monter et sa patience s'amenuiser. "Gabrielle, je ne supporte pas de ne pas savoir ce que tu penses." Elle obtint une réaction. Les yeux pers de la barde eurent un éclair de colère alors qu'elle attrapait la plume et le parchemin. Elle avait toujours sa mine renfrognée en écrivant. Elle jeta la plume à terre, une chose qu'elle n'aurait jamais fait normalement, et jeta la note à Xena.

"Alors comment c'est ? Maintenant, tu vois ce que je subis chaque jour, et le plus amusant, c'est que TU PEUX PARLER ET QUE TU NE LE FAIS PAS !!!"

Xena leva la tête de la note, son visage montrait clairement le choc qu'elle avait reçu. Gabrielle la regarda jusqu'à ce que leurs yeux soient en contact, puis elle détourna son visage vers le feu. Les flammes orange se reflétaient sur les larmes qui roulaient le long de la face de l'Amazone. Xena déplaça l'encrier et la plume et s'assit près de Gabrielle. Les deux femmes regardaient le feu. "Tu sais, autrefois j'aimais le silence. Le silence me calmait après la bataille. Après tous ces cris et ces acclamations, le tonnerre des sabots, le son du métal contre le métal, le silence était une bénédiction. En ce moment, le silence est tout autre que calmant. Tu comptes plus pour moi que quiconque au monde, Gabrielle." La barde tourna la tête, Xena continuait à regarder dans le feu. C'était suffisamment dur d'essayer de parler. "Je suppose que je ne te l'ai jamais dit, hein ?" Xena fit une pause. Gabrielle tendit la main et toucha l'épaule de la guerrière. Xena se tourna et la regarda. "Plus que quiconque." La lèvre inférieure de Gabrielle frémit alors que ses yeux débordaient de larmes non versées. "Viens ici." Xena attira la barde et la tint serrée, enfouissant sa tête dans la chevelure de cuivre. Quand Gabrielle se redressa, elle avait un sourire sur le visage. "Quoi ?" Gabrielle indiquait du doigt la guerrière, puis tendit deux doigts. "Quoi ? Un deux ?" Hochement de tête. Elle répète le mouvement. "Moi ," Acquiescement. "Okay, moi." Deux doigts pointés. "Deux ? Nous deux ? Oh ! Nous sommes pareilles toutes les deux.." Acquiescement. Xena regarda vers le sol. "Je ne suis pas bonne à ça, Gabrielle," dit Xena tout doucement, "J'essaie, je suis meilleure qu'il y a deux étés, n'est-ce pas ?" Gabrielle hocha la tête, puis sourit et approcha son pouce de son index, un tout petit espace de libre entre les deux. Xena écarquilla les yeux. "Oh toi !" Elle se pencha et ébouriffa les cheveux de cuivre, recevant une tape bon enfant en retour. Xena resta assise un instant, ne sachant que faire ensuite. Décidant qu'elle devait s'occuper les mains, elle jeta d'autres morceaux de bois dans le feu. "Pourquoi est-ce que nous ne nous coucherions pas tôt pour partir de bonne heure demain ?" Elle jeta un coup d'œil pour voir un haussement d'épaules de la part de Gabrielle qui ne fit pas un effort pour bouger. "Gabrielle..." Elle haussa un sourcil pour marquer son point de vue. Le corps de Gabrielle fit le mouvement pour un soupir, mais sans le son. Elle se leva et se dirigea vers sa couverture.

Xena alla du côté du feu opposé et déposa la sienne. C'était de cette façon qu'elles dormaient toujours, à moins que la nuit ne soit froide. C'était seulement à ce moment-là qu'elles dormaient ensemble. Xena ne ressentait pas le froid comme la jeune barde, mais elle ne disait rien quand Gabrielle demandait à dormir avec elle. Xena souhaitait parfois que la magnifique jeune femme dorme avec elle plus souvent. La guerrière adorait la façon dont les cheveux de Gabrielle tombaient contre son visage, la douceur de la peau de la barde contre la sienne. Xena venait juste de s'installer quand elle vit Gabrielle se lever. Xena se redressa sur un coude et regarda Gabrielle prendre sa couverture et se diriger du côté du feu où était la guerrière. "Viens ici," dit Xena affectueusement en repoussant sa couverture pour faire de la place à sa barde. Gabrielle se réfugia rapidement dans les bras musclés de la guerrière. Xena les recouvrit toutes deux de la couverture de la barde et posa sa main sur la hanche de Gabrielle.

C'était si bon d'être dans les bras forts de la guerrière. Gabrielle s'y nicha plus encore, sentant la chaleur irradier du corps de la guerrière partout où la peau nue de la barde la touchait. Elle abaissa la main et prit celle de Xena, l'ôta de sa hanche et l'amena sur son estomac. Elle avait besoin d'être tenue, d'être réconfortée. Si quoi que ce soit arrivait pendant la nuit, Gabrielle n'avait aucun moyen de le faire savoir à Xena. Elle décida qu'elle avait besoin de sentir le corps de la guerrière pendant la nuit. Même dans son sommeil, Xena serait capable de la protéger. Xena raffermit sa prise autour de la taille de la jeune femme. Ramenant la barde plus près, elle enveloppa son grand corps autour du plus petit et plus tendre, et sombra dans un sommeil difficile.

Gabrielle sursauta, réveillant instantanément Xena. Elle regarda les lèvres de la barde bouger en silence. Même sans son, Xena savait que la jeune femme était en prise à des cauchemars. Xena pouvait dire d'habitude quelle genre de rêve la barde faisait, juste en l'écoutant depuis l'autre côté du feu. Après un moment, elle réalisait que Gabrielle rêvait de quelque chose de drôle. Une nuit, les gloussements de Gabrielle avaient été si terribles que Xena n'avait pas pu se contrôler et avait commencé à glousser elle-même en réponse aux gloussements de la jeune femme endormie. Après être devenue Reine, Gabrielle avait eu de terribles cauchemars, revivant encore et encore les morts dans son sommeil. Elle criait le nom de la personne qui était morte dans son rêve. Au début, c'était Perdicus ou Xena. Ces dernières lunes, les occasionnels cauchemars concernaient tous la mort de Xena. Bien qu'elles n'en parlent jamais au matin, ce que voyait Xena la nuit lui en disait long sur la profondeur des sentiments de la barde. A de rares occasions, Xena se réveillait et entendait des sons de plaisir venir des lèvres de la jeune barde endormie. Quand ces nuits arrivaient, Xena s'asseyait tranquillement et regardait Gabrielle, fascinée par les mouvements et les bruits qu'elle faisait. Les gémissements de Gabrielle commençaient tout doucement, puis, ils devenaient plus passionnés au fur et à mesure que son rêve progressait. Le corps de la barde bougeait sous la couverture et Xena jetait des regards sans retenue sur les seins doux et satinés de Gabrielle. Elles ne parlaient jamais de ces rêves, mais Xena remarquait que Gabrielle était plus agréable et plus facile à réveiller le matin suivant.

A la façon dont elle s'agitait, Xena craignit que la barde ne se blesse. Xena détestait réveiller quelqu'un au milieu d'un cauchemar. Elle savait à quoi elle ressemblait quand elle se réveillait elle-même. Elle avait presque assommé Gabrielle une fois, quand la barde avait essayé de la réveiller. Elle avait déjà entendu parlé de personnes mortes parce qu'on les avait réveillées. Elle baissa les yeux vers sa meilleure amie. Quelle que soit la terreur qui avait son emprise sur elle, c'en fut trop pour Xena. Elle attrapa les épaules de Gabrielle et la secoua.

Gabrielle était debout, regardait les trois brigands armés d'une épée. Son bâton était hors de portée. Elle savait que Xena était dans les environs. Elle essaya de crier mais aucun mot ne sortit. Les hommes s'approchèrent. Elle essaya de courir, mais ses jambes se prirent dans la couverture. Elle tomba juste au moment où ils l'atteignaient. Les hommes rirent lascivement quand ils réalisèrent qu'elle ne pouvait parler. Elle sentit des mains attraper ses épaules, la secouer…

"Gabrielle ! Gabrielle ! Réveille-toi !" Elle ouvrit les yeux pour voir une Xena très inquiète qui la regardait. C'était un cauchemar, rien qu'un cauchemar. "La vache, Xena tu ne croiras jamais…" Sa bouche s'agita, mais aucun son n'en sortit. Ce n'était pas du tout un cauchemar. Elle ne put contrôler le flot de larmes qui dévala ses joues. Xena lâcha ses épaules et prit Gabrielle contre elle. Elle caressa les cheveux cuivrés, la berçant d'avant en arrière. "Okay… c'est bon, maintenant… je suis là… je sais…" Xena répétait ces mots à l'envi, comme un mantra. La voix basse et rauque, elle parlait sur un ton hypnotique, espérant calmer la femme silencieuse.

Gabrielle écoutait la voix profonde de sa guerrière. Elle aimait tant cette femme. Quand on avait besoin d'elle, Xena était son port tranquille au milieu de la tempête. Gabrielle était toujours stupéfaite de voir que Xena pouvait être violente et brutale et gentille et douce la minute d'après. Il y avait plusieurs dichotomies de ce style en Xena. Elle était une guerrière et une guérisseuse. Elle chassait les animaux pour leur cuir et leur peau, et pourtant elle passait des chandelles à bouchonner Argo. Intelligente sur plusieurs sujets, et pourtant inadaptée en société. En écoutant la voix de Xena lui parler doucement, Gabrielle finit par se calmer assez pour se rendormir. Xena attendit d'entendre le rythme familier de sa respiration endormie avant de se glisser hors des couvertures.

Elle savait qu'elle ne réussirait pas à dormir cette nuit-là. Entre ses soucis à propos des cauchemars de Gabrielle et la nouvelle horreur du jour, elle s'estimait heureuse d'avoir pu dormir un peu. Fixant le feu, Xena contempla les nouveaux problèmes soulevés par le soudain mutisme de Gabrielle.

Le plus évident était le problème financier. Nourrir un destrier adulte devenait rapidement cher. Cela, ajouté à l'appétit dévorant de la barde et la situation en devenait d'autant plus sinistre. Une autre prise de conscience frappa Xena : c'était Gabrielle qui gagnait le plus d'argent. A chaque fois qu'elles manquaient d'argent, la plupart du temps, Gabrielle allait raconter ses histoires à qui voulait les entendre. C'étaient les dinars qu'elle récoltait qui les habillait et les nourrissait.

Avec ce souci d'argent, les talents de marchandage de Gabrielle auraient été d'autant plus nécessaires. Mais sans la voix de la barde pour influencer le marchand, Xena était à la merci de l'humeur du vendeur. Xena ne marchandait jamais. A la vérité, elle ne savait même pas ce qu'était un bon prix. Gabrielle savait ces choses, elle connaissait le prix de chaque chose, le bénéfice fait et jusqu'où le marchand pouvait aller. Xena pourrait s'estimer heureuse si elle pouvait faire durer leurs quelques dinars jusqu'à Athènes. Une fois là-bas, Xena n'aurait pas les moyens de les loger, sans parler de ce qu'allait coûter le prix de la guérison de Gabrielle, si on trouvait un traitement.

Le problème qui se présentait à son esprit et à son cœur ne concernait pas l'état physique de Gabrielle mais son état émotionnel. Xena pouvait comprendre ce que c'était pour Gabrielle de perdre sa voix. Elle pouvait comprendre les humeurs vacillant entre la colère et la tristesse. Mais la barde paraissait sombrer dans la spirale d'une grave dépression. La communication était aussi vitale que le sang, pour Gabrielle. Xena la regardait souvent quand elle parlait aux gens, non seulement avec sa bouche mais aussi avec son cœur. Il y eut une fois où elles croisèrent un jeune garçon qui parlait une autre langue et Gabrielle travailla tant et plus jusqu'à ce qu'elle trouve un moyen de le comprendre et de s'en faire comprendre. Ce qui la perturbait le plus, c'était le refus de l'Amazone d'écrire quoi que ce soit. Même dans les temps les plus troublés, Gabrielle trouvait du réconfort à s'asseoir près du feu et à mettre des mots sur ses pensées et ses sentiments et à les écrire sur le parchemin. Xena craignait que la barde ne se perde dans la mer d'émotions qu'elle refoulait. Elle savait par expérience combien il était difficile de vivre en cachant ses sentiments. Elle avait dû lutter avec elle-même pour contrôler ses propres émotions. Comment Gabrielle, une femme au cœur si pur, pouvait-elle dompter l'intensité de ses sentiments emprisonnés ?

La sécurité de Gabrielle. La jeune femme était devenue si efficace avec son bâton que Xena avait de plus en plus confiance quand elle la laissait se promener seule. Cela n'allait plus être possible. Il était hors de question que Xena laisse sa précieuse Gabrielle hors de vue maintenant. Elle connaissait les dangers qu'une muette pouvait courir dans un village inamical. La barde était trop vulnérable maintenant pour que Xena pense à autre chose qu'à la protéger. La guerrière n'espérait qu'une chose, qu'elles ne rencontrent pas de problèmes entre ici et Athènes.

Massant ses tempes pour éviter la migraine qui arrivait, Xena attendait impatiemment l'aube, sachant que ce nouveau jour allait leur apporter de nouveaux problèmes à toutes les deux, surtout si Gabrielle refusait de révéler ses sentiments. L'incapacité de Xena à obliger Gabrielle à communiquer avec elle pesait sur sa patience. Elle n'avait pas l'habitude de devoir travailler avec acharnement pour obtenir des réponses à ses questions, surtout de Gabrielle. Xena espérait pouvoir tenir sa frustration et sa colère en échec jusqu'à ce que la barde puisse exprimer ses sentiments.

"Gabrielle, le chemin va être assez long. Ce serait bien plus facile si nous pouvions trouver des signes de mains pour que je n'aie pas à poser une douzaine de questions pour découvrir ce que tu veux," dit Xena en vérifiant pour la deuxième fois les sangles d'Argo. Satisfaite de la tension, elle donna une tape à Argo et retourna s'asseoir près de Gabrielle. "Bon, de quoi avons-nous besoin ?" Xena sourit. "Commençons par un tour dans les bois." Gabrielle fronça les yeux à la tentative d'humour de son amie. "Allez, nous devons penser à quelque chose. Je ne peux quand même pas te laisser toujours montrer du doigt ton..." Elle haussa les sourcils. Gabrielle rougit légèrement. Sa sexualité n'était pas un de ses sujets préférés. L'unique nuit avec Perdicus était sa seule expérience et elle se sentait gravement désappointée. Sa mère avait fait un excellent travail en lui inculquant la pudeur. "Gabrielle, tu m'écoutes ?" Elle fut tirée de sa rêverie par la voix de la guerrière. "Bien. Alors, qu'est-ce que nous allons utiliser pour que tu me dises que tu veux aller dans les bois ?" Elle regarda le visage de Gabrielle devenir pensif un instant, puis la vit prendre sa décision. Gabrielle tendit la main et pointa deux doigts vers la forêt. "Bien, deux doigts vers la forêt. Ca ira. Et quoi d'autre ?" Les mains de Gabrielle commencèrent à bouger rapidement. "Hola, je peux pas te suivre. Qu'est-ce que tu essayes de dire ?" Gabrielle forma une tasse de sa main, puis l'amena à ses lèvres. Elle le fit plusieurs fois avant que Xena ne parle. "Boire ?" hochement de tête. "Bien. C'en est un bon pour boire, Gabrielle." Xena essayait de se souvenir que Gabrielle avait besoin de plus de compliments encore. "Oui, un très bon." Elle fut récompensée par le premier vrai sourire qu'elle ait vu depuis le début de l'incident. Incapable de résister à la joie du moment, la guerrière révéla une vraie émotion. "C'est bien, Gabrielle. Je me demandais si j'allais jamais revoir ton beau sourire." Gabrielle la regarda d'un air pensif, puis baissa les yeux. Mal à l'aise avec cette humeur, Xena saisit rapidement l'occasion de revenir à leur sujet premier. "Bon, nous avons les bois et nous avons la boisson. De quoi d'autre avons-nous besoin ?" Elle passèrent quelques minutes à trouver d'autres signes de mains avant de ranger le campement et de retourner sur la route.

Elles eurent suffisamment de chance pour qu'aucun autre voyageur ne prennent la même route. Xena s'inquiétait des dangers d'une possible embûche. Sa crainte pour la sécurité de Gabrielle avaient presque causé une bataille un peu plus tôt dans la journée quand Xena avait insisté pour que la barde monte à cheval plutôt qu'elle ne marche. D'avoir Gabrielle sur Argo lui permettait plus facilement de piquer un sprint s'il en était besoin. Elle essaya d'être gentille, puis plus ferme, puis menaçante. Quand aucune de ses méthodes ne marcha, elle utilisa le ton qu'elle utilisait quand elle ne souffrait aucune résistance. Elle ne l'utilisait qu'extrêmement rarement avec Gabrielle, car elle savait que la barde était blessée d'entendre Xena lui parler de cette façon. Même si Gabrielle avait pu parler, Xena pensait bien que le déjeuner se serait passé en silence de toute façon. La barde refusa d'écrire quoi que ce soit ce soir-là, provoquant une autre querelle entre elles, si on peut appeler ça une querelle : Xena piétinait autour du feu, fulminait et se déchaînait. A plusieurs moments, Gabrielle se leva pour s'éloigner et Xena la suivit, lui faisant comprendre ainsi que la barde n'allait pas s'éloigner hors de vue. Malgré ces sentiments hostiles de la journée, quand il s'agit de s'installer pour la nuit, Gabrielle déposa sa couverture près de Xena et se colla contre elle. Juste avant que la respiration de Gabrielle ne se calme et qu'elle ne s'endorme, Xena aurait pu jurer qu'elle avait senti les lèvres de la barde contre son bras. Elle décida de le prendre comme un signe de trêve et elle l'attira plus près d'elle et se pelotonna pour un sommeil à peine réparateur.

Xena avait beau vouloir grimper dans un bon bain chaud et s'asseoir devant un bon repas, elle ne voulait pas prendre le risque d'emmener Gabrielle dans une ville étrangère. C'était au premier rang de ses soucis, bien avant la question d'argent. Leurs réserves de nourriture baissaient malgré leurs efforts incessants pour utiliser les ressources autour du camp. Elle pouvait en général attraper suffisamment de poissons et de lièvres, mais il lui fallait toujours fournir plus d'herbe sèche à Argo. Elle se retenait de boire du thé, car il ne lui restait plus que quelques feuilles. Elle réalisa que Gabrielle était consciente du problème de nourriture. Xena regardait la façon dont elle se remplissait de baies et de noix avant de prendre de la nourriture sèche. Xena se sentait coupable de ne pas pouvoir prendre soin de la barde comme elle voulait. La nuit était presque tombée quand elles repérèrent le petit groupe de huttes et de maisons qui annonçait la bordure d'Athènes. Elle se détournèrent vers les bois et trouvèrent un petit coin tranquille pour camper. Pour la quatrième nuit de rang, elles suivirent le même schéma : Gabrielle refusa de toucher à sa plume, mais cependant se pelotonna dans les bras de Xena au moment de se coucher. Xena grognait de frustration envers Gabrielle, mais cependant la prenait dans ses bras quand venait l’heure de dormir. A chaque fois, Gabrielle déposait un petit baiser sur le bras de la guerrière. Xena avait été tentée de le retourner, mais elle ne voulait rien faire qui puisse effrayer Gabrielle. La jeune femme n’avait pas besoin de cela en plus du problème actuel.

Elles trouvèrent le bâtiment médical près de l’entrée de la ville. "Nous aimerions voir Hippocrate," dit Xena au jeune homme qui tenait un morceau de parchemin attaché à un bout de bois utilisé comme support. Il tournait sa plume entre ses doigts. C’était une habitude que Xena trouvait ravissante chez Gabrielle et particulièrement énervant chez lui.

"Et qui dois-je annoncer ?" Sa voix hennissante et nasale tapa sur les nerfs de Xena après ces jours de tranquillité.

"Xena et Gabrielle," dit-elle sur un ton égal. Le jeune homme arrêta de tourner sa plume et la regarda nerveusement.

"Heu... Xena..."

"Et Gabrielle. Il nous connaît." Il commençait vraiment à lui taper sur les nerfs.

"Oui...je vois, et bien... nous sommes vraiment très occupés en ce moment et urggff." Il fut soulevé de terre et pressé contre le mur le plus proche, les doigts autour de son cou le maintenaient à deux pieds du sol.

"Nous avons besoin de voir Hippocrate." Son ton était toujours le même, son visage vide d'émotions.

"Regardez qui voilà, qu'est-ce qu'il se passe ? Michael, que fais-tu – Oh, salut Xena." Hippocrate passait la porte. Xena relâcha sa prise sur Michael et le laissa s'échouer sur le sol. Il y resta un moment avant de décider que la menace était passée et il se leva.

"Gabrielle a besoin d'aide," dit Xena alors qu'elles le suivaient dans une autre pièce. Il se retourna pour faire face à la barde.

"Et c'est quoi à peu près le problème, ma chère ?" Il remarqua en fronçant les sourcils qu'elle avait un peu plus de cicatrices que la dernière fois qu'il les avait vues.

"Elle a perdu la voix." Xena répondit pour elle.

"Hmm." Le soigneur se frotta le menton en contemplant les différentes causes possibles. Il alla vers la table et choisit une pièce de bois aussi longue que sa main. Il était fin et plat, pas plus large qu'un doigt. "Allez, saute sur la table." Gabrielle regarda Xena, comme si elle rassemblait son courage, puis grimpa et s'assit sur la table. Hippocrate alla vers elle et se mit devant elle. "Ouvre la bouche… plus large… c'est bien, reste comme ça." Il tint sa langue abaissée avec le bâtonnet et regarda au fond de sa gorge. "Ca me semble bien." Il reposa le bâtonnet et il posa ses doigts sur chaque côté de sa gorge en les faisant bouger.

"Allonge-toi." Gabrielle jeta un autre coup d'œil sur Xena. Cette fois-ci, la guerrière vit de la peur dans les yeux de la barde. Comme une mère protectrice, Xena s'approcha de Gabrielle et lui tint la main. "Maintenant, je vais faire encore quelques tests sur toi. Ca ne va pas te faire de mal, mais ça peut être inconfortable." Gabrielle acquiesça.

"Fais attention," dit Xena tout doucement. Elle savait qu'il l'aurait fait de lui-même.

"Tu étais parfaite," dit Hippocrate à Gabrielle en l'aidant à s'asseoir. Il inscrivit quelque chose sur un morceau de parchemin avant de s'adresser à elles à nouveau. "Gabrielle, tu pourrais aller attendre dans l'autre pièce un moment ? J'ai besoin de parler à Xena." Gabrielle sauta de la table et commença à bouger vigoureusement les bras et les lèvres silencieuses. Elle se montra du doigt et tapa du pied de colère et de frustration.

"Hippocrate, je pense qu'elle veut rester C'est son corps, après tout." Xena venait de comprendre soudainement et venait au secours de Gabrielle. Satisfaite de sa petite victoire, l'Amazone se déplaça et se rapprocha de Xena. Le soigneur s'éclaircit la gorge et réfléchit à ce qu'il allait dire. Il ne savait pas qui il craignait le plus à ce moment-là, la guerrière ou la barde.

"Je ne trouve aucun signe d'infection ou de raison physique à ce mutisme." Il regarda solennellement les deux femmes dont le visage montrait le désappointement. "J'aurais aimé qu'il y ait eu quelque chose que je puisse faire." Il alla vers elles et posa sa main sur le menton de Gabrielle. "Tu as une si belle voix et tu racontes de si merveilleuses histoires. Je ne sais pas pourquoi les dieux ont jugé bon de t'ôter ce don." Gabrielle se détourna alors que de nouvelles larmes s'écoulaient de ses yeux. Hippocrate regarda Xena. "Je suis désolé, il n'y a rien de plus que je puisse faire." Il s'inquiétait de l'état mental de Gabrielle. En ses années de soins, il avait connu des gens qui avaient perdu un don précieux : la vue, l'ouïe, ou un membre. La plupart survivait et s'adaptait, certains ne le faisaient pas. Il s'inquiétait de ce qui pourrait arriver si elle ne s'adaptait pas.

"Tu as fait tout ce que tu pouvais, je t'en remercie." Le ton de Xena ne trahissait pas ses émotions. "Que te devons-nous ?"

"Oh, non." Il tendit les mains. "Je ne peux pas vous prendre d'argent." Xena hocha la tête en un remerciement muet. Il regarda la barde un instant. Elle leur tournait toujours le dos, ne voulant visiblement pas s'intéresser plus à la conversation. En se retournant vers Xena, il demanda : "Où est-ce que vous logez ?" Xena se raidit légèrement. Même sans avoir à le payer, elles n'avaient pas assez d'argent pour une auberge.

"Il y a une caverne à une demi-chandelle à peu près, en dehors de la ville." C'était un mensonge et il le savait. Jaugeant rapidement la situation, il sourit en pensant à une solution.

"Xena, pourquoi ne resteriez-vous pas à la maison tant que vous êtes ici ? J'ai plus de place que nécessaire." Il secoua la tête en voyant Xena ouvrir la bouche pour protester. "J'insiste. Vous avez tant fait toutes les deux pour nous aider, moi et les gens d'Athènes l'été dernier. Et je n'accepterai pas de refus." Satisfait du léger accord qu'il reçut de la guerrière, il continua : "Bon, mon serviteur Philos est ici. Je vais écrire un mot que vous prendrez avec vous. Il vous préparera une chambre propre, des bains chauds et un repas chaud pour vous deux. Vous pouvez rester tant que vous voulez. De plus, ça me fournira une bonne occasion de surveiller Gabrielle." Il avait beau douter de voir des changements, il présentait cet argument comme un geste en sa faveur.

"Ca dépend de Gabrielle," dit finalement Xena. Elle n'était pas sûre de ce que pensait la barde et ne voulait pas qu'elle s'imagine qu'elle prenait les décisions pour elle. Ayant entendu la conversation, Gabrielle se contenta de hocher la tête tout en continuant à leur tourner le dos. Son esprit était bien loin, essayait de comprendre pourquoi cette tragédie lui arrivait. Qu'avait-elle fait pour la mériter ? Elle s'autorisa à sombrer dans ces mornes pensées jusqu'à ce que qu'elle sente la main rassurante de Xena sur son épaule. Elle suivit la guerrière hors de la cabane sans quitter cette expression triste et déprimée.

Malgré le repas chaud, le bain brûlant et les vêtements propres, Gabrielle ne sortit pas de cette humeur noire. Philos proposa de leur préparer une seconde chambre, mais Xena refusa. Elle avait besoin d'être aussi près que possible de Gabrielle. Même une chambre de distance était de trop pour la guerrière. Elle souhaita tristement connaître un chemin pour passer les murs que Gabrielle construisait autour d'elle. Mais Xena avait appris à ne pas forcer la barde à écrire. Cela n'avait pas marché et, toutes les fois qu'elle avait essayé, Gabrielle se fâchait et se refermait plus encore. N'étant plus en mesure de l'atteindre, Xena commençait à bouillir de frustration. Le repas chaud et le bain brûlant firent leur effet. Xena s'endormit rapidement.

Gabrielle resta éveillée, prêtant l'oreille à la profonde respiration de sa compagne endormie. Elle savait qu'elle blessait Xena en refusant d'écrire ce qu'elle ressentait. Elle avait beau se forcer, elle ne pouvait se résoudre à poser la plume sur le parchemin. Elle pensa à ce qu'avait dit Hippocrate. Peut-être que les dieux lui avaient pris sa voix en punition d'une faute. Elle ne savait pas ce qu'elle avait bien pu faire pour les mettre tant en colère. Quel Dieu ? Artémis ? Non, elle regarda son bâton. Il portait toujours les marques de la reine des Amazones. Si Artémis lui en voulait, elle lui aurait pris son droit de caste. Athéna ? Hermès ? Calliope ? Elle fronça les sourcils. Calliope. La Muse. La déesse des bardes. Bien sûr ! Elle avait dû dire quelque chose qui avait contrarié la muse et elle était condamnée au silence éternel. Elle repassa en esprit toutes les histoires qu'elle avait racontées, tous les chants qu'elle avait interprétés en essayant de trouver ce qui lui avait coûté son don de la parole. L'aurore aux blanches mains frappait déjà à la fenêtre quand elle sombra enfin dans un sommeil tourmenté, l'esprit torturé de culpabilité à propos d'une faute inconnue.

"Gabrielle." Xena secouait gentiment l'épaule de la barde. Les yeux pers papillotèrent en s'ouvrant. La barde ouvrit la bouche pour parler, puis la referma en réalisant qu'aucun son n'en sortirait. Xena regarda farouchement le visage de la barde devenir menaçant et se durcir. Cela promettait d'être une dure journée, pensa la guerrière. "Gabrielle, le petit déjeuner est sur la table, si tu en veux." Gabrielle hocha la tête pour montrer qu'elle avait compris, mais elle se moquait éperdument de manger. Xena soupira, sa frustration allait bientôt atteindre un point de non-retour. Elle ne savait pas combien de temps encore elle allait supporter la dépression de la barde et sa colère. "Ecoute, je vais m'occuper d'Argo. Je reviens dans quelques chandelles. Tu peux rester ici tant que je ne suis pas de retour ?" Une pensée se forma dans l'esprit de Gabrielle. Elle hocha la tête vers Xena tout en préparant son plan. Pensant avoir convaincu la reine de rester tranquille, Xena sortit s'occuper d'Argo.

Une fois que Xena eut quitté la pièce, Gabrielle fouilla rapidement dans les fontes, sortant tous ses parchemins, finis, en cours et vierges. Elle retrouva son encre et sa plume. Elle prit un parchemin vierge, écrivit rapidement quelques mots et le laissa sur la table. Rassemblant le reste des objets dans son sac, elle attrapa son bâton et sortit. Elle se sentait coupable de ne pas rester où Xena la voulait, mais elle devait le faire.

Gabrielle parcourut les rues animées jusqu'à ce qu'elle trouve le magasin de parchemins de Polder. Une fois à l'intérieur de la cabane, elle attendit qu'il ait fini avec un autre client. "Gabrielle ? C'est toi ?" Le visage de Polder brilla de joie. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas vue. Il eut une expression surprise quand elle ne répondit pas. "Gabrielle ? Ca va bien ? Où est Xena ?" Gabrielle sortit un morceau de parchemin et gribouilla rapidement quelque chose. Elle tendit la note à Polder et attendit qu'il ait fini de lire. "Tu as perdu la voix ? Pourquoi ? Comment ?" Elle secoua la tête, refusant de lui dire sa honte. Elle lui reprit le papier, écrivit encore quelques mots, puis lui rendit. "Tu veux vendre tes parchemins vierges ? Je ne comprends pas, Gabrielle. Tu ne veux pas continuer à écrire tes histoires ?" Elle secoua la tête solennellement. Visiblement, Calliope ne voulait plus qu'elle raconte d'autres histoires, oralement ou pas. "Hé bien, c'est bientôt les examens finaux de l'académie des bardes. Je suis sûr qu'ils auront besoin de tous les manuscrits vierges qu'ils pourront avoir. Je t'en donnerai un bon prix si c'est vraiment ce que tu veux." Polder n'aimait pas l'expression qu'il voyait dans les yeux de son amie. C'était une expression de désespoir, comme si elle s'était résignée à son triste destin sans lutter. Elle prit son sac et en sortit les parchemins vierges. Elle les tendit à Polder et attendit qu'il lui en donne un bon prix. Elle se moquait de savoir s'il ne lui en donnait qu'un seul dinar pour toute la pile. "Je peux t'en donner vingt dinars pour tous. Je ne ferai pas de profit quand je les vendrai, mais je suppose que c'est ce qu'ils t'ont coûté en premier lieu." Gabrielle acquiesça. Il mit la main à sa bourse et en sortit les dinars et les lui tendit. Gabrielle les rangea et se détourna pour partir. "Attends." Elle se retourna pour voir Polder l'observer anxieusement. "Xena est toujours avec toi ? Si tu ne peux pas parler, alors tu as besoin d'elle plus encore qu'auparavant." Elle hocha la tête pour signifier qu'elle était toujours avec la guerrière. Polder était toujours inquiet de l'humeur de son amie. "Gabrielle, je peux t'accompagner vers là où tu vas ? Je suis sûr que Xena apprécierait de savoir que quelqu'un veille sur toi." Elle secoua la tête. Elle devait faire cela toute seule. "Si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver," dit Polder en montrant du doigt sa cabane. Sans montrer qu'elle avait vu, Gabrielle sortit et se dirigea vers les limites de la ville.

Xena comprit que quelque chose tournait mal quand elle pénétra dans la maison. Philos la vit et décida rapidement d'aller faire un tour dans le cellier. En entrant dans la pièce, elle fronça les sourcils quand elle réalisa que Gabrielle n'y était pas. Une recherche rapide lui dit que les parchemins n'étaient plus dans les fontes et que le bâton de Gabrielle n'était plus là non plus. Elle trouva la note et la lut. Courte et précise, en aucune façon semblable à ce que Gabrielle aurait écrit normalement. "Je vais au temple." Elle ne disait pas quand elle allait rentrer ni même si elle allait rentrer. Nerveuse maintenant, Xena fit une recherche approfondie dans les fontes. Tous les manuscrits avaient disparu, ainsi que l'encre et la plume de Gabrielle. Elle était peut-être partie écrire ailleurs ? Xena espérait cela, mais en doutait sérieusement. Elle relut la note. Le temple. Elle allait dans un temple. Dans une ville comme Athènes, chaque dieu avait un temple. Ils étaient parsemés à travers toute la ville. Xena n'avait pas idée du temple dans lequel Gabrielle était allée. Elle était en colère contre Gabrielle pour l'avoir quittée et en colère contre elle-même pour n'être pas restée avec la barde. Xena sortit en trombe à la recherche de l'Amazone.

La prêtresse regarda la jeune Amazone entrer dans le temple. A l'inverse des autres bardes qui lui rendait visite, celle-ci ne s'approcha pas de l'autel. Au lieu de cela, la jeune femme resta dans un coin et commença à écrire. La prêtresse regarda les larmes couler du visage tranquille de la jeune femme et s'écraser sur le parchemin. Tout aussi silencieusement, la jeune femme se leva et se dirigea vers l'autel. Elle retira plusieurs parchemins de son sac et les attacha ensemble avec un lien de cuir. Elle plaça la pile sur l'autel, puis posa la plume et l'encre à côté. Sans regarder la prêtresse, la jeune femme baissa la tête un instant et partit. La prêtresse était stupéfaite. Jamais personne n'osait entrer dans le temple de Calliope sans une prière à la muse, et certainement jamais en abandonnant son encre et sa plume, sans parler de ses parchemins. De nombreuses personnes venaient rendre visite au temple chaque jour. La plupart étaient des bardes qui demandaient de l'aide pour une histoire ou qui remerciaient la muse de son inspiration. Jamais personne n'était venu pour abandonner ses manuscrits. Elle ne savait pas comment la gentille déesse de la prose allait le prendre.

Xena visita six temple différents avant de retourner à la maison d'Hippocrate. Gabrielle n'avait été vue nulle part. Cela faisait six chandelles qu'elle avait trouvé la note. Maintenant folle d'inquiétude, la guerrière faisait les cent pas dans la chambre, effrayée de partir au cas où Gabrielle revienne et effrayée de rester au cas où elle aurait besoin d'elle. Pourquoi Gabrielle était-elle partie ? Si elle voulait partir dans un temple, elle savait bien que Xena allait l'y accompagner. La guerrière se passa les doigts dans les cheveux de frustration. Maintenant la barde était dehors, toute seule, par choix. Par choix. Ces mots résonnaient encore et encore dans l'esprit de la guerrière. Gabrielle était partie par choix. Quoi qu'il lui soit passé par la tête, elle avait choisi de ne pas le partager avec Xena. En cachant sa blessure derrière sa colère, Xena continua de faire les cent pas, avec plus de force à chaque fois.

Gabrielle, cachée derrière un bâtiment, regarda Xena quitter le temple d'Artémis. Elle savait qu'il y aurait une grande bagarre quand elle retournerait à leur chambre, mais il fallait qu'elle le fasse. Son cœur était plein de culpabilité et de honte, la tête basse, les épaules voûtées, elle entra dans le temple de la déesse de la lune.

Artémis sourit quand elle vit la reine entrer dans son temple. C'était si rare que son élue vienne lui rendre visite. La déesse rapprocha sa coupe de vision pour entendre la voix mélodique et douce de la Reine de ses bien-aimées Amazones. A sa grande surprise, la reine ne dit rien. Gabrielle resta debout à regarder la statue de la déesse lunaire, le visage inondé de larmes. Artémis fronça les sourcils. Qu'est-ce qui pouvait troubler sa bien-aimée reine au point qu'elle vienne pleurer dans son temple ? Elle regarda Gabrielle fixer son bâton, puis la statue. Que faisait-elle ? Gabrielle fit un pas hésitant vers l'autel. La colère de la déesse commença à sourdre quand elle réalisa ce que la reine comptait faire. Elle était presque prête à descendre dans le temple et à confronter la reine quand elle vit Gabrielle tomber à genoux et que des sanglots secouaient son corps de mortelle. Artémis fut tentée de lire les pensées de l'Amazone, mais hésita et attendit de voir ce que la chef des Amazones allait faire. Après quelques instants, Gabrielle se leva et quitta le temple, le bâton en main. Bien qu'elle soit tentée d'intervenir et de découvrir ce qu'il se passait, la déesse décida d'attendre ce que les Parques avaient décidé pour son élue. La déesse de la lune ne savait pas qu'un autre dieu était déjà intervenu.

Gabrielle fixa la statue d'Artémis. "Je devrais vraiment renoncer à mon titre," pensa-t-elle. Elle regarda son bâton, puis la statue. Si elle avait mit Calliope en colère, alors la déesse de la lune devait être furieuse contre elle aussi. Elle regarda son bâton à nouveau. Si Artémis ne voulait plus d'elle comme reine, elle lui aurait repris elle-même son bâton. C'était peut-être une autre punition qui lui était réservée. Elle tomba à genoux et laissa couler ses larmes. Elle ne savait pas si elle devait laisser son bâton ou le garder. Elle n'osait pas demander en pensée à la déesse d'apparaître, tant elle était terrifiée qu'Artémis soit en colère contre elle. Tout le stress des jours précédents sortit avec ses larmes. Elle était si perdue. Elle se leva et fit un pas vers l'autel. Et si Artémis n'était pas en colère contre elle ? Si elle abandonnait son bâton, elle serait cette fois-ci en colère. Et si elle ne le laissait pas ? Et si elle était sensée renoncer à son titre et qu'elle ne le faisait pas ? Gabrielle décida que si la grande déesse voulait son bâton, elle le lui prendrait. Elle avait apparemment déjà fâché un dieu, ce n'était pas une bonne idée d'en fâcher un deuxième. Elle décida d'attendre de voir ce qu'Artémis allait faire. Gabrielle tourna les talons et quitta le temple, bâton en main. Elle s'attendait à ce qu'un éclair de lumière descende du ciel et la tue sur place pour avoir pris la mauvaise décision. Cela n'arriva pas. Peut-être qu'Artémis ne s'intéressait plus à elle. Personne ne s'intéressait çà elle, à part Xena et Gabrielle était sûre que même elle allait bientôt se lasser d'elle. A quoi pouvait servir une barde si elle ne pouvait plus parler ? Cela ne prendrait pas long avant que Gabrielle ne se retrouve seule, elle en était certaine. Elle avait fini par devenir la charge qu'elle avait craint de devenir. La crainte la submergeait. Elle erra sans but à travers les rues d'Athènes, effrayée de retourner dans la chambre, effrayée que Xena soit partie. La plus grande peur de Gabrielle était que Xena l'abandonne, même si elle savait que la guerrière n'avait aucune raison de rester. En jetant un coup d'œil sur le ciel, Gabrielle réalisa qu'il était tard. Elle regarda autour d'elle pour prendre ses repères et retourna vers la maison d'Hippocrate, s'attendant à ce que Xena soit partie depuis longtemps.

Calliope entra dans son temple et rencontra sa prêtresse, Milaas. Quelques minutes plus tard, une muse très en colère partait à la recherche du Dieu de la Guerre.

Gabrielle ouvrit la porte de la chambre. Il faisait noir à l'intérieur et seules les braises du feu mourant donnait quelque lueur à la pièce. Sur la pas de la porte, elle vérifia si ses affaires étaient toujours là. La faible lumière ne permettait pas de voir quoi que ce soit. Elle fit un pas en avant. Les fontes étaient toujours là. Ses yeux tombèrent sur le chakram posé sur la table. Si le chakram était là, alors…

Xena surgit de derrière la porte, la referma d'un coup de pied. Avant que Gabrielle ne puisse réagir, la guerrière l'attrapa par les poignets et la repoussa contre la porte. La barde se débattit, mais Xena était trop forte. "Non ! " grogna Xena en pressant les bras de la barde contre la porte. Elle appuya les six pieds de son corps contre celui plus petit de Gabrielle, la clouant sur place. "Calme-toi, je ne vais pas te faire de mal," dit Xena, mais elle continua à l'emprisonner contre la porte. La guerrière bougea la tête de façon à ce que sa bouche soit près de l'oreille de Gabrielle. Elle sentit les muscles de Gabrielle se détendre légèrement et elle relâcha un peu sa prise, la maintenant juste assez pour garder la barde en place. Xena inspira plusieurs fois pour se calmer. "Est-ce que tu sais à quel point j'étais inquiète à ton sujet ? Je ne savais pas où tu étais ou si tu étais blessée." Les mains de Xena commencèrent à parcourir les bras de la barde, comme pour vérifier qu'elle était bien là. "J'ai si peur pour toi, Gabrielle. Tu plonges dans un abîme de désespoir d'où je ne peux te retirer. Ca me tue de te voir souffrir autant. Je me sens si inutile." Xena pressa sa joue contre celle de Gabrielle, ses lèvres touchaient presque l'oreille de la barde. "Promets-moi. Je ne peux pas vivre sans toi, Gabrielle. Ca fait trop mal."

Gabrielle était encore plus perdue. Elle s'était attendue à ce que Xena soit partie et l'ait abandonnée. Pourtant Xena était là et la suppliait de rester. Gabrielle mit ses bras autour de la taille de Xena et la serra contre elle. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle était sûre que Xena la voulait autour d'elle.

Xena sentit les bras tendres de la barde entourer sa taille et la serrer. Elle fit un pas en arrière et plongea dans les yeux pers qu'elle aimait. "Tu promets ?" Hochement de tête. Xena sourit. C'était la première réaction positive qu'elle recevait de la barde depuis des jours. Elle se pencha et l'embrassa sur la joue. Elle prit la main de la barde et la conduisit à la table en lui faisant signe de s'asseoir. "Gabrielle, nous ne pouvons pas continuer comme ça." Hochement. "Bon, voyons…" Xena choisit avec soin ses mots. "Discutons." Gabrielle se permit l'ombre d'un sourire pour montrer qu'elle avait compris l'allusion. "Où es-tu allée ?" Gabrielle indiqua le parchemin qu'elle avait laissé pour Xena. "Je sais, le temple, mais lequel ? Je t'ai cherchée dans toute la ville." Xena fixa le feu mort."Je me faisais du souci, Gabrielle. J'ai pensé que tu étais partie." Ses dernières paroles avaient été dites si doucement que la barde faillit ne pas les entendre. Elle posa la main sur le bras musclé de Xena. La guerrière détourna les yeux du feu et les plongea dans les yeux pers. "Je sais que tu ne voulais pas m'inquiéter." Gabrielle forma le mot 'Désolée' avec sa bouche. "Ca va, maintenant." Xena prit une profonde inspiration et reprit ses airs de 'Prenons le taureau par les cornes.'

"Voyons nos options." Xena jeta un coup d'œil autour d'elle. "Gabrielle, où sont tes manuscrits ?" L'Amazone baissa la tête. Elle était si heureuse que Xena ne l'ait pas abandonnée qu'elle avait oublié son voyage aux temples. "Gabrielle, qu'est-ce qu'il leur est arrivé ?" Xena regarda Gabrielle réfléchir à une explication. "Okay, voyons, je vais poser des questions et tu me diras si c'est juste ou faux." Acquiescement. "Bien." Xena réfléchit un moment. "Est-ce qu'on te les a pris ?" Dénégation. "Est-ce que tu les as donnés à quelqu'un ?" Acquiescement. "Tu as donné tes manuscrits ?" Acquiescement à contre-cœur. Xena se concentra sur sa respiration en se forçant à rester calme. "Gabrielle, ces manuscrits sont tes biens les plus précieux. Qu'est-ce qu'il t'a pris de les donner ?" Gabrielle releva la tête pour regarder Xena. Elle indiqua sa bouche du doigt. "Je ne comprends pas, Gabrielle. C'étaient tes histoires, tes rêves, tes chants. Je ne les ai même pas tous entendus." Xena ne pouvait cacher la peine que cela lui faisait. "Tu as perdu la voix et tu te débarrasses de tes histoires, mais quel est le lien ?" Dénégation violente. "Tu ne t'en es pas débarrassée ?" Acquiescement. "Il y a quelque chose que je n'ai pas suivi." Xena se redressa sur sa chaise et se frotta les yeux. En regardant autour d'elle, elle se rendit compte à quel point il faisait sombre. Elle se leva et alluma plusieurs bougies. Cela allait prendre du temps.

"Okay, essayons autre chose. Où est ta plume ?" demanda-t-elle en se rasseyant à la table. Gabrielle prit le parchemin et le montra du doigt. "Tu as donné aussi ta plume?" Xena commençait à perdre patience à nouveau. "Quelque chose d'autre ?" demanda-t-elle sèchement. Gabrielle fit le mouvement de tremper la plume dans l'encre. "L'encre aussi ?" Xena roula des yeux. "Gabrielle, comment est-ce que je suis supposée communiquer avec toi ?" Gabrielle regarda vers le bas à nouveau. "D'accord. Nous parlerons de ce qui manque plus tard." La barde releva la tête, reconnaissante du changement de sujet. "Quel temple as-tu visité ?" Xena reçu un regard froid pour sa question. "Quoi ?" Elle feignait l'innocence. "Je ne parle pas des manuscrits." Gabrielle haussa les épaules en signe de résignation. Elle montra à nouveau le parchemin. Elle attendit une minute pour savoir si Xena comprenait, en vain. Une expression exaspérée sur la visage, elle montra à nouveau le parchemin, puis en direction du Mont Olympe. "Le dieu de…" Gabrielle indiquait toujours frénétiquement le parchemin, puis fit semblant d'y écrire. "Calliope ?" Xena fut récompensée par un sourire soulagé de la barde. "Tu es allée au temple de Calliope ?" Acquiescement et sourire. Xena se perdit dans ses pensées un instant. Ses yeux s'agrandirent et elle se pencha vers Gabrielle. "Tu as laissé tes manuscrits dans le temple de Calliope, c'est ça ?" Gabrielle regarda l'âtre froid et hocha la tête légèrement. Xena essaya de penser aux raisons qui avaient poussé Gabrielle à agir ainsi. "Gabrielle… regarde-moi… Est-ce que tu as laissé tes manuscrits là-bas parce que tu pensais que la Muse était fâchée contre toi ?" Acquiescement. Ses yeux commençaient à briller. "Tu crois qu'elle t'a pris ta voix ?" Gabrielle regarda la table et les larmes commencèrent à couler. "Gabrielle, je dois bien admettre que je n'en sais pas beaucoup sur les muses, mais je n'ai jamais entendu dire qu'elles étaient méchantes envers leurs fidèles. Et quand bien même, pourquoi t'en vouloir ?"

Gabrielle haussa les épaules alors que la culpabilité refaisait surface. Elle ne savait pas pourquoi Calliope était si fâchée contre elle. Elle n'arrivait pas à se souvenir d'avoir fait ou dit quoi que ce soit qui ait pu fâcher la déesse. C'était ce qui était insupportable. Elle sentit les bras musclés de Xena l'entourer. "C'est bon, Gabrielle. Nous ne sommes pas obligées d'en parler encore." Gabrielle releva la tête et regarda la guerrière. La barde porta la man devant son visage et bougea les mains en imitant des mots, tandis que sa tête bougeait de droite à gauche. Xena prit un certain temps pour comprendre. Elle roula ses yeux bleus. "Je suis désolée, Gabrielle. Tu sais que je ne suis pas si bonne que ça avec les mots." Gabrielle se força à sourire pour le plaisir de Xena. Toute cette histoire devait avoir été dure pour elle, pensa la barde. Elle se sentait encore plus coupable d'avoir blessé Xena que de ne pas savoir ce qui avait fâché la déesse et cela lui pesait sur la cœur. Xena était fatiguée de jouer aux cent questions. "Gabrielle, reposons-nous. Nous en parlerons demain." La jeune barde accepta, heureuse que les questions cessent.

Calliope arriva en furie dans le royaume d'Arès. "Ah, ma chère tante Calliope, comment vas-tu, ma chère ?" Il se baissa pour l'embrasser sur la joue et reçut une gifle. Il se recula et leva le bras, prêt à exprimer la colère d'un dieu de la guerre, puis il se souvint de la personne avec qui il était. Héra ferait de lui un mortel ou pire, s'il osait frapper sa sœur. Il abaissa rapidement sa main. "Qu'est-ce qui t'amène dans mon royaume, ma chère ?"

"Tu sais très bien pourquoi je suis ici !" Il recula devant cette femme furieuse. Ses traits de grand-mère s'étaient fondus en un masque dur. Ses cheveux d'argent étaient maintenant d'un gris métallique."Qu'as-tu fait à ma Gabrielle ?"

"Mais qu'est-ce qu'elle a, cette fille ?" grogna-t-il de mauvaise humeur. "Y a-t-il quelqu'un sur le Mont Olympe qui n'est pas berné par le charme de cette sale môme ?" Il faisait les cent pas en essayant de rassembler ses pensées. Il s'était tellement inquiété de ne pas impliquer Artémis dans ses plans qu'il avait complètement oublié Calliope.

"Enlève ce que tu lui as fait. Rends-lui sa voix." Calliope avait l'air sérieuse, mais intérieurement, elle était nerveuse. Son neveu n'allait pas la combattre.

"Je ne pense pas, non." Il renifla. "Tu ne peux pas intervenir dans ce qu'a fait un autre dieu. Tu n'as pas le pouvoir de m'obliger à rendre sa voix à cette petite môme." Un sourire diabolique jouait sur ses lèvres. "Mais je pourrais lui donner une voix de poulet."

"N'y pense même pas," l'avertit Calliope. Elle connaissait les règles aussi bien que lui. "J'élève une protestation contre tes agissements envers elle. Tu ne peux rien lui faire d'autre jusqu'à ce que je retire ma protestation, et je ne le ferai pas tant que tu ne lui redonnes pas sa voix."

"Oh, peut-être que je la lui rendrai un jour," la titilla-t-il. "Je n'en veux pas. Je veux que Xena revienne."

"Qu'est-ce qui te fait penser qu'enlever la voix de cette pauvre enfant te rendra Xena ?"

"Ma chère Calliope, tu passes trop de temps à lire des manuscrits. La seule chose qui empêche Xena de revenir vers moi, c'est cette môme infernale. Si Xena l'abandonnait, il ne faudrait qu'un peu de temps pour qu'elle rejoigne mes rangs."

"Et si Xena ne l'abandonne pas ?"

"Elle le fera. Tôt ou tard, elle le fera. Tu vois, ma princesse guerrière est amoureuse de cette petite fermière. C'est chaque jour un peu plus dur de tenir en échec ses sentiments pour elle. Le stress finira par être trop fort et elle partira loin de cette carpe." Il sourit à son jeu de mots.

"Et si elle reconnaît son amour devant Gabrielle ?" Calliope ne comprenait pas pourquoi quelqu'un ne reconnaîtrait pas volontiers son amour pour la jeune mortelle. Son cœur était si pur, si libre. On savait bien pourquoi Artémis l'avait choisie pour conduire les Amazones.

 

"Elle ne le fera pas." Le petit sourire satisfait revint sur son visage. "Tu vois, Xena a de nombreux talents, mais parler de ses sentiments n'en est pas un." Il tournait autour de Calliope, l'encerclant comme un vautour. "Ce n'est pas elle qui va commencer ce genre de discussion. Elle attendra que la barde lui parle en premier."

"Et elle ne le fera pas sans sa voix," dit doucement Calliope.

"T'as raison, ma chère tante. T'as raison. Ca finira par être trop dur à supporter pour Xena et elle reviendra en courant vers moi."

"Mais si elles se disent leur amour l'une à l'autre, tu perds," dit la muse d'un ton pensif. Arès la regarda en essayant d'imaginer ce que la vieille chauve-souris pensait.

"Si elles s'avouent leur amour, alors je rendrai sa voix à la petite salope." Il était sûr que la barde ne trouverait pas le moyen d'exprimer son amour. C'était une barde, après tout. Ils parlent de leurs sentiments, et sans sa voix, elle était désarmée.

"Tu devras rendre sa voix à Gabrielle et donner ta parole que tu les laisseras seules." Elle se recroquevilla légèrement quand Arès grogna et grandit en taille, la surplombant.

"N'essaie pas de négocier avec moi, vieille femme !"

"Arès... si tu es convaincu qu'elles ne peuvent pas s'avouer leur amour, alors tu ne devrais pas avoir de problème à être d'accord." Calliope se forçait à garder sa voix au même niveau. Elle regarda Arès redevenir une silhouette moins menaçante.

"J'adore un bon pari, ma bonne tante." Il gloussa doucement. "Ca marche."

"Pas de triche, Arès," le prévint-elle, en sachant bien qu'il devait honorer son pari. "Pas d'interférence d'aucun dieu sous n'importe quelle forme, c'est bien clair ?"

"Tant que c'est clair pour toi aussi, ma chère. Pas de contact du tout. Tu n'as même pas le droit de leur dire que ce n'est pas toi qui lui en veux." Arès rit diaboliquement en pensant à la situation fâcheuse de la muse. "Tu n'as pas d'autre choix que de la laisser penser qu'elle a fait quelque chose de mal. Peut-être que sa culpabilité la rendra folle pour moi, hein ?" Le rire démoniaque d'Arès retentissait encore aux oreilles de la muse alors qu'elle quittait son royaume.

Gabrielle se réveilla en sentant l'odeur du petit déjeuner. "Bonjour. Le petit déjeuner est encore chaud." N'ayant pas mangé le jour d'avant, l'estomac de la barde grogna en sentant la viande fraîche cuite à la perfection. Xena ne put s'empêcher d'étouffer un gloussement incongru. En voyant Gabrielle froncer les sourcils, Xena essaya de s'expliquer. "Je suis désolée, Gabrielle. C'est juste que…" Elle succomba à un nouvel accès. "C'est juste que j'ai oublié à quel point ton estomac… pouvait être bruyant. Je suis sûre que ça peut faire un bon message. Gabrielle essaya de réprimer son sourire, mais Xena la vit et lui retourna son sourire. "Allez, nourrissons-le avant qu'il ne grogne à nouveau." Gabrielle fit une petite grimace en se dirigeant vers la table. Xena aurait donné son dernier dinar pour le revoir.

Après le petit-déjeuner, elles travaillèrent à d'autres signaux manuels et décidèrent de faire un tour en ville. En marchant, Gabrielle prenait des repères visuels et sonores avec ses sens de barde, mémorisant autant de détails qu'elle pouvait pour une prochaine histoire. Elle s'arrêta quand elle réalisa ce qu'elle faisait. Elle n'allait plus être capable d'écrire d'autres histoires. Elle y réfléchit quelques instants avant que la chaude journée d'automne et Xena à ses côtés ne la ramènent à une meilleure humeur.

En tournant vers l'ouest de la ville, elles arrivèrent devant une lignée d'auberges. Gabrielle remarqua deux Amazones entrer dans l'une d'elles. Une petite gravure de bois montrant une double hache pendait d'un poteau. Se souvenant des dinars qu'elle avait en poche, Gabrielle tira sur le bras de Xena et indiqua l'auberge. "Quoi ? Oh, l'auberge ? Gabrielle, nous ne..." Xena s'arrêta quand elle vit les dinars que tenait Gabrielle. "Où est-ce que tu… oh, laisse tomber. Je suis sûre que je ne veux pas savoir." Xena regarda l'auberge que la barde montrait frénétiquement. Elle revint vers Gabrielle et haussa un sourcil. "Tu veux aller là-dedans, ma petite barde ?" Un hochement de tête animé. Xena gloussa. "Tout ce que tu veux, Gabrielle, tout ce que tu veux." Cela risquait de devenir intéressant, effectivement, pensa Xena en elle-même, tandis qu'elles se dirigeaient vers l'auberge. Cela allait même devenir plus intéressant que Xena ne pensait.

Gabrielle tendit la main vers la poignée de la porte et sentit le bras musclé de Xena attraper le sien. "Laisse-moi passer en premier et m'assurer que c'est sûr." Les yeux pers étincelèrent d'indignation et de colère. Ses mains commencèrent à bouger dans les airs alors que ses lèvres silencieuses lançaient une tirade de paroles muettes à la guerrière. "Okay, okay." Xena leva les mains en signe de défaite. "Toi d'abord." Elle fit un geste du bras devant elle, montrant la porte. "J'essaie juste de te protéger, Gabrielle," dit-elle alors que la barde passait devant elle. Gabrielle s'arrêta et tourna la tête pour regarder la fière guerrière. 'Toujours à me protéger,' pensa la barde en forçant un petit sourire sur ses lèvres à l'attention de Xena.

----