Actions

Work Header

Where is the Bat?

Chapter Text

Il avait l'étrange sensation de tomber. C'était quelque chose qui arrivait de temps à autre, mais là c'était réellement désagréable et d’une bizarrerie sans nom. Il se tenait au bord du précipice, sa mère lui tendant la main pour qu’il la suive, qu’il vienne virevolter avec elle, dans les airs, comme s’ils volaient. En temps normal, il s’en serait donné à cœur joie, mais cette sensation qui nouait son ventre était tout sauf encourageante. Il avait un mauvais pressentiment, et il le sentait jusque dans ses os. Il savait aussi que sa mère n’allait pas rester mille ans à lui tendre la main, surtout lorsque le moindre déséquilibre pouvait les faire chuter, eux qui avaient fait le choix déraisonnable de voltiger sans filet. Il s’agissait d’un choix artistique, pour impressionner la ville monstre, et Dick le respectait, pour l’adrénaline que cela procurait, mais cette fois-ci ils s'étaient entraînés bien moins que d’ordinaire, comme si Mary et John Grayson, les Grayson volants, avaient eux aussi un mauvais pressentiment. Pourtant, ils avaient tenu à faire ce spectacle malgré tout. Un mauvais pressentiment, ça pouvait rester un simple pressentiment après tout. Il se décida enfin à tendre les bras à sa mère, et là son sourire maternel le frappa. Un instant, elle saisit ses mains, mais le jeune homme n’eut pas le temps de se lancer, elle le repoussa en arrière pendant que les craquements se faisaient entendre. Ces quelques mots furent les derniers qu’elle adressa à l’adolescent.

« Soit fort, mon fils. »

Les Grayson savaient qu’ils allaient mourir. Ça lui paraissait à présent clair dans son esprit, et encore plus lorsqu'il se réveilla en sursaut, manquant de peu de donner un coup de tête à Damian qui avait visiblement mal choisi son moment pour venir lui faire une farce. Ils étaient au manoir Wayne… C’est vrai qu’il était revenu, après ces quelques années. Il se sentait épuisé par ce sentiment si familier qui semblait l'étouffer. Bruce avait perdu son combat contre Darkshied. Le grand et puissant Batman n'était plus, alors que bien des méchants couraient encore les rues, aux heures sombres de la nuit. L’heure des chauves-souris. Mais l’heure des oiseaux de nuit aussi, malheureusement. Un instant, il se demanda ce que le jeune Wayne faisait là, habillé en Robin, et il lui jeta un regard interrogateur.

« C’est l’heure de la patrouille Grayson. Tu devrais faire quelque chose pour ton haleine. »

Il n’avait qu'à pas se placer aussi près de lui, aussi, pense-t-il en son fort intérieur avant d’enfin décider qu’il était temps de se lever. Il s’étira de tout son long, comme un lion qui serait resté endormi durant des années. Le cirque lui manquait, il le sentait bien. Et puis, rêver de la mort de ses parents ne l’aidait en rien dans son espoir d’oubli. Il se frotta doucement les yeux, fixant le jeune Robin qui était toujours devant lui, sur sa couverture, et il bailla un peu pour faire bonne mesure.

« Les enfants dorment à cette heure, à quoi est-ce que tu joues ?

- Tt.

- Oui ?

- Grayson, réveille-toi.

- Je suis parfaitement réveillé, grâce à toi. Évite les commentaires sur mon haleine à l’avenir sinon c’est moi qui viendrais te réveiller la prochaine fois. »

La baffe, il ne la vit pas partir. Par contre, il la sentit sur sa joue et ça ne lui fit pas vraiment du bien. Ça le réveilla pourtant, d’une manière trop simple pour qu’elle le soit vraiment. Devant lui se tenait des cheveux roux qui doucement caressaient son visage. C’était Barbara Gordon qui venait de réellement mettre un terme à ses babillages stupides. Il l’avait réveillée en parlant dans son sommeil, et étrangement ça ne le rassurait pas du tout. Les colères de la Batgirl pouvaient être effroyables, et ça il en avait bien conscience. Il échappa un soupir, passant une main dans ses cheveux pour tenter de les discipliner un peu. Ça faisait quelques semaines qu’il avait endossé le costume de Batman, bien contre sa volonté. Lui qui voulait voler de ses propres ailes, voilà que tout le ramenait à Gotham. Tout le ramenait à Batman, bien qu’il essaye de s’en éloigner, il savait que c'était inévitable. Il avait été le premier Robin, il serait celui qui hériterait de la cape noire. Et il en avait hérité, même s’il ne le souhaitait pas le moins du monde. Sa vie, actuellement, elle lui plaisait. En temps que Dick Grayson, que Nightwing… Bien que, maintenant qu’il y songeait, il n'était pas tellement confiant dans le fait d'être un héros. Il n’avait pas réellement finie son initiation, il se cherchait toujours. Qui était-il réellement ? Un Robin, Nightwing ou le tout nouveau Batman dont Gotham avait besoin ? D’autant plus que sa transition de Robin vers Nightwing ne s'était pas faite en douceur, Bruce avait eu du mal à accepter les choix de Dick. Donc, qu’en était-il de sa transition de Nightwing à Batman ? Il était certain que ce choix n’avait pas plu à tout le monde. Il suffisait de voir le regard noir que le dernier Robin de Batman, Timothy Jackson Drake Wayne, dardait sur Damian lorsqu’ils dînaient ensemble. C’est une vérité, il aurait pu choisir Tim, rester avec lui comme Robin, d’autant plus qu’ils s’entendaient bien. Mais ce dont manquait Dick sur le terrain se n'était pas des capacités de Tim, qui était un très bon allié pour opérer à distance. Non, ce qu'il manquait, c'était le dynamisme du duo. Batman et Robin induisait toujours qu’il s'agissait d’un duo dynamique, et le costume du Robin était aussi là pour la transition plus tard. Non pas que l’exemple de Dick était le seul, celui de Jason Todd comptait tout autant. Tim Drake était un Robin prêt pour la transition, bien qu’il ne semblait pas l’accepter pleinement, et Damian avait des choses à apprendre. À savoir, par exemple, comment travailler en équipe. C'était le premier point à travailler chez lui, il devait faire plus confiance aux autres. Quoi de mieux, pour le préparer à travailler en équipe, de le faire avec un Batman ? Bien que ça ne soit pas Bruce, il s'était juré de faire de son mieux. C'était un apprentissage comme un autre, il était persuadé que chacun en tirerait des enseignements. Et puis, ça lui permettrait aussi de garder sur lui un œil attentif, qu’il n’aille tuer personne parce que sa tête ne lui revenait pas. Enfin bref, tout ça n’expliquait pas ce rêve étrange qui ressemblait de plus en plus à une Inception . Ouais, comme dans ce fameux film avec Léonardo Di Caprio. Il avait sûrement fait une overdose, il avait besoin de prendre l’air. Doucement, il se glissa hors du lit. Pas assez doucement…

« Où vas-tu ?

- J’ai besoin de me promener un peu.

- Par ce froid ? Dick, il est 3h du matin…

- Tu n’es pas obligée de venir.

- Qui surveillera le grand gamin que tu es ?

- Eh ! Je suis sérieux ! »

Le rire de Babs… Pour être tout à fait honnête, il avait eu peur de ne plus jamais l’entendre, dernièrement, alors que cette têtue était partie à la recherche de son père disparu. Oui, disparu. Alors qu’elle, de son côté, était persuadée qu’il avait été enlevé. Sa persévérance, bien qu’exécrable comme le Scorpion qu’elle était, avait causé de l’angoisse à tout le reste de la famille, si bien que même Jason avait décidé d’aller la chercher, pour tenter de la raisonner. Sans succès. Dick et elle s'étaient disputés alors l’acrobate n’avait pas réellement été le mieux placé pour aller lui parler. Et puis, soyons clairs, Batman se devait de rester à Gotham, sauf pour les missions avec la Justice League qui, disons-le clairement, se faisaient très rares depuis qu’ils avaient compris que Dick n'était pas vraiment Batman. Même le Joker refusait de le considérer comme tel, demandant dans une fausse supplication que “le rouge-gorge lui rende son Batou chéri”. C'était écœurant mais le Grayson devait bien se rendre à l'évidence, il n'était pas à la hauteur. Personne ne le reconnaissait en tant que Batman, et ça venait probablement du fait que lui non plus n’arrivait pas à se dire que, malgré tout ça, il l'était devenu, et peut-être même pour le restant de ses jours. Ça ne le réjouissait pas beaucoup, cela dit…

« Au fait, pourquoi tu m’as frappé ?

- Tu murmurais des noms de femmes, et visiblement elles ne faisaient pas que passer dire bonjour.

- C’est étrange…

- À toi de me le dire. Qui est cette Mary Lloyd ?

- C’était ma mère. »

La rousse Barbara se rendit compte qu’elle avait probablement fait une bêtise, aussi elle vint doucement enlacer son cher et tendre, le berçant doucement dans un espoir de le calmer. Elle l’avait remarqué, ces temps-ci Dick était terriblement tendu, comme si quelque chose le dérangeait dans sa vie actuelle. Plusieurs fois, la Gordon lui avait dit qu’il pouvait se confier à elle et qu'elle écouterait, elle ne laisserait pour rien au monde son aimé s’enfoncer dans la noire déprime qui pesait sur Bruce Wayne lorsqu’il portait la cape de Batman.

« Qu’est-ce qu’il t’arrives, Dick ? Tu te mets à penser comme Bruce…

- Je ne sais pas… Et s’il avait toujours eu raison Barbara ? Et si j’avais eu tort ?

- Reste toi-même. Ne laisse pas Batman te briser.

- Il ne me brise pas, je comprends juste à quel point c'était douloureux pour lui, combien c'était dur à porter d'être le symbole d’espoir de cette ville. Je ne trompe personne Babs, tout le monde sait que je suis Nightwing, et pas Batman.

- Tu es Batman. Le tout nouveau. Le Batman de Dick Grayson. »

Un instant le silence tomba sur la pièce et le fils gris de Gotham frotta ses yeux fatigués. Malgré tous les mots tendres, de réconfort, de la jolie rousse, il ne pourrait fermer l’oeil, il en était à présent persuadé. Le poids sur ses épaules l’en empêchait. Il devait demander conseil à quelqu’un et, décidément, ça ne serait pas sa dulcinée qui l’y aiderait. Après un dernier baiser réconfortant, il finit par quitter la chambre, insistant pour qu’elle ne l’accompagne pas et reste dormir. Elle en avait besoin, après sa récente cavalcade à travers les villes à la recherche de la personne qui enlevait un à un les policiers honnêtes. Jason Bard avait été l’un des premiers disparus et si Red Hood ne l’avait pas trouvé, il serait sans doute mort de froid et d’hypothermie. Parfois, les criminels se montraient acharnés, et ce n'était pas un simple flic, même extrêmement courageux, qui pouvait les arrêter. De tout ça, l’agent Bard avait seulement récolté cicatrices et ecchymoses. Peut-être que ça lui apprendrait à être plus prudent à l’avenir.

En passant devant la chambre de Wayne Junior, le Batman se rendit compte qu'il n'était pas le seul debout à cette heure si avancée de la nuit. Le petit démon était levé aussi, mais il n'était pas dans sa chambre. L’acrobate roula des yeux. Lui qui s'était fait un devoir de le surveiller, si ce dernier en profitait pour se faire la belle la nuit ça ne servait à rien. Robin était là pour assister Batman, et non pas pour faire des missions en solo, dans l’ombre, comme le fichu ninja assassin qu’on lui avait appris à être. Il se rendit compte qu'il avait peut-être jugé le jeune Wayne trop vite en entendant un bruit de balle rebondissante qui venait de la cuisine, lorsqu’il descendit les marches, à présent couvert de la tête aux pieds. L’adolescent ne leva même pas la tête vers lui lorsqu'il entra dans la pièce, assis à l’envers sur sa chaise pour pouvoir croiser ses bras au-dessus du dossier, la tête enfouie dedans. De sa main libre, il envoyait la balle de tennis sur la surface plane qui servait à cuisiner, en un mouvement si circulaire et parfait qu’elle lui revenait directement dans la main. Le plus vieux attendit qu’il lance de nouveau la balle pour annoncer sa présence, mais il ne la renvoya pas.

« Ton pas feutré est reconnaissable entre mille, Grayson. Qu’est-ce que tu viens faire ici ?

- Un besoin de prendre l’air.

- Dans la cuisine ? Tu te fiches de moi.

- J’allais sortir et je t’ai vu.

- Mais encore ?

- Une balade te ferait plus de bien que de s'acharner sur ce plan de travail, il ne t’a rien fait.

- Hum. Détrompe-toi. Il a englouti les croquettes d’Alfred. »

L’acrobate manqua de rire à cette remarque. Il savait son Robin très porté sur les animaux, mais faire une blague là-dessus c'était… Nouveau. Nouveau et étrangement rafraîchissant de la part du plus jeune. Quelques années plus tôt, jamais ô grand jamais il n’aurait tenté de faire la moindre blague. Il avait fait d’immenses progrès depuis qu’il était ici, avec eux, s'était considérablement adouci maintenant que le manoir Wayne était devenu sa maison. C'était l’une des choses pour lesquelles Graymom était aussi fier de son Robin. Même si c'était par petites touches, il faisait de son mieux et ça se voyait. Pour autant, il avait encore du chemin à parcourir, restait juste à espérer qu’il ne se décourage pas en cours de route.

« Tu veux boire quelque chose ?

- Un thé Earl Grey parfum Nuit Tranquille , tiède, servi dans une tasse en porcelaine avec une rondelle de citron et le sucre, je le prends à part.

- Je prends ça pour un oui. »

Il recommença à jouer avec la balle sans rien ajouter de plus, fixant le mur devant lui. Dire que même après tout ce temps, après qu’il ait dû endurer l'entraînement de Talia Al Ghul des années durant pour savoir qui était son père, ce dernier n’avait pas vraiment eu la chance de faire connaissance avec son garçon. Là-dessus, Damian Wayne enviait les autres. Surtout Drake en réalité, parce que ce dernier avait été traité comme un fils par Bruce, bien plus que les autres parce que, oui, Tim portait lui aussi le nom des Wayne. Il faisait lui aussi partie de la famille. Pour ça, le benjamin admirait tout comme il haïssait son aîné, ce qui se ressentait dans chacun de leurs échanges. Il y avait cette tension palpable, électrique, entre eux, chaque fois qu’ils étaient dans la même pièce. Un peu comme lorsque deux coqs se retrouvent dans un même poulailler, chacun d’eux tente d’en prendre le contrôle tout en évinçant l’autre. Le benjamin ne compte plus le nombre de fois où ils se sont tiré dans les pattes, qu’il soit en Robin ou en civil. Ni le nombre de fratricides qu’il avait tenté de commettre à son encontre. Drake était une réelle menace pour son héritage, mais il s'était aussi accaparé son père. L’ex assassin n’avait jamais été du genre à pardonner facilement et… on pouvait dire qu’il avait la rancune tenace. Le regard vert du plus jeune glissa un instant sur le dos de l’acrobate, une fois qu’il eut envoyée la balle dans les pattes de Titus qui était à ses pieds.

« Pour répondre à ta question, je viendrais te prendre par la main pour t’accompagner dehors comme le gosse que tu es. Titus a besoin de se défouler un peu. »

En effet, le chien s’acharnait sur la balle, tous crocs dehors, comme s’il avait bon espoir de la crever. Ses yeux se posèrent un instant sur la bête avant qu’il ne relève les yeux vers son mentor qu’il trouvait bien silencieux. Il avait fini le thé, ayant préparé deux tasses, et le jeune Wayne saisit un imperceptible mouvement d'épaules de la part de l’acrobate avant qu’il ne vienne s’asseoir à la table. Damian se plaça correctement sur sa chaise pour être face à Dick et essaya de soutenir son regard. Sans succès. Ce dernier semblait perdu dans sa tasse.

« Grayson.

- Hum ?

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- C’est compliqué…

- Dit toujours ? Profite-en, je ne serais pas toujours si conciliant. »

Le silence se fit dans la pièce, les seuls bruits audibles étant la cuillère de Dick dans sa tasse et la balle de tennis qui se dégonflait. Titus avait atteint son objectif visiblement, bientôt il allait de nouveau réclamer l’attention de son maître. Un instant, le Wayne se demanda si le problème ne venait pas de la rouquine et de son fort caractère. Il savait qu’ils se disputaient souvent, bien qu’ils soient fiancés, et c'était ce qui rendait leur couple plus solide encore. Après tout, une relation plate devient vite ennuyeuse et obsolète. De tous les ex Robin, Dick est celui qui se confie le plus à lui et inversement. Ils ont ce lien privilégié qui unit deux personnes diamétralement opposées. Dick Grayson est une personne qui se laisse manger par ses sentiments là où Damian Wayne semble ne pas en posséder. Depuis qu’il a rejoint le manoir, observer Dick au quotidien est devenue une habitude du plus jeune. Il est même arrivé plusieurs fois où il a essayé de le copier, de mimiquer ses gestes, pour tenter de le comprendre, de savoir sa façon de fonctionner, de voir les choses. Il ne l’avouerait pour rien au monde, mais il nourrit pour l’acrobate une grande admiration. Comment une personne avec tant de sentiments peut-elle vivre dans un monde cruel comme celui-ci ? Encore plus en tant que héros. Lorsqu’il est en mission, la question comment aurait agit Dick est l’une des premières qu’il se pose pour endiguer ses instincts les plus meurtriers. Son exemple lui est très cher, si bien que chaque anecdote de son grand frère sur sa carrière d’ex Robin est gravée dans son cerveau… bien qu’il fasse semblant de ne pas s’y intéresser.

L’acrobate boit une gorgée de son thé. Peu attentif, il finit par se brûler la langue, ce qui achève de le réveiller de sa mi-torpeur. Damian se tient face à lui, attendant visiblement une réponse à sa question. Est-ce qu’il devrait réellement lui en parler ? D’ordinaire il n'hésiterait pas autant, il savait qu’il pouvait se confier à son jeune frère, il l’avait déjà fait à mainte reprises et avait trouvé ses conseils plus qu’avisés, lui permettant de voir les choses sous un autre angle. Mais là… il ne trompait personne en disant que la disparition de Bruce ne les avaient pas tous affectés. Damian était certainement le plus touché, bien qu’il essaye de se montrer d’une froideur impénétrable. Le fait qu’il soit debout à une heure aussi tardive ne trompait pas là-dessus non plus. Il n’arrivait pas à dormir, et si ce n'était pas dû à une lettre de menaces venant des Al Ghul, ça ne pouvait être que la disparition de sa figure paternelle. Il lâcha un soupir, s'étirant doucement. Bon, foutu pour foutu…

« Je crois que le costume de Batman n’est pas pour moi.

- Évidemment, c’est mon héritage à moi.

- …

- Quoi ?

- Tu es irrécupérable… Je ne parlais pas dans ce sens-là, et puis tu sais bien que si moi je ne fais pas illusion, ton physique ne colle pas.

- Laisse Jason l’enfiler ?

- Il tuerait tout le monde.

- Ça ferait pas de mal à certains.

- La ville a besoin d’un symbole d’espoir, pas d’un meurtrier qui inspire la peur.

- Qu’est-ce que tu comptes faire, alors ?

- Je ne sais pas. Mais sûrement pas confier cette tâche à quelqu’un d’autre. »

Le plus jeune échappa une grimace que son frère ne manqua pas, ce à quoi il haussa un sourcil interrogateur. Il semblait lui cacher quelque chose et ça ne lui plaisait pas beaucoup. Le Wayne essuya ses lèvres de manière distinguée avant de se lever sans laisser le temps à l’adulte de poser la question qui, il le savait, lui brûlait les lèvres. Il n’avait même pas fini son thé, là où Dick le buvait encore avec mille précautions. Damian se tint bien droit face à son frère, le jaugeant de son regard émeraude.

« Alors, cette balade ? Tu sais pourtant que j’ai horreur de traîner, Grayson. »

 

###

 

Un flocon de neige vint se poser sur le nez de Tim, alors qu’il semblait se rapprocher du but. Il était sur le toit d’un immeuble, face à ce qui semblait être un laboratoire. Il avait juste à faire un saut pour atterrir sur la moquette de la salle, explosant la baie vitrée au passage. De toute manière, le Red Robin n’avait jamais été connu pour sa grande discrétion, bien que d’autres membres fassent bien plus de bruit que lui… Depuis la mort présumée de Batman, il n’avait de cesse de le chercher. Quelque chose, au fond de lui, ne semblait pas se résigner à croire à la mort de son mentor, qui était pour lui devenu une famille dès l’instant où l’adoption eut été effective. Il se demandait encore comment il avait fait pour renier si longtemps le fait que ses parents étaient morts. Double-face, Capitaine Boomerang… Ces deux criminels, qu’il voulait à tout prix voir jugés pour leurs crimes. Oui, jugés , pas morts. S’il y avait bien une chose qu’il avait apprise, c'était que la vengeance ne menait à rien, sinon le remord et vous changer en un monstre sans âme. En tuant les criminels punis pour leurs crimes, on ne valait pas mieux qu’eux, pas vrai ? Autant s’en remettre à la justice et tenter de sauver ces pauvres âmes, pour les plus torturées d’entre elles il restait toujours l’asile d’Arkham, prêt à accueillir de nouveaux pensionnaires. Ses parents seraient vengés, mais seulement lorsque ces deux malades croupiraient derrière les verrous ou dans un asile pouvant les faire redevenir des gens respectables. La ville avait besoin d’un Harvey Dent bien dans sa peau, en temps que Chevalier Blanc il était beaucoup plus honorable qu’en Double-face, bien que Tim ne se résignerait jamais à aller le voir en face. Après tout, il avait tuée Janet Drake, sa mère, et malgré tous ces beaux discours, il n’en restait pas moins un criminel. Ses erreurs passées finiraient par lui retomber dessus, s’il restait à Gotham et décidait de remplacer le maire Hardy.

Il allait se préparer à sauter, lorsqu'un souffle chaud se mit à courir dans son cou, le faisant frissonner, ainsi que des bras s’enroulant autour de lui pour l'empêcher de partir. Il avait déjà deviné de qui il s’agissait, pour autant il l'écouta bien sagement lui parler à l’oreille, la mine blasée.

« Eh bien Timmy, où tu cours comme ça ?

- Jason. Lâche-moi, tout de suite.

- J’ai quoi en échange ?

- Dis au revoir à tes parties génitales. »

Effet aussi immédiat que prévisible, Jason Todd libéra son prisonnier. C'était toujours aussi simple de se défaire de ses bras, surtout après tout ce temps qu’ils avaient passé ensemble. Il allait de nouveau sauter quand cette fois le Red Hood utilisa son bat-grappin sur lui. Il était condamné à rester là le temps que l’ex mercenaire lui explique pourquoi il tenait à le garder là, malgré ses protestations virulentes.

« Pourquoi tu te mêles de mes affaires ?

- C’est plutôt à moi de te poser cette question.

- Non, allez, soit sérieux pour une fois ! J’ai vu depuis un moment que tu me suis comme mon ombre. Moi qui ne te pensais pas discret, j’en suis même le premier étonné.

- T’as gagné little bat, on m’a demandé de te surveiller.

- Je sais me débrouiller seul.

- Allons Timmy, ajouta le plus vieux en mettant une main rassurante sur son épaule, on sait tous qu’en ce moment tu ferais mieux de ranger le costume. »

La main sur son épaule, il la dégagea d’un simple geste. Puis, le regard que le nerd darda sur lui lui fit rapidement comprendre au Todd qu’il en avait assez de ces conneries et qu’il avait intérêt à le détacher rapidement. Après tout, ce n'était pas ça qui allait l'empêcher de sauter, c'était une certitude. Pour autant, le Red Hood n'avait pas l’air décidé à le laisser faire, quitte à se servir de lui comme d’un yoyo pour le faire revenir. Aussi, le Drake se résigna, s’asseyant sur le sol en montrant qu’il ne comptait pas s’enfuir.

« Explique-moi pourquoi Dick m’a accordé une nounou au lieu de jouer les gentils grands frères.

- En fait… C’est pas Dick qui me l’a demandé.

- Ce genre de demandes, ça lui ressemble pourtant. Depuis que Bruce n’est plus là, il agit comme lui, à croire qu'être Batman lui a retourné le cerveau.

- Il en faut bien un… Même si son sérieux est à glacer le sang parfois.

- Tu ne m’as pas répondu. Qui t’a envoyé ? »

Pas de réponse. À partir de là, on peut dire qu’il n’obtiendra rien de plus. Jason se tait. Et quand Jason se tait, ce n’est jamais bon signe. Tim ne saura sans doute jamais qui a envoyé l’ex mercenaire le ramener, mais la chose la plus sûre est qu’il ne l’attrapera pas aussi facilement. Le Red Robin a quelque chose à faire, et têtu comme il l’a toujours été il sera difficile de l'arrêter. Il se débarrasse facilement des cordages qui l’entravent, un gadget lime est toujours efficace dans ce genre de situations, et il se relève alors que le Red Hood roule des yeux, remettant son masque lorsque Tim déplie son bâton de bō-jutsu. Il n’a pas envie de faire ça, mais visiblement il va être obligé. Le nerd se met en position de combat, signe qu’il ne va pas tarder à l’attaquer de front. Mais avant, Jason saisit ses paroles et il se dit qu’il aurait dû mieux tenir sa langue, un peu plus tôt.

« Si tu ne veux pas me dire qui t’envoie, il n’y a pas de raison que je te suive docilement. Comme tu as dû le voir, Jason, je suis occupé. Donc si tu veux m'empêcher d’accomplir ce que je suis venu faire, tu vas devoir me traîner jusqu’au manoir. Je ne viendrais pas avec toi sauf si j’y suis forcé.

- J'apprécierais que tu me forces pas à te tirer dans le genoux, Timmy.

- Est-ce que tu sais au moins ce que je fais, là ?

- Tu t’apprêtes à te battre contre moi ?

- Bruce n’est pas mort, je suis sûr qu’il est ici.

- Arrête de délirer, Bruce est six pieds sous terre à l’heure où on parle. T’as besoin de repos, ça fait combien de temps que t’as pas dormi ?

- Ça ne te regarde pas.

- 72h ? Ouais, non, ça c’est le minimum.

- Arrête, je suis pas là pour—

- Je t’accompagne.

- Quoi ?!

- Je t’accompagne.

- Mais–

- Je raconte quoi à mon employeur si la nounou à pas été capable de protéger son môme ? »

Les dents du troisième Robin grincèrent en une mélodie sinistre. Il n'était pas un gosse, il savait se débrouiller seul, mais plus que l’envie de dégager son prédécesseur, il y avait le souhait qu’il arrête d’essayer de le retenir. Aussi il ne dit rien, préférant le silence alors qu’il se concentrait de nouveau sur cette foutue fenêtre. Voyant que le Red Hood rechargeait ses flingues, il lui jeta un regard noir auquel l’adulte répondit en haussant les épaules.

« Quoi ? J’ai pas le droit d’assurer les arrières ? Promis, je vise les genoux et les couilles. » Le regard noir ne le quitta pas. « Ok, pas les couilles ! »

Et il sauta enfin. Malheureusement, l’atterrissage ne se fit pas en douceur comme il l’avait espéré. Déjà, sa cible avait eu le temps de le voir, elle était partie se protéger derrière ses gardes du corps, toute tremblante -ou non ça il ne pouvait juger- et ensuite Jason ne négocia pas bien son entrée dans le bâtiment, à croire qu’il ne voulait pas briser une nouvelle fenêtre, aussi il se servit du Drake comme coussin pour ses fesses. Encore heureux qu’il n’ai pas eu les os pointus, il se serait récolté une baffe. Enfin, tout compte fait, il n'échappera pas à la gifle, c'était clair dans son esprit lorsque que le plus jeune entendit son aîné rire. Il voulait se redresser, malheureusement le Red Hood ne semblait pas prêt à le laisser partir, attrapant ses flingues en les faisant virevolter pour rouler des mécaniques, ce qui lui donnait plus un air ridicule qu’impressionnant.

« A qui je dois péter la gueule ?

- Tu m'écrases, Red Hood.

- Un pouf c’est purement décoratif, ça n’a pas le droit à la parole.

- Je ne suis pas venu exploser des rotules, s’il te plaît je veux partir. »

C’est après que son jeune frère ai râlé encore un peu que Jason prit enfin la décision de l'écouter. On lui avait demandé d'empêcher le Red Robin de faire trop de bêtises, pas non plus de le gêner en l'écrasant sous son poids. Mais quand on demandait à l’ex mercenaire de surveiller les têtus, il n’avait pas toujours la patience nécessaire pour agir avec diplomatie. De toute manière, quand Jason avait-il été un modèle de diplomatie ? Jamais. Ça, c'était clairement le domaine de Tim, ou de Dick, de jouer les beaux parleurs. Quoique, le nerd proposait souvent des accords bien plus intéressants que ceux de l’acrobate. Il était de loin l’un des plus matures de la famille, alors s’il n'était pas venu casser du méchant, autant le laisser parler. Le plus vieux se releva, tendant la main à son frère comme pour l’aider à se relever, mais ce dernier balaya ce geste amical de la main, se relevant seul et enlevant la poussière de sur ses vêtements. Puis, avec un large soupir, il s’approcha des deux gorilles. Jason, les mains toujours sur ses armes, se tenait prêt à attaquer au moindre geste agressif, se jurant que s’ils faisaient du mal au Red Robin il ne viserait pas que les pieds ou les rotules. Il ne semblait pas s’en soucier, continuant d’avancer vers la personne dans l’ombre, celle qui semblait tenir les ficelles, alors qu’elle refermait son coffre, dardant sur lui ses magnifiques yeux verts. Tim se racla la gorge avant de commencer sa tirade. Les gardes du corps observait la scène, silencieux, tout comme le Red Hood.

« Je sais que nous n’avons pas commencé à discuter en d’excellents termes. S’il faut réparer la fenêtre, je m’assurerais que ça soit fait rapidement, n’ayez crainte. Mais, ce que je compte faire arrangera très certainement aussi tes affaires, alors je pense que tu as tous les intérêts à nous aider, Selina. »

La mallette à la main, Catwoman sortit de l’ombre, un grand sourire gourmand aux lèvres. Le petit Tim avait toujours été son Robin préféré. Elle adorait ses arrangements, son intelligence presque précoce pour un garçon de son âge, et sa gêne lorsqu’elle faisait semblant de minauder avec lui. Elle s’approcha du jeune homme, non sans un regard pour Jason qui avait toujours son arme à la main. Ce Robin là, elle ne le trouvait pas très drôle, moins digne d'intérêt que le troisième Robin, dont elle vint lentement faire remonter la griffe le long de sa gorge, sans pour autant le blesser. Il n’avait même pas bronché, et intérieurement la féline en était grandement satisfaite. Ce garçon était imperturbable lorsqu’il avait un objectif en tête, têtu il irait jusqu’au bout, même si cela doit lui coûter la vie. Elle resta proche du Red Robin, attrapant son menton pour qu’il la regarde bien dans les yeux. Il était plus petit qu’elle, aussi elle ne voulait rien risquer.

« Qu’est-ce que j’ai à y gagner ? Tu devrais connaître la notoriété que j’ai récemment obtenue, en quoi essayer de retrouver la chauve-souris aiderait mes affaires ?

- Donc j’avais juste en le pensant en vie… Je pourrais m’arranger pour couvrir tes traces, j’ai sa confiance et tu as des informations sur l'endroit où il peut se trouver. C’est donnant-donnant.

- Qu’est-ce qui me garantis que tu tiendras parole, fils prodige ?

- Ai-je déjà trahie une promesse ? »

La féline lâcha le visage de l’adolescent avant de retourner là où se trouvaient ses gardes du corps. Le nerd crut un instant que tout était perdu et qu’elle allait disparaître comme neige au soleil, pour autant elle fit tout autre chose, allant récupérer une seconde malette qu’elle lança au jeune homme qui peina à la rattraper. Elle faillit tomber au sol et s’ouvrir toute seule. La nouvelle baronne de la pègre de Gotham laissa échapper un autre de ses sourires ombrageux.

« Voilà la seule chose que je sais. J'espère que ça vous sera utile, mes chatons !

- Je te remercie Selina.

- C’est toujours un régal de parler affaires avec toi, cher Timothy. Mais n’oublie pas ce que tu m’as promis !

- Je n’oublie jamais ce genre de choses.

- Je veux être aussi invisible qu’une poussière.

- Une poussière à une existence qu’il est possible de remonter, tes trafics seront inexistants aux yeux de Batman, Red Hood ici présent peut en témoigner. »

Jason, soudain interpellé, se concentra sur autre chose que le dos de son jeune frère, lui qui avait été quelque peu séduit par l'éloquence du Drake. Il hocha simplement la tête. Lui, il ne discutait qu’en ayant des moyens de pression matériels, le Red Robin n’avait que sa parole à donner et visiblement il avait la confiance de la chef de la pègre. C'était une chose à laquelle Jason n’avait jamais goûté, quelque chose qui l’intriguait beaucoup. Tim, en lui-même, était une personne intrigante, et il serait difficile de nier que son mode de fonctionnement était quelque chose qu’il ne comprenait pas. Mais rien ne l'empêchait de lui demander comment il faisait pour avoir la confiance des autres, sinon sa fierté. C'était une chose qu’il partageait avec Damian, une chose qui avait le don d’agacer le geek. Selina montra une nouvelle fois son sourire félin, bien qu’elle semble légèrement ennuyée.

« Vous passez par la porte, cette fois ? »

 

###

 

« J’ai déjà été Batman. »

Les pas de Dick dans la neige, Damian les sentit s'arrêter. Il sentit aussi ce regard tellement caractéristique de l’acrobate lorsqu’il y avait quelque chose qu’il ne comprenait pas. Un mélange intrigué et interrogatif, juste la touche qu’il fallait pour poser la question implicite. Tu as vraiment été Batman ? Tu as portée la cape de la chauve-souris et tu as réussi à te faire passer pour lui ? Il entendait l'écho de ses questions muettes ricocher contre les parois de son esprit. Ça l’avait toujours étonné, la façon dont l’acrobate arrivait à faire ça, à poser des questions sans les dire à voix haute. Il ne se retourna pas tout de suite, mais lorsqu’il croisa le regard bleuté de son frère, il sent qu’il n'abandonnera pas avant qu’il lui en ai dit plus. Il garda un visage fermé, ne souhaitant pas admettre à celui qu’il considérait comme un mentor qu’on l’appelait “Batman Junior”, et non pas “Batman”. C'était sa honte à lui, celle qui restait car il était petit, trop pour passer pour un adulte comme son père. Il était petit, ce genre de choses l’irritait et ce n'était pas nouveau. Il voulait grandir vite, être assez grand pour qu’on le prenne au sérieux, mais du haut de ses 14 ans (presque quinze !) il n’aurait pas cette chance. Mais Dick ne saurait pas. Il ne voulait pas qu’il sache ça.

L’ancien agent secret mis les mains dans ses poches, se faisant la réflexion qu’il aurait dû mettre des gants. Il avait réussi à se faire passer pour Batman avec sa carrure ? Ça semblait assez incroyable, si déjà lui ne faisait pas le poids. Enfin, là-dessus il pensait ne plus poser de questions, ça ne servait à rien. La pression d'être un symbole d’espoir, véritable casse-tête pour l’acrobate, ne semblait pas avoir une seule fois effleuré l’esprit du plus jeune. Lorsque l’on est Robin, c’est ce qui change. On est pas un symbole, on est l'allié du symbole, ce qu’il était toujours dans le costume de Nightwing. Ça lui avait permis de ne jamais endosser ce genre de responsabilités, des responsabilités qu’il savait gérer mal, bien qu’il essaye en permanence de bien faire. Il jeta un autre coup d’oeil au Wayne. Ce dernier semblait être en accord avec ce décor blanc : froid et imperturbable.

« Père est parti en voyage grâce à moi. Je l’ai évincé pour porter le costume, alors que tu t’affairais ailleurs -je suis sûr qu’elle était rousse- que Todd était mort et Drake chez les Teen Titans. Au fait, tu es au courant pour le clone de Superman ?

- Non..?

- Il est mort.

- C’est… Tim ne doit pas être bien, à l’heure actuelle.

- Drake a beaucoup perdu ces derniers temps. Deux pères et son meilleur ami, indirectement sa belle-mère qui a essayé de le tuer. Todd aura beau se plaindre d’avoir vécu l’enfer et qu’on ne l’ai pas vengé, c’est Drake qui mérite le plus de consolations.

- C’est étrange de te voir si conciliant, je croyais que vous vous détestiez ?

- Certaines choses changent, il faut croire. »

Il ne saurait dire si c'était uniquement son imagination, mais lorsque le plus jeune remonta son écharpe sur son nez pour le protéger du froid, le Grayson crut surprendre un léger rougissement sur ses joues. Après un silence calme et tranquille qui s’installa entre eux, la neige se faisant plus dense, le Batman actuel se trouva encore l’envie de se confier, espérant que ses doutes s'évanouissent dans la nuit, comme chaque fois qu’il se confiait à son jeune frère.

« Et Tim ? En tant que Batman, je veux dire, qu’est-ce que tu en penses ?

- Il en à la mentalité. Mon grand-père l’a reconnu alors je ferais de même, mais pas tout de suite. À l’heure actuelle, il devrait arrêter ses activités, avant d'être tenté par la vengeance.

- Capitaine Boomerang est derrière les barreaux.

- Ce n’est pas le cas de Double-face, de celui qui a tué Père ou le clone. »

Il avait raison. Tim était impulsif et ça faisait un long moment qu’il prenait sur lui. Il ne devait plus être très loin de son point de rupture, et sûrement n'était-ce pas la meilleure chose à faire que de le laisser librement vaquer à ses occupations de héros. Il avait une vie à assurer derrière, et se perdre dans le travail ne ferait que lui faire faire d'énormes erreurs, dont certaines pouvant lui coûter la vie. Se retrouver face à un bandit se revendiquant responsable de la mort de Conner ou de Batman pourrait faire franchir le point de non-retour à Tim, et ça ni l’un ni l’autre ne pouvait se le permettre. Timothy Jackson Drake avait trop vécu, il était temps pour lui de souffler, aussi il partageait le point de vue de Damian sur la cessation temporaire d'activités du Red Robin, bien qu’il pense être moins excessif que le Wayne.

« S’il continue de n’en faire qu'à sa tête, je lui casserais les genoux pour qu’il reste en place.

- Il doit y avoir d’autres moyens de le raisonner.

- Je ne négocierais pas avec lui, ça lui ferait trop plaisir.

- Tu as peur de perdre ?

- Bien sûr que non, je gagnerais ! Mais toi, tu pourrais te laisser avoir pas ses belles paroles. Tu fermerais les yeux et tu le laisserais partir.

- Il n’est pas prisonnier du manoir.

- Il le sera bientôt. »

Surprenant l’aîné de la fratrie, le benjamin siffla avec ses doigts pour rappeler Titus qui s'élançait déjà joyeusement vers lui, les babines à l’air et la langue pleine de neige. Damian commençait à avoir froid dans son grand manteau noir et il estimait avoir assez parlé avec le Grayson. Il venait de se trouver une autre tâche que celle de traîner avec son acolyte. Ce n'était pas que discuter avec Dick l'ennuyait, bien au contraire il adorait en apprendre plus sur les conflits internes de l’acrobate, mais là l’urgence était ailleurs. Le Drake n’allait pas tarder à rentrer de patrouille, et il avait deux ou trois petites choses à lui dire. Qu’il ne s’attende pas à un accueil chaleureux.

 

###

 

Spoiler Alert :  Identité dérobée ?

Vous savez ce qu’on raconte sur les filles de bonne famille ? On dit qu’elles ont un alibi en béton, quelle que soit leur situation. Elles pourraient être des tueuses avérées aussi bien que des infidèles volatiles, il y aurait toujours une personne pour les couvrir dans leurs mensonges et leurs magouilles. Mais quelques fois, à trop soutenir on finit par se trahir. Vous connaissez probablement la très respectable Selina Kyle ? Mais que savez-vous exactement d’elle ? Il est facile d’éclairer une lanterne dans un amas de mensonges lorsque l’on connaît la solution à l’énigme complexe, mais si la solution est noyée aux milieu de demi-vérités il devient alors impossible de démêler le vrai du faux. Voilà comment procède Mlle Kyle, toujours à cacher des choses et, lorsque l’on commence à fouiller trop profond, elle est toujours là pour nous remonter. Hélas, mille fois hélas, l’info exclusive que je risque de faire remonter jusqu’à vos oreilles risquera fort de vous intéresser.

Comment Selina Kyle est-elle arrivée à un tel sommet de la pègre, sans rien avoir demandé à personne ni en ayant usé de ses charmes ? C’est pourtant simple, elle est aussi silencieuse qu’un chat souhaitant dévorer un canari. La seule différence en est que, évidemment, malgré cette patte de velours qui est la sienne, votre reporter préférée a su trouver ses origines. Mademoiselle Kyle a choisi elle-même son nom de famille, il vient de son tout premier chaton abandonné, alors qu’elle vivait paisiblement dans les Narrows sans histoires. Je vous écris depuis ces lieux où se regroupent les personnes de peu de foi, les rejetés et les exclus, sachez qu’ici ce n’est pas beau à voir et ce même si Wayne Entreprise vient de réussir le tour de force de tout racheter et d’en démolir les immeubles.

Expliquez-nous, Monsieur Wayne, comment allez-vous reloger les centaines de personnes que vous comptez déplacer ? J’espère au moins pour vous que vous comptez reconstruire ce que vous avez démoli, et que ces quartiers insalubres deviendront bien plus accueillants.

Avec amour,

Une demoiselle qui adore le violet ♥