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Une nuit

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« Jamais ? »

Sakura en était restée bouche-bée tandis que Naruto s’en était étouffé pour de bon, obligé de se lever pour se retourner en toussant la boisson qu’il venait d’ingurgiter de travers. Il ne fut même pas capable d’attendre que sa quinte de toux se termine complètement pour reprendre la parole.

« Putain, Sasuke, jamais ? »

Pour toute réaction, celui-ci leva les yeux sur lui. L’expression, complètement hallucinée, de Naruto avait un quelque chose de marrant. Il hésita bien entre lui faire remarquer que, eh bien s’il avait bien entendu ce qu’il venait de dire, il ne voyait pas pourquoi il se répéterait et une absence totale d’envie ne serait-ce que de lui expliquer cette vérité. Il appuya simplement le crâne contre l’arbre devant lequel il était assis et observa le jeune homme — son visage ahuri : une distraction amusante —, avant de porter le regard ailleurs. Un groupe de ninjas passa près d’eux, leurs silhouettes apparaissant et disparaissant derrière les arbres du petit espace boisé, assombri par la nuit, où ils s’étaient installés. Les sons de la fête qui se donnait plus loin leur parvenaient en sourdine et la lune haute créait des contrastes de lumière dans les allées.

Une claque sur sa tête brune le rappela à leur conversation.

Ses ongles s’enfoncèrent dans la terre. Les yeux de Sakura s’éclairèrent et elle compta mentalement les secondes avant qu’il ne bondisse sur Naruto :

« Un. »

Le blond éclata de rire en voyant Sasuke se lever d’un coup, lâchant toutefois un souffle douloureux en percutant le sol. Bien sûr que taper sur la tête du brun ne pouvait qu’engendrer une telle réaction de sa part, mais le provoquer était un jeu dont il ne parvenait jamais longtemps à se priver, surtout lorsque Sasuke prenait ce regard noir et cette petite expression, puérile, d’agacement.

Sakura les observa rouler dans l’herbe, très amusée par la manière dont le brun se démenait pour rendre sa claque à Naruto, tandis que ce dernier ne se défendait qu’en riant. Quand le premier finit par avoir le dessus, les mains bien à plat sur les épaules de l’autre pour le maintenir au sol et les yeux se rétrécissant, vexé par son hilarité, Sakura ne put s’empêcher de pouffer.

La susceptibilité de Sasuke monta d’un cran. Il adressa un regard noir à la jeune femme.

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? » grommela-t-il en se relevant.

Sur le coup, ni Naruto ni Sakura ne surent que répondre. Ils eurent bien envie de le chambrer, un peu, parce que sa déclaration avait été presque drôle mais… presque, seulement. Au fond, ils savaient bien ce qu’elle avait de choquant. Ils observèrent Sasuke se pencher pour attraper la bouteille de saké qu’ils avaient emmenée avec eux et la porter à ses lèvres en se rasseyant à sa place initiale.

Et, effectivement, il n’y avait rien eu à dire de plus. Qu’aurait-il pu expliquer qu’ils ne savaient déjà ? Le prix de la haine, de la solitude et de l’errance ? L’absence de ce vécu, commun pour les autres, chez le garçon qui n’avait connu que la souffrance et le combat ? Il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’il n’ait pas eu de telles expériences durant ses années de désertion. Il n’avait jamais envisagé de survivre à l’accomplissement de sa vengeance. Le laisser en vie avait été l’ultime insulte de son frère. Se reconstruire lui avait pris des années. Sakura et Naruto savaient parfaitement que, s’il avait trouvé un apaisement évident depuis son retour au village, la part de ténèbres qui l’habitait n’avait pas disparue. Et elle resterait là.

Il aurait été illusoire de croire qu’il puisse s’en défaire un jour.

« Et… tu as déjà, juste… ? reprit le blond en poussant sur les bras pour s’asseoir correctement.

— De quoi ? Embrassé ? »

Naruto se contenta d’acquiescer, ses yeux écarquillés dans une expression de gêne. Un rictus naquit sur les lèvres de Sasuke.

« À part toi quand on était gamins ? »

Le visage de Naruto s’assombrit, offrant la satisfaction au brun de le voir touché par sa provocation.

« Mais non, mais ça ne compte pas, ça ! Bon sang, Sasuke ! C’est… je ne sais pas, c’est…

— Naruto ! l’arrêta aussi vite Sakura, consciente de la façon dont la conversation était en train de déraper.

— Mais merde ! »

Le blond venait de frapper du poing au sol.

«  Il n’y a pas d’âge pour…

— Ce n’est pas la question, Sakura ! Tu sais très bien pourquoi il ne l’a pas fait ! C’est à cause d’Orochimaru et de tout ce qu’il s’est passé, de sa famille, des membres du conseil et de la prison ! Tu trouves normal, toi, de ne plus savoir combien de personnes on a tué, mais de n’avoir même pas partagé un putain de baiser une seule fois dans sa vie ? »

Il disait bien beaucoup de gros mots, ce soir… La jeune femme baissa les yeux, mal à l’aise devant la tournure qu’avait prise leur discussion.

Naruto avait raison, bien sûr. Elle aurait pourtant préféré éviter de mettre ces mots sur ce sujet.

Soucieuse, elle reporta son attention sur Sasuke : aucune expression n’était distinguable sur son visage et il levait, par intermittence, la main pour boire quelques gorgées de saké. Elle l’observa faire tourner le liquide dans la bouteille, un sourire cynique au coin des lèvres. La légère rougeur que l’alcool avait donnée à ses pommettes adoucissait cependant ses traits. Ils avaient tellement bu, déjà…

Lorsque Naruto avait dérobé une bouteille de saké à une des tables de service devant laquelle ils étaient passés, Sasuke et Sakura avaient juré de concert, si violemment dans leur barbe qu’il s’en était fallu de peu pour qu’ils ne se fassent pas repérer. Le blond avait cependant réagi comme s’il n’y avait vraiment pas de quoi s’offusquer. Ce soir, c’était la fête des morts, celle que l’on appelait la « fête des fantômes », la tradition voulant que l’on honore la mémoire des êtres disparus en partageant un verre avec chacun de ceux que l’on avait aimés.

Naruto avait jugé qu’il y avait beaucoup de personnes à honorer.

Sakura releva les yeux sur Sasuke. Quand il lui tendit le saké, un sourire doux, tout de même, aux lèvres, elle se saisit de la bouteille pour en boire quelques gorgées. Le jeune homme n’était pas du genre à faire grand cas du sujet de conversation qu’ils venaient d’avoir, ni de ce qu’il pouvait y avoir de déplacé, dans leurs paroles. Elle le savait. Et c’était justement ce qu’il y avait de dérangeant, chez lui : qu’il ait à ce point accepté les coups et les blessures successives que la vie lui avait infligées.

Elle s’essuya la bouche d’un revers délicat de la main, contemplant le groupe de flûtistes, dansant et tournant autour des passants, qui égaya, à ce moment-là, la rue devant laquelle ils se trouvaient. La gorge lui brûlait un peu moins qu’en début de soirée, ce qui n’était peut-être pas bon signe… L’idée amusa un instant Sakura. Elle releva le regard sur Sasuke. Le détachement du jeune homme avait un quelque chose de dérangeant, sa position nonchalante, adossé, une jambe repliée, contre l’arbre devant lequel ils s’étaient posés, témoignant d’une désinvolture trop forte pour la conversation qu’ils venaient d’avoir. Lorsqu’il pencha la tête sur le côté, Sakura détailla sa gorge pâle et les ombres que faisaient ses mèches brunes sur son visage, sous la lumière de la pleine lune.

Cela faisait un petit moment, alors, qu’ils s’étaient éloignés de la foule pour boire et ses joues la chauffaient bien un peu.

D’un coup, elle se pencha et prit appui de ses deux mains devant elle pour déposer un rapide baiser sur la bouche de Sasuke.

Ce fut à peine si celui-ci réagit, affichant une expression d’étonnement, tandis qu’elle reprenait sa place initiale.

« Voilà, c’est fait », commenta-t-elle brièvement.

Elle ignora sciemment la montée de chaleur qui se fit des deux côtés de son visage.

Naruto l’observa avec sidération.

« Mais Sakura… Mais… Mais ça ne compte pas, ça ! Pas mieux ! Enfin, pas plus que ce qui s’est passé entre Sasuke et moi quand on était gamins ! »

Pour toute réponse, elle lui tira la langue, malicieusement. Elle fut tentée de protester que, cette fois-ci, au moins, le geste avait été volontaire, mais ne voulut pas risquer de s’embourber dans un débat à ce sujet, surtout avec Naruto. Elle n’était même pas sûre d’avoir eu raison d’agir ainsi. Elle l’avait simplement fait parce que ça l’avait blessée de voir Sasuke s’être résolu ainsi à n’avoir jamais eu ce que tant d’autres avaient connu, comme si ça n’avait pas eu d’importance. Elle avait voulu changer la donne, réparer ce qui pouvait encore l’être, si toutefois son geste en avait eu le pouvoir. Elle se rendait pourtant bien compte que ça avait été idiot. À aucun moment, il n’y avait, en tout cas, eu, de sa part, de ces espoirs d’amourette qu’elle avait eus plus jeune. Elle avait bien grandi, depuis, et les sentiments qu’elle avait désormais pour Sasuke, s’il s’agissait d’amitié et non plus d’amour, étaient bien loin d’en être moins forts. Bien loin.

Quand le blond se rapprocha d’elle, le nez à quelques centimètres du sien pour la dévisager crûment, elle ne put toutefois empêcher ses joues de s’empourprer.

Bon… Elle fut bien obligée de reconnaître en elle-même que, malgré tout, le brun la troublait bien encore maintenant.

Naruto afficha un large sourire. Elle le regarda lui prendre la bouteille des mains avec une œillade amusée, puis s’adosser contre le même arbre que Sasuke pour en porter le contenu à sa bouche. Elle s’allongea dans l’herbe, se décalant pour poser la tête sur les genoux du charmant effronté qui avait joué à dévoiler sa gêne, et soupira. Depuis son angle de vue, elle contempla les mouvements de la gorge du jeune homme, tandis qu’il déglutissait, puis reporta son attention sur Sasuke. Elle les aimait autant tous les deux. Elle aurait voulu les étreindre, les serrer dans ses bras pour ne plus jamais risquer de voir l’un d’eux partir. Le vent passant sur la légère humidité restée sur l’arrondi de ses lèvres la picota doucement.

Ce n’était rien, un baiser. Ce n’était pourtant pas anodin.

La tête lui tournait bien un peu.

Non loin, coulait la rivière de Konoha, son murmure se mêlant au crissement des feuilles au-dessus de leur tête et au son, plus marqué, des chants, de la musique et des exclamations des villageois. Une famille passa près d’eux, les deux adultes donnant la main à un petit garçon d’une dizaine d’années. Les lumières de la fête se projetaient sur le toit au-dessus d’eux et l’enfant riait, s’accrochant de toutes ses forces à ses parents quand ils levaient leurs bras en même temps pour le faire décoller du sol. L’image attendrit Sakura.

Se retrouver ainsi, tous les trois, était tellement précieux.

Depuis le retour de Sasuke, ils avaient été plus proches qu’ils n’auraient pu l’imaginer, un peu inquiets seulement, parfois, que leur incessant désir d’être tous les trois finisse par l’étouffer. Celui-ci s’était cependant laissé faire avec une rare complaisance. Oh, quelques « laisse-moi tranquille », secs et sans appel, avaient bien sûr fusé, et il n’y avait aucun doute sur le fait qu’il y en aurait d’autres — ç’aurait été méconnaître Sasuke que de croire le et Sakura avaient cependant prêté tellement attention à respecter son univers et sa propension au silence — enfin… surtout la jeune femme : avec le blond, c’était toujours plus délicat — que le brun avait accepté sans trop de heurts leur présence auprès de lui. Petit à petit, cette situation était même devenue curieusement naturelle. Il avait toutefois fallu longtemps à Sasuke pour sortir du mutisme dans lequel il s’était enfermé, les premiers temps, des mois pour être libéré de la prison où il avait été plongé suite à l’accomplissement de son ultime vengeance sur les membres du conseil, et encore plus pour se faire accepter ensuite, malgré la lumière faite sur l’implication de ces derniers dans l’assassinat de sa famille. Recommencer à leur sourire, parfois, même légèrement, n’était venu que progressivement. Le voir désormais céder aux provocations de Naruto, se chamailler avec lui, affectueusement — même si aucun d’eux ne l’aurait jamais avoué ! — et se chambrer, comme ils le faisaient enfants, avait un air de petit miracle.

Tous trois avaient désormais un bon équilibre. Quand le blond épuisait tout le monde de par son expansivité, la présence de Sakura permettait de rétablir un certain calme et une forme de douceur — enfin… sauf lorsqu’ils partaient avec Naruto dans des querelles puériles qui se finissaient invariablement par quelques coups sur la tête de ce dernier —, et le tempérament froid de Sasuke était ce dont tous deux avaient besoin pour modérer leurs caractères enflammés. Naruto chahutait Sasuke, qui pestait contre Naruto, qui chahutait à son tour Sakura, qui bougonnait tendrement contre Naruto, avant d’apporter à Sasuke l’apaisement féminin que les bêtises du blond le faisaient parfois chercher à son contact. Et tout ce petit monde se chamaillait et se provoquait sans cesse, et se réconciliait, et se collait incessamment, et ne s’en voulait jamais, et restait tout le temps ensemble, pourtant, quoi qu’il se passe et quelle que soit la tête de petit râleur que pouvait faire Sasuke. Mais s’il y en avait un, entre eux, qui était le ciment de leur relation, il s’agissait certainement de Naruto. Sakura n’avait pas le moindre doute sur le fait que, sans lui, le brun n’aurait jamais pu s’ouvrir de nouveau ainsi.

La question qu’elle entendit la fit sourire, paupières toujours closes.

« Mais euh… Sasuke, ça compte, pour toi, la fois où on s’est… embrassés, gamins ? »

Si la jeune femme resta les yeux fermés, elle put deviner ceux du brun qui se levèrent au ciel. Sa voix froide trancha l’air.

« Autant que ce que vient de faire Sakura. »

Elle se demanda comment prendre cette réponse de sa part.

Soit le premier baiser — accidentel — avec Naruto avait, aussi, compté. Soit celui qu’elle venait de lui donner n’avait pas eu plus de valeur. Elle ne sut pas quelle option pouvait être la bonne.

« Et toi, alors, poursuivit le brun avec une provocation évidente : vas-y, fais-nous donc part de ta si grande expérience, puisque tu as l’air tellement assuré.

— Moi ? »

Sur le coup, Sakura ouvrit un œil, constatant que Sasuke était un peu échevelé et que c’était encore lui qui tenait la bouteille à la main. Naruto eut un instant d’hésitation. Il passa les doigts dans l’une des mèches roses de leur amie.

« Ben… La première fois, c’était avec Sakura. »

Celle-ci se tourna aussitôt pour lui donner une tape sur le plat de l’épaule. Non mais, Sasuke ne lui avait pas demandé de parler de sa vie sexuelle à elle, autant qu’elle le sache ! Naruto rit doucement.

« Et c’était super, ajouta-t-il. »

Il décala son buste juste au moment où la main de Sakura partit vers lui, esquivant le coup.

« On a recommencé toute la nuit. »

Cette fois-ci, la jeune femme se redressa carrément sur un coude, plissant les lèvres dans une mimique mauvaise, et ouvrit les yeux pour être bien sûre que sa main atterrisse sur le bras de Naruto. Celui-ci éclata de rire en essayant de l’éviter, se prenant tout de même une bonne claque. Ouch ! Elle tapait fort, la bougresse !

« C’était il y a longtemps ? »

La question de Sasuke les arrêta dans leur petit manège. Ils l’observèrent en train de les détailler tranquillement, buvant à l’occasion quelques gorgées de saké. Son absence d’expression les dérangea.

« Un peu. Tu n’étais pas là, à ce moment-là. »

Seul un son d’acquiescement sortit des lèvres de Sasuke. Sakura se réinstalla correctement en face d’eux tandis que Naruto observait le jeune homme, inquiet qu’il puisse se sentir à l’écart à cause de ça.

« Bah, en même temps, c’est bien avec toi que j’ai eu mon premier baiser ! »

Le coup d’épaule qui accompagna la taquinerie fit glisser Sasuke de l’arbre contre lequel il s’appuyait, son corps faisant un mouvement de balancier sur le côté avant qu’il se rétablisse. La prise de conscience du pauvre niveau de son équilibre l’affola intérieurement. De réflexe, il déroba ensuite, à la main du blond qui se tendit pour la lui prendre, la bouteille de saké dont il s’empressa de descendre le contenu avec un regard de défiance.

Sakura attendit, un petit sourire aux lèvres, de voir les brins d’herbe voler.

La seconde suivante, Naruto se dressait sur les genoux en essayant d’arracher la bouteille aux mains de Sasuke, les faisant chuter tous deux au sol. La jeune femme récupéra au vol l’objet de leur bagarre, en profitant pour en boire quelques gorgées en les observant s’empoigner, une expression de contentement marquée en voyant la façon dont leurs corps se pressaient l’un sur l’autre. La façon dont le brun pouvait se crisper lors de ces contacts physiques — que le blond provoquait, par contre, avec un manque de gêne assez incroyable — l’avait toujours amusée. Aussi curieux que cela puisse sembler, Sasuke avait pourtant fini par s’y habituer, acceptant, peut-être parce qu’il n’en avait pas eu tellement le choix, que Naruto puisse envahir aussi souvent son espace personnel. Le temps passant, l’ambiguïté entre eux était devenue une évidence, pour Sakura mais pas seulement : leurs amis souriaient parfois aussi des gestes déplacés du blond et des expressions constipées-agacées-mais-tant-pis-il-les-tolérait-tout-de-même de Sasuke. C’était même joli à observer, cette ambivalence entre eux et le fait qu’ils s’y soient à ce point accoutumés.

Au bout de quelques instants, elle ne résista pas à leur plonger dessus à son tour.

« Allez ! On va s’amuser ! »

Tous deux s’interrompirent, Naruto tenant encore fermement un pan du haut de kimono du brun qui le repoussait de ses deux bras. Les yeux bleus qui se tournèrent vers elle la troublèrent, un instant, par leur proximité.

Étendu au sol, les cheveux noirs épars parmi les brins d’herbe, Sasuke l’observa avec étonnement.

« Pour faire quoi ?

— Je ne sais pas… Se promener ! C’est la fête partout ! »

Le blond sourit, détournant ensuite le visage en grimaçant exagérément à cause de l’odeur plus qu’alcoolisée de l’haleine de Sakura — ce qui lui valut, bien évidemment, un petit coup de la part de cette dernière — et en adressant un regard complice à Sasuke. Ils avaient vraiment bu, ce soir. Il était trop heureux de les sentir tous deux contre lui. Il essaya de les enlacer en même temps, éclatant de rire en les voyant mimer l’étouffement.

« Allons-y, alors ! Ce soir, c’est la fête des fantômes ! En cherchant un peu, on pourra peut-être en rencontrer quelques-uns ! »

Le brun ferma les yeux devant autant de bêtise.

« Et peut-être même un qui voudra bien s’occuper de notre petit Sasuke ! »

Naruto n’esquiva que d’un millimètre, hilare, la tentative de celui-ci de le faire taire en empoignant son cou. Il s’empressa de courir devant, ses sandales de ninja à la main. Sakura éclata de rire, puis adressa un regard tendre à Sasuke, avant de partir à la suite du blond.

Durant quelques secondes, celui-ci les regarda s’éloigner, Naruto zigzaguant entre les villageois qui passaient par là et la jeune femme ralentissant brusquement en les découvrant pour essayer de faire comme si elle n’avait pas été en train de courir comme une gamine deux secondes plus tôt. L’image l’amusa. Il se sentait cependant troublé par ce qu’ils venaient de lui apprendre et à quoi, bien que ce soit peut-être naïf de sa part, il n’avait jamais pensé.

Bien sûr, il avait déjà remarqué la singularité de la proximité entre Naruto et Sakura, mais lui-aussi avait de ces rapports avec chacun d’eux, proches au point de mettre mal à l’aise, parfois, les personnes les accompagnant. Ça avait beau paraître un peu particulier, ça faisait partie d’eux, d’une certaine façon. Il ne sut pas ce qu’il devait penser.

Quand le blond sauta sur la mince rambarde bordant la rivière, manquant de s’y vautrer dans le même mouvement tellement il ne tenait plus debout, ce qui était magnifique à voir, un petit fantôme glissa deux doigts à la commissure des lèvres de Sasuke pour les lui relever.

Le jeune homme finit d’un trait la bouteille qu’il avait emportée et la garda à la main, leur emboîtant le pas. Sakura venait de faire un petit bond pour poser les fesses juste derrière Naruto et ce dernier n’avait réussi que par miracle à ne pas en perdre pour de bon son équilibre. Les mains au fond des poches, Sasuke le regarda essayer de mettre un pied devant l’autre, guettant avec une satisfaction anticipée le moment où il finirait la tête la première dans l’eau.

Comme il n’y allait pas assez vite, il l’aida un peu.

La gerbe d’eau que provoqua celui-ci en plongeant dans sa rivière éclaboussa autant le brun que Sakura qui pouffa doucement. Celle-ci opéra ensuite une cabriole en se laissant tomber en arrière avant de rejoindre le blond. La tentative de contrôle de son chakra pour se maintenir aussitôt à la surface de la rivière se solda par un semi-échec, l’un de ses bras entrant jusqu’au coude dans l’eau avant qu’elle soit capable de se rétablir. Sasuke, lui, enjamba la rambarde d’un bond souple, faisant preuve d’une maîtrise plus qu’admirable, vu son état, en ne se mouillant guère plus que la plante des pieds. Tous trois finirent par atteindre le bord opposé, Naruto dégoulinant de partout en maugréant dans sa barbe des insultes à l’intention de ce salaud-abruti-vantard-tu-vas-voir-tout-à-l’heure d’Uchiha, alors qu’il se hissait sur les larges dalles agencées à l’entrée du bâtiment qu’ils venaient de rejoindre. Rapidement, son t-shirt atterrit au sol, révélant le teint hâlé de sa peau, tandis qu’il se penchait en avant pour ébouriffer vivement sa chevelure gavée d’eau. Sakura contempla les lumières que projetaient les couleurs de la fête sur son torse humide.

Leur regard se croisa un instant.

Un petit sourire, autant espiègle que plein de sous-entendus, qu’elle connaissait pour l’avoir vu plus d’une fois sur la bouche du jeune homme, s’y afficha. Elle-même en rit. Cela faisait bien un petit moment, alors, qu’ils n’avaient plus eu de relations intimes. Ça datait même de ce qu’ils auraient pu qualifier de leur « enfance », vu l’écart qu’ils ressentaient entre leur adolescence et l’âge adulte qu’ils avaient désormais. Voir cette expression sur le visage de Naruto éveilla l’affection qu’elle ressentait pour lui.

Sasuke les observa avec attention. Puis il posa la main sur un des piliers soutenant le toit de la bâtisse la plus proche et leva la tête, détaillant le lieu qu’ils venaient de rejoindre.

Cet endroit était l’un des plus agréables de Konoha. Ici, sortait de la roche une source chaude où se pressaient quotidiennement bon nombre des habitants. Les bains étaient construits de manière traditionnelle, le bâtiment des femmes à l’écart de celui des hommes, tout comme celui dédié à l’accueil des clients et aux autres activités de détente. De petits ponts de bois rouges enjambaient les étendues d’eau entourant l’espace principal devant lequel ils se trouvaient, des éclats de verdure apparaissant ci et là, apprivoisés avec soin, et l’ensemble était agencé avec harmonie.

Quand Sakura le rejoignit, il lui adressa un petit sourire et souleva, d’un doigt, la toile qui masquait la porte d’entrée. Elle était mal fermée. Il n’eut qu’à la pousser pour l’entendre s’ouvrir dans un déclic.

Durant quelques instants, leurs regards, à tous trois, se croisèrent.