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Le sacrifice d'une reine

Chapter Text

Cette histoire a été la première des histoires ALT (c'est comme cela qu'on définissait les fanfics représentant des personnages non hétéros en 1997 à la création de cette histoire) sur le web à parler de viol et du personnage de Gabrielle.
Lisez bien les avertissements.
De BL Miller, l'auteure : J'ai écrit cette histoire dans le but d'aider les personnages à dépasser le traumatisme et à les aider à guérir, puis de leur ré-apprendre à vivre et à aimer. Je ne m'attendais pas aux réactions que j'ai reçues en, en vérité, j'ai hésité à la poster. Mais je suis heureuse aujourd'hui de l'avoir postée. C'est un sentiment merveilleux de savoir qu'une histoire que j'ai écrite a touché tant de femmes ces dernières années. Cette histoire a reçu un Eddie Award sur la Tom's Xena Fan Fiction page et a été recommandée par des groupes de femmes survivantes d'abus sexuels.

 

LE SACRIFICE D'UNE REINE
Par BL Miller
- 1997 -

Traduction de Fausta88.

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AVERTISSEMENT 1 : Les caractères de Xena, Gabrielle, Argo, etc. sont la propriété de MCA/Universal. Je ne fais que les emprunter pour un instant. Sans intention d'infraction. Le reste de l'histoire m'appartient et j'en détiens les droits d'auteur. Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans mon consentement, est illicite. On peut me contacter à cette adresse : BMiller@banet.net

AVERTISSEMENT 2 : ***DANGER VIOLENCE SEXUELLE *** Cette histoire contient des scènes de viol, concernant tout spécialement Gabrielle. Si cela vous dérange ou vous gêne, merci de ne pas lire l'histoire. Bien que les scènes ne soient pas décrites explicitement, elles sont suffisamment détaillées pour que certaines personnes se sentent mal à l'aise. Cette histoire a été écrite avant les événements de la troisième saison.

AVERTISSEMENT 3 : Cette histoire contient des scènes d'amour entre deux femmes. Si cela vous gêne, ou si vous avez moins de 18 ans, alors ne la lisez pas. Sinon, j'espère que vous l'apprécierez.

NOTE DE L'AUTEUR : J'aimerais remercier toutes les personnes qui ont pris la peine de m'écrire à propos de ces histoires. Le nom de certains personnages est ma façon de les remercier de leur gentillesse.

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Le chaud soleil de l'été ne faisait rien pour améliorer l'humeur des deux femmes. La poussière de la route collait à la peau de Gabrielle, se mélangeait à la transpiration pour former une pellicule granulée sur son corps. Bien qu'elle supportât la chaleur mieux que sa jeune compagne, Xena ne souhaitait qu'une rivière fraîche pour y sauter. Ses vêtements en cuir collaient à son corps, irritant sa peau bronzée. Des gouttes de sueur coulaient le long de son visage, de sa nuque, sous ses seins, entre ses jambes et là où ses cuisses touchaient la selle. L'inconfort ne servait qu'à rendre plus agressives leurs chamailleries. Malgré les protestations de Gabrielle, Xena avait insisté pour se mettre en route, au lieu de rester dans un village jusqu'à ce que la vague de chaleur fût passée.

"Je suis si trempée que tu pourrais tordre ma chemise." grommela la barde. Xena ne dit rien. La colère de Gabrielle l'emporta. "Tu sais, Xena, tu pourrais au moins me faire croire que tu sais que je suis là."

"Je sais que tu es là, Gabrielle." Xena garda les yeux sur la route et essaya de ravaler un commentaire acide. Il y en avait trop eu ces derniers temps.

"Hé bien, merci, guerrière de peu de mots." Les paroles de Gabrielle dégoulinaient de sarcasme.

"Par Hadès, qu'est-ce que tu veux que je fasse, Gabrielle ?" répliqua Xena. "Je ne peux rien contre la chaleur."

"Je ne t'ai pas demandé de faire quelque chose contre ça." Elle arrêta de marcher, forçant Xena à tirer sur les rênes d'Argo. "J'ai juste fait une remarque à propos de la chaleur, c'est tout. Je ne t'ai pas demandé de faire quelque chose !"

"Gabrielle, si je pouvais faire quelque chose pour que tu te sentes mieux, je le ferais." Xena passa ses doigts dans ses cheveux, espérant ne pas avoir déclenché une autre discussion. Il faisait bien trop chaud pour se disputer.

"Je sais ça, Xena !" Gabrielle reprit sa marche, sa colère se voyait dans ses pas. "Ca ne te tuerait pas de me montrer un peu de considération. C'est tout."

"Gabrielle, je-"

"Je ne veux pas entendre ça, Xena. Pas maintenant. Je suis malade de devoir mendier un peu d'attention de ta part." Elle ne pensait pas laisser échapper cette dernière phrase, mais elle était là, flottant en l'air autour d'elles comme un brouillard. Il n'y avait plus moyen de la retirer. "Allons simplement où nous devons aller." Ses enjambées devinrent plus longues et plus décidées. Xena regarda l'Amazone en colère avant de faire signe à Argo de continuer. Ces disputes arrivaient bien trop souvent pour que seuls le temps ou son mutisme habituel en fussent la cause. Quelque chose ennuyait Gabrielle, Xena en était sûre. Mais elle ne savait pas comment parler à son amie sans déclencher une autre discussion. Perdues dans leurs pensées, les deux femmes continuèrent le long de la route peu fréquentée.

"Je vais m'occuper d'Argo et chercher quelque chose pour le dîner." dit Xena en enlevant les couvertures et les sacoches. "Fais le feu."

"Ce n'est pas ce que je fais tout le temps ?" La voix de Gabrielle n'était pas espiègle. Xena essaya de se rappeler la dernière fois que la barde l'avait taquinée ou avait plaisanté. Cela faisait longtemps. Elle conduisit Argo un peu plus loin et commença à la brosser.

"Pourquoi est-ce que je ne peux pas lui parler, Argo ?" Xena poursuivit son monologue en s'occupant du cheval. "Tout ce que je dis l'énerve. Si je ne le savais pas, je dirais que c'est sa période dans le mois." Son esprit revint aux dernières paroles qu'elles avaient échangées, il y avait des chandelles de cela sur la route. "Qu'est-ce qu'elle veut dire par mendier mon attention. Je fais attention à elle, non ?" Elle s'arrêta de brosser et flatta de la main le cheval. "Je ne sais pas quoi faire, Argo. Quelque chose l'ennuie, je le sais. Mais je ne sais pas quoi." Réalisant qu'elle n'avancerait pas de ce côté-là, Xena partit attraper le dîner.

Tout comme elle l'avait fait pendant leurs repas des quatre derniers jours, Gabrielle mangea rapidement puis se plongea dans ses parchemins sans avoir échangé plus de deux mots avec Xena. De temps en temps, elle levait la tête, notant que Xena non plus ne disait rien. La guerrière était occupée à polir son armure et à aiguiser son épée. Une colère soudaine s'empara de Gabrielle. Elle roula en boule le morceau de parchemin auquel elle travaillait et le jeta dans le feu. Xena stoppa ses mouvements avec la pierre à aiguiser et regarda la barde. "Je vais faire un tour." marmonna Gabrielle en s'emparant de son bâton. Elle partit en tempête. Elle ne vit pas la peine dans les yeux bleus de Xena.

Xena était prête à partir à la recherche de la barde quand Gabrielle finit par retourner au camp. Une chandelle passée à battre les arbres n'avait rien fait pour la débarrasser de la frustration qu'elle ressentait. Sans dire un mot, elle s'allongea sur ses couvertures et regarda la nuit étoilée.

"Gabrielle ?"

"Quoi." Son ton indiquait la colère et quelque chose d'autre que Xena n'arrivait pas à identifier.

"Tu veux en parler ?"

"Il n'y a rien à dire, Xena. Il faut simplement que je résolve ça moi-même." C'était vrai. Elle devait trouver un moyen de cacher ses sentiments.

"Pourquoi est-ce que je ne peux pas t'aider ? Gabrielle, nous avons toujours été capable de résoudre les choses ensemble avant cela."

"Il n'y a rien que toi et moi pouvons résoudre, Xena. Il faut que je le fasse moi-même. Je ne suis pas aussi bonne que toi pour cacher mes sentiments. Donne-moi du temps, je vais résoudre ça." Elle dit cela sans croire un seul moment ses propres paroles. Les sentiments avec lesquels elle se battait menaçaient de la submerger à chaque fois qu'elle était proche de Xena. Comment pouvait-elle lui dire que chaque fois que Xena la touchait, un frisson la parcourait ? Comment pouvait-elle lui dire que, nuit après nuit, elle rêvait qu'elle faisait l'amour à la princesse guerrière ? Non, elle ne pouvait pas partager ces pensées et ces sentiments. Elle devait vivre avec eux.

Xena regardait la barde endormie, s'étonnait de ce qui la tourmentait tant. Elle essaya de se rappeler à quel moment cette étrange humeur avait commencé. Il semblait n'y avoir aucune raison aux éclats de Gabrielle, tout ce que Xena disait ou faisait semblait provoquer une explosion. Gabrielle était-elle fatiguée de voyager ? Voulait-elle la quitter ? Xena secoua la tête, essayant de se débarrasser de cette pensée. Elle ne pouvait pas imaginer de ne pas avoir Gabrielle dans sa vie. Les histoires lui manqueraient, les bavardages sans fin, les gentilles caresses qui réconfortaient. En la regardant, Xena pensa que cela faisait bien longtemps que Gabrielle ne l'avait touchée, ne l'avait serrée dans ses bras, ne s'était même assise près d'elle. Gabrielle gardait une distance physique entre elles, réalisa-t-elle. Peine et tristesse envahirent la guerrière normalement si stoïque quand elle comprit que Gabrielle le faisait par choix. La seule personne de sa vie à qui Xena faisait confiance et qu'elle aimait plus que tout, la rejetait.

Le jour suivant fut pire encore. L'humidité fut insupportable dans la matinée, puis une pluie chaude leur tomba dessus dans l'après-midi. Elle trouvèrent une petite grotte et s'y réfugièrent pour échapper à la pluie torrentielle. "Nous sommes bloquées ici jusqu'à ce que la pluie s'arrête." annonça Xena. "A moins que tu ne veuilles continuer, Gabrielle." C'était plus une question qu'une constatation. A ce moment-là, Xena ne savait plus ce que voulait Gabrielle.

"C'est bon." répondit la barde en enlevant les sacoches et en les dépaquetant. 'Génial, tout simplement génial.' pensa-t-elle en elle-même. 'Je ne peux pas me tenir à moins de dix longueurs de bâton d'elle sans penser à la toucher et maintenant, je suis coincée dans cette petite caverne avec elle. Par Hadès, qu'est-ce que je vais faire ?" Elle ôta sa couverture de la pile et chercha l'endroit le moins dans le chemin pour l'installer, de préférable loin de là où Xena allait mettre la sienne.

'Elle ne veut même plus être près de moi.' pensa Xena, abattue. "Je vais chercher du bois pour le feu." Gabrielle ne répondit pas. Elle s'affairait avec sa couverture déjà parfaitement étendue. "Très bien." Xena fut incapable de cacher le ton blessé de sa voix quand elle se rua sous la pluie. Gabrielle regarda la silhouette qui s'éloignait. De nouvelles larmes roulèrent sur ses joues. Elle allait avoir du mal à supporter cela. Elle allait perdre Xena, que ce soit à cause de sa propre peur ou parce que Xena allait découvrir ses vrais sentiments.

Une soirée perturbante de tranquillité amena une autre nuit perturbante de tranquillité. Le seul son entre elle était le frottement de la pierre à aiguiser de Xena contre son épée. Enfin, Xena parla, en partie par colère contre le changement survenu entre elles et en partie par peur des pensées qui couraient à travers la tête de la barde. "Gabrielle, tu peux me dire ce qui ne va pas"

"Rien, Xena. Continue d'aiguiser." Gabrielle concentra son attention sur une petite tache au plafond de la grotte. Xena reposa la pierre et l'épée et fixa le feu.

"Gabrielle, est-ce que tu vas me quitter ?" Ces paroles étaient dites si doucement que Gabrielle les entendit à peine. Il y avait un ton dans la voix de Xena qu'elle n'avait pas entendu depuis longtemps, la peur. Elle se redressa sur un coude et regarda par-dessus le feu. Xena avait baissé la tête, les mains posées sur ses genoux.

"Tu veux que je te quitte, Xena ?"

"Non."

"Alors pourquoi est-ce que tu demandes ? Il y a bien une raison."

"Je ne veux pas que tu me quittes, Gabrielle."

"D'accord." Elle se recoucha sur sa couverture. Plusieurs moments passèrent avant que Xena ne reparlât.

"Gabrielle ?"

"Quoi ?"

"Est-ce que j'ai fait quelque chose qui t'a contrariée ? Enfin, je veux dire, est-ce que j'ai fait ou dit quoi que ce soit qui te fait te sentir... mal auprès de moi ?" Les mots ne venaient pas facilement à la guerrière, spécialement les mots qui lui faisaient révéler ses propres émotions. Gabrielle échappa un gloussement à l'absurdité de la situation.

"Tu n'as rien fait du tout, Xena." Elle roula de côté et ferma les yeux, espérant par là mettre fin à la conversation. Xena vit ce mouvement et resta sans bouger, essayant de recomposer ses forces pour poser la question qui la tourmentait. Cela ne pouvait pas être fait par-dessus un feu de camp. Se redressant sur ses pieds d'un mouvement fluide, Xena passa de l'autre côté et s'assit à côté de Gabrielle qui se raidit visiblement de sa proximité.

"Si je n'ai rien fait, Gabrielle, alors pourquoi tous ces efforts pour rester loin de moi ?"

"Je ne peux pas en parler, Xena. Laisse tomber."

"Non. Nous avons besoin de parler de ce qui arrive, Gabrielle. Ça ne peut pas continuer comme ça, toute cette hostilité et cette colère. Tu ne me parles plus, tu ne partages plus tes sentiments, par Hadès, tu ne me touches même plus et quand tu le fais, on dirait que ça te fait mal. Gabrielle, si j'ai fait ou dit quelque chose qui t'a contrariée, je t'en prie, il faut que tu me le dises."

"Ce n'est pas toi, Xena, c'est moi. C'est quelque chose qu'il faut que je surmonte moi-même." Elle enfonça sa tête dans la couverture, essayant d'échapper à une autre conversation. Xena resta là un moment à décider quoi faire. Elle ne comprenait pas pourquoi Gabrielle ne lui demandait pas de l'aide pour le problème qui la dévorait. Elles avaient toujours été si proches. Mais Gabrielle continuait à dire qu'elle n'avait rien fait de mal, alors pourquoi la barde ne la mettait-elle pas au courant ? Comprenant bien qu'elle n'aurait pas de réponse ce soir-là, Xena retourna de son côté du feu.

Gabrielle regarda la silhouette endormie et immobile dans la grotte. C'est mieux de cette façon, pensa-t-elle. En faisant bien attention à rester silencieuse, elle s'éloigna à pas de loup. Elle préférait ne pas être dans les parages quand Xena se réveillerait et trouverait sa note.

Xena se réveilla avec le sentiment que quelque chose clochait. D'un coup d'œil, elle vit le feu mort, Argo et ses armes. Gabrielle manquait, mais sa couverture était toujours là. Xena remarqua la pièce beige de parchemin pliée soigneusement sur la couverture. Les mains tremblantes, elle lut la note.

"Xena,
J'aurais souhaité qu'il y ait une façon de te dire ce que je ressens, mais il n'y en a pas. Cela fait longtemps que j'ai réalisé que je t'aime plus que tout au monde. Tu es la première chose que je vois quand je me réveille et la dernière que je vois quand je ferme les yeux. Je ne sais pas quand mes sentiments pour toi ont changé, je sais simplement qu'ils ont changé. Je ne peux plus continuer à dormir en sachant que tu es tout près de moi. Tu pourrais aussi bien être à des lieues, vu la souffrance que cela me cause. Je te désire, corps et âme, et de savoir que tu ne ressens pas la même chose, cela me brise le cœur. Je t'en prie, sache que je t'aime et que je t'aimerai toujours.
Gabrielle"

Xena lut et relut la note, les mots se gravaient dans son âme. C'est contre cela qu'elle se battait, pensa-t-elle. Gabrielle est amoureuse de moi et elle ne pense pas que je ressente la même chose. Si seulement elle avait eu la force de m'en parler, et puis, pourquoi l'aurait-elle fait ? Bien que Xena elle-même se fût battue avec les mêmes pensées et sentiments, elle ne s'en était jamais ouverte à la barde. Se maudissant pour avoir une fois de plus caché ses sentiments à la seule personne avec laquelle elle aurait voulu les partager, Xena fit rapidement leur paquetage et partit à la recherche de la femme qu'elle aimait.

Une rapide vérification lui apprit que Gabrielle avait tout laissé derrière elle, à l'exception de son bâton. Elle n'avait même pas pris ne serait-ce qu'un peu de nourriture ou une gourde d'eau. En montant Argo, Xena se dirigea vers le village des Amazones, la meilleure place pour une jeune reine.

Gabrielle avait chaud, était affamée, fatiguée et assoiffée au moment où elle décida de s'arrêter pour la nuit. Elle trouva un arbre avec de bonnes branches robustes et y grimpa. Sans pierre à briquer, elle aurait été incapable d'allumer un feu. Xena pouvait le faire en frottant simplement des bouts de bois, mais malheureusement, c'était une des leçons auxquelles Gabrielle n'avait pas prêté attention. La place la plus sûre pour elle était en hauteur, cachée dans les arbres. Se positionnant pour ne pas tomber dans son sommeil, Gabrielle s'installa pour un repos difficile, ses rêves remplis des yeux bleu électrique de la guerrière.

Une fois réveillée, Gabrielle réalisa qu'elle n'avait que peu d'énergie pour la pêche. Elle se contenta de la faible quantité de baies et de noix qu'elle trouva près des arbres et but à même ses mains l'eau d'un torrent tout proche. Elle essaya de ne pas penser à ce que faisait Xena, sans savoir que la guerrière n'était qu'à quelques chandelles derrière elle.

Argo perdit un fer et se fendit le sabot un peu moins d'une chandelle après qu'elles eurent quitté la caverne. Jurant abondamment, Xena sauta à terre et mena son destrier au village le plus proche. Après avoir payé pour un nouveau fer, elle alla à l'écurie s'enquérir d'un endroit pour Argo. Avec un sabot fendu, il n'y avait aucune chance pour que le cheval fût capable de l'aider à retrouver Gabrielle. Elle paya une location d'un quart de lune pour Argo et sortit du village. Elle avait été sérieusement retardée par le brusque revirement des événements. Sans Argo pour accélérer les choses, Xena allait devoir continuer à pied, réduisant à zéro ses chances de rattraper Gabrielle avant qu'elles n'atteignissent le village des Amazones.

Erika, Jors et Rikki marchaient le long de la route. Elles retournaient à leur village bien-aimé après une excursion à Athènes pour visiter les temples. Erika dirigeait le groupe, ses courts cheveux blonds brillaient à la lumière du soleil et une longue épée était sanglée à son dos. Jors et Rikki portaient chacune des bâtons et des dagues. Malgré leur jeunesse, la plupart des personnes rencontrées choisissaient de rester en dehors du chemin des trois Amazones en armes. Erika paraissait bien ses seize étés, grande mais en pleine croissance, le visage plein de vie. Jors avait une tête de moins que Erika, sa chevelure sombre et bouclée pendait librement sur ses épaules, encadrant son visage de quinze étés. Rikki était la plus jeune, n'en ayant que onze. Ses longs cheveux blonds étaient retenus en arrière par la tresse typique des Amazones. Elles étaient toutes trois excitées de ce qu'elles avaient vu pendant leur voyage et étaient impatientes d'en faire le récit aux autres filles du village. A un tournant, Erika stoppa brusquement et fut presque renversée par Jors. Quatre hommes de grande taille se tenaient près d'un chariot, l'odeur de leurs corps non lavés flottait dans l'air. Chacun des hommes était bien armé. Rikki se plaça près de Erika, aucune peur ne se lisait sur son jeune visage. Le plus grand des hommes, une énorme masse de muscles, fit un pas vers elles. "Tiens, tiens, tiens, qu'est-ce qu'on a là ?"

"On dirait de la chair fraîche d'Amazone, Gronos." dit l'homme près de lui. "Je parie qu'on en tirera un bon prix."

"Nous ne voulons pas d'histoires." dit Erika en dégainant son épée. Elle savait qu'elle était experte avec cela en main, elle l'avait prouvé de nombreuses fois à l'entraînement. Ceci allait être sa première vraie bataille.

"Hé bien, petite fille, si tu ne veux pas d'histoires, alors je te conseille de jeter cette petite épée." ricana Gronos. Se tournant vers l'homme qui avait fait la remarque, il dit "Tynuis, chope-les."

Le son d'un combat tout proche rendit vie aux pieds fatigués de Gabrielle. Elle jeta un coup d'œil à travers les buissons et vit une jeune Amazone tenter de combattre désespérément un homme qui avait facilement trois fois sa taille, pendant que deux autres filles qui semblaient encore plus jeunes faisaient des moulinets menaçants avec leurs bâtons pour garder les hommes à distance. La plus petite, une fille d'à peu près la taille de Gabrielle, fit un mouvement vers un des agresseurs sans remarquer l'homme qui se déplaçait derrière elle. Rapidement, Gabrielle quitta sa cachette dans les buissons et rejoignit ses Amazones. Dans la chaleur de la bataille, les Amazones ne remarquèrent pas Tynuis se glisser dans les fourrés pour aller derrière elles. Ce ne fut qu'au moment où Gabrielle asséna un bon coup derrière la tête de Gronos qu'elle remarqua qu'il manquait un homme. Elle n'eut pas à chercher loin. Son odeur le trahit quand il passa sa main autour de son cou, une dague se pressant sur sa peau tendre. Un Gronos groggy se remit péniblement sur ses pieds et lui jeta un regard furieux. Erika agrippa son épée plus fermement, cherchant l'occasion de secourir sa reine. Gronos la vit et rit.

"Baisse ton arme, petite fille, ou je lui passe mon épée à travers le corps." Il fit un pas menaçant vers la reine. De peur, Rikki jeta son bâton, suivie par Jors. A contrecœur, Erika baissa la pointe de son épée et la laissa tomber au sol. Il s'approcha et arracha le bâton des mains de Gabrielle, avant de la frapper à la tête avec le pommeau de son épée. Elle tomba à terre comme une poupée de chiffon.

En jetant un coup d'œil autour de lui, Gronos remarqua un des hommes gisant sur le sol, face à terre, tué par l'épée d'Erika. "Laissez-le." grogna-t-il. "Attachez-les et mettez-les dans le chariot."

Quatre Amazones guerrières furent envoyées à la recherche du trio manquant quand leur horaire de retour fut dépassé de quatre chandelles. Ephiny n'avait pas été enchantée à l'idée d'envoyer les jeunes femmes à Athènes seules, et ne l'avait fait que parce qu'elle avait confiance dans le maniement de l'épée de Erika. Maintenant qu'elles étaient en retard, elle remettait en cause sa décision.

Xena prit un raccourci à travers la forêt, ne s'arrêtant pas pour prendre du repos avant d'atteindre la lisière de la zone où patrouillaient les Amazones. Son chemin l'avait conduite loin de la route où le cadavre et les bâtons laissés à terre indiquaient qu'il y avait eu bataille. Un cri d'oiseau résonna, auquel elle répondit. Un court silence suivit avant qu'elle ne sentît la présence de quatre guerrières l'encercler. Xena garda les mains ouvertes et loin de son corps, montrant par là qu'elle ne leur voulait aucun mal. Eponin traversa les buissons et apparut devant elle. "Xena, que fais-tu ici ? Où est Gabrielle ?"

"Elle n'est pas là ?" Xena savait que la piste qu'elle avait trouvée le jour précédent était celle de Gabrielle et elle savait qu'elle se dirigeait dans cette direction.

"Pas signe d'elle. L'équipe de recherche est peut-être tombée sur elle."

"L'équipe de recherche ?"

"Nous avons trois jeunes filles qui ne sont pas revenues d'Athènes. Ephiny a envoyé une équipe de recherche pour les retrouver. Gabrielle les a peut-être trouvées."

"Peut-être" dit calmement Xena.

"Viens, Ephiny voudra savoir que tu es là." Eponin guida la guerrière à travers la forêt et jusqu'au village.

Trois chandelles plus tard, ce fut une équipe de recherche la mine sinistre qui revint, portant trois bâtons et une épée. Sur le dos d'un cheval le cadavre d'un homme avait été jeté. Xena, Ephiny et Eponin les rencontrèrent aux portes.

"On l'a trouvé sur la route. Les bâtons et l'épée étaient tout près." dit l'Amazone en tendant les armes à Ephiny. Xena attrapa le bâton familier.

"Gabrielle." murmura-t-elle. Les marques du bâton qui désignaient la reine étaient caractéristiques. Xena leva les yeux sur la guerrière. "Où l'as-tu trouvé ?"

"A deux chandelles d'ici, sur la route principale. Il y a des traces de chariot qui partent du lieu de la bataille. Deux de nos pisteuses les suivent maintenant.

"La personne qui a pris les filles a aussi notre reine." dit Ephiny. "Rassemble toutes les guerrières dont nous aurons besoin, nous devons les trouver."

Gabrielle gardait les yeux fermés, faisant semblant d'être toujours inconsciente. Xena lui avait appris ce truc. Elle sentit les mouvements du chariot vers la route poussiéreuse. En combattant son mal de tête, elle se souvint peu à peu de ce qu'il s'était passé. Elle ouvrit les yeux et vit trois filles totalement terrifiées. "Ma Reine." dit Rikki en essayant de se rapprocher de la barde blessée.

"Chut." murmura Gabrielle. Ses mains étaient liées derrière elle par un nœud inconnu. Elle sentit un autre lien autour de ses coudes pour empêcher toute pensée de fuite. En revenant aux Amazones, elle remarqua qu'elles aussi étaient attachées de la même façon. Elle jeta un coup d'œil dans le chariot. Il y avait plusieurs balles de foin sur lesquelles les filles étaient assises. Le chariot était couvert pour mieux les dérober aux regards des passants. Elle concentra son attention sur la plus jeunes des filles. "Quel est ton nom ?"

"R-Rikki. Voilà Jors et Erika." dit-elle en désignant les autres filles prisonnières. "Nous revenions d'Athènes."

"Tout va bien, maintenant. Essaye de te détendre. En ce moment, les Amazones vous ont portées manquantes et elles ont sans aucun doute envoyé quelqu'un à votre recherche. Ce n'est qu'une question de temps avant que nous ne soyons sauvées." Les élancements dans sa tête ne faisaient qu'empirer. "Rikki, quel est l'état de ma tête ?"

"Je ne peux pas dire, il y a trop de sang." Les lèvres de la jeune fille tremblèrent. "Je suis désolée."

"Chut." Gabrielle essaya son regard le plus réconfortant. "Tout va très bien aller. Je suis avec vous et les autres Amazones sont en chemin. Faisons en sorte de ne pas mettre en colère nos preneurs d'otage avant que les secours n'arrivent. D'accord ?" Elle se tourna vers la plus âgées du trio. "C'est toi Erika, n'est-ce pas ?" La fille hocha la tête. "C'était du plutôt bon travail avec l'épée. Ta mère doit être fière de toi." L'Amazone rayonna sous le compliment de sa reine.

"J'ai fait ce que je pouvais, ma Reine. Je pense que j'en ai tué un." Quelque chose à l'intérieur de la barde la fit tressaillir à la pensée d'une aussi jeune personne forcée de prendre une vie.

"C'est ta première fois ?" L'Amazone inclina la tête. "Erika, écoute-moi bien. Je sais que tu as fait ce que tu avais à faire pour te protéger, toi et tes sœurs Amazones. Peut-être que tu ne le sens pas maintenant, mais un jour, le fait d'avoir pris une autre vie te frappera sauvagement. Quand cela arrivera, ne le combats pas. Si tu as besoin de pleurer, fais-le." dit-elle comme si elle lisait les pensées de la jeune fille.

"Ma Reine, as-tu déjà pris une vie ?"

"Non, pas moi, mais j'ai vu des vies que l'on prenait. Ce n'est pas un beau spectacle, peu importe la raison. Tu pourras avoir des cauchemars après ceci. Si tu en as, je t'en prie, pour ta propre santé, trouve quelqu'un de confiance pour t'asseoir et parler avec lui. Exprimer tes sentiments t'aidera à soulager ta peine." Le chariot s'arrêta brusquement. "Ecoutez, tout le monde reste tranquille et me laisse parler. Peu importe ce qui arrive, rappelez-vous que les secours sont en route et n'essayez pas de jouer au héros." Elle destinait ce dernier commentaire à Erika.

Gronos passa du devant du chariot à l'arrière. Il repoussa la bâche et fixa les quatre Amazones. "Vous feriez mieux d'apprendre à fermer vos gueules ou je les fermerai pour vous!" Gabrielle fit un signe et baissa la tête. Les autres Amazones suivirent son exemple. Elle savait qu'il valait mieux faire ce qu'il disait pour l'instant plutôt que de risquer qu'elle-même ou les autres filles fussent blessées. Il grommela quelque chose à propos de salopes bavardes avant de remettre en place la bâche et de retourner à l'avant du chariot.

Avec des chevaux frais, Xena et Eponin rejoignirent le groupe de guerrières assemblées à la porte Nord. Les pisteuses avaient rapporté que le chariot se dirigeait vers l'est, vers la côte. Les mères des filles portées disparues se tenaient à la porte, folles d'inquiétude. Elles n'étaient pas les seules. Xena s'était littéralement rendue malade d'inquiétude pour Gabrielle. Elle savait qu'un chariot rempli de jeunes femmes qui se dirigeait vers la côte ne pouvait signifier qu'une chose, des marchands d'esclaves. Bien que Ephiny voulût les accompagner dans la mission de secours, ses devoirs de reine par intérim lui commandaient de rester dans le village. "Eponin, il faut qu'on les rattrape avant qu'ils n'arrivent à la côte." L'Amazone acquiesça. "Hiyah." Xena poussa le cheval en avant, commençant ainsi le voyage, les Amazones sur ses talons. En tant qu'Amazone de grade le plus haut, Eponin était censée diriger tout. Cependant, après avoir vu le regard dans les yeux de Xena quand le bâton de Gabrielle avait été trouvé, l'Amazone décida de laisser la guerrière prendre les commandes. Elle savait que Xena était une excellente pisteuse et qu'elle ne prendrait pas de repos avant que Gabrielle et les autres filles ne fussent trouvées.

Les marchands d'esclaves firent leur camp avant le coucher du soleil. Gronos repoussa la bâche et attrapa rudement Rikki, faisant hurler de douleur la jeune fille. Gabrielle réagit sans penser. "Pourquoi ne choisis-tu pas quelqu'un de ta taille, espèce de sale brute !" dit-elle d'une voix rageuse. "Tu ne vois pas que tu lui fais mal ?" Il grogna et poussa Rikki de côté, envoyant la jeune fille s'écrouler contre le bout le plus éloigné du chariot.

"Peut-être quelqu'un comme toi ?" Il lui jeta un regard mauvais. Son haleine fétide suffoqua Gabrielle qui se félicita de ne pas avoir mangé beaucoup dans la journée. Il regarda les deux autres filles, ses yeux jaugeant leurs corps des pieds à la tête, d'un air appréciateur. "Ca m'semble assez grand pour moi. J'vais p't-être m'amuser un peu avant de vous vendre toutes les quatre, hmm ?" Il se pencha pour atteindre Jors. La fille aux cheveux foncés recula devant lui, craignant pour sa vertu.

"Non." pria Gabrielle. Il fallait qu'elle pense rapidement. "Je veux dire, si nous ne sommes plus vierges, tu ne tireras pas un aussi bon prix de nous, n'est-ce pas ?" Il parut y penser pendant un instant, puis un sourire gourmand apparut sur ses lèvres.

"Peut-être que je n'ai pas besoin d'autant d'argent. Je préfère me régaler avec de la chair fraîche que d'avoir des dinars en plus." Il continuait à regarder Jors qui fut incapable de retenir la larme qui coula sur son visage terrifié. L'esprit de Gabrielle marchait à toute vitesse pour essayer de trouver une solution.

"S'il te plaît, elles sont trop jeunes. Et si c'était ta petite sœur ?"

"Je suppose que c'est une bonne chose que je n'aie pas de petite sœur, hein ? Je l'aurais prise aussi." Il détacha sa ceinture, tendit le bras et agrippa Jors qui glapit et essaya de s'enfuir.

"Laisse-la !" cria Gabrielle en se débattant dans ses liens. Avec un grognement, il repoussa l'Amazone et retourna son attention vers la femme bavarde qui l'empêchait de s'amuser.

"Tu voudrais peut-être prendre sa place ?" menaça Gronos. Une peur intense pour elle-même s'empara de Gabrielle au moment où elle vit ses yeux se fixer sur ses seins. En voyant les yeux de biche effarée de la jeune fille en face d'elle, la Reine des Amazones sut ce qu'elle avait à faire.

'Je suis leur Reine', pensa-t-elle. 'Je me dois de les protéger, coûte que coûte. Voilà ce que je dois faire.' Elle prit une profonde inspiration. " "Si cela veut dire que tu les laisses seules." Erika et Jors la regardèrent d'un air épouvanté. Elles étaient toutes deux assez âgées pour comprendre ce qui allait se passer. Gronos regarda à nouveau Jors, essayant de décider quel était le meilleur choix. Il décida que, de toutes façons, il ne tirerait pas grand chose de la plus âgée, une trop grande gueule. Il lorgna Gabrielle.

"T'es une petite bagarreuse, toi, hein? Je parie que tu vas bien gigoter en-dessous de moi." Il gloussa d'un air vicieux en regardant fixement ses cuisses. "Ouais, j'suis sûr que tu seras vraiment bonne." Il insista sur le mot 'vraiment'. Il leva une jambe et attrapa les bords du chariot pour y monter.

"Attends !" dit Gabrielle, la panique dans la voix. Elle ne pouvait pas laisser les filles voir cela. "S'il te plaît, prends-moi dehors, loin d'elles."

"Bien sûr, il y a plus de place dehors, de toutes façons." Il tendit le bras et attrapa son bras attaché. Elle regarda rapidement les filles.

"Ecoutez-moi bien. Quoi que vous entendiez, ne sortez pas du chariot. J'irai très bien. Restez dans le chariot." Elle voulut en dire plus, mais Gronos l'extirpa de la voiture.

Il la tira par les cheveux, la forçant à marcher rapidement. Il trouva un endroit près du feu et la jeta à terre, la tête la première. Les liens mal placés qui tenaient ses mains l'empêchèrent d'amortir sa chute. L'impact lui fit perdre le souffle. Gronos sortit sa dague et coupa les cordes, gardant une poignée de cheveux dans la main. "Et maintenant, tu ne vas pas faire de bêtises, hein, salope ?" Il lui tira les cheveux jusqu'à ce qu'elle glapît.

"N-non. Ouille."

"Bien sûr que non, passe que sinon, je n'aurais plus qu'à retourner dans le chariot et m'en trouver une autre pour jouer avec elle."

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