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Eux : morceaux choisis

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Ce qui devait arriver

« Présente-nous, qu'est-ce que tu attends ? »

Shura hésite : la voix du Cancer est étrange. Définitivement, cette rencontre n’est pas ce qu’elle aurait dû être.

« Marco, Angelo. Angelo, Marco.

— Sei italiano[1] ? »

Au tour de son regard de changer et l’Espagnol comprend qu'il ne pourra plus le fuir bien longtemps : un regard éloquent, moqueur, un peu triste aussi. C'est que l'autre homme est beau comme un dieu. Qu'il est italien. Qu'il sourit comme Angelo le fait lorsqu'il est heureux.

« Si, répond le Cancer. Et que tu le sois aussi ne m'étonne même pas. »

 


 

Allons bon

Il ne restera pas à regarder les deux hommes discuter et rire ensemble une seconde de plus. Ce mec, là – ce Marco – c’est le mec de trop. Qu'en vivant à Madrid avec Shura, en l'accompagnant lors de ses sorties avec ses amis, il soit amené immanquablement à croiser ses ''vieilles connaissances'', Angelo le sait et l’accepte. Même s'il n’a jamais vraiment imaginé que les connaissances en question soient aussi nombreuses. Jusqu'ici, aucune cependant n’a valu la peine qu'il y prête plus qu'une attention polie ; mais ce garçon-là est différent des autres.

Et ça ne lui plaît pas.

Du tout.

 


 

Ce n’est pas pareil

« Il m’attend. » Et Shura de se lever, tandis que Marco éclate de rire :

« Je ne voulais pas te vexer, tu sais.

— Tu ne me vexes pas : Je dis juste qu’Angelo m’attend et que je dois y aller. »

Le regard du Milanais s’étrécit et il réplique, amusé :

« Être avec quelqu’un ne t’a jamais empêché d’aller voir ailleurs il me semble.

— Il est possible que les choses aient changé.

— Ou alors que tu es amoureux.

— Et si c’était le cas ?

— Alors ça voudrait dire que tu ne l’as jamais été de moi. »

 


 

Miroir déformant

« Jamais je n'aurais pu être ce que tu es pour lui, c'est évident. Et tant mieux ! – Marco se met à rire – J'étais trop jeune pour m'engager de toute manière, et c'est sûrement moi qui aurais fini par le plaquer.

— Donc tu ne regrettes rien ?

— Rien du tout. »

De nouveau, le Milanais lui impose son sourire lumineux et Angelo le lui rend, bien malgré lui. Bon sang, pourquoi a-il fallu que ce type soit aussi sympathique ? Le détester aurait été autrement plus commode : ainsi, il aurait définitivement pu se convaincre de valoir plus que lui.

 


 

A un pied du mur

 « J’aime les hommes, pas les gamins.

— Ah oui ? Non parce qu’à le voir, j’étais en train de me demander si tu n’avais pas un penchant pour les sorties de lycée… »

Shura inspire, tout en se pinçant l’arête du nez. Ne pas céder à la provocation. Ne pas répondre. Cette discussion est vouée à l’échec avant même de commencer. Et le pire, c’est qu’Angelo en a une conscience tout aussi aiguë que la sienne.

« C’est quoi l’intérêt de revenir là-dessus, franchement ?

— Je ne sais pas, peut-être parce que tu ne m’as pas tout dit ? »

 


 

Devant le mur

« Il n’y a rien de spécial entre nous.

— Tu te fous de ma gueule ? »

La répartie du Cancer est cinglante et le front de Shura se plisse :

« Ce mec te saute dessus, te cause et te tape sur l’épaule comme s’il ne t’avait pas vu depuis hier, mais à part ça, “rien de spécial” ?

— D’accord, j’ai couché avec lui, il y a longtemps. C’est tout.

— Putain, mais… »

Passant ses mains dans ses cheveux avant de les nouer dans sa nuque, Angelo inspire et gronde :

« Shura : ne me mens pas. »

 


 

Droit dans le mur

« Pardon ? Vous veniez de vous installer ensemble ? Et tu oses me balancer que c’est sans importance ?

— Ça ne s'est pas fait, bon sang...

— Mais ça aurait pu.

— Et alors ?

— Et alors tu m'en aurais parlé, un jour ? »

Shura cligne des yeux. Il s’est attendu à tout sauf à cette question. A laquelle il réalise qu'il n'aurait jamais pu donner une autre réponse que celle qui tombe de ses lèvres, trop lourde pour être contenue :

« Non.

— Donc, tu nous avais déjà condamnés.

— Encore aurait-il fallu qu'il y ait eu un “nous”. »

 


 

Ce qui n’était pas possible

« Pourquoi ? Répète Shura à la suite du Cancer. Et quelle autre vie aurais-je pu avoir, dis-moi ?

— Tu… »

Comme étouffé par des mots qui lui sont étrangers, l’Italien se détourne.

« Honnêtement, Angelo, en admettant que j’aurais pu avoir l’idée désastreuse de te dire la vérité, on sait très bien tous les deux comment tu aurais réagi.

— Non, on n’en sait rien, rétorque l’Italien d’une voix sourde.

— Ecoute… »

Après une hésitation, Shura glisse une main contre son flanc :

« Tu m’aurais détesté. Et, crois-le ou non, mais sache que je ne l’aurais pas supporté. »

 


 

Obsessionnelle obsession

C’est l’idée qu’il n’ait pas été le seul dans la vie de Shura qui le rend malade. Il a beau se raisonner, se servir à lui-même argument sur argument jusqu’à la nausée, Angelo ne parvient pas à se la sortir de la tête.

Le malaise, qui s’enfle dans ses tripes, n’est pas familier, ni douloureux ; plutôt inconfortable. Mais il est aussi de ceux qui persistent envers et contre tout et dont on sait qu’on ne réussira jamais tout à fait à s’en débarrasser.

Il sourit à Shura lorsqu’il arrive. Même si au fond, il a plutôt l’impression de grimacer.

 

 

[1] « Sei italiano ? » = « Tu es italien ? »