Actions

Work Header

Chapter Text

 

 

Si l'animosité ou l'engouement pour quelqu'un peuvent être des émotions quasi immédiates, les sentiments, eux, prennent du temps à s'installer.
Une relation, quelle qu'elle soit, se construit petit à petit : on pose d'abord les fondations, puis chaque interaction devient le ciment qui consolide ce que l'on ressent pour la personne. Parfois cette construction prend une direction inattendue, change de forme par rapport à ce que l'on voulait qu'elle soit, parce que ce n'est pas quelque chose que l'on décide : la relation évolue d'elle-même, sans demander l'accord préalable des concernés.

Pour des gens qui n'avaient jamais eu que des ennemis, c'était difficile de créer de vrais liens d'amitié. La première qualité requise dans ce type de relation était la confiance, et ils n'avaient jamais appris à la donner.
Edward Nygma en était parfaitement conscient lorsqu'il avait rencontré Oswald Cobblepot alias le Pingouin pour la première fois. Il avait pu constater le fossé qui les séparait, comme deux êtres que tout oppose – et pourtant, il était attiré inexplicablement vers ce profil de criminel atypique qui venait de lui-même au commissariat porter une invitation à un policier pour tenter d'en faire un ami.
Au fond, ils semblaient se ressembler bien plus qu'il n'y paraissait. Ed avait juste choisi de conserver une apparence respectable alors que le Pingouin arborait fièrement ses couleurs de prédateur, impeccable dans son costume de soirée.
L'admiration était une de ces émotions qui peuvent éclore dans un cœur avec la fulgurance d'une flèche, et disparaître en quelques secondes si les attentes ne sont pas remplies. Celles d'Edward pour le Pingouin furent entièrement satisfaites, et bien qu'ils n'aient pas eu l'occasion de discuter – les quelques mots qu'ils s'étaient échangés n'avaient pas réussi à créer autre chose que des étincelles – il continua de nourrir, à son corps défendant, un intérêt très vif pour cette erreur de la nature au sein de la faune locale qu'était Oswald Cobblepot.

Mais le destin fait bien les choses, ou du moins c'est ce que Ed aime à croire. Leurs chemins se croisèrent à nouveau et cette fois, c'est le Pingouin qui vint le chercher – même s'il était tellement désespéré que n'importe qui aurait fait l'affaire, Ed trouvait quand même la coïncidence charmante, qu'Oswald soit tombé précisément sur lui, le seul criminel en ville qui ne lui souhaitait que du bien.
Leurs débuts furent compliqués. Ed n'avait jamais été bon à se présenter sous son meilleur jour. Il ne savait tout simplement pas le faire, malgré tous ses efforts. Dès qu'ils le voyaient, dès qu'il ouvrait la bouche, les gens semblaient savoir inconsciemment qu'il n'était pas comme eux, qu'il n'était pas normal. Et même Oswald, du moins au commencement, ne comprenait pas à quel point ils pouvaient être similaires.

C'était délicat à gérer pour Edward d'équilibrer son désir de proximité, l'intimité plus ou moins forcée qu'ils partageaient – Oswald dormant dans son lit, dans son pyjama – et la méfiance du Pingouin. Plus il essayait de paraître amical, plus il appuyait sur les mauvais boutons, alors qu'il avait si désespérément besoin de quelqu'un qui lui viendrait en aide – et il était sûr que ce quelqu'un devait être le Pingouin. Il avait là-dessus des idées très arrêtées. C'était sa dernière chance.
Et il ne pouvait pas se permettre de laisser de petites émotions éphémères comme la frustration ou l'agacement se placer en travers de son chemin. Il devait réprimer, il était doué pour cela depuis sa plus tendre enfance. Parfois, lorsqu'il se sentait glisser sur la mauvaise pente, il se reprenait vivement en main avant de perdre le contrôle. C'était par exemple un froncement de sourcil quand il découvrait que son paquet de biscuits préférés avait disparu, ou bien ses doigts s'attardant un peu trop longtemps sur la peau pâle d'Oswald lorsqu'il lui changeait ses pansements, ou encore le tapement nerveux de son pied sur le sol tandis qu'il attendait que son colocataire se réveille enfin. De petites choses qu'il s'efforçait de maîtriser pour ne rien laisser transparaître. Il craignait que s'il le fasse, Oswald se fasse une opinion définitivement mauvaise de lui. Il fallait donc qu'il continue d'ignorer combien sa présence dans l'appartement d'Ed était un bouleversement. Combien il était important à ses yeux pour tout un tas de raisons. Ed n'avait jamais ressenti autant d'émotions contradictoires à cause d'une seule et même personne : l'enthousiasme se le disputait au ressentiment de ne pas être reconnu comme un allié, le mépris à l'admiration, l'énervement dû à cette présence continue dans son antre de solitude, mêlé à un désir trouble de le toucher, le serrer, le garder contre lui comme on le ferait d'un enfant – et si souvent, ses pensées s'égaraient sur un terrain un peu plus sensuel, il tentait là encore de se retenir, bien qu'il ait déjà profité maintes et maintes fois du sommeil d'Oswald pour caresser ses cheveux ou son visage, imaginant ce que ça ferait de l'avoir pour ami, de partager ses joies et ses peines, ses étreintes et ses baisers. Pour cela, il avait dû admettre que Rome ne s'était pas construite en un jour et continué de languir un long moment pour en arriver à ce stade.

Cependant, la patience était une des vertus qu'Edward avait su acquérir durant sa longue expérience de brimades et de mauvais traitements. Il avait appris à attendre son heure et à gérer avec le tempérament d'autrui. Le Pingouin, sur cet aspect, n'était pas différent, et c'était à lui, Ed, de démontrer sa valeur à ses yeux. Il ne pouvait espérer naïvement qu'Oswald l'accepte juste sous prétexte qu'il lui avait sauvé la vie. Ce serait trop facile, et au fond de lui, Ed savait qu'il serait déçu. Il voulait que cette rencontre soit un challenge, un défi à relever. Sa victoire – se creuser une place dans l'entourage du Pingouin – n'en serait alors que plus éclatante.
Toutefois, il n'aurait jamais pu deviner une seconde à quel point son tour de force allait réussir. Jusqu'à se retourner contre lui.

Beaucoup d'événements se sont produits. Gotham ne se repose jamais, c'est une ville où tout peut arriver, où un gangster peut devenir ami avec le scientifique de la police, où le roi peut abdiquer par amitié pour un flic – ce n'est pas sans cette idée en tête, teintée d'une jalousie irrationnelle, qu'Ed avait tenté de s'occuper de Jim Gordon. Lui qui avait dû faire tant d'efforts pour conquérir l'affection du Pingouin, alors que Gordon l'avait eue sans même le vouloir.
Après presque un an à suivre des chemins différents, Ed et Oswald avaient enfin été réunis. C'était drôle comment la vie faisait souvent en sorte de faire des pieds de nez : encore une fois, ce fut le Pingouin qui vint à lui. Edward avait bien cru avoir brisé leur amitié, pourtant elle semblait encore plus solide de par leur longue séparation.
C'était exactement ce qu'il voulait, et son adoration pour Oswald Cobblepot en fut renforcée. Il s'agissait d'une émotion durable, qui se changeait peu à peu en un sentiment d'amitié sincère et confortable qu'il n'avait jamais eu pour personne d'autre. Il avait atteint son but, mais en plus de cela il y avait gagné davantage que ce à quoi il s'attendait.
Il voulait un mentor. Il avait désormais le plus fidèle des amis, et ce sentiment était entièrement réciproque. Il avait décidé d'investir toute son énergie dans cette relation, parce que c'était la première fois qu'il pouvait réellement être lui-même avec quelqu'un et que cela valait tout l'or du monde à ses yeux.
Du moins, c'était son avis avant de rencontrer Isabella.

Tout avait été tellement plus facile avec elle. Tellement facile que s'en avait été enivrant. Comme
si elle venait tout droit de son imagination. Il n'avait eu aucun effort à faire, ni à prendre en compte son avis sur le fait qu'il soit étrange – elle l'était tout autant que lui et semblait apprécier cela – ni à s'adapter – elle le faisait pour lui.
Il avait délaissé Oswald, c'est vrai. Il avait laissé tomber ses rêves et ses espoirs de devenir celui qu'il devait être. Telle un ouragan, Isabella avait tout balayé sur son passage, ne laissant qu'une coquille vide où n'existait plus que l'envie d'elle. Toute sa vie il avait voulu une femme spéciale, une femme qui s'accommoderait à ses besoins, et elle était là, lui tendant les bras. De la même façon que l'on se perd dans un rêve sans ligne directrice, il s'était éloigné de son chemin, oubliant qui il était. La simple euphorie – et aussi la satisfaction de ses pulsions sexuelles – lui suffisaient pour être heureux. Il avait si souvent maudit son esprit d'être trop complexe pour agir normalement, pour se contenter du peu que la vie avait à offrir : voilà que l'occasion lui était donnée de devenir comme les autres. D'être accepté.
Ça n'avait pas duré assez longtemps pour qu'il découvre les faiblesses de ce plan.

La mort d'Isabella avait été dévastatrice. De façon très égoïste, ce n'était pas tant la femme en elle-même qui lui manquait, mais le futur qu'elle avait représenté à ses yeux, les projets qu'il avait fait et qui étaient enterrés avec elle à présent. Il savait avec certitude qu'il aurait pu faire tout ce qu'il voulait parce qu'elle n'aurait jamais été contre lui. Il s'était senti soutenu.
Son monde s'était effondré brutalement quand elle avait disparu, mais Oswald avait été là. C'est pourquoi, probablement, ses anciennes pensées le concernant étaient revenues l'assaillir. Il ne voulait pas se sentir coupable de l'avoir laissé de côté ; c'était une chose normale lorsque l'on rencontre un nouvel amour, et Oswald paraissait l'avoir parfaitement compris – il ne s'était jamais plaint, du moins pas au souvenir d'Edward, sinon il aurait fait quelque chose.
Pourtant ses désirs et ses frustrations étaient plus présentes que jamais, tant et si bien qu'il tenta d'en faire abstraction pour se concentrer sur les causes de la mort d'Isabella. Il savait le Pingouin derrière lui pour lui apporter de l'aide si besoin, il était confiant : c'était un nouveau défi, et une source de distraction qui l'empêchait de trop se pencher sur l'insatisfaction qu'il ressentait depuis un long moment dans son amitié avec Oswald. Elle n'avait pourtant pas changé, mais c'était lui. Ses sentiments qui avaient bougé, ses envies se faisant plus pressantes, plus tactiles. Il savait qu'il ne devrait pas, qu'ils ne se voyaient pas ainsi et que ç'aurait été comme une trahison – une de plus à son actif, puisqu'il considérait les abandons qu'il avait fait subir à Oswald comme telles.

Quelquefois il nourrissait ce genre de fantasmes. Quand il était seul, quand il était malheureux et qu'il aurait voulu d'Oswald à nouveau dans son lit – mais en sa compagnie cette fois. Quand il se touchait et visualisait son visage penché sur lui, ses lèvres sur les siennes, ses petites mains empressées s'agitant sur son corps pour le déshabiller rapidement. Il pouvait faire appel à sa mémoire échoïque et presque entendre sa voix le rassurer, le bercer...
Il se laissait aller uniquement dans ces instants, puis il tentait de renier ce qu'il avait ressenti, traitant cela comme les émotions fugaces qu'il méprisait pour leur durée limitée et leur vacuité.
Puis Barbara l'avait fait dérailler. Il commençait déjà sérieusement à perdre le fil, mais la révélation de Barbara Kean concernant celui qui aurait commandité l'assassinat d'Isabella finit de l'égarer complètement.
Oswald était tout ce qui lui restait, alors s'il ne pouvait même pas compter sur lui, où pouvait se trouver la vérité ? Si depuis le début, Oswald faisait semblant de tenir à lui...
Qu'est-ce que Barbara avait voulu dire quand elle suggérait qu'Oswald serait amoureux de lui ? Ils étaient amis. C'était une affection normale que lui manifestait Oswald. En quoi cela pourrait être romantique ? Il n'avait jamais montré de signes que ça pouvait l'être, il l'aurait vu !
Ou bien avait-il été aveugle ? C'était la première fois qu'il devenait vraiment ami avec quelqu'un – la première fois qu'il avait un meilleur ami, même si le concept était un peu flou, il n'avait aucun doute sur l'appartenance d'Oswald à cette catégorie qui le rendait très spécial à ses yeux.
Il fallait évidemment qu'il en ait le cœur net, autant pour lui qu'en mémoire d'Isabella.
En mémoire d'Isabella. Il devait s'efforcer d'y croire et d'ignorer le tambourinement insolent de son cœur à l'idée qu'il puisse être aimé d'une personne si difficile à atteindre que le Pingouin.

Les pièges étaient sa spécialité. A défaut d'être intelligent – du moins le croyait-il – il était malin.
Il connaissait bien Oswald et savait que sa lettre de démission le ferait réagir. Il ne fut bien entendu pas déçu, et, profitant de l'agitation, toujours débordante, du Pingouin, il posa son appât et attendit que sa proie s'en saisisse.
Il fut lui-même surpris de la rapidité à laquelle Oswald mordit à l'hameçon. Il venait à peine de débiter son petit laïus - « Depuis l'accident...et je n'aurais jamais cru que ça puisse arriver...j-j'ai ressenti le désir de...devenir plus que ton employé. Plus que ton ami. » - que le Pingouin s'agrippait à lui, les yeux écarquillés intensément fixés sur lui. Il lui faisait mal aux bras à force de les serrer avec ses mains, mais Ed ne pensa pas à le repousser.
—  Je ressens la même chose ! haleta Oswald d'une voix douce, soufflée par l'émotion. Je ne voulais pas en parler, à cause de ce qui est arrivé à Isabelle...
—  Isabella ! rectifia automatiquement Ed.
Oswald secoua la tête comme pour chasser une pensée désagréable :
—  Néanmoins...
Et soudain il sourit. Il y avait quelque chose de pathétique à le voir ainsi se faire des illusions – car évidemment, Edward n'était pas sincère. Il avait prévu d'expliciter après, face à la perplexité attendue d'Oswald, qu'il voulait devenir partenaire en affaire, partager le titre de roi de Gotham. Il n'avait pas envisagé la suite du programme dans l'autre cas, celui où Oswald lui avouerait ses sentiments de but en blanc. C'était stupide, car c'était pourtant la raison de cette mise en scène, mais il n'avait pas prévu cette situation. Il n'y croyait pas assez pour l'envisager.
C'était pourtant vrai. Et si Oswald avait bel et bien des sentiments pour lui, alors...
Il avait sous les yeux le meurtrier d'Isabella.
—  Nul ne peut renier l'Amour, déclara Oswald les yeux scintillant de larmes contenues.
Un tourbillon enveloppa Ed, le laissant aussi désemparé qu'un nouveau né face à ce scénario inattendu. Il n'avait aucune idée de la façon dont il devait réagir pour ne pas lui déplaire, et c'était quelque chose qu'il avait pris soin d'éviter depuis qu'ils s'étaient rapprochés, depuis qu'il avait décidé de faire du Pingouin la personne la plus importante...
Il se rendit compte au moment où la pensée prenait forme dans son esprit qu'il s'agissait d'une trahison envers Isabella. C'était elle qui était censée représenter son idéal. Après tout elle n'avait jamais été son amie, elle avait directement été son amante.
Cela voulait-il dire qu'Oswald voulait prendre sa place ?
Il rougit en comprenant ce que son accusation – visiblement justifiée – impliquait. Il se plaqua la main sur la bouche.
L'expression du Pingouin passa de l'émerveillement à l'inquiétude.
—  Qu...quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
—  Je...je ne..., bafouilla Ed.
Ses mains s'agitèrent et s'accrochèrent à la veste d'Oswald. Il avait besoin d'une ancre dans la réalité, sinon il allait sombrer.
Il ne savait plus ce qu'il allait dire.
—  Ed ?
La voix d'Oswald était énervante car elle ramenait en lui davantage d'idées perdues, sans lien les unes avec les autres. Il avait peur de se tromper, d'avoir fait une erreur. Il savait ce qu'une personne normale devrait faire. Il devrait prendre sa revanche, parce qu'Oswald l'avait manipulé et planté un poignard dans le dos. C'était la réalité.
Sauf qu'il n'avait rien de normal et qu'il ne voyait même pas comment feindre quoi que ce soit à ce moment-là. Il était dépouillé de tous ses artifices, tous ses subterfuges et ses tours. Tout comme Oswald l'avait fait pour lui à l'instant, il laissait le torrent des émotions l'emporter, et ses lèvres se plaquèrent vivement sur celle de son ami.
Le Pingouin couina de stupeur et mit quelques secondes à accompagner son baiser. Il était inexpérimenté et ça se sentait.
L'une des mains de Ed toujours accrochée à sa veste se glissa en-dessous et Oswald tressaillit, gémit son nom.
Seigneur, il ne pouvait plus attendre.
—  Ed....Ed, soupira Oswald dès que leurs lèvres se séparèrent.
Et aussitôt, haussé sur la pointe des pieds, il embrassa à nouveau Edward, avide et désespéré, ses doigts tirant sur ses épaules pour le faire se pencher vers lui.
Ed le pressa contre le bord de la table, l'y faisant s'asseoir sans trop de difficulté. Ainsi il ne pouvait plus s'enfuir et Ed avait le contrôle. Il saisit le visage du Pingouin entre ses deux mains et l'embrassa encore, conscient qu'il était en train de perdre le peu de jugeote qui lui restait. Mais Oswald était délicieux. Il ne disait pas non. Il le voulait.
Il l'enserra entre ses jambes – et Ed savait que c'était douloureux, à cause de son ancienne blessure – pour l'emprisonner contre lui.
- Edward, murmura Oswald en semblant savourer chaque syllabe, avant de plonger son nez dans le cou de Ed.
Il émit un gémissement étouffé contre le tissu et murmura :
—  Tu sens si bon. Si bon.
Ed passa les doigts dans les cheveux noir de jais et Oswald releva la tête pour le regarder. Ses longs cils sombres étaient humides.
—  Je...je t'ai rêvé toute ma vie, chuchota le Pingouin avec sentimentalisme.
L'honnêteté de son regard fit à nouveau rougir son chef de cabinet. Ce dernier renversa le maire contre la table et celui-ci n'offrit aucune résistance.
Ed ondula lentement des reins, appréciant le contact de l'entrejambe d'Oswald contre le sien – une érection commençait de se forcer dans le pantalon du maire, et il en était la cause.
—  Nous...devrions...la chambre, hoqueta Ed, ses lunettes glissant sur son nez tandis qu'il déposait des baisers ininterrompus sur la bouche rougie d'Oswald.
—  Encore un peu, supplia le Pingouin en se frottant sans pudeur contre lui.
Ed vit les sourcils d'Oswald se froncer ; le Pingouin se raidit, ferma les paupières, et tout à coup sa respiration s'interrompit. Il trembla, souffla, puis se détendit complètement, et Ed n'eut pas besoin de vérifier pour savoir qu'il avait joui. Une vague de satisfaction l'envahit et il gloussa à l'oreille d'Oswald avant d'y déposer un baiser.
—  La chambre, déclara-t-il d'une voix plus assurée.
—  La chambre, acquiesça Oswald.
Il se redressèrent maladroitement et Ed lui prit la main pour le guider à l'étage, frustré de devoir ralentir le pas à cause de la démarche boitillante du Pingouin qui marchait sans sa canne.
Il ne voulait pas réfléchir à ce qu'il allait faire. Il n'était plus qu'un brasier incandescent de désir et de possessivité. Oswald.
Il était plein de lui, seulement lui. Son visage incrusté derrière ses paupières lui souriait, fragile, tellement, tellement vulnérable qu'il aurait pu le briser d'un seul mot.
Excepté qu'il ne voulait pas cela pour eux. Pas après tout ce qu'ils avaient construit, ce qu'il avait durement acquis – la confiance, le respect, l'amour.
Malgré la douleur causée par les actes du Pingouin – et il ne lui avait toujours pas pardonné – il était incapable de refouler encore ses sentiments. Sans doute avaient-ils été là depuis trop longtemps. Ils avaient fini par ressurgir, sous leur forme définitive, comme le papillon hors de sa chrysalide.
Cette amitié qu'il s'était évertué à entretenir s'était muée...en autre chose.

La porte de la chambre grinça. Ils passèrent rapidement le seuil, pressés de se toucher, de s'étreindre à nouveau. Oswald attira Ed vers le lit en reculant – c'était sa chambre après tout – et lorsqu'il buta contre le rebord, il tomba assis dessus, éclatant d'un bref rire nerveux lorsque son derrière heurta le matelas. Puis rougissant brusquement, il évita délibérément le regard de Ed, les yeux rivés sur son entrejambe tandis que ses mains agrippaient les jambes du pantalon pour tirer Edward vers lui, le faire venir debout entre ses genoux.
Ce fut à Ed de rougir lorsqu'il se rendit compte qu'il avait considérablement durci et qu'Oswald avait le nez à quelques centimètres de la bosse formée par son érection. Il tenta de reculer lorsque le Pingouin frotta son visage contre l'intérieur de sa cuisse, mais ce dernier le retint. Ed se mordit la lèvre et le nez aquilin d'Oswald se pressa contre son sexe ; le maire ouvrit la bouche contre le tissu, embrassant diligemment la bosse dans le pantalon qui l'élargissait à vue d’œil.
Ed était subjugué.
Les paupières d'Oswald s'ouvrirent et il leva les yeux sur Edward, en massant le paquet avec ses lèvres, vénérant littéralement cette partie honteuse de son être. Il avait les joues rouges et le regard défiant.
Ed laissa échapper un souffle tremblant, presque un sanglot. Quand la main d'Oswald s'aventura sur sa ceinture, il la laissa faire, frémissant au cliquetis du métal puis au froissement du cuir dans les passants lorsque le Pingouin la lui retira.
Il s'agenouilla sur le lit pour le pousser en arrière, et l'embrasser à nouveau, conscient que s'il laissait les choses ainsi, il ne durerait pas assez longtemps pour qu'ils aillent jusqu'au bout.
Et il voulait voir Oswald nu. Cette fois dans un autre rôle que garde-malade. Juste...le voir pourrait suffire à nourrir son esprit pendant des mois, voire quelques années.
Le toucher lui donnerait assez pour une vie entière. C'était ce qu'il était en train de faire. Il s'allongea sur lui et glissa une de ses mains sous sa chemise, caressant son torse pâle et maigre, cherchant la cicatrice de la balle qui les avait réunis.
Agacé, il tira brusquement sur la chemise, sans que celle-ci ne cède. Les doigts d'Oswald défirent prestement les boutons, avec une habileté qu'Ed lui connaissait déjà pour l'avoir si souvent aidé à s'habiller depuis qu'ils vivaient ensemble au manoir.
Il n'avait jamais soupçonné le moindre élan romantique ou sexuel dans ce rituel. Il pensait être le seul dont le regard s'attardait juste un peu trop longtemps sur les courbes d'une veste bien ajustée, d'un morceau de peau dévoilé, ou sur un pli revêche qu'il faut lisser du plat de la main, prétexte pour caresser le seul ami qui lui restait comme on touche un fétiche, pour se rassurer.
A peine avait-il eu le temps d'échapper à ses souvenirs que le torse d'Oswald était mis à nu, et il parcourut les côtes avec délicatesse, l'embrassant dans le cou et le faisant rire. Il aimait le son de son rire, si surprenant et dénué de malice. Il n'était ainsi qu'avec lui, il n'était désarmé qu'avec celui qu'il aimait.
La pensée était encore difficile à admettre. Mais pas l'élan tragique de son cœur qui lui rappelait à chaque battement qu'il existait seulement pour lui – et plus son cœur battait fort, plus Isabella semblait s'éloigner, ce qui lui provoquait aussi des vertiges.
Oswald était son ancre. Il le gardait en équilibre dans ces instants de trouble immense où tout prenait un sens : leur amitié, la force derrière chaque mot qu'ils avaient échangé et ce depuis le début, l'attachement immédiat, insolent, qu'Ed avait traité de petite obsession jusqu'à devenir central puis périphérique, puis juste là, impossible à renier, prenant toute la place. Oswald. Il prenait toute la place, ne tolérant aucune rivale, autant dans la réalité que dans son cœur.
Malgré le sang sur ses mains, Ed continuait de les vouloir sur lui, et surtout qu'elles ne le lâchent jamais.

La gorge d'Oswald était blanche et fragile, comme un cou de cygne. Ed n'avait jamais eu ce genre de pensée pour Isabella – se l'était interdit absolument, par peur qu'il ne reproduise ce qu'il a fait à Kristen.
Il ne pourrait pas étrangler le Pingouin, même s'il essayait. Il n'était pas assez fort.
C'était ce challenge constant qui le rendait plus heureux, plus confiant. Et pourtant l'espoir d'Oswald frisait l'adulation quand il embrassait, caressait ses cheveux en murmurant son nom, encore et encore, abandonnant son corps entier aux envies d'Ed – et son cou vulnérable entre les mains d'un tueur. Il ne semblait même pas y prendre garde, non pas qu'il ne puisse avoir peur pour sa vie...mais Ed le soupçonnait, en cet instant, de seulement rêver à vivre et mourir dans ses bras comme s'il s'agissait de son unique but sur Terre.
—  Oswald, chuchota doucement Ed.
Une main sur la gorge palpitante de son meilleur ami, il faufila la seconde entre ses jambes, sans demander la permission.
Le Pingouin émit un bruit de gorge lorsqu'il s'empara de son érection. Et ce n'était qu'un début. Les doigts longs et arachnéens d'Edward amorcèrent un lent mouvement de massage, avant de défaire sa braguette. Oswald se blottit contre son épaule en serrant les dents, le souffle de plus en plus court à mesure que son pantalon glissait sur ses jambes jusqu'à ses chevilles. Ed l'aida à s'en débarrasser, et le sous-vêtement qu'il portait suivi le même chemin.
Oswald enlaça Ed, l'empêchant d'observer son corps comme un insecte sous la lentille d'un microscope.
—  Écarte les cuisses, souffla Edward d'une voix rauque qui se voulait tentatrice.
Il fut presque surpris que cela fonctionne. Le Pingouin obéit à ses ordres, ouvrant les jambes pour lui laisser plein accès. Un frisson de plaisir parcourut l'échine d'Ed. Il commença d'embrasser la gorge blanche, puis de descendre sur son torse sans se préoccuper des bras qui le serraient convulsivement pour l'amener à remonter vers son visage. Non, il continua plutôt sa descente, traçant un sentier sinueux jusqu'à son nombril, et les poils fins menant à ce qu'il s'empressa de caresser à pleine main, le visage brûlant. Il était si près que son souffle roulait sur la peau sensible, provoquant chez Oswald une chair de poule qui couvrait l'intérieur de ses cuisses. Edward déposa une myriade de baisers à cet endroit pour le faire gémir un peu, et examina avec attention l'érection coulisser entre ses doigts.
Les hanches du Pingouin se mirent à onduler, suivant le rythme qu'Ed lui imposait. Ce dernier glissa deux doigts dans sa bouche et longea le frein, lentement, les bourses, pour ensuite se diriger vers l'anus en poursuivant sa masturbation. L'action était mécanique, basée sur des connaissances anatomiques précises et sur son expérience personnelle – la façon dont il aimait se branler en somme – mais la chaleur qui grimpait en lui peu à peu n'avait rien à voir avec ce qu'il avait déjà lu dans les livres. Ni avec ses précédentes expériences. Il avait déjà eu des rapports sexuelles, avec des femmes, ça avait toujours semblé naturel, simple, et une fois qu'ils étaient lancés, il n'hésitait pas à prendre. Il n'était pas égoïste, simplement il savait comment assurer sa fonction biologique de mâle – du moins, c'était ainsi qu'il concevait les choses, à un niveau strictement animalier. Les choses qu'il ressentaient pour Oswald allaient bien au-delà d'un instinct de reproduction, et pourtant c'était aussi fort qu'un besoin, celui de posséder et de faire du bien, d'être celui qui le ferait jouir encore.
Sans vraiment savoir à l'avance ce qu'il faisait, il engouffra le pénis rigide dans sa bouche.
Le Pingouin cria pour la première fois depuis le début de leurs ébats. Ce fut un couinement aigu qui se termina en un râle caverneux, accompagné d'un mouvement sec en avant auquel Ed ne s'attendait pas. Il s'étrangla et ses doigts humides ripèrent entre les fesses lisses de son partenaire.
—  P...ardon, haleta Oswald en crispant les doigts dans les boucles brunes d'Ed, avant de les détendre et de les caresser comme excuse. Je...je ne m'attendais pas...à ce que tu fasses ça.
—  Moi non plus, répliqua Edward sur un ton rocailleux.
Sans plus attendre, il se remit à la tâche.

Après un long moment à sucer le sexe de son amant, Ed avait réussi à le relaxer suffisamment pour enfiler en lui ses doigts. Le but était clair, pourtant il était quasiment sûr de ne pas pouvoir le pénétrer aujourd'hui. C'était trop tôt. Pourtant, il ne se lassait guère des réactions extravagantes d'Oswald. Ce dernier était étonnamment bruyant, lui qui semblait pourtant si timide au début. L'activité semblait faire ressortir sa passion et lorsqu'Ed croisait les yeux, il y voyait une faim terrible et inassouvie qui l'embrasait si fort qu'il en arrêtait ce qu'il faisait. Sans son self-control, il lui aurait fait mal.
Il l'aurait mérité, d'une certaine manière. Toutefois Ed n'était pas prêt à y penser pour l'instant. Il ne voulait pas punir.
Il voulait. Juste voulait. Ça n'avait rien de raisonnable ou d'intelligible. C'était intuitif, et quand il se redressa vivement, abandonnant la queue raidie et l'orifice pour prendre Oswald dans ses bras, il savait que c'était la bonne chose à faire, celle qui lui apporterait le plus de satisfaction.
Il embrassa le Pingouin et défit assez son pantalon pour sortir sa verge tendue, la frottant lascivement entre les cuisses d'Oswald, sous ses testicules, le gland contre son anus. Il sentit Oswald se crisper légèrement et un rictus se dessina sur ses lèvres. Il embrassa son oreille et le Pingouin gémit doucement, sans chercher à le repousser, au contraire.
Ses lèvres tremblantes formulèrent un mot, peut-être son nom, mais Ed sentit l'orgasme monter trop vite, de sorte qu'il ne put se retenir, n'étant pas préparé. Il jouit violemment contre l'orifice serré de son partenaire et pinça les lèvres en espérant n'avoir émis aucun son indigne.
Oswald resserra son étreinte autour de lui, et Ed fut mortifié de constater qu'il avait joui sans lui. Ce n'était jamais arrivé avec Isabella ou Kristen. Il avait toujours traité leur plaisir en priorité.
—  Ed, geignit Oswald. Oh Ed.
La nécessité de s'excuser jaillit en Edward comme la balle d'un pistolet mais les mots que murmura Oswald lui coupèrent l'herbe sous le pied.
—  Je t'aime.
Ed releva le visage, clignant des yeux, et Oswald lui sourit, les mains posées sur ses joues aux pommettes hautes.
—  Je t'aime, Edward Nygma.
Il rit et Ed sourit à son tour, sans pouvoir s'arrêter.
—  Je t'aime et j'aime tout ce que tu fais, tout ce que tu es. Je t'aime à la folie, Seigneur...je n'arrive pas à croire comme je t'aime ! s'exclama Oswald, toujours en gloussant, le bout de ses doigts caressant la peau sans défaut de son amant.
Celui-ci retira ses lunettes d'un geste calme et se redressa pour les poser sur la table de chevet. Puis il retira sa cravate, sa veste, et Oswald comprit le message comme quoi l'étreinte était terminée. Il s'assit à son tour, l'air déçu, lorsqu'Ed enleva son pantalon et se glissa sous les draps.
Oswald rosit de surprise, et ne tarda pas à l'imiter, calant son dos contre Ed pour que ce dernier l'enlace en cuillère.
Le menton contre les cheveux soyeux de son meilleur ami, Ed garda les yeux ouverts malgré la fatigue qui l'enjoignait à dormir. L'excitation commençait à redescendre, laissant place à des émotions négatives auxquelles il n'avait pas envie de prêter attention mais qui prenaient de plus en plus de place dans son esprit. La culpabilité avait un goût amer dans sa bouche et pour l'atténuer il tenta de se concentrer sur la texture de la peau de son amant pendant qu'il lui caressait le ventre. C'était doux et humide ; sa main effleura son sexe, le prit doucement pour lui imprimer de fermes caresses qui le firent trembler et soupirer. Ed embrassa le dessus de sa tête et ferma enfin les paupières, focalisant toute son attention sur ses doigts.
Oswald gémit son nom et éjacula en petite quantité. Edward prit soin de continuer ses stimulations jusqu'à ce que le pénis redevienne entièrement flasque. Ensuite il le relâcha et s'essuya sur le drap.
La main du Pingouin s'empara de son poignet et porta la main de Ed à ses lèvres pour l'embrasser. Quand il déplia les doigts, Ed sentit des larmes sur le visage d'Oswald.
—  Je voulais te le dire avant, renifla le Pingouin en se recroquevillant sensiblement contre Edward. Si seulement...
« Isabella n'avait pas été là. », compléta Ed. Il s'en voulut immédiatement et une étincelle de colère le réveilla. Il se redressa juste assez pour murmurer à l'oreille d'Oswald :
—  Je sais ce que tu as fait.
Il ne comptait pas le dire sur un ton si sensuel mais c'était trop tard. Le Pingouin frissonna en laissant échapper un hoquet. Ed resserra ses bras autour de lui pour l'empêcher de s'écarter. Son entrejambe se pressa contre les fesses nues et son sexe eut un tressaillement d'intérêt.
—  Tu as tué..., déclara Ed sans parvenir à terminer sa phrase.
Embarrassé et frustré, il posa une main menaçante sur la gorge d'Oswald.
—  Oui, gronda soudain le Pingouin.
Il renifla à nouveau et même si Ed ne pouvait voir son expression, il l'imaginait arborer un air crâne, comme quelqu'un de désespéré qui n'a rien d'autre à perdre que sa fierté.
—  Si c'était à refaire..., lâcha Oswald dans un souffle rauque qui sonnait comme un avertissement.
—  Chut, siffla Ed en appuyant sur sa pomme d'Adam avec ses doigts. Je ne veux pas t'entendre dire ça.
Il frotta son nez dans les cheveux derrière l'oreille du Pingouin en soupirant. Il pouvait se noyer dans cette odeur et oublier celle d'Isabella. Ce n'était pas bien, néanmoins c'était moins douloureux que de rester endeuillé. Repousser son attirance et jeter Oswald hors de son lit – même si techniquement ce serait plutôt à lui de partir étant donné qu'ils étaient dans la chambre du Pingouin.
—  Je ne t'ai pas pardonné pour autant, précisa-t-il en pressant davantage son début d'érection contre la chute de reins de son amant, ses testicules frottant contre son derrière.
Il ne savait ce qu'il avait en tête en faisant cela mais Oswald répondit favorablement, se cambrant pour appuyer ses fesses contre son entrejambe. Edward laissa échapper un soupir tremblant et il fit rouler le Pingouin sur le ventre afin de se placer au-dessus de lui. Il entrelaça ses doigts avec ceux d'Oswald d'une main, l'autre toujours enroulée autour de sa gorge, et glissa sa queue entre les cuisses de son amant.
Toutefois ce dernier écarta les jambes, lui retirant ainsi l'agréable sensation de pression moite sur son sexe et la possibilité de s'assouvir en intercrural. Edward gronda de mécontentement, sur le point de faire un commentaire déplaisant, lorsqu'Oswald écarta ses fesses avec sa main libre.
—  Qu'est-ce que tu fais ?, chuchota Edward en clignant des yeux, une bouffée de chaleur insidieuse se logeant au creux de son bas-ventre, durcissant sa verge contre la chair tendre et avide.
—  Te veux, grogna Oswald sur un ton étouffé.
—  Je ne peux pas, répondit Ed avec douceur. Tu n'es pas assez...
Le Pingouin se dévissa le cou pour le fusiller du regard :
—  Pas assez ? Pas assez ??
—  ...pas assez lubrifié, termina Edward. Je risquerais de te faire mal.
Les épaules d'Oswald se détendirent et il enfonça son visage dans l'oreiller.
—  M'en moque, marmonna-t-il. Fais-le.
—  Oswald, appela Ed gentiment en lui caressant la nuque avec son pouce, en dépit d'une once d'agacement qui lui faisait froncer les sourcils. Si c'est pour essayer de me faire oublier...
Pourtant il devait réellement faire un effort pour se souvenir en cet instant comment il s'était senti avec Isabella. Les souvenirs devenaient impersonnels, sans relief ni saveur par rapport à ce qu'il vivait maintenant.
—  J'en ai besoin, lâcha le Pingouin dans un sanglot étranglé. S'il te plaît.
Bien que ne voyant pas son visage, Ed pouvait voir ses oreilles devenir pivoine. Il serra la main d'Oswald toujours dans la sienne et déposa un baiser dans ses cheveux avant de rouler des hanches contre lui, les jambes sur les siennes et le torse légèrement relevé. Son autre main quitta le cou du Pingouin et il cracha dedans. Ce n'était pas hygiénique – de tout ce qu'ils avaient fait jusqu'à présent, du sexe jusqu'au meurtre, c'était étrangement la seule et unique chose qui le dérangeait – mais c'était nécessaire.
Il faufila ses doigts mouillés entre eux, dans la raie des fesses d'Oswald pour le caresser, tracer le contour de son anus. Le maire de Gotham couina de plaisir tout en se laissant faire. Ed prit son temps pour tenter de l'ouvrir au maximum afin de le préparer à la pénétration. Il n'était pas un petit calibre. Oswald allait le sentir passer.
Une part de lui en était ravie. Ce serait sa petite revanche. Et puis il l'avait voulu, le voulait avec tellement de force que c'en était émouvant.
Il allait le prendre.
Plusieurs longues minutes de préliminaires attentionnés s'écoulèrent, et lorsqu'il fut certain que les gémissements d'Oswald exprimaient autant de désir que d'impatience, il retira ses doigts de son orifice – avec un bruit de succion - pour y guider sa verge.
—  Respire profondément, conseilla Ed contre son oreille.
—  T'aime, souffla le Pingouin avant de prendre une inspiration comme demandé.
Edward poussa son gland contre le trou humide. C'était serré et il mit un long moment avant de le sentir s'écarter pour lui laisser la place. Oswald faisait de son mieux, suivant ses instructions avec l'envie manifeste de bien faire, ainsi, Ed put entrer en lui. La pénétration fut lente et exquise pour Ed, pénible pour Oswald, cependant il s'accrochait à sa détermination. Quand enfin, les hanches d'Ed butèrent contre ses fesses souples, le Pingouin soupira, avec un grincement de douleur au fond de la gorge.
—  Je...t'aime aussi, admit Ed juste avant de pousser brusquement. Je crois, ajouta-t-il rapidement, le cœur battant à tout rompre.
—  ED ! cria Oswald.
L'interpellé ne s'arrêta pas. Il recula et se ré-enfonça, une fois, deux fois. Le claquement sourd de leur peau l'une contre l'autre, le gigotement onctueux du cul d'Oswald lorsqu'il le frappait avec ses cuisses le terrassait. A chaque coup de reins il se disait qu'il allait ralentir, mais le plaisir était trop grand.
- Ah ! Ah Ed ! ED !
Sa voix. Les femmes qu'ils avaient connues au lit n'avaient jamais agi comme ça. De façon aussi tendre et dépravée en même temps. Si amoureusement, comme s'il était le centre de l'univers. Leur premier homme, le seul qui ait jamais compté en tout cas. Il avait désespérément désiré cela, même si c'était un rêve d'adolescent, l'idée d'un premier amour pur et virginal, destiné. Il avait toujours cru au destin bien que rien de scientifique ne puisse venir appuyer cette croyance.
Les doigts d'Oswald serrés sur les siens lui faisaient mal, pourtant il aimait ça. Cela lui donnait encore davantage de vigueur, davantage d'ancrage dans la croyance qu'ils étaient les deux pièces d'un puzzle, faits l'un pour l'autre.
Il se pencha et mordilla le lobe de l'oreille de son meilleur ami, rendant celui-ci muet quelques secondes, le temps pour lui de jouir contre le matelas sans le moindre avertissement.
—  Je t'aime aussi, répéta Ed tout bas, avant le coup de butoir final.
Il ferma les yeux, essayant de visualiser une dernière fois le visage souriant d'Isabella, mais seule l'image de son cadavre lui apparut. Il se souvenait de la manipulation d'Oswald qui avait fait semblant de le consoler. C'était horrible.
Toutefois – et c'était le plus tragique – il ressentait une gratitude immense à l'idée que le Pingouin soit allé aussi loin pour lui. Après plus d'un an à essayer de devenir le plus proches possible, après tous les efforts consentis, les hauts et les bas de leur relation en montagne russe, entre la prison, l'asile et le GCPD… Oswald était entièrement à lui désormais.
Il y avait une sorte de justice poétique à ce que ce soit réciproque. S'il avait soudainement changé de vie, décidé de suivre une nouvelle voie, il aurait détruit ce qu'ils s'étaient démenés à construire ensemble. Ce sentiment à l'ampleur de leur égo, destructeur et passionnel, un amour qui ne s'éteindrait jamais, même dans un désert de glace.
Il revint à lui en entendant Oswald pleurer. Il roula sur le côté, inquiet et lui releva le visage.
—  Edward, murmura le Pingouin en pressant vivement ses lèvres sur les siennes. Ed. Ed !
Le cœur d'Edward Nygma se fendilla au son avide, presque désespéré de sa voix. Il serra son meilleur ami contre lui et le berça :
—  Chh, chhh. Pardon.
Malgré ses précautions, il s'était laissé emporter et il lui avait sans doute fait mal. L'idée lui était brutalement insupportable, ce qui était idiot. Oswald n'avait eu aucun regret à le blesser, lui – ou bien en avait-il eu ?
—  C'était bon, souffla Oswald sur un ton timide. Meilleur que ce que j'avais imaginé.
Ed fit la moue :
—  Quoi ?
Le Pingouin lui sourit avec les lèvres pincées, le regard plein d'appréhension, et Edward se souvint que même s'il le connaissait par cœur, il restait certaines choses qui lui demeureraient obscures. Il avait beau essayer il ne le comprendrait jamais complètement. Mais ce n'était pas grave.
—  Je n'ai jamais été aussi heureux de toute ma vie, chuchota Oswald avant de déposer un baiser chaste sur sa bouche. Je n'aurais...je n'aurais jamais cru que ça arriverait. Que je rencontrerais quelqu'un comme toi, quelqu'un que j'aimerais autant. Je ne...peux plus m'imaginer sans toi.
« Moi aussi. », se dit Ed, et c'était l'ultime renonciation à Isabella, à tout ce qu'elle avait représenté pour lui. Une page était tournée. Celle d'un amour éphémère car tellement beau qu'il en dissimulait certaines illusions, comme les ailes d'un papillon, d'une amitié sincère mais trop maladroite, emprunte de secrets mortels, et d'une solitude lancinante pour toujours disparue.
En dépit des pensées qui lui noyaient la tête de question, Ed fut le premier à s'endormir, son souffle paisible caressant le front d'Oswald qui se nicha plus confortablement contre son torse, aussi à l'aise qu'un coq en pâte.

 

 

Anders