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Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu

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Ce coup-ci…

Le long du bâtiment des Hokages, un jeune homme avançait, traversant en de grandes enjambées les couloirs arrondis, d’un pas rapide, mèches blondes se mouvant autour de son visage baissé, une lueur sombre animant ses pupilles.

Cette fois, ça n’allait pas se passer comme ça.

Tombant sur un carton vide qui traînait au sol, il y donna un violent coup de pied, l’envoyant valser plusieurs mètres plus loin.

Ce coup-ci, ça allait chauffer, et sévère avec ça, du genre gros moment de folie passagère, éclat monumental façon Hiroshima, du grand Naruto messieurs-dames, du vrai, celui qui a la plus grande gueule de tout Konoha et des autres villages ninjas réunis, qui peut te rentrer dans n’importe quel sannin, kage ou nukenin, et qui pourrait même faire peur aux enfants s’il le voulait. Il était hors de lui et releva la tête avec un rictus nerveux. Ses nerfs lui échappaient décidément de façon de plus en plus incontrôlable ces derniers temps. Il regarda fixement l’objet qu’il tenait en main, refusant de s’attarder sur le fait qu’il se mettait bien en pétard pour ce petit bout de papier et le froissa en serrant son poing, avant de le fourrer n’importe comment à l’arrière de son pantalon.

Il avait envie d’éclater et il allait le faire, point. Il en avait besoin et ce n’était pas parce qu’il en était presque à prendre l’habitude que l’on se foute de sa tronche qu’il n’avait pas une limite, mince, comme tout le monde, même s’il reconnaissait qu’il avait dû la repousser bien loin pour en arriver à péter un câble comme ça.

Une fois parvenu devant le bureau de sa supérieure, il marqua un léger temps pour écouter sa voix gronder à travers la cloison. Tiens tiens… Il se demanda qui était en train de subir les foudres de la princesse avant de frapper vivement à la porte, attendant la réponse criarde qui lui fut aussitôt donnée :

« Si c’est encore toi, Naruto, ce n’est pas le moment ! »

Et il entra.

Oh… Il se figea de surprise et perdit un instant totalement de sa contenance, puis détourna rapidement son regard pour avancer. Voilà que, face à une cinquième Hokage plus énervée que jamais avec sa tête de pas contente, le fainéant et l’asocial étaient finalement rentrés. Debout au centre de la pièce, ils étaient en train de s’en prendre plein la tronche et ce n’était pas de la petite remise en question de jeune recrue, non, c’était du solide, du vrai, de la bonne bourrasque de Tsunade en pétard dans la face. Ben tiens. Si Shikamaru lui adressa un rapide regard, l’autre connard ne daigna bien évidemment même pas tourner la tête. Le contraire l’aurait surpris, aussi. Enfin, il avait décidé de s’en moquer royalement ou du moins de faire comme si et ce n’était certainement pas lui qui reconnaîtrait qu’il avait marqué une pause en l’apercevant dans la pièce. Il prit une attitude délibérément froide et désinvolte, glissant les poings à l’intérieur de ses poches et mettant un point d’honneur à ne plus adresser aucun regard qui puisse laisser penser à l’autre qu’il se soucie un tant soit peu de lui. Il fit un signe de main à sa supérieure.

« Salut. »

Puis, il s’adossa contre le mur à côté de son bureau, jambes croisées l’une sur l’autre et nuque baissée en avant, devant les yeux ronds de la Hokage et du jeune Nara qui ne l’avaient pas souvent vu se laisser aller à autant de sans-gêne. Même monsieur « je me crois plus fort que les autres » fut pris d’un minuscule haussement de sourcil, enfin… non pas que Naruto l’ait regardé, hein. D’un geste vif, il en profita pour sortir de son dos son rouleau et le brandir.

Tsunade souffla de stupéfaction par les narines. ‘Il ne va pas recommencer, quand-même ?’ Elle était échevelée, les plis de ses dossiers imbriqués sur une moitié de son visage comme si elle s’était fraîchement réveillée d’une de ses siestes au milieu de ses paperasses et elle tenait dans sa main ce qui semblait bien être un rapport de mission, froissé lui aussi, tiens. Dressée de ses deux mains en appui sur son bureau, elle portait un kimono léger dont les pans ouverts très largement offraient une vue plus que plongeante sur son décolleté, face à un Shikamaru blêmissant qui s’efforçait de porter son regard ailleurs, de préférence vers la fenêtre.

Rapidement, elle tenta d’éviter la situation :

« Ce n’est pas le moment…

— Alors… la coupa Naruto avec beaucoup de sérieux, Iruka-sensei vient de me faire passer ceci… »

Il agita légèrement le rouleau en sa possession tandis que Shikamaru se décomposa plus qu’il ne l’était déjà. Le blondinet n’allait quand-même pas se permettre de recommencer à la saouler avec ça ? Pas maintenant ? Pas alors qu’ils étaient déjà en train de se faire sérieusement remonter les bretelles ?

Tsunade se rassit lourdement et soupira.

« Ce n’était pas la peine de te presser autant pour revenir de ta dernière mission. Ça aurait presque pu me faire des vacances… Tu sais que je vais finir par être obligée de te mettre aux arrêts ?

— Si vous le permettez, j’aimerais bien savoir ce que c’est que… « ça » ? » enchaîna ce dernier comme s’il n’avait rien entendu.

L’Uchiwa fronça les sourcils alors que Tsunade relâchait son front sur son bureau, venant le cogner contre le bois. ‘Je n’en peux plus, moi… ’

« C’est… Elle releva son visage avec épuisement. C’est ton nouvel ordre de mission et je ne veux même pas…

— C’est non.

—… savoir ce que t’en…

— Même pas en rêve.

—… pense ! Bon. Raidou !! »

Elle frappa sur le bureau avec force, secouant ses montagnes de documents tandis que, sous la violence du cri, les autres reculèrent un instant le visage. Dans un nuage de fumée, une silhouette apparut, bandeau frontal en place, balafres plein la face, l’œil à la fois vif et marqué. Du ninja qui avait vécu, quoi. Shikamaru tiqua sur la cicatrice de type brûlure qui s’étalait de son nez à une bonne partie de sa joue.

« Ce coup-ci, je crois que notre cher Naruto a enfin fini par user ma patience, reprit la cinquième Hokage. Il nous reste une cellule pour le bonhomme ?

— Minute ! » cria le jeune blond, les arrêtant d’une main levée.

Comme personne ne répondit, Tsunade s’étant bloquée avec un air de lassitude intense, il déroula son rouleau d’un geste théâtral.

« Grand-mère Tsunade. Je cite : « Aller… nettoyer… le bassin à… carpes ?… des quartiers Est »… C’est pour me faire une blague, hein ? Je crois que je ne suis pas encore habitué à votre sens de l’humour…

— C’est une mission de rang D, précisa-t-elle.

— Ah ouais ? J’aurais plutôt dit « E » ou « F », là… Non, sérieusement, je vous ai fait quoi ? Hein ? Vous voulez ma mort, c’est ça ? Je suis en train de me retaper toutes les missions pourries que j’avais déjà dû subir quand j’étais môme. J’ai déjà donné, merci ! Franchement, vous n’avez pas autre chose à la place ? Ce que vous voulez, une escorte, une infiltration… n’importe quoi ! Je suis prêt à tout prendre, moi, tout ! Je préférerais même jouer de la flûte traversière en p’tite tenue de geisha plutôt que de faire ce type de conneries. J’en suis au point où j’ai terminé tous les bouquins cochons de maître Kakashi et où mes p’tits mômes finissent par me rendre dingue en braillant toute la journée qu’ils en ont marre et je les comprends. Non, je meurs… Franchement, je meurs.

— Et ça se dit jounin », soupira Tsunade.

Excité comme il l’était, le jeune Uzumaki entendait tout de même une petite sonnette d’alarme résonnant en fond sonore dans son crâne : « Naruto, Naruto… qu’est-ce qui t’arrive, encore… reprends-toi, bon sang ».

La Hokage échangea un regard rapide avec Raidou puis lui fit un signe de tête pour qu’il patiente un peu.

Sasuke s’était figé avec un air d’étonnement sceptique à la sauce Uchiwa.

« J’hallucine. Tu es instructeur, toi ? La bonne blague…

— Et alors ? explosa l’interpellé. Tu as surtout du mal à comprendre que je ne sois pas du genre à me la péter avec ça, moi ! ajouta-t-il en insistant sur le « moi ».

— Mais bien sûr… J’oubliais que tu étais un modèle de modestie. Abruti.

— Vantard. »

Tsunade releva son visage vers les deux jeunes-hommes en hallucinant qu’ils se permettent de se comporter comme ça devant elle. Elle saisit alors sa tasse de thé pour en faire tourner le contenu et envoya Raidou chercher sa disciple dans un bureau proche d’un geste de la main.

D’une traite, elle s’envoya le liquide au fond du gosier, cul sec, se raclant la gorge ensuite.

Il y avait… Ouais, juste là au coin de son œil, les épaules tremblant encore nerveusement et bloqué en mode « je tire la tronche, je regarde par terre », il y avait surtout Naruto. « Le » ninja problématique numéro un du village. Il lui en faisait bien, des crises, ces derniers temps… Bon, il était l’un des éléments les plus talentueux de sa génération, d’accord, mais il n’en restait pas moins une forte tête, aussi rebelle et incontrôlable que dans son enfance, faisant passer ses convictions personnelles au-dessus des ordres et prenant toujours un malin plaisir à se démarquer par son effronterie… et on ne pouvait pas vraiment dire que ça aille en s’améliorant. Plus difficile à gérer, il n’y avait pas et, en ce moment, c’était devenu invivable. En tout cas, lui avoir donné, comme elle avait cru bon de le faire, la charge d’une équipe d’apprenti-ninjas s’était avéré être une grosse grosse grosse erreur. C’était surtout mauvais pour son ulcère, se disait-elle.

« Tu n’es pas encore Hokage ». Alors celle-là, qu’est-ce qu’elle pouvait la lui répéter ! Enfin… Ce n’était pas qu’elle n’aurait pas aimé le voir à ce poste, il avait tout à fait les qualités pour pouvoir y prétendre et son « nindo », qu’il défendait envers et contre tout, avait un quelque-chose de séduisant, comme souvent avec les convictions du jeune-homme.

Elle s’attarda sur lui.

Non, c’était plutôt que… quelque-chose n’allait pas, elle le voyait.

Portant la tenue des jounins qu’il avait bien évidemment arrangée à sa façon, bandana à l’insigne du village autour de la taille, tricot à moitié débraillé et inévitablement de cet orange qui piquait beaucoup trop les yeux pour être raisonnablement porté en mission, il avait en prime laissé encore une fois sa veste au placard, comme bien souvent quand il revenait au village. Ses bras croisés sur sa poitrine mettaient en valeur ses muscles fins et les mèches blondes qu’il laissait retomber anarchiquement sur son front voilaient le bleu profond de son regard. Malgré la façon dont sa tenue paraissait négligée, il dégageait une allure douce et lumineuse. C’était un jeune-homme fort, grand, qui inspirait la confiance et donnait envie de le suivre, de se rassembler autour de lui, autant de qualités pour pouvoir prétendre un jour au poste de dirigeant du village. Enfin, encore fallait-il d’ici là qu’il se calme.

Face à elle, au centre de la pièce, les deux autres jounins patientaient silencieusement, Shikamaru cherchant à s’évader le nez tourné vers la fenêtre et Sasuke fixant sa supérieure d’un de ses regards froids, impénétrables… ténébreux, pensa-t-elle en étirant ses lèvres. Appuyé dans une position nonchalante le coude sur son sabre kusanagi, une légère moue désintéressée sur le visage, il ne semblait nullement embarrassé par le regard de sa supérieure sur lui. Son masque d’ANBU à peine poussé sur le côté de son crâne et sa chevelure ébène retombant sur son front pâle, il gardait la majeure partie de son visage dans l’ombre et semblait attendre de repartir le plus vite possible.

Celui-là, aussi… Elle pouvait tout à fait le considérer comme le ninja problématique numéro deux. Depuis son retour, on ne pouvait pas franchement dire qu’il ait véritablement réintégré Konoha. Il était resté le même, plutôt, l’exacte image du jeune homme qui était alors réapparu, seulement planqué aujourd’hui derrière un masque à l’insigne du village de la feuille. Elle se souvenait encore parfaitement du jour où il était revenu. Il s’était ramené, précédé par les nouvelles de la mort de son maître et de son frère, et avait franchi les portes du village en fantôme, éloignant à coups de genjutsu ceux qui auraient pu le déranger. Une fois sa maison familiale rejointe, il s’y était enfermé pour s’y terrer, s’y morfondre et s’était ensuite soumis trop facilement à son goût aux séances d’interrogatoires qu’on lui avait fait subir. Depuis, il n’avait vécu que dans la solitude, ne ressortant de chez lui que pour ses séances d’entraînement qu’il s’appliquait à effectuer à l’écart de ses semblables.

Elle plissa les yeux sur ce jeune homme qui la dévisageait toujours avec beaucoup trop d’insolence.

Un jour, il lui avait exprimé le désir d’effectuer des missions pour le village, démontrant alors non seulement une habilité et une puissance proprement effrayantes mais aussi à quel point il avait résolu de se montrer dorénavant fiable et digne de confiance. Il n’avait jamais fait l’ombre d’un faux pas et Naruto avait tellement œuvré pour sa réinsertion qu’elle avait fini par le laisser agir librement… et surtout, par accéder à sa requête de n’effectuer que des missions de longue durée et les plus éloignées possible du village. Sasuke ne rentrait donc plus que très épisodiquement, tel le loup solitaire qu’il était alors devenu, ce qui laissait le goût d’un demi-échec à celui qui avait tant fait pour lui durant toutes ces années.

Quand elle posa son regard sur ce dernier, elle le surprit à jeter un œil furtif vers son camarade, le visage anxieux. Les relations entre les deux ne lui avaient jamais parues aussi compliquées et pourtant, on n’aurait pas cru que ce soit possible.

Et si ce n’était que ça encore… Môssieur Uchiwa, dernier être vivant de son clan, ultime possesseur de cette pupille miraculeuse qui avait fait, entre autres, la réputation de Konoha, semblait se désintéresser complètement de tout être autour de lui au point de négliger l’idée même de se préoccuper un tant soit peu de la survie de sa lignée… Désespérant.

Elle passa un doigt au fond de sa tasse pour ramasser une dernière goutte de liquide, la portant ensuite à ses lèvres.

Enfin, épaules basses, masque relevé sur le dessus de son crâne et un air d’abattement à faire pleurer un membre de la section tortures et interrogatoires, le dernier des trois ninjas était en train de se laisser absorber par la contemplation avide des nuages et du ciel — dire qu’Asuma l’avait considéré comme un génie — et semblait plongé dans un profond désespoir comme à chaque fois qu’il se présentait devant elle ou qu’elle le nommait en tant que chef de groupe… ou qu’elle lui demandait quoi que ce soit, en fait. Il avait rejoint les ANBU on ne savait vraiment pas pourquoi tellement il avait l’air « content » d’en faire partie, avait tiré la tronche quand elle l’avait convoqué pour la précédente mission, fait la gueule lorsqu’il avait découvert qu’il faisait équipe avec l’Uchiwa et cette espèce de phénomène, lui aussi, qu’était Sai, et affichait encore en ce moment une tête de trois pieds de long. Visiblement, il n’aspirait qu’à glander et manifestait de toute façon aussi peu d’enthousiasme pour toutes les actions qu’elle lui demandait d’effectuer que ça finissait par lui taper sévèrement sur le système. L’héritier Nara avait apparemment bien mieux à faire, notamment jouer au shôji, fricoter avec la grande sœur du Kazekage et… ouais, buller allongé les fesses dans l’herbe. Ça, elle l’avait bien compris.

Un coup à la porte la sortit de ses pensées. Passant la tête, Sakura se présenta devant elle, finissant d’essuyer sur sa jupe ses mains qu’elle avait dû laver précipitamment.

« Maître Tsunade… », lança la jeune-fille en s’inclinant poliment.

Shikamaru la salua de la tête tandis que Naruto lui décocha un rapide sourire en coin, discret, avant de revenir à la contemplation de ses orteils. Quant à l’Uchiwa, il ne décrocha pas du regard de sa supérieure, accentuant ainsi la pression qu’il lui mettait pour qu’elle le laisse aussi rapidement que possible retourner à ses missions. La jeune-fille sourit. Tout en vérifiant négligemment l’état de propreté de ses ongles, elle s’approcha de ce dernier, venant se planter à côté de lui, face à Tsunade, et s’étira. Lorsqu’elle redescendit son coude, elle le posa distraitement sur l’épaule du brun pour s’y s’appuyer de tout son poids… une seconde avant qu’il se dégage d’un mouvement brusque en retrait, la déséquilibrant sans même la regarder. Elle se rattrapa d’un pas léger, conservant son expression amusée tandis que le jeune Uzumaki pouffa un peu.

« Et ça te fait rire… »

Sourire charmeur en place, elle passa une main dans ses cheveux qu’elle portait assez courts, tout en s’approchant de Naruto, et vint ensuite s’appuyer de côté contre le mur, bras levé et main derrière la nuque, tout près de lui. Elle baissa son regard et lui passa un doigt sur le torse en s’amusant de la façon dont il se raidit, gêné.

Et allez ! Tsunade fit la moue.

Cette tendance à jouer avec les hommes n’était, certes, pas bien dérangeante pour une kunoichi, ce pouvait même être un atout, mais la jeune-fille poussait parfois le bouchon un peu loin… surtout avec Naruto qu’elle s’amusait délibérément à chahuter trop souvent. Vêtue d’une tenue bordeaux, haut zippé et jupe par-dessus un bermuda près du corps, elle accordait autant d’importance au port de la tenue conventionnelle des médecins du village que le jeune blond à celle des jounins.

Elle remarqua que Sakura avait posé sa main sur le bas de son propre cou, y suivant distraitement la cicatrice épaisse qui y était nettement visible.

En conclusion, pensa Tsunade, elle avait devant elle un fainéant irrécupérable, un hystérique incontrôlable, une impitoyable garce et un… un… un « Uchiwa », quoi. Comment est-ce qu’on pouvait espérer faire du bon travail avec ce type de têtes de mules ?

Devant elle, une conversation se chuchotait :

« Alors, on perd sa concentration mon p’tit Naruto ?

— Dans tes rêves… J’ai d’autres problèmes à régler, choupette. Va plutôt jouer avec monsieur « je me fous de tout le monde ».

— Je t’ai parlé, débile ?

— Oh, môssieur Sasuke a daigné m’adresser la parole. C’est un grand honneur. Je t’ai manqué, non ? Tu t’ennuyais sans moi ?

— Ouais, ça me détend de te vanner. »

Ramenant lourdement son visage, Tsunade coupa court aux bavardages d’une puissante exclamation :

« Eh bien ! C’est que vous faites une sacrée bande de bras cassés ! »

Tous se tournèrent vers elle.

« Uchiwa, Nara, vous êtes la honte des ninjas du village ! Comment pouvez-vous avoir le culot de vous présenter encore devant moi ?! »

Sasuke ne broncha pas tandis que son comparse baissa la tête d’un air profondément navré, allant ensuite chercher du réconfort en se retournant vers la douce lumière du soleil, là, dehors, à travers la vitre, et la bien agréable vue sur les toits des habitations alentour… Il se passa une main sur la nuque en soupirant.

« Shikamaru ! »

Il sursauta.

« Arrête de rêvasser, fainéant ! »

Elle soupira.

« Bon. En soi, je ne critique pas tant ta décision de revenir ici mais plutôt le fait que vous ayez perdu votre collègue ! C’est quand-même dingue, cette histoire ! Qui plus est avec un rouleau de la plus grande importance ! »

Il soupira, tâchant d’ignorer la façon dont cette femelle braillarde et colérique haussait la voix à tout bout de champ, renforçant encore plus le malaise qu’il ressentait. Cette dernière adressa un regard à Raidou, revenu se poster en retrait derrière elle, pour lui faire partager sa consternation.

« Je vais y retourner, intervint Sasuke. Ça sera vite réglé.

— Arrête un peu de te la raconter, fit le blond. Comme si tu étais le seul à pouvoir effectuer une mission comme ça. Laissez-moi m’en occuper, Hokage-sama ! »

Et voilà qu’il se met à faire des formules de politesse, se dit cette dernière.

« Je vous le ramène en deux temps trois mouvements, moi, votre handicapé des relations humaines et… comment ça vous l’avez paumé ?

— De quoi j’me mêle ? marmonna Sasuke.

— Bon. Uchiwa, dit la Hokage en se passant une main sur le front, je suppose que tu as compris que je parle de le ramener « entier » au village…

— Pourquoi faire ?

Le jounin resta un moment interdit. Il soupira.

« C’est obligé ?

— Oui, c’est obligé ! Amoché si tu veux mais entier, précisa leur patronne. »

Elle marqua une légère pause.

« Et le rouleau en parfait état, par contre. »

— Si vous y tenez…

— Bon, reprit-elle, Nara, tu es prêt à repartir ?

— Ben… hésita ce dernier, une expression de détresse sur le visage.

— Stop ! J’en ai assez entendu. Naruto ?

— Hou là… Moi, mon problème c’est ces missions de rang D, c’est tout. Je veux une mission correcte, pour jounin, pas pour apprenti-ninja tétraplégique !

— Ok… Sasuke ?

— Par contre, hors de question d’aller où que ce soit avec Monsieur « je me la pète »,

poursuivit le blond.

— Je recommence : Sasuke ? »

Celui-ci ne lui adressa qu’une oeillade hautaine.

« D’accooooord… », conclut Tsunade.

Bon, de toute façon, au point d’énervement où elle était arrivée, elle n’avait pas plus que ça envie de discutailler trois heures sur le sujet.

Naruto et Sasuke… Quelque-chose lui disait que les envoyer ensemble était la pire idée qu’elle puisse avoir mais bon, vu les déboires actuels qu’ils avaient en matière d’effectifs, elle n’allait pas non plus faire la fine bouche.

Collé à la fenêtre, Shikamaru Nara s’était replongé dans sa passive observation du ciel, désespérée, au point qu’il lui aurait presque fait pitié. Se retournant vers Sakura qui patientait de son côté, elle remarqua qu’elle avait décroché de la conversation pour se perdre dans ses pensées et triturait d’une main la fermeture éclair de son haut, la lâchant ensuite pour venir encore frôler de son majeur cette cicatrice qui partait de sous le tissus jusqu’au-dessous de son cou.

La Hokage lui fit signe du doigt.

« Sakura. Approche. »

Celle-ci releva un regard encore dans le vague, se tournant ensuite brusquement vers le jeune Uchiwa et entrouvrit à peine ses lèvres pour bredouiller :

« Je… Euh… »

Puis elle s’approcha de son maître non sans jeter à nouveau un œil vers Sasuke qui tiqua : ‘Quoi ?…’

« Tu as eu le temps de prendre ta décision ? » chuchota Tsunade.

Elle rouvrit la bouche puis la referma aussi vite avec une expression d’hésitation, d’hébétude, ayant du mal à reprendre pied dans la situation présente. Elle s’inclina alors brusquement vers le sol et articula faiblement :

« Oui… Oui, je… j’accepte. »

Voilà qui était fait.

« Bon. Naruto Uzumaki, Sasuke Uchiwa, Sakura Haruno, énonça Tsunade, ça fait combien d’années que vous n’êtes pas partis en mission ensemble ?

— Ouf, ça fait un bail, répondit Sakura en rigolant… depuis qu’on était mômes, en fait.

— Eh bien on va remédier à ça : j’ai décidé de reformer l’équipe sept… et je ne veux pas entendre ne serait-ce que l’ombre d’une protestation, Sasuke ! s’empressa-t-elle de rajouter. Pareil pour toi, Naruto !

— Mais…

— Silence ! » tonna-t-elle.

Le jounin blond frémit. Elle avait dit quoi, là ?…

« Chef de mission : Sakura Haruno.

— Hein ? » firent les deux ninjas en même temps.

Sasuke serrait ses poings à s’en faire mal. Il n’en croyait pas ses oreilles. Pas ces deux-là, non…

« Nara, tu es nommé instructeur remplaçant de Uzumaki. Dépêche-toi d’aller rejoindre ses petites terreurs. Tu vas t’amuser, va, fit-elle avec un sourire sadique.

— Super… », marmonna le jeune-homme en se traînant vers la sortie.

Abasourdi, figé le dos plaqué au mur, Naruto avait les yeux écarquillés, naviguant rapidement entre Sasuke, Tsunade puis Sakura… et encore Sasuke et Shikamaru et Sasuke et… en voyant passer le jeune Nara à côté de lui, il lui souffla sans avoir encore vraiment encaissé la situation de prendre bien soin de ses p’tits mômes.

La princesse Tsunade posa alors son regard sur la jeune-fille, se déridant un peu tandis que Shikamaru passait la porte dans un « galère » trop nettement audible à son goût.

Même si elle aimait la sermonner, elle devait reconnaître que sa disciple se montrait à la hauteur de ses espérances. Cette dernière lui adressa un sourire entendu avant de se retourner vers ses futurs coéquipiers.

« Hé hé… Vous allez en baver avec moi comme cheftaine, les gars.

— La bonne idée, soupira le blond, mais… »

Il eut un sourire léger, incrédule.

« Je ne crois pas que ce soit possible. »

Tsunade lui adressa un regard noir.

« On ne te demande pas ton avis.

— Mais…

— C’est un ordre, Naruto. »

Le jeune homme ne répondit pas, sous le choc, ses grands yeux bleus ouverts dans une expression innocente. Lentement, il jeta un œil à sa coéquipière qui lui adressa un sourire doux puis il se tourna vers l’autre, celui qui ne se souciait que de lui-même, le découvrant avec une expression sombre sur son visage.

Mais qu’est-ce qui lui avait pris, aussi, de s’emporter comme ça ? Il était réellement en train de devenir dingue, obligé ! Ou alors… C’était à croire qu’il l’avait cherché… peut-être.

La voix de Sakura le sortit de ses pensées.

« N’empêche que j’aimerais bien savoir comment l’« élite de notre village » s’est débrouillée pour paumer cette aberration de la nature qu’est Sai ? demanda-t-elle avec ironie. Il est peut-être bizarre mais ce n’est pas pour autant son genre de déserter.

— Va savoir, dit son maître. Apparemment, il s’est juste absenté pour remplir sa gourde, si j’ai bien compris. C’est ça, Sasuke ? »

Le concerné hocha la tête.

« Et encore, si ce n’était que ça mais ce très cher Sai… »

Elle marqua un temps en fermant à moitié ses paupières, la mâchoire serrée.

« Sai, répéta-t-elle. »

Le nom était dit dans un semblant de vomissement.

« S’est donc barré, corrigez-moi si je me trompe, avec ni plus ni moins qu’un rouleau de la plus grande importance que j’avais demandé aux trois vedettes, là, de porter à nos équipes de la frontière Nord ! »

Le ton de sa voix s’éleva.

« Un rouleau interdit qui devrait être là-bas en ce moment ! Un objet qui appartient au secret de notre village ! »

Elle ponctuait la moitié de ses mots de coups de poing sur son bureau, faisant sursauter à intervalles réguliers plusieurs des feuilles de ses dossiers entassés.

« Le genre de rouleau qui ne devrait jamais disparaître ! … elle donna un coup sur le bureau… du genre qu’on récupère mais qu’on n’ouvre pas !… encore un coup… Jamais ! Pigé ? »

Les feuilles de papiers volaient autour d’elle, venant ensuite s’éparpiller par terre.

Les trois ninjas acquiescèrent.

Se renversant alors lourdement dans son fauteuil, elle leur fit signe de se placer à côté de Sasuke, tendant la main en un mouvement ample devant elle comme pour leur indiquer les places qu’ils devaient prendre sauf qu’évidemment, il n’y avait pas de siège. Confortablement avachie derrière ses paperasses, elle prit le temps de les dévisager d’un air maussade, puis fit un signe de tête à Raidou qui attendait patiemment.

« Mission A, dit-elle. Au fait, Naruto ?

— Oui ?

— Un blâme pour ta conduite. Apprends à te tenir. »

Ça, c’était fait.

« Sasuke ? »

L’interpellé leva les yeux.

« Un blâme pour l’échec lamentable de ta mission. Quant à ta façon de te comporter, continue à me fixer comme tu le fais depuis tout à l’heure et je te colle à la surveillance des petites sections à l’école des apprenti-ninjas. Pigé ? »

Elle regarda un moment la kunoichi.

« Sakura ?

— Oui, maître Tsunade ?

— Hum, rien. Toi seule mérite de diriger cette équipe. »

Comme ça les choses étaient claires. Sasuke prit la parole d’un ton neutre :

« Vous avez parlé d’une mission de rang A.

— Tout à fait. »

La chef du village se tourna vers Raidou pour lui donner une plume et un petit rouleau sur lequel ce dernier inscrit le signe « A », ainsi que quelques codes qui devaient se référer au classement du dossier et au niveau de secret entourant la mission.

« Mission « A », dit-il.

La Hokage marmonna quelque chose comme « je l’ai déjà dit, ça ». Elle semblait être montée d’un cran niveau agacement. Personne ne pipait mot.

Le ninja prit une posture plus digne encore et poursuivit tout en écrivant :

« Lieu : frontière nord du pays du Feu. Commanditaire : Hokage-sama. Termes de la mission : … »

Il marqua une légère pause pour jeter un œil vers sa patronne qui fulminait déjà. Elle prit la suite d’une voix grondante :

« Retrouver ce très cher Sai, récupérer le rouleau ainsi qu’un maximum d’informations sur cette affaire, veiller à ce que personne n’abîme en chemin ni cet objet indispensable au village ni trop fortement cet abruti de ninja déserteur… compris, Uchiwa ? et en aucun cas, n’avoir ne serait-ce que l’ombre de l’idée de génie, n’est-ce pas Naruto, d’essayer d’ouvrir le fameux rouleau. »

Elle marqua un long silence en dirigeant vers eux un regard lourd.

« Naruto et Sasuke, vous avez compris ? Obéissance totale et on ne pose pas de questions. »

Oh, il avait bien fait de se lever ce matin, pensa Naruto. C’était le summum de la bonne mission toute pourrie, là, et celle-là, il n’était absolument pas question de la foirer, sinon il se pourrait bien que nettoyer le bassin à carpes devienne ce qu’elle lui propose de plus intéressant à l’avenir. En tout cas, ça pouvait faire mal… très mal. Il redressa son crâne pour le cogner à l’arrière contre le mur et leva son regard vers ses compagnons. Sakura avait les yeux baissés, perdue dans ses pensées et Sasuke l’observait très sérieusement, le détaillait, même, de son visage fermé sur lequel aucun sentiment ne pouvait se lire.

Pendant quelques secondes, leurs regards se croisèrent, les pupilles anthracite plongeant profondément dans celles au bleu pur qui vacillèrent un instant avant de se durcir dans la confrontation.

Puis, le premier tira lentement son masque sur son visage, voilant le début d’expression que Naruto avait cru déceler.

« Allez, préparez-vous. Départ d’ici une heure. Dernière chose : Sasuke, tu me vires la tenue d’ANBU et les autres décorations, là, et vous vous sapez en civil… et pas de guirlande de kunai ou de sabre de deux mètres de long sur l’épaule ! Restez discrets en ce qui concerne le port de vos armes. C’est compris ? »

Elle soupira.

« Allez, dispersion. »

Raidou disparut dans un nuage de fumée avec le rouleau de l’acte de mission et Sasuke et Naruto se reculèrent en même temps avant de se retirer. En passant la porte, le tissu du vêtement du premier frôla la peau du bras de l’autre, faisant fermer à ce dernier les yeux, dents serrées dans une grimace douloureuse.

Sakura était restée face à sa patronne et maître, lui dirigeant un regard quelque peu soucieux.

Alors, la cinquième Hokage du village caché de Konoha saisit une plume sur son bureau, la plongeant d’un air grave à l’intérieur du flacon d’encre devant elle. Puis, elle adressa un long regard à sa disciple en posant sa main sur un parchemin vierge sur son bureau.

D’un geste assuré, elle traça la première lettre, celle qui désignait le niveau de la mission, d’un trait fin et ondulant : « S ».

L’échec ne serait pas toléré.

Quand il rentra, Naruto gravit d’un pas lourd les marches menant à son appartement, se tenant le front d’une main. Une mission avec Sasuke… et Sakura. Il n’aurait pas pu imaginer pire. Ça allait être simple, ça encore.

Il passa en pensant avec tristesse à ses pauvres élèves qu’il abandonnait au roi des glandeurs, obligés de racler les déjections de poiscaille au fond d’un bassin vaseux, soit disant pour apprendre à devenir ninja. Alors qu’il relevait son regard, il découvrit l’état dans lequel il avait laissé son appartement, manquant la syncope.

Mais… Comment il allait faire pour se préparer à temps ?

Là, il allait droit au casse-pipe vu comment la grosse brute qui lui servait de nouvelle chef d’équipe était pointilleuse au sujet de la ponctualité. Il sauta rapidement par-dessus les affaires entassées un peu partout au milieu du couloir et courut se jeter sous sa douche… et s’y oublia un peu. Puis, lorsqu’il se réveilla pour en ressortir, il fut pris d’un nouvel hoquet de stupeur face à ce qu’il avait oublié un temps et qui lui sembla ressembler aux plages du sud du pays après le passage d’un tsunami, c’est-à-dire son chez-lui, et il maudit tous les esprits de la terre et du feu en ramant pour réunir un minimum de bazar nécessaire.

Saleté de journée.

Le claquement bref de la porte d’entrée le fit se figer.

Lentement, un pas s’approcha et il écouta la démarche familière à son oreille venir toujours plus près, progressivement, jusqu’à frôler son dos.

Tandis qu’il ferma les yeux, un souffle lui chatouilla l’oreille :

« Alors… je t’ai manqué ? »