Actions

Work Header

Cette fille qui porte un kimono

Chapter Text

Je rappelle mon Hypocéan, dégoûtée par ma piètre performance. J'ai perdu. J'essuie d'un geste rageur mes larmes naissantes et tente d'admettre l'impossible. J'ai perdu. Pour la première fois depuis que j'ai entrepris mon voyage, je suis vaincue et non vainqueure.

Je garde les poings serrés et la tête baissée, incapable de regarder mon adversaire en face. J'entends ses pas se rapprocher, mais je ne bouge pas, rongée par la peur de sa réaction.

« Bravo Sandra ! Tu es une Dracologue très douée. » s'exclame-t-il.

Je n'ai pas le choix, il faut que je lève les yeux, que je soutienne son regard. Mais c'est tellement dur. J'inspire profondément et relève enfin mon menton. Aucune fierté, aucune condescendance, aucune arrogance sur son visage, il se contente de me sourire chaleureusement. Il pose une main réconfortante sur mon épaule droite, ce qui fait rougir mes joues et accélérer les battements de mon cœur. Je gémis :

« Mais j'ai perdu...

— Il y a toujours un gagnant et un perdant, l'issue du combat, c'est pas important. C'est comment tu t'es battue qui compte. » tente-t-il de me rassurer.

Je secoue la tête, absolument pas convaincue. Je ne veux pas « m'être bien battue ». Je voulais gagner, juste devant le bâtiment de la Ligue Indigo, après tout ce temps passé loin de lui, et obtenir son estime, l'impressionner !

Une idée folle vient de me frapper. C'est peut-être enfin l'occasion de lui révéler ce que je ressens pour lui depuis tout ce temps. Oui, il faut que je me lance avant qu'il soit trop tard, avant qu'il devienne Maître Pokémon.

« Mais Peter... Moi je... Je voulais te battre... Je voulais... que tu m'admires comme je le fais pour toi... » je murmure d'une voix tristounette.

Je soupire d'un air faussement dépité, mais je n'obtiens aucune réaction de sa part. Je vais visiblement devoir passer à la vitesse supérieure. Bah, peu importe, je suis déterminée de toute façon. Je saisis délicatement sa main calleuse et la pose sur mon sein gauche. Je viens à peine d'avoir seize ans, mais ma poitrine a déjà atteint une taille respectable, et le tissu de ma robe moulante blanche est plutôt fin. N'importe quel garçon du pays serait transporté au paradis sur le champ. Je ferme les yeux et demande :

« Oh, Peter... Tu sens comme mon cœur bat vite ? »

Il doit être aussi rouge que ses cheveux hérissés. Peut-être même qu'il saigne du nez. Je souris et le regarde à nouveau. Il n'est visiblement pas gêné du tout et se contente de répondre avec légèreté :

« L'ivresse du combat, hein ? C'est pareil pour moi, surtout pendant les matchs super serrés comme aujourd'hui. »

Hein ?! Mais qu'est-ce qui cloche chez lui, bon sang ?! C'est une plaisanterie. Là, j'avoue que je suis de plus en plus perdue. Il ne comprend absolument rien ! Bon, je dois me calmer. J'ai été trop subtile, c'est un mec après tout, il besoin d'une déclaration directe, voilà tout. J'attrape brusquement ses épaules et approche mon visage du sien, déterminée. Je me sens devenir écarlate. Un instant, j'ai peur que les mots restent coincés dans ma gorge, mais je réussis à m'écrier :

« Je... Je t'aime ! Depuis des années, je t'aime, et... et maintenant je... Je veux savoir ce que toi tu ressens pour moi ! »

Je l'ai dit ! Je réalise à peine, après tout ce temps passé à aimer mon cousin en secret, j'ai enfin pu lui avouer tout ce que j'avais sur le cœur. D'ailleurs, en parlant de cœur, le mien n'a jamais cogné aussi fort, et seules ses palpitations rapides troublent le silence pesant qui s'est installé. Je sens aussi que je rougis jusqu'à la racine des cheveux.

« Sandra... Je t'aime aussi. » a-t-il enfin déclaré.

Je n'en crois pas mes oreilles. Il m'aime aussi ! Il m'aime, il m'aime, il m'aime ! J'ai gardé ma passion secrète, honteuse de ces sentiments presque incestueux, alors qu'elle était réciproque depuis le début. Je suis la fille la plus heureuse du monde. Kyaaaaah, il m'aime, il m'aime, il m'aime ! Il ébouriffe affectueusement mes cheveux bleus et poursuit :

« Comment peux-tu douter de l'affection que je te porte ? Je t'apprécie beaucoup, et nous sommes une famille, que ce soit par notre lien de sang ou notre appartenance au Clan des Maîtres Dragons. Nous sommes rivaux, c'est vrai, mais ça a toujours été amical ! »

J'ai l'impression d'avoir reçu un coup de poing à l'estomac. Vraiment. Ma joie retombe sur le champ. Ça ne peut pas être vrai... Il est vraiment en train de me dire que je n'ai jamais eu la moindre chance, que je ne serai jamais son amante ? Une expression horrifiée se peint sur mon visage, et je demande d'une voix blanche :

« Qui je suis réellement pour toi, Peter ?

— Tout va bien ? s'inquiète mon aimé. Eh bien... Tu es ma cousine, mais aussi une amie et ma rivale, je viens de le dire.

— Et... c'est tout ? je tente, sur le point de pleurer.

— Heu... oui ? Je ne comprends pas, que voudrais-tu de plus ? Où veux-tu en venir ?

— Tu ne comprends rien à rien ! je me mets à hurler. À croire que tu le fais exprès... Laisse-moi seule, OK ? J'en ai assez. »

Il est surpris, confus, mais décide de ne pas insister. Il est habitué à mes sautes d'humeur soudaines, même si cette fois, c'est vraiment différent. Ce n'est pas « une broutille qui va lui passer » comme il le pense (je le vois dans ses sublimes yeux noirs). Il m'a tourné le dos et est rentré dans l'imposant bâtiment du Plateau Indigo. J'avais rêvé d'y entrer aussi. Je sais que j'aurais écrasé le Conseil 4 sans soucis. Mais Peter est encore plus fort que moi. Parce qu'à part les combats et les Pokémon, il ne pense à rien d'autre. Lorsqu'il referme la porte derrière lui, mon cousin me lance un regard peiné.

Je l'ignore et soigne mes Pokémon. Est-ce que ce sont des larmes de rage, de tristesse ou de honte qui coulent sur mes joues ? Peu importe.

Je libère mon Léviator pour qu'il me conduise à Ébènelle, ravagée par un chagrin sans nom. Depuis que mon voyage initiatique a commencé, j'ai voué à mon cousin une adoration sans nom, et ça ne sera jamais réciproque. C'est tellement injuste ! En un quart d'heure, j'ai dû accepter deux fois l'inacceptable : j'ai perdu un combat pour la première fois, et Peter ne m'aime pas, et ne m'aimera sûrement jamais.