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Handa imaginait déjà à dix kilomètres le rire de Kawafuji en train de se foutre de lui. En même temps il fallait avouer que sa situation était risible et pourtant habituelle pour le jeune calligraphe. Elle se résumait en deux petits mots : les filles.

La hantise du petit Seishuu depuis le collège, elles étaient si effrayantes. Capables de tout pour le traquer, parler sur son dos et bien d’autres choses encore.

Si seulement il savait qu’il était simplement populaire et qu’il se faisait juste des films. Mais ça Kawafugi ne le lui dirait que de longs mois plus-tard, après un énième fou rire.

En attendant, Handa se trouvait caché dans une ruelle derrière une pile de cartons et s’était entouré de son célèbre ‘Handa-wall’ que rien ne pouvait perturber. Dans la rue principale, une bande de filles le cherchait depuis une bonne heure pour le menacer – ou plutôt, avoir une photo avec lui.

Seishuu, toujours derrière ses cartons, hésitait à appeler son ami d’enfance pour le sortir de cette galère. Il pouvait toutefois entendre les cris des furies s’éloigner, ce qui indiquait qu’il n’aurait pas à le faire, et cela le soulageait. Toujours devoir appeler Kawafuji dans ce genre de situation le gênait beaucoup.

Et dire qu’il voulait simplement acheter du matériel pour calligraphier. Seishuu n’en revenait pas que ces filles le poursuivaient même un samedi matin. Et chaque jour l’adolescent de dix-sept ans bénissait les ruelles dans lesquels il pouvait se cacher.

Il attendit quelques minutes avant de sortir de ses cartons, remettant son sac de classe sur le dos, et de se diriger doucement vers la rue principale.

x x x

À quelques rues de là, le bus scolaire de la petite école d’une des Îles Goto s’arrêta pour la journée. Les enfants, en voyage scolaire, profitaient de l’opportunité d’être sur l’île centrale du Japon pour visiter la capitale. Le trajet avait duré trois heures quarante depuis Hyougo, le lieu où leur voyage avait normalement lieu. Il était 10h et la troupe reprenait la route à 18h pour aller à l’aéroport de la ville et retourner sur l’île.

« Très bien les enfants, vous devez rester en groupe c’est bien clair ? Il est hors de question de perdre l’un de vous ici. Tokyo est une grande ville et il y a beaucoup de monde alors faites attention, déclara l’instituteur avant de continuer ses explications. Ici nous sommes à côté du Parc Ueno et c’est également ici que nous reprendrons le bus, compris ? »

Les enfants hochaient la tête avec attention. Chacun semblait avoir compris la leçon de ne pas courir partout. Tous ou presque. Le petit Kido Hiroshi, 12 ans à son actif, presque 13, et délinquant en devenir avait une autre idée en tête : explorer en solitaire.

Le fils du chef du village à l’âme aventurière s’éclipsa du reste du groupe à peine quinze minutes après le début de la visite. Et ce ne fut que dix minutes plus-tard que l’instituteur remarqua son absence –le groupe était bien trop silencieux. Mais Hiro était déjà bien loin.

De son côté le petit garçon, bien loin d’imaginer l’inquiétude des personnes de l’île, avança joyeusement dans le dédale des rues de Tokyo observant avec fascination les vitrines et les personnes en costumes ou kimonos.

L’odeur de la ville était bien différente de celle de son village avait remarqué le petit brun. Les gens et les bâtiments aussi. Tout était différent, et surtout, tout était plus grand.

Un véritable challenge d’aventurier pour Hiroshi.

À cette pensée, un sursaut d’excitation traversa le corps du garçon. Un grand sourire sur le visage, il se mit à courir dans l’une des rues commerçantes de Tokyo, ignorant les coutumes nipponnes, esquivant les passants et les différents objets barrant sa route.

Il ne put toutefois esquiver la personne qui sortait au ralenti d’une ruelle adjacente. L’adolescent, et plus précisément Handa, regardait sur sa gauche pour vérifier l’absence des filles de son lycée alors qu’Hiro arrivait en courant sur sa droite.

L’un ne voyant pas l’autre et l’autre n’ayant pas le temps d’esquiver au risque de rentrer dans un pot de fleurs décoratif en plein milieu du trottoir, ils se percutèrent. Hiroshi tomba sur Handa qui, sous le choc, tomba lui aussi, le garçon à moitié sur lui.

Quelle journée , songea Seishuu à moitié sonné en voyant l’enfant qui lui avait foncé dessus avachi sur lui.

Hiroshi se releva difficilement, un peu sonné malgré tout. Sur le moment il pouvait comprendre pourquoi Sensei ne voulait pas qu’ils courent dans cette ville, mais il n’allait pas se décourager pour si peu ! Tokyo était une grande ville et il ne pouvait pas tout voir s’il s’y aventurait en traînant les pieds.

Le brun fronça les sourcils. Dans un sens, tout cela ne menait pas à grand-chose car il risquerait de louper des endroits intéressants parce qu’il ne savait pas où aller. Dommage que Sensei préférait les musées ennuyeux tels que celui des algues –comme s’il n’y en avait pas déjà assez sur l’île- qu’il fallait, qui plus est, visiter à la vitesse d’un escargot.

Une fois debout il regarda l’adolescent qu’il avait percuté avec une petite moue.

« Désolé M’sieur. »

Hiro hésita à lui demander une visite guidée, il semblait amusant avec son visage effaré. L’autre sembla se remettre de ses émotions et se releva à son tour. Il hocha la tête, acceptant ses excuses.

« Tu ne devrais pas courir comme ça dans les rues, tu risques de te blesser. »

Hiro entendit très fort le ‘ et d’autres personnes ’ sous-entendu.

« J’ai moins de huit heures pour visiter Tokyo, si je ne cours pas je n’y arriverais pas ! »

x x x

Handa était ébahi par cet enfant qui semblait sortir de nulle part et certainement pas de Tokyo. Etait-il en week-end ici ? Et ses parents le laissaient vagabonder à sa guise ? Tous les endroits de la capitale n’était pas sûr pour un enfant de son âge.

Il en avait complètement oublié son objectif du départ : fuir dès la première occasion.

« Eto... même en courant tu n’y arriveras. Tokyo est une très grande ville. Tu es seul ici ? »

Le garçon le regarda les yeux écarquillés alors qu’une moue déçue se formait sur son visage.

« Je suis venu avec ma classe, mais Mr l’prof est trop lent et les algues ne m’intéressaient pas, donc je suis parti. Mais si je ne peux pas visiter Tokyo avant 18h, la ville doit être plus grande que l’île... Tu connais pas des endroits cools ? Genre sans algues ni poissons ? »

Le culot de cet enfant terrifiait Handa, comment pouvait-il se balader sans peur à son âge et seul dans une ville telle que Tokyo ? N’avait-il pas la télé chez lui ? N’était-il pas conscient des dangers des grandes villes ?

Mais avant que le calligraphe puisse lui répondre, un cri féminin résonna à l’autre bout de la rue.

« HANDA-KUN ! »

Seishuu blêmit. Il jeta un coup d’oeil hagard derrière Hiroshi et vit une bande de filles courir dangereusement dans sa direction. Son regard se posa alors sur Hiroshi. Il ne pouvait pas le laisser ici seul et encore moins en présence des démones de son lycée.

« Vite, suis-moi ! »

Il attrapa son poignet et l’entraîna à sa suite, commençant ainsi une folle course-poursuite dans les dédales de Tokyo.

Que Kawafuji remarque vite son absence et vienne à leur rescousse !

Cela faisait de longues minutes que Hiro était entraîné à la suite de l’adolescent, déjà épuisé. Le bougre courait à une vitesse surréelle selon l’enfant, et pourtant les filles derrière eux semblaient plus ou moins tenir le rythme. Probablement grâce à l’énergie du désespoir car les cris s’éloignaient peu à peu avant de disparaître dans le brouhaha de Tokyo.

Seishuu s’arrêta et Hiro manqua de lui tomber dessus une nouvelle fois. L’adolescent se tourna vers le plus jeune, ne sachant clairement pas quoi dire.

« Euh… Je suis vraiment désolé de t’avoir entraîné là-dedans, s’excusa le plus vieux en s’inclinant plusieurs fois.

- Pas d’problème M’sieur, je m’appelle Hiro au passage. Pour te faire pardonner tu peux toujours me faire visiter !

- Encore avec ça ? soupira Handa. Ton professeur doit s’inquiéter tu sais.

- Bah. J’sais pas où il est maintenant donc on s’en fiche. Alors on visite ?

- Est-ce que tu sais au moins où te rendre pour repartir ? »

Le calligraphe songeait sérieusement à emmener l’enfant à la police, au moins les agents sauraient quoi faire de lui.

« Au parc Ueno à 18h. Et toi, M’sieur, tu t’appelles comment ?

- Handa Seishuu… marmonna-t-il, craignant que l’autre ne le reconnaisse. »

Ce qui ne se passa pas fort heureusement. Il devait être trop jeune ou il ne s’intéressait pas à la calligraphie, il semblait un peu trop volage pour ça. Mais pour revenir au problème initial, Handa ne savait pas trop comment gérer la situation. D’un côté c’était lui qui l’avait entraîné à sa suite dans les rues de Tokyo, mais il ne pouvait pas impunément ne rien faire pour avertir les autorités. Le pauvre professeur devait être mort d’inquiétude. Le calligraphe prit alors une décision.

« Je connais un endroit qui pourrait t'intéresser...

- Où ? Où ?

- Akihabara. Tu ne dois pas avoir d'endroit comme celui-là sur ton île. »

Le ‘ Et pendant que tu admireras les rayons d’un magasin, j’en profiterais pour prévenir la police ’ ne fut pas dit à voix haute. Pas besoin que l’enfant l’apprenne et décide de repartir à l’aventure.

« Génial ! Merci Handa-san ! »

Hiro s’extasiait de pouvoir visiter ce fabuleux quartier dont il avait tant entendu parler à l’école. Ce n’était pas un endroit où Sensei les aurait amené, c’était certain ! Il attrapa la main du lycéen et tira sur son bras, excité.

« On y va ?! »

Seishuu acquiesça et entraîna le garçon à sa suite. Ils avaient Akihabara à visiter et un appel à passer. La journée du lycéen venait de prendre un drôle de tournant.

Vraiment, quelle journée… soupira intérieurement Handa.

x x x

Ce jour-là eut lieu une rencontre impromptue et pourtant si évidente pour ces deux garçons qui seraient réunis une nouvelle fois bien des années plus tard. Comme le destin l’avait toujours voulu.