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Eux : morceaux choisis

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Regarder la vérité en face

« J'aurais cru que... Non. »

Angelo laisse échapper un rire amer qui ripe sur le cœur du Capricorne.

« Il n’y a rien à croire : c'est ça la vérité. Et donc mon problème.

— On n'est pas obligé d'en parler.

— Mais ce n'est pas parce qu'on en parle pas que ça n'a pas existé. »

Le passé de Shura, soudain, les encombre ; bien plus que celui du Cancer qu’au moins, ils ont toujours partagé. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

L’Italien regarde Shura :

« J'ai besoin de savoir. Pour faire partie de toute ta vie. »

 


 

Puis s’enfuir (1)

« Même si je le sais, et même si tu m’expliques les choses encore et encore – au fait, tu peux t’en dispenser – c’est plus fort que moi, je n’arrive pas à… »

Le Cancer a un geste vague :

« … faire abstraction, comme tu dis.

— Je ne comprends pas pourquoi tu y attaches autant d’importance.

— Moi non plus, figure-toi. »

C’est vrai. S’il le pouvait, Angelo se battrait comme plâtre de réagir de la sorte. Il s’est mordu les joues, la langue, mais les mots sont quand même sortis tout à l’heure. Disproportionnés. Injustes.

« Et donc ? »

 


 

Puis s’enfuir (2)

« Donc, vu que ça n’a pas l’air de vouloir s’arranger, je crois que le mieux, c’est que j’aille réfléchir à tout ça ailleurs.

— D’où le sac.

— Ouais. »

Shura n’y a jeté qu’un coup d’œil. Sa signification est évidente ; ce qui l’est moins – les raisons de sa présence – vient d’être explicité. Et visiblement, que ça lui plaise ou non, c’est pareil.

Les mains plongées au fond des poches pour se donner une contenance, il lève les yeux pour accrocher ceux de son compagnon :

« Tu n’y es pour rien, rajoute ce dernier. C’est moi le souci. »

 


 

Puis s’enfuir (3)

 Le souci, non. Angelo n’en est et n’en sera jamais un. Simplement, l’un et l’autre n’ont pas la même façon d’aborder un sujet qui, aux yeux du Capricorne, n’en est pas un, et qui, aux yeux du Cancer, l’est devenu par un mystère que le principal intéressé ne s’explique pas.

« Et puis au moins ça m’évitera pendant un moment de tomber sur un de tes ex.

— Ce ne sont pas des “ex”, précise Shura une nouvelle fois.

— Façon de parler. »

Angelo se lève, sac sur l’épaule, et amorçant un demi-tour sur lui-même, se dérobe au regard de l’Espagnol.

 


 

Puis s’enfuir (4)

 L’Espagnol le retient contre lui :

« Et qu’est-ce que tu vas faire ? Murmure-t-il, son souffle s’échouant sur la joue de son ami et amant.

— Réfléchir. Essayer du moins. Pour comprendre. Et accepter tant qu’à y être. Après tout, je n’ai pas trop le choix.

— On peut tout aussi bien le faire ici, ensemble.

— Non. Si je ne te vois pas, au moins j’arrêterai de me ridiculiser.

— Tu n’es pas ridicule.

— C’est ça, oui. »

Un baiser scelle leurs lèvres le temps qu’Angelo se libère :

« Tu sais où me trouver. Juste… Laisse-moi un peu de temps. »

 


 

Sans trouver de solution

Fuir est la seule solution que le Cancer a trouvée. Mais alors que, rendu dans la maison au bord du lac, il tourne en rond autour d'une solitude à laquelle il n'était plus accoutumé, son comportement pathétique lui revient en pleine figure. Avait-il vraiment besoin de s'éloigner pour mettre de l'ordre dans des idées nées de son seul délire ? Dire qu'il a reproché en son temps à Shura de se faire des nœuds inutiles au cerveau...

Tout peut être simple. Il lui suffit d'arrêter d'y penser. Ouais. Facile. Et cette douleur dans le ventre, elle partira, pas vrai ?

 


 

Puisqu’on vous dit que ce n’est pas pareil !

Un soupçon de plaisir, et encore : un mot bien trop précieux pour qualifier une réaction aussi physique que triviale.

« Eh bien, je t’ai connu plus enthousiaste ! » Fait le jeune homme dont le corps rompu roule sur le côté comme Shura déjà se lève pour ramasser ses vêtements.

« Je ne t’excite plus ?

— Ça n’a rien à voir avec toi.

— Oh. Avec lui, alors ? »

L’Espagnol pose sur Marco un regard lucide. En couchant avec cet ancien amant, il est venu chercher des réponses. Pour lui-même. Pour l’homme qu’il aime. Et il les a trouvées.

 


 

Un vide à combler

Sans lui, il n’a et n’est plus rien. Jusqu’ici, cet état de fait a plutôt concerné le Cancer, en considérant l’omniprésence de Shura dans son existence depuis le jour de leur rencontre. Mais aujourd’hui, le Capricorne réalise qu’il est dans la même situation.

Il se détourne du corps du jeune homme dans lequel il a joui mécaniquement, et achève de se rhabiller.

Marco l’observe, pensif :

« Et dire qu’il a fallu que tu me baises pour t’en rendre compte… J’aurais pu te le dire tout de suite.

— Me dire quoi ?

— Que tu n’as jamais aimé que lui. »

 


 

Un besoin partagé

« Je me suis trompé. »

Les coudes sur les genoux, la tête baissée, Shura continue :

« J’étais satisfait de ma vie sans toi puisque de toi, il n’était pas question. Je ne voulais que penser à l’ami que tu étais, pour moi. C’était bien. Mais… »

L’Espagnol relève la tête et le cœur d’Angelo rate un battement : là, tout au fond des yeux noirs, brillent des larmes qui ne couleront pas.

« … en vérité, je t’ai cherché. Tout le temps. Sans me rendre compte que parmi tous ces gens, jamais je ne t’aurais trouvé. »