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Attention Chien Méchant

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« Foutrement bonne, cette tourte aux rognons ! »

Catelyn Stark accueillit cette exclamation avec une petite grimace. « Robert, veux-tu bien surveiller ton langage ? Rickon n’a pas besoin d’apprendre de nouveaux gros mots, Theon et Arya se chargent déjà de l’éduquer sur ce plan », réprimanda-t-elle en roulant des yeux vers son jeune fils de onze ans qui prit un air innocent. Cat secoua la tête et ébouriffa les boucles du garçon avant de lancer un regard complice vers son époux. Elle s’épanouissait dans l’ambiance conviviale de ce dîner qui réunissait sa propre famille et celle de Robert, et même la présence froide de Cersei ou la mine maussade de Theon ne pourraient altérer sa bonne humeur.
Ned Stark rendit son sourire à sa femme et soupira de contentement. Rien ne valait ces quelques jours de congé pour profiter de ses enfants et amis. Le mois d’août touchait à sa fin, bientôt les cours et le travail reviendraient, et les soucis avec. Le père de famille était à la tête de l’entreprise Northener Energy, fournisseur d’énergies renouvelables. Au décès du fondateur, qui était aussi son père, Ned avait accepté de reprendre le flambeau. Bien qu’il appréciait son métier, le lot de responsabilités et de contraintes qui s’accompagnaient lui pesaient de plus en plus sur l’échine. C’est pourquoi l’homme évitait soigneusement d’aborder le sujet « travail », préférant parler de tout et de rien avec la tablée et écouter les bavardages incessants d’Arya. Cette dernière fanfaronnait à propos de cours de krav maga, qu’elle comptait bien commencer dès cette rentrée. La jeune fille allait rentrer au lycée d’Harrenhal, et elle réfléchissait à l’agencement de ses multiples activités péri-scolaires, prévoyant déjà de sécher deux-trois cours si ceux-ci se mettaient en travers de ses cours de lutte, de basket et de théâtre. Jon, neveu de Ned et élève à l’école de police de la ville, s’amusait beaucoup de l’enthousiasme de sa jeune cousine et promit de s’entraîner avec elle.

Robert Baratheon éclata d’un rire tonitruant et se resservit une coupe de vin, ignorant le regard accusateur de Cersei, sa femme. La cinquantaine bien tassée, il était doté d’un caractère et d’une bedaine bien affirmés. Meilleur ami de Ned Stark depuis des temps immémoriaux, il était également le PDG du plus gros fournisseur d’énergie nucléaire du pays, The Crown. Entreprise fondée par Aegon Targaryen dans les années cinquante et qui se transmettait de père en fils, Robert qui n’en était que le directeur général, avait pourtant repris le conglomérat à la suite de la maladie mentale d’Aerys Targaryen, au détriment de Rhaegar Targaryen. Enthousiaste fût un temps, le Robert actuel se voyait déjà à la retraite. Il apostropha son ami :
« Bon, Ned. Qu’est-ce que tu dirais d’une petite partie de chasse après manger ? Dans la forêt des Mormont, comme au bon vieux temps ? On laissera les gosses entre eux, je crois qu’il se passe quelque chose entre ta fille et mon rejeton ! »
Sansa rougit instantanément et se mit à marmonner des protestations inaudibles derrière sa serviette de table. La jeune fille de dix-sept ans avait effectivement passé le repas à lancer de timides sourires à Joffrey Baratheon, qui répondait à coups de regards se voulant charmeurs. Embarrassée, Sansa s’excusa et demanda l’autorisation de sortir de table, aussitôt suivie par Joffrey.

« Désolé pour l’impolitesse de mon père », s’excusa-t-il une fois que les deux jeunes gens furent sur le pas de la porte du manoir familial. Une petite plaque était fixée au dessus de la sonnette pour indiquer le nom de la résidence, Winterfell.
« Ce n’est pas grave, sourit Sansa en s’asseyant dans l’herbe, je commence à avoir l’habitude des taquineries de ton père. Tu sais, j’ai été vraiment heureuse de passer cette dernière semaine de vacances avec toi et ta famille. J’espère qu’on fera notre année de Terminale ensemble !
— Oui, je l’espère aussi. J’espère surtout avoir mon année cette fois, même si je ne me fais pas d’illusion, les profs d’Harrenhal seront sûrement aussi mauvais que dans mon ancien lycée, renifla Joffrey.
— Oh, mais Harrenhal est un très bon établissement, assura la jeune fille. Robb, Theon et Jon y ont fait toute leur scolarité et en gardent de bons souvenirs ! Moi-même j’y ai passé six années merveilleuses et…
— C’est ça, interrompit Joffrey, mais si ça ne nous permet pas d’entrer à King’s Landing, à quoi bon ?
— Ne sois pas aussi dur, je te signale que mon grand frère en est sorti et fait maintenant des études brillantes, rétorqua la jeune fille d’une voix agacée. »

Elle ne connaissait pas encore bien le jeune garçon, mais était positivement sûre de l’adorer malgré son comportement parfois franchement hautain. Ils avaient vraiment commencé à se rapprocher durant ces vacances, et avaient même fini par échanger quelques baisers maladroits, tous deux expérimentant pour la première fois le contact amoureux. Sansa se languissait d’avoir enfin un petit ami et, séduite par la blondeur et la noblesse qui se dégageait du jeune Baratheon, avait fait le premier pas.

« Surtout qu’Harrenhal est trop éloigné du centre-ville à mon goût, reprit Joffrey sans avoir écouté la remarque de Sansa, il va falloir que cet imbécile de Sandor m’y dépose en voiture tous les jours, et franchement j’ai vu mieux comme compagnie.
— Moi je vais toujours au lycée à pied, c’est très agréable de marcher le matin quand le soleil se lève à peine…
— Wouah ! C’est possible d’avoir une conversation plus ennuyeuse ? »

Sansa se leva d’un bond et se retourna vers l’apparition soudaine. Arya avait surgi de nulle part et était accompagnée du voisin (prénommé Mycah, si Sansa se souvenait bien) et de Nymeria, son husky. La petite brune se moqua de la mine furieuse de sa grande sœur et Joffrey pointa un doigt accusateur vers les deux importuns :

« Vous avez effrayé ma gente dame !
— Ton cri est encore plus aigu que celui de Sansa ! Non mais tu t’es entendu ? s’esclaffa Arya avant de passer son bras par-dessus l’épaule de son complice hilare.
— Tu trouves ça drôle, Jean-Roux ? On se sent plus parce qu’on traîne avec la gamine Stark alors qu’on est seulement le fils du boucher ? répliqua Joffrey en fusillant Mycah du regard.
— Eh, c’est mon ami que tu viens d’insulter !
— Bon ça suffit, allez faire les idiots ailleurs tous les deux, gronda Sansa. Viens Joff, allons marcher un peu… Ne le prends pas mal, tu sais comme ma sœur peut être immature.
— Comment tu peux cautionner un tel mépris, reprocha Arya. Espèce d’hypocrite ! »

Sansa tirait désespérément sur la main du jeune homme, qui se laissa entraîner non sans avoir proféré une dizaine de menaces à l’attention des deux compères. Ils traversèrent la courette du manoir et franchirent le portail du terrain. En face se dressait un manoir, d’un style architectural similaire à Winterfell, mais plus petit. Un homme d’âge moyen faisait des allers retours entre le coffre de sa voiture et le perron, déplaçant des bagages.

« Mince…. Joff, ne regarde pas, avertit Sansa à voix basse en voyant son voisin. Il serait capable de porter plainte contre nous pour l’avoir fixé trop longtemps. Il est assez spécial et… Zut, il avance vers nous… »

Lorsqu’il avait aperçu Sansa, l’homme s’était interrompu et avait marché vers la clôture. Il jeta un bref regard froid à Joffrey avant de saluer la jeune fille qui se força à lui sourire.

« Bonjour Monsieur Bolton ! Bon retour à Westeros ! J’imagine que vous avez passé de bonnes vacances, vous et Walda ? s’enquit la rouquine.
— Bonjour miss Stark. Des vacances fructueuses, en effet, ma femme et moi sommes allés chercher mon fils à la clinique. Les médecins ont semblé satisfaits de son comportement récent et se sont montrés favorables à une réintégration plus tôt que prévu pour qu’il puisse faire sa rentrée. Evidemment, il reste sous surveillance psychiatrique mais c’est encourageant. »

Joffrey haussa les sourcils et Sansa était de plus en plus mal-à-l’aise. Roose Bolton ne se contentait pas d’être un voisin peu aimable (Rickon avait par mégarde envoyé son ballon par-dessus la haie de son jardin il y a peu, Roose l’avait ramassé et crevé avant de le renvoyer à l’enfant effaré), il était également le vice-président de Northener Energy, et travaillait donc en étroite collaboration avec Ned. Sansa entendait souvent ses parents se disputer à ce propos, Catelyn suggérant à son mari de se méfier davantage de son collègue car connaissant son ambition, elle soupçonnait Roose de se voir à la tête de l’entreprise familiale. Aucun membre de la famille Stark ne pouvait vraiment l’encadrer, mais tous devaient tolérer sa présence aux réunions de quartier et autres dîners entre voisins. Sa femme Walda en revanche, était d’une cordialité et d’une amabilité exemplaires.

« Puisque vous êtes là miss Stark, reprit Roose après avoir réfléchi un temps, je vous suggère d’aller dire bonjour à mon fils, il sera heureux de rencontrer enfin sa voisine. Il est à l’étage. Je ne vous escorte pas, j’ai beaucoup à faire. »

Joffrey s’avançait déjà avec assurance vers le portillon des Bolton comme s’il possédait les lieux, et Sansa n’osa pas refuser. Elle n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer le fils ; il était déjà interné lorsque les Bolton avaient emménagé en face de chez elle. Joffrey fit un commentaire qu’il crut spirituel sur le nom du manoir, Fort-Terreur, et les deux jeunes pénétrèrent le hall. Un « pssst » se fit entendre dans leur dos et ils se retournèrent pour tomber sur Arya.

« Mais tu vas nous lâcher à la fin ! Pourquoi tu ne retournes pas te traîner dans la boue quelque part et t’attirer des ennuis comme tu sais si bien le faire ?
— Ça va, pas la peine de t’énerver sœurette, là c’est toi qui t’attires des ennuis en t’engouffrant chez les tarés, rétorqua Arya à voix basse. Je vous ai vus entrer alors je me suis dit que j’allais voler à votre secours, surtout que le père Bolton m’a laissée passer, on pourrait presque croire qu’il est de bonne humeur, ça doit être l’effet retrouvailles avec son fils. »

Sansa soupira et entreprit de monter les marches. Joffrey la suivit, fébrile.

« Pourquoi a-t-il été interné ? demanda-t-il tout de go sans même se donner la peine de baisser d’un ton.
— C’est le secret le moins bien gardé du quartier, chuchota Arya, mais c’est vrai que les sudistes comme toi êtes pas au courant. Et parle moins fort, sauf si tu veux que le taré te poignarde la tronche.
— Hein ?! Parle moi autrement tu veux, comment une gamine comme toi peut être aussi insolente…
— La ferme », trancha Sansa en gravissant la dernière marche et en ignorant le regard indigné de Joffrey.

L’atmosphère puait le tabac froid. A peine eurent-ils atteint le palier que quatre énormes chiens déboulèrent sur eux dans des aboiements tonitruants, et même Arya eut un mouvement de recul. Leur maître ne tarda pas à les rattraper et à exiger le calme.

« Désolé, leur dressage n’est pas au point. Il faut croire que mon père a été trop laxiste avec eux, c’est regrettable… Je suis Ramsay, enchanté de faire votre connaissance à tous les trois »

La vingtaine d’année, il arborait un sourire amical et des yeux d’un bleu glacial qui s’élargirent un peu trop en apercevant Sansa.

« Alors là je comprends, nous on a six chiens à la maison, c’est pas facile tous les jours. Moi c’est Arya, voici ma sœur Sansa, et Joffrey est la tête à claques qui lui sert de copain.
— Bienvenue dans le quartier, Ramsay, sourit Sansa pendant que Joffrey fulminait et tentait de mettre une tape à Arya. Je suppose que tu vas entrer à Harrenhal ?
— Eh bien oui ! Après trois ans de déscolarisation cela risque d’être assez compliqué pour moi, mais c’est un défi que j’accepte de relever. Ce n’est pas une chose à prendre à la légère, les études ! »

Sa mine humble et son ton enthousiaste rassurèrent Sansa. Il n’avait pas l’air aussi terrible que sa réputation voulait le faire croire. Elle l’avait imaginé bien autrement et s’était représenté un personnage instable et terrifiant. Finalement il n’en n’était rien.

« Si tu as besoin d’aide aux devoirs, n’hésite pas à m’en parler, offrit la jeune fille. L’année dernière j’avais mis en place un système de tutorat d’élève à élève qui s’était révélé très efficace !
— Tu es la meilleure déléguée de classe que le monde ait jamais connu, on le sait, interrompit Arya. Bon, ravie d’avoir fait ta connaissance Ramsay, tu nous excuseras mais on est censés aller chercher du pain et crois-moi quand je te dis qu’on a des bouches à nourrir avec la clique de Joffrey chez nous. »

La brunette décampa, suivie de Joffrey et de Sansa après que Ramsay eût encore remercié la jeune fille pour son offre et sa gentillesse, et exprimé l’envie de vite la revoir. Ils descendirent les marches en silence et regagnèrent Winterfell. Cette rencontre avait laissé un goût amer à Arya, qui redoutait le jeune homme, bien qu’elle s’en cachât et jouait la bravoure. Elle l’avait trouvé presque normal et elle trouvait ça louche. De plus, le regard qu’il avait posé sur sa sœur ne lui avait décidément pas plu. Comme tous les habitants du quartier nordien de la ville de Westeros, elle avait entendu parler de la dangerosité de Ramsay. Il se murmurait qu’il était à l’origine de la mort du premier fils de Roose Bolton, qu’il avait pour habitude d’écorcher vif les chats errants et qu’il avait poignardé plusieurs camarades de classe au lycée, lui valant trois ans d’internement pour pulsions violentes et sadisme.