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Des chaînes différentes

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Les démons sont nombreux dans le palais de Bill, plus nombreux encore dans les terreurs de Dipper, dans chaque recoin d’ombre d’où il entend des voix, derrière chaque porte qu’il ouvre avec la Clé Présidentielle. Mais Bill lui a volé sa famille. Dipper sait qu’il a gardé son Oncle Ford avec lui. Peut-ėtre en a-t-il fait de même avec Mabel.

Où qu’ils soient, il espère qu’ils n’ont pas peur et qu’ils n’ont pas mal. En ce qui le concerne, il s’en tire assez bien sur le second point. Pour l’instant.

Il a réussi, avec une couverture, à capturer un des yeux chauve-souris sans qu’il puisse le fixer de son regard pétrifiant. Le monstre lui a dit que la statue était tout en haut de la Pyramide. Il pourrait mentir. Dipper l’a jeté à l’eau, toujours enroulé dans la lourde couverture. Il espère et craint que ça ne l’ait pas tué.

La Pyramide est un labyrinthe, mais le haut est la partie facile, le haut devrait être tout petit ? C’est ce que disent la logique et la géométrie, mais Dipper n’est pas certain qu’elles aient cours ici.

Il ne semble pas y avoir d’escalier à cet étage, mais Dipper voit une trappe au plafond. Elle ressemble à une porte, mais prévue pour des gens qui volent. Dipper pose son oreille au sol, au mur, vérifie qu’il n’entend personne. Il attend que la gravité, qui ici a des hauts et des bas et lui donne des nausées, soit à son minimum. Puis il prend son élan et saute.

Il réussit du troisième coup. Son entraînement avec les Manotaures était au début des vacances, mais il lui semble dater d’une éternité. Il ouvre la trappe, à moitié dissimulée par un tapis. Il jette un coup d’œil par l’ouverture, pour ne pas tomber dans un piège, même si ses poignets lui font mal.

C’est un salon richement meublé. Un peu kitsch, mais le mauvais goût le plus humain qu’il a rencontré depuis qu’il est entré dans la Pyramide.

Il constate avec excitation et un peu de crainte que l’angle des murs correspond au dernier étage. Si c’est un piège, il va le savoir maintenant.

Et puis il reconnaît la statue d’or dans un coin, et il réprime un cri de joie et d’horreur mêlés. Il pousse sur la trappe avec ses pieds, roule sur le sol. Maintenant il peut voir toute la pièce et regarde nerveusement autour de lui.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a aucun gardien plein de dents. La mauvaise, que Mabel n’est pas ici.

Il court vers la statue de l’Oncle Ford, la serre dans ses bras. L’or n’est pas spécialement confortable mais il s’en soucie peu. Cela lui apporte un peu de réconfort dont il a bien besoin. Il vient juste de réaliser qu’il était encore loin du succès. Qu’avait-il espéré ? Un livre de sorts pour dépétrifier les gens ? L’Oncle Ford bien vivant, lui souriant de la façon qui fait chauffer ses joues ? L’aide de Mabel ?

Il se sent très seul.

“Oncle Ford.” murmure-t-il. “Je ne sais pas si tu m’entends. Je voudrais que tu saches que les démons ne m’ont pas tué. Je voulais venir te chercher - et aussi te demander la faiblesse de Bill - mais je ne sais pas quoi faire. Attends, si tu as un corps astral je vais faire une poupée de papier.” Il fouille dans son sac à dos, d’où les journaux sont absents. Heureusement, Mabel lui a laissé des feutres et du Bristol pour contribuer aux cartes d’anniversaire. Encore quelque chose qui semble si loin. Cela fait quelques heures.

“Je voulais aussi te dire que je t’aime très fort.” dit-il tout en dessinant hâtivement, assis en tailleur par terre. Cela le fait se sentir un peu mieux, même s’il n’est pas sûr du tout que l’Oncle Ford l’entende.

“Oh, comme c’est touchant !” La glace qui court dans ses veines a reconnu la voix nasillarde de Bill avant lui. D’un geste il se lève et pivote sur lui-même, pour voir le démon devant lui, immense. Il ne comprend pas comment il est entré. “Moi aussi, je t’aime très fort, Pine Tree. Comment ça, tu n’y crois pas parce que j’ai essayé de te tuer ? Mais justement, tu as survécu, je pourrais changer d’avis… non, je plaisantais.”

Dipper ne bouge pas, mais tourne sur lui-même, pour ne pas le perdre de vue, pour rester entre lui et la statue de Ford. Même si cela ne changera rien. Des sueurs froides coulent dans sa nuque. Il serre sa mâchoire pour ne pas claquer des dents. Mais il fixe toujours Bill d’un air de défi.

“Oh, tu as peur ! Fordsy avait peur aussi. Mais tu ne le caches pas aussi bien que lui. Tu croyais vraiment que je m’en séparerais ? Mais après tout, tu pensais bien partir avec une statue sur le dos. Des fois les génies de votre famille ne réfléchissent pas.”

Dipper se demande s’il a le temps de courir vers la trappe. Peut-être. Mais Bill le rattrapera ensuite. Il ne voit pas d’autre sortie dans la pièce, pas de fenêtre. Il préférerait tomber dans le vide plutôt que d’être ici. Peut-être s’il cesse de prêter attention à lui un instant.

“Mais nous pouvons discuter un peu !” s’exclame Bill d’une voix engageante. “Je manque à tous mes devoirs d’hôte. Après tout, tu es chez moi. Je t’en prie, prends un siège. Ils sont faits avec de vrais humains. Tu aimerais être un siège ?”

“Pas vraiment.” répond Dipper d’une voix enrouée. Il soupçonne le démon de prendre une absence de réponse comme un oui. “Je préfère rester ici.”

“A côté de ton oncle. Que tu aimes très fort.” Il y a dans ce commentaire des accents hystériques qui font frissonner Dipper. “Est-ce que tu crois qu’il t’aime aussi, Pine Tree ? Parlons un peu de nos sentiments, hmm ?”

Il faut continuer à discuter, pense Dipper, ne pas le fâcher, pour attendre une occasion. Une partie de lui, celle qui a perdu espoir, pense : parce que je ne veux pas savoir ce qu’il me réserve, pitié, pas maintenant !

“Il m’a… il m’a demandé de venir vivre avec lui.” répond Dipper. “De rester avec lui…” Pour toujours, a-t-il envie de dire. Mais c’était juste le temps de finir son apprentissage. C’était un tel espoir, sur le moment, et maintenant, cela lui semble le début de la fin du monde. Il a envie de pleurer, mais bien sûr, il se retient.

“Intéressant…” Bill tend la main vers lui, et Dipper bande ses muscles. La douceur du contact sur sa joue le surprend.

“As-tu confiance en ton Grand-oncle ?” demande encore Bill, lui caressant toujours la joue. Dipper ne veut pas l’énerver, surtout pas.

“Oui.” répond-il. Il ne penserait pas que ce serait aussi facile, presque gratifiant, de dire cela fièrement devant Bill. Peut-être est-ce juste parce qu’il panique.

“Est-ce qu’il t’a dit qu’il m’aimait ?” demande Bill.

Dipper prend une très grande inspiration. “Il m’a dit que tu as fait semblant d’être son ami.” dit-il. Il sait très bien ce que Bill sous-entend. Il ne demandera pas. “Il a toujours tous ses portraits de toi, d’ailleurs.” avoue-t-il à regret. Mais comme ça, le démon sait qu’il sait.

Bill éclate de rire. Sa main qu’il agite en l’air quitte la joue de Dipper, qui la suit de l’oeil.

“J’ai fait semblant d’être son ami. Ce n’est pas faux.” Il semble de bonne humeur alors que sa main revient, caresse Dipper, sur la tête cette fois, lui ébouriffant les cheveux. “Mais il ne t’a pas dit que son coeur ne battait que pour moi, quand il était jeune et naïf. Ni combien il aimait que je lui fasse cela.” La seconde main de Bill rejoint la première, caresse la nuque de Dipper, dont tout le corps frissonne d’une sensualité paniquée. “On dirait que c’est de famille. A-t-il mentionné combien de fois il s’est agenouillé devant moi, rien que pour le privilège d’embrasser mes mains, mes pieds, ou…” Son œil devient une bouche qui envoie un baiser en direction de la statue, ou peut-être de Dipper. Il n'aurait pas dû penser à cette possibilité. La situation est suffisamment gênante comme ça.

Dipper aimerait tellement lui crier qu’il ment.

Mais il ne peut pas en être certain, pas du tout. Cela se tient. Cela explique des choses, en fait. Et son coeur s’emplit d’une émotion qu’il essaie de combattre, peut-être de la déception, peut-être de la jalousie.

Il tente de l’ignorer du mieux qu’il peut, relève le menton, et clame bravement. “Il m’a dit que tu étais sa plus grande erreur !”

“He, cela se pourrait !” lance joyeusement le triangle. “Dans une vie aussi piquetée d’erreurs que la sienne, ce serait notable. C’est même plutôt flatteur.”

“Et je comprends pourquoi !” continue Dipper. Il ne veut pas laisser Bill insulter l’Oncle Ford. Il veut être un héros aussi.

L’œil de Bill se fixe encore plus sur lui seulement, avec une intensité qui le fait transpirer. Ses mains sont toujours aussi douces, mais elles sont placées sur son cou comme pour l’étrangler, les pouces sur ses jugulaires.

“Et toi ?” demande Bill. “Sans la rouquine, sans ton oncle, tu m’aurais aimé ?”

“Jamais !” répond Dipper avec une grimace de dégoût, même s’il n’est pas certain que ce soit la bonne réponse.

Mais Bill a juste un bref ricanement. “Alors demande-toi quel genre d’homme ton idole était.”

Dipper ne peut pas s’empêcher d’y réfléchir. De se rappeler les bribes qu’il a vues dans l’esprit de Ford, celles que son Grand-oncle lui a confiées. Et son propre sentiment quand il travaillait sur le mot de passe et que Bill lui a dit qu’il était brillant. Il repense à ce qu’il a ressenti quand Ford lui a proposé d’explorer les mystères de Gravity Falls.

Il croit que Ford était très seul. Il espère que ce n’est plus vrai, plus autant.

“Ne parle pas comme ça de l’oncle Ford quand c’est entièrement ta faute !” s’exclame-t-il enfin.

Le rire de Bill devient un rugissement qui résonne dans la pièce et peut-être même dans toute la ville. Il bat des mains. “Alors c’est vrai ? Tu l’aimes à en être aveugle et tu voudrais me remplacer ? Tu penses que tu es à la hauteur ?”

Dipper ne sait pas quoi répondre. Il ne sait même pas ce qu’il pense. Non, il ne pense pas à son oncle comme ça, bien sûr. Mais il n’est toujours pas sûr que Bill ne le trompe pas, et une partie de lui voudrait être celui en qui Ford a confiance, celui qui fait qu’il n’est plus seul…

“En tout cas,” lance-t-il, “je l’aimerais plus que toi !”

“Oooh !” s’exclame Bill, levant les mains au ciel. “C’est une accusation sérieuse. Tu m’as blessé.” Il n’a pas l’air blessé du tout. “Testons cela. Embrasse-le. Je voudrais bien voir ça.”

“Tu l’as transformé en statue !” proteste Dipper. Ce n’est pas le moment de rougir !

“Justement. Si tu l’aimes tant que tu dis, tes lèvres le réveilleront. Veux-tu essayer ? Ou as-tu trop peur de la réponse ?”

“Et alors tu me laisseras partir avec lui ?” demande-t-il d’une voix mal assurée.

Bill éclate de rire encore.

“Pour qui tu me prends, ma petite marionnette, une bonne fée ? Tu es hilarant. Non, tu es venu te jeter dans la gueule du loup, et tu es à moi. Vous êtes mes prisonniers. Je ferai de vous tout ce qui me plait. Mais si tu réussis, je vous laisserai ensemble, pour échanger confortablement vos impressions, ici au lieu de te jeter dans un cachot rempli de rats violets et de l’utiliser pour me gratter le dos…”

Dipper pâlit. Mais il le savait, après tout.

“Promis ?”

“Evidemment !”

Sans réfléchir plus avant, Dipper se recule, se retourne à moitié pour ne pas perdre entièrement Bill de vue. La statue est beaucoup plus grande que lui, et ses lèvres pétrifiées en une grimace d’horreur, ou même ses mains dressées devant lui, comme pour saisir ou pour repousser, sont hors d’atteinte.

Peut-être, s’il trouvait un levier, pourrait-il le faire basculer à terre et se pencher sur lui… à quoi pense-t-il ? Il secoue la tête, et ses joues rougissent. Que dirait Ford s’il se réveillait vraiment ? Quand il verrait que Bill est là et que Dipper ne lui propose aucun moyen de s’enfuir ? Mais ils pourraient peut-être y réfléchir ensemble ?

“Oh, je vois qu’il y a un petit problème technique.” se moque Bill. “Je vais t’aider un peu.”

Ses deux bras s’enroulent autour de Dipper, trop longs, comme des tentacules. L’un d’entre eux le saisit sous les bras, l’autre autour des hanches, fermement, sans doute trop. Il ressent la pression contre sa chair, irrégulière, comme des vagues. Cela ne le blesse pas pourtant, ni ne l’empêche de respirer. Bill le soulève au niveau du visage de Ford, qui semble hurler encore. Cela ne donne pas envie. Il se demande s’il avait la même expression quand il a été transformé en statue de bois.

“Et maintenant, un bisou !” s’exclame Bill d’un ton capricieux. Dipper a le choix, certainement. Mais les tentacules qui l’enserrent et l’affolent ne lui permettent pas vraiment de réfléchir. Il pose très doucement ses lèvres sur le front de son grand-oncle. L’or est froid contre ses lèvres, mais ses joues le brûlent.

Rien ne se passe, et Dipper se maudit de s’être laissé avoir.

“Non, non !” ricane Bill. “Tu es innocent, ou tu fais de la provocation ? Je demandais un vrai baiser de conte, sur la bouche, au moins ! Mais puisque tu ne joues pas le jeu…”

Le ton de sa voix est devenu terrifiant, et ses bras serrent Dipper plus fort. Puis il se détend et éclate de rire.

“Tu aimes tellement son esprit brillant ! D’accord, je vais lui rendre cela. Il ne peut rien voir, ni entendre, mais il peut penser et se demander ce qui se passe. Il ne peut pas respirer. Il n’en a pas besoin, mais ce ne suis pas certain qu’il le sache.”

“Tu m’as trompé, Bill !” Bien sûr, il aurait dû le deviner. Son exclamation étranglée est inutile et ridicule, et il n’a fait qu’être un fardeau pour son oncle, que rendre son sort plus terrible. Il s’en veut terriblement, et il a envie de pleurer.

“Noooon ! C’est juste que tu n’as pas fini. Si tu aimes, si tu veux aussi son corps, il faudra y mettre un peu plus de conviction, si tu vois ce que je veux dire… et non, sa bouche ne suffira pas, cette fois.”

Dipper n’est pas certain de voir. Mais les mains tentaculaires qui l’enserrent décident pour lui. Elles le soulèvent brusquement, le font presque tournoyer en l’air, avant de le pousser jusqu'à terre, le plaçant devant la statue, sur le ventre. Fermement retenu, Dipper se relève péniblement sur ses genoux. Il n’est plus qu’une marionnette entre ses mains, à nouveau.

“Embrasse ses pieds.” dit Bill d’une voix dure.

“Quoi ?” La tête de Dipper tourne encore un peu.

“Tu as très bien entendu, Pine Tree. Tu dis que tu l’aimes. Tu diras, certainement, que tu l’admires et que tu le respectes. Fais-moi ressentir cela avec tes lèvres et ta langue…”

La voix égrillarde de Bill fait rougir Dipper. Il ressent avec une acuité bien trop intense ses tentacules qui se glissent maintenant sous ses vêtements. Encore une fois, il pose ses lèvres sur le métal froid. Il déteste que Bill le force à faire cela, il déteste qu’il soit là. Se rappelant ses exigences, il lèche les bottes de son oncle.

Il les sent redevenir cuir sous sa langue, le goût métallique de l’or remplacé par quelque chose de plus musqué, plus fort.

Cela le fait frissonner dans tout son corps. Y croyait-il vraiment ? Il embrasse et lèche avec de plus en plus d’énergie, et quand il arrive à son pantalon, à travers il peut sentir la chair musclée mais souple sous ses doigts.

“Bon travail.” murmure Bill, faisant encore onduler ses longs doigts contre sa peau. “On dirait que tu n’exagérais pas. Bon garçon qui aime beaucoup son grand-oncle.”

Dipper embrasse les genoux de Ford, se redresse à moitié et embrasse ses cuisses auxquelles il s’accroche, remonte vers ses hanches.

“On dirait que tu oublies quelque chose.” commente Bill. Un des tentacules qui jouait sur son torse passe à travers son col, appuie fermement sur son menton pour placer son visage juste en face du bas-ventre de Ford.

Dipper ne pensait pas qu’il pouvait rougir plus encore. Il dépose pourtant un tout petit baiser entre les cuisses de son grand-oncle, les joues en feu, et remonte sur son ventre quand il sent sous ses lèvres le tissu de son pantalon serré.

Mais le tentacule, maintenant enroulé autour de son cou, le ramène vers le bas.

“Mon petit Pine Tree, même si tu es innocent, tu dois savoir ce que font les humains qui s’aiment très fort ? Ce qui leur fait le plus plaisir au monde ? Ce qui est vu comme touchant et quasi-mystique alors que c’est pareil pour les chats, les chiens et même les phacochères ?” Dipper voudrait se débattre, mais les doigts de Bill maintiennent son visage en place, ne lui permettant même pas de baisser la tête de honte. En même temps, ils ouvrent habilement la braguette de Ford, font sortir son pénis de ses sous-vêtements.

Le visage de Dipper le touche presque. Même mou, il est impressionnant par rapport au sien. Et sa peau est de chair à nouveau, comme l’odeur qui vient à ses narines. Grâce à lui, grâce à...

“Embrasse-le !” ordonne Bill, l’interrompant dans ses pensées. C’est tellement sale, faire cela devant le démon, et…

“Mais il ne saura pas que c’est moi !” proteste-t-il. Il vient juste de réaliser vraiment que l'Oncle Ford ne peut ni voir ni entendre, son visage étant d’or encore, mais qu’il va ressentir. L’idée lui fait chaud dans le ventre. Ça, ou alors les doigts tentaculaires de Bill qui sont revenus l’enlacer pour mieux le garder captif.

“Oh, il va croire que c’est moi, tu crois ?” demande Bill, moqueur. “Il est vrai que je l’ai souvent fait pour lui. Je l’ai bien fait crier, mon petit Fordsy. Et d’après ce que tu dis, je ne l’aimais pas autant que toi. Alors tu devrais en être capable, et même apprécier ta chance ! Qui sait si tu en auras d’autres…”

Dipper, tremblant de honte, embrasse très doucement le bout du gland, qui lui semble frémir contre ses lèvres.

“Bon début ! Plus !” exige Bill. “Lèche-le !”

C’est la faute de Dipper si Ford est maintenant conscient et paralysé, si sa situation est encore pire. Alors il doit aller jusqu’au bout, pas vrai ?

Il donne des petits coups de langue sur le sexe de Ford, le fait se tendre peu à peu. Cela ne devrait pas avoir bon goût. Ou peut-être que c’est mieux s’il peut se laisser aller à aimer ça ? Que c’est comme ça que Bill sera satisfait ?

Le sexe de Ford est dur maintenant, et son bassin se convulse, comme pour fuir ou au contraire pour ressentir plus. Dipper pense à ce qu’il aime quand il se touche, essaie d’imaginer. Il prend le gland entier dans sa bouche, caresse la couronne avec ses lèvres… les bras de Bill semblent l’encourager, palpitant doucement autour de lui, au même rythme que sa bouche.

Et soudain, le plaisir de Ford explose dans sa bouche, et il se sent très sale, parce qu’il ne déteste pas cela, pas du tout, et le sperme qui dégouline le long de son menton lui semble le souiller plus profond que sa chair. Quand il l’enlève en hâte pour essuyer ses mains sur son pantalon, il réalise qu’il bande, et il serait incapable de dire depuis quand. Il lève le regard ; le ventre, le dos et le torse de Ford ont entièrement perdu leur éclat métallique et il ne peut résister à la tentation de glisser une main sous son pull, de toucher sa chair chaude.

“Bravo, mon petit !” s’exclame Bill. “Qui est sur le chemin de devenir un grand garçon, oui. Ha, la reproduction sexuée est une blague hilarante. Dommage que tu ne puisses pas avoir des enfants comme ça, hein ?” Il y a quelque chose dans ses paroles qui rend la situation encore plus malsaine qu’elle l’est. “Je suis gentil, tu peux finir de façon romantique. Par un baiser sur sa bouche. Je me demande s’il va te mordre ? Bah, si tu l’aimais vraiment, tu pourrais le supporter et même apprécier. S’il t’aimait un peu, il te reconnaîtrait.”

Les tentacules, toujours glissant sur sa peau, le soulèvent à nouveau du sol. Ils le serrent maintenant contre le haut de la statue, l’appuient contre ses mains, contre son torse. Dipper n’avait jamais regardé la bouche de Ford de si près.

Il embrasse doucement sa lèvre supérieure, puis sa lèvre inférieure, et sent sa bouche d’or fondre sous la sienne, s’animer, redevenir douce et veloutée. Sa bouche se ferme, et Dipper l’embrasse à nouveau, tout doucement. Il essaie de lui expliquer que tout va bien, qu’il ne faut pas avoir peur, qu’il est venu pour le réveiller avec un baiser. Cela, il comprendra peut-être, même s’il ne sait pas que c’est lui. Puis il s’accroche à son cou, tente d’oublier les tentacules traîtres qui le maintiennent, et caresse ses lèvres avec sa langue.

Il a rêvé de faire ça avec Wendy pour sa première fois. Mais ici c’est peut-être la dernière, et avec l’Oncle Ford, ce n’est pas si mal. Ou plutôt, ce ne serait pas si mal si les circonstances étaient différentes, se corrige-t-il avec un embarras coupable. Et puis, après les chose sales qu’il vient de faire juste avant, quel prix peut avoir son premier baiser ?

Il se demande si Bill l’a aussi embrassé. Il se demande s’il le faisait mieux que lui. Il embrasse plus fort, glisse maladroitement la langue dans sa bouche. Ford ne répond pas, mais ne le mord pas non plus. Dipper pose les mains sur son visage, savoure la sensation de chaleur qui y revient peu à peu, la texture de ses joues mal rasées. Un des tentacules palpite contre son cou, mesure, pense-t-il, son rythme cardiaque. La terreur, l’excitation, la honte, et un peu d’espoir s’unissent et font battre son coeur encore plus follement que la première fois qu’il a rencontré L’Auteur.

Et puis il voit les yeux de Ford s’ouvrir.

Ils ne contiennent qu’une panique inhumaine et Dipper a l’impression que sa langue souillée se fait presque recracher. Il ne peut rien faire pour réprimer une grimace misérable. Il s’attendait à se faire rejeter, mais pas à ce point.

Bill éclate de rire.

Les mains de Ford s’agitent un moment sans but avant de rattraper Dipper qui pend toujours à son cou. Ce n’était pas nécessaire, les mains tentaculaires de Bill le maintiennent encore. Ou peut-être que cela l’était. Il se sent un peu mieux. Si Ford l’avait lâché et pas Bill… il ne veut pas y penser.

“Dipper…” murmure-t-il. “Je suis tellement désolé.” Il ne dit pas pour quoi, mais Dipper respire déjà mieux. C’est peut-être d’entendre sa voix, c’est peut-être parce qu’il s’attendait à se faire traiter de monstre. Il essaie de bouger, se rend compte qu’il est prisonnier, qu’ils le sont tous les deux. Il y a de pires prisons que ces bras-là, pense Dipper. Il a envie, juste pour un court instant, de rester là, de se reposer, de laisser Ford faire alors qu’il niche son visage dans son cou et laisse ses fesses reposer sur ses mains croisées.

“Bill !” s’exclame Ford avec fureur. “Qu’est-ce qui est encore passé par ton esprit tordu ? Tu es un monstre ! Laisse le petit tranquille. C’est entre toi et moi !”

“C’est ce que je croyais aussi.” répond Bill avec légèreté. Mais on dirait que la situation est devenue un triangle pendant que je ne regardais pas, ha ha. D’abord tu l’as emmené pendant que tu essayais de me tuer. Quel mauvais goût ! Je pensais que c’était privé ! Juste toi et moi, Fordsy !” Il bat des cils, et resserre un instant ses tentacules, pressant la poitrine de Dipper contre celle de Ford, à les étouffer.

“Et ensuite,” continue Bill, “ce n’est pas moi qui t’ai apporté le petit Pine Tree. Il est venu pour te délivrer, tout seul ! Et il a prétendu t’aimer, nous discutions juste le sujet. Je dois avouer qu’il a fait de sérieux efforts pour le montrer...”

Ford donne l’impression qu’il va lâcher Dipper un instant, puis, à la place, le serre plus fort.

“Oh mon… C’est de la folie, Dipper !” murmure-t-il. Et bien sûr, c’est vrai, et Dipper se sent très mal à nouveau. “Je… Pardonne-moi. Ne compte jamais tout cela contre toi, même un peu. Je ne le ferai pas. Oublie si tu le peux.” Mais Dipper ne veut pas oublier, pas vraiment.

“Sixer, Sixer !” s’exclame le démon. “Tu le fais encore ! Tu as été incapable de dire merci à ton frère quand il t’a sauvé. Et maintenant, même à lui, qui ne t’a jamais fait de mal, qui a risqué sa vie pour toi, tu ne le diras pas ! Tu le tiens comme s’il était un bébé et pas un jeune homme qui a sacrifié son premier baiser et même sa première fois pour te sauver ! Tu vas le faire pleurer !”

Ce qui pousse Dipper au bord des larmes, ce n’est pas que Bill confirme à Ford ce que Dipper lui a fait sans son accord. C’est qu’il puisse avoir à ce point raison sur tout. A part… à part que le baiser n’était pas vraiment un sacrifice. Mais il ne sait pas s’il a envie de dire ça. Pas devant Ford, après la façon dont il a réagi tout à l’heure. Pas devant Bill non plus, ce serait comme s’il le remerciait pour ce qu’il l’a forcé à faire. Il serre son visage contre le cou de son oncle, encore plus fort. C’est sa vraie odeur à nouveau, pas juste des relents de métal.

Ford ne répond pas, mais frotte sa joue contre ses cheveux. C’est très doux, très tendre, et follement insuffisant. L’érection de Dipper est en train de le rendre fou. Il se demande si Ford s’en rend compte. Il se demande s’il l’ignore exprès. C’est certainement ce qu’il devrait faire, mais… mais...

“Alors, Fordsy, nous avions un petit désagrément, et nous allions te demander de trancher. Tu lui expliques, Pine Tree ?”

“Je… il n’y a rien à expliquer !” s’exclame-t-il. “J’ai gagné !” Il a accompli l’épreuve de Bill, et cela veut dire que même s’ils doivent tous les deux être prisonniers et misérables, même si Mabel est perdue, au moins il a conquis l'Oncle Ford et il a le droit de se serrer entre ses bras de chair, rien que ça...

Sa réponse n’est sans doute pas ce que Bill attendait, donc il l’ignore. “Pine Tree semble penser qu’il t’aime plus que je t’aime. N’est-ce pas prétentieux de sa part ?”

Ford reste un instant abasourdi. “C’est comme ça que tu l’as manipulé ? Tu ne m’aimes pas, Bill. Tu ne m’as jamais aimé. Tu as été très clair à ce sujet. La question ne se pose même pas.”

“Toujours blessant, Fordsy. Est-ce que je ne t’ai pas transformé en jolie statue précieuse plutôt que de te mêler à la masse ? Est-ce que je ne t’ai pas, dans ta jeunesse, accordé tous les plaisirs et toutes les tendresses que tu me demandais à genoux ?” Dipper rougit à ce moment, ne pouvant empêcher son imagination de vagabonder ; ou peut-être sont-ce les tentacules qui jouent contre ses cuisses. Est-ce son impression, ou le corps de Ford frémit-il aussi contre le sien ? Il n’a rien nié. Cette partie-là était vraie.

“Est-ce que je ne viens pas encore de te proposer parmi mes amis une place de monstre que tu mérites bien ?” poursuit Bill. “Si tu ne m’avais pas plu un peu tu mènerais encore une existence insignifiante - ou tu serais mort…”

“Bill, lâche-nous !” interrompt Ford, qui semble se tortiller, mal à l’aise.

“Et est-ce que je ne réponds pas favorablement à ta requête pourtant bien malpolie ?” soupire Bill. Les mains du démon les transportent jusqu’à une sorte de divan très moelleux. Puis elles les quittent, laissant Ford couché sur le dos et Dipper assis sur son ventre, caressant en partant chaque partie de leur corps qu’elles maintenaient serrée. Dipper se sent mou, presque trop libre.

“Mais je m’égare.” poursuit Bill. “Réponds à ma question. Toi aussi, tu aimes ce petit garçon plus que tu m’aimes ?”

Dipper fixe le visage de Ford sous lui. Son grand-oncle essaie de se relever, mais à chaque fois qu’il tente de prendre appui sur le divan, le meuble vivant s’enfonce sous sa prise avec un ronronnement de chat.

“Bill, je ne… j’aime chaque humain de cette terre plus que toi, et oui, Dipper en particulier. Tu le sais, et ces questions ne vont nulle part.”

“Est-ce que tu l’aimes plus que tu m’as jamais aimé ?”

“Ce n’est pas amusant !’ s’exclame Ford, qui blêmit.

Dipper sent son coeur se glacer. Il est presque sûr de connaître la réponse. Mais il veut l’entendre. “Dis-lui. S’il te plait. Dis-lui.”

Ford soupire, et tourne à nouveau son visage vers Bill. “Non.” dit-il à voix basse. “Parce que j’étais un jeune homme stupide, et apparemment je suis un vieillard stupide maintenant. Je devrais.”

Dipper a envie de se serrer à nouveau dans les bras de Ford, d’être pour lui… il ne sait pas vraiment quoi.

“He bien,” dit Bill d’une voix aigre, “embrasse-le pour le consoler.”

Dipper met quelques instants à se rappeler que ce n’est pas à lui que Bill parle, et il a déjà rougi jusqu’aux oreilles. Il le regrette presque. Sa peau est si chaude, et a besoin d’être touchée.

“Tu vas… tu vas le faire ?” demande-t-il à Ford, se penchant vers lui. Les yeux de Ford sont écarquillés de panique, et Dipper ne sait pas si c’est lui ou Bill qui lui fait cet effet. “Je veux dire. Si tu voulais. Je… Tu sais, je t’aimerais plus que lui, je te donnerais plus qu’il t’a donné, je ferais…” Il s’interrompt. Que veut-il faire ? Lui proposer de le souiller à nouveau ? Parler d’oublier Bill quand ils seront peut-être ses prisonniers pour toujours ? Et pourtant… Il pose ses mains sur les épaules de Ford. Il voudrait l’embrasser à nouveau. Il veut qu’il fasse attention à lui. Mais Ford ne fait aucun mouvement pour accepter.

“Tu vois bien, Pine Tree, il ne veut pas de toi !” s’exclame Bill. Ses bras s’enroulent à nouveau autour de son torse. “Vieil homme buté. Et si moi je voulais de toi ? Si je t’offrais ce qu’il a refusé sans réfléchir ? Après tout, c’est pour une raison que je reste si longtemps en ta compagnie alors qu’il y a une fête en bas.” Des doigts tentaculaires caressent ses lèvres. C’est tellement ce que Dipper voulait et tellement le contraire de ce qu’il voulait. “Tu voudrais devenir un démon, hm ?”

“Non !” s’exclame Dipper avec terreur.

“Je vois que c’est le nom qui te gêne. Tu voudrais devenir un magicien immortel, régner avec nous sur ce monde, en sauver une partie si tu es bien sage ? Tu as déjà bien commencé la première partie. J’ai vu les zombies, tu es doué.”

Bien sûr Dipper voudrait cela. Qui ne voudrait pas cela ? Surtout dans des circonstances où l’alternative est la prison et la mort. C’est juste qu’il ne veut pas lui dire oui, mais…

Bill fait pivoter sa tête pour que Dipper le regarde. Ses doigts commencent à glisser entre ses lèvres, de façon qui le fait frissonner jusqu’à la pointe de son sexe.

“Si ton oncle ne veut pas de toi, moi je t’embrasserais, Pine Tree. Ce serait plus doux qu’avec une vieille statue glacée. Je te montrerais tout ce que je lui ai fait. Je te donnerais tellement de plaisir, comme Fordsy pourrait le confirmer. Par pur égoïsme ; j’adore qu’on me supplie de ne jamais m’arrêter.” Un tentacule le caresse entre les jambes, et Dipper se demande comment il n’a pas joui tout de suite. “Ton cher oncle pourrait regarder. Comme ça, il saurait ce qu’il rate.”

Dipper ne veut pas lui dire oui, mais il a l’impression d’être plus incapable de refuser à chaque seconde. Si ce que Bill lui a fait, ce qu’il lui fait en ce moment, n’est que le début de ce dont il est capable… alors il pourrait juste ne rien dire et attendre. Ce n’est pas comme s’il pouvait l’empêcher de faire tout ce qu’il veut de lui.

Il regarde l’oncle Ford du coin de l’œil. Est-ce que ce que va répondre Dipper compte seulement pour lui ?

Ses yeux sont brillants de larmes retenues. Une de ses mains est posée sur la hanche de Dipper, une autre sur son poignet. Dans le cocon d’attouchements où l’avait enfermé Bill, Dipper n’avait même pas remarqué. Une culpabilité nauséeuse lui monte au cœur.

D’un geste brusque, prenant appui sur les hanches de son grand-oncle, il plonge en avant, dans ses bras. Heureusement, ils se referment sur lui, même s’ils doivent pour cela toucher les tentacules de Bill, qui se sont distendus sans lâcher Dipper.

“Grand Oncle Ford…” Dipper lui embrasse la mâchoire, la joue, le cou, tout ce qui lui tombe sous les lèvres. Leurs hanches se frottent et il se sent follement bien, sans aucun vrai espoir, juste d’être là. “Dis à Bill que tu as demandé en premier. Dis-lui que je suis à toi, que tu te battras pour me garder, que je ne te dégoûte pas, que tu veux de moi. Je t’en prie.”

Caresse-moi, pense-t-il, ce n’est pas lui qui devait me toucher. Oh, si la grande main de Ford, posée sur son dos, se glissait sous son tee-shirt, le touchait comme Bill l’a fait ! Cela, il n’ose pas encore le dire. Même après ce qu’il a fait, il n’ose pas le dire. Elle se contente d’alterner des petites caresses et des tapotements.

“Dipper…” murmure Ford. “Je voudrais tellement te protéger, mon garçon.” Il lui caresse les cheveux, et Dipper frémit contre lui. “Comment pourrais-tu me dégoûter ? Et je voudrais te dire combien je t’aime et discuter de comment, si tu le veux. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas maintenant.”

“Alooors tu lui recommanderais d’accepter ma proposition plutôt ?” interrompt Bill. “Moi, je suis assez fort pour le défendre, n’est-ce pas ?”

“Tu es le danger, Bill Cipher.” gronde Ford. Il serre plus fermement Dipper dans ses bras, et c’est délicieux. “Tu n’as rien d’autre à lui offrir que des mensonges.” Il lui tapote toujours le dos, comme nerveusement.

“Bien, bien. Donc tu es d’accord avec le petit ? Tu vas me montrer qu’il est à toi ? Si tu es tellement sûr que c’est ce qu’il veut, ce qui est meilleur pour lui, sombrer avec un idiot comme toi, alors pourquoi pas ? Tu sais ce que tu as à faire.”

C’est alors seulement que Dipper comprend les petites tapotements et les petites caresses dans son dos. Oh seigneur, c’est du Morse, n’est-ce pas ? Il essaie de se rappeler la table, ce qui n’est vraiment pas facile dans sa situation. Cela ne ressemble à aucune des lettres qu’il connaît…. Oh, c’est le point d’interrogation !

Il a envie de rire. Si on lui avait dit qu’un jour il utiliserait sa connaissance des codes comme ça…. Il ne sait pas s’il doit adorer l’Oncle Ford plus que tout pour cela, ou lui en vouloir un peu pour rester si rationnel dans cette situation qui le fait chavirer. Il va l’embrasser, ou pas ?

Il parvient à répondre, pourtant, par un oui.

Ford approche ses lèvres de celles de Dipper, hésitant, Dipper n’est que trop heureux de joindre leurs bouches. Cette fois, les lèvres de Ford bougent contre les siennes, le caressent doucement, et, dans ce vague sentiment d’être un mort en sursis qu’il éprouve depuis que Bill l’a surpris, il a l’impression que cela fait vraiment une différence.

Et pendant ce temps, il essaie de ne pas perdre complètement le fil de ce que Ford tapote sur son épaule.

Cipher Wheel

Quoi ? Peut-être l’a-t-il embrassé avec un tout petit peu trop d’attention.

“Bien !” s’exclame Bill. “Bien! Tu sais, Fordsy, c’est toi qui m’a donné le goût de voir ça. Je m’intéressais si peu à vos désirs et à vos sentiments, mais la manière dont cela se heurte et se mélange des plus cruelles façons… ça je peux apprécier.”

Cercle d’invocation Connais-tu Dix symboles

Le cercle avec lequel Gideon a invoqué Bill. Oui, même si le deuxième journal a été brûlé, Dipper se le rappelle et tapote encore oui.

“Tu es content, Bill ?” demande Ford avec mépris, serrant toujours Dipper dans ses bras. Dans le même temps, il lui explique l’ordre différent dans lequel il faudrait les placer et qui ils représentent.

“Oh, pas encore. Maintenant baise-le.”

Le mot “quoi ?” s’étrangle dans la gorge de Ford, alors que Dipper manque de s’étouffer de désir coupable.

“Oh, tu n’as donc pas vu à quel point ce pauvre petit est excité ? Si tu ne règles pas ce problème maintenant, il faudra que je le fasse moi-même…” Ses mains, qui étaient devenues une prison inerte autour du corps de Dipper, recommencent à caresser, et Dipper ne peut s’empêcher de gémir à nouveau, de frotter son ventre contre le corps de Ford.

Bill a un rire moqueur. “Ou les deux ? Mon garçon, que dirais-tu si ton oncle et moi nous nous mettions à deux pour te toucher ?”

Les images dans l’esprit de Dipper enflamment sa peau. Il sait que si cela n’arrive pas maintenant, il en rêvera pendant longtemps. Il déteste Bill, pourtant, mais il n’arrive pas à être dégoûté par la façon dont il le touche. C’est trop subtil et trop délicieux à la fois.

“Bill !” s’exclame Ford. “Tu veux juste me torturer, n’est-ce pas ? Tu n’as rien contre cet enfant ! Que veux-tu de moi pour le laisser partir ? Je te prierais à genoux, Bill Cipher, je ferais partie de tes démons, je ferais tout ce que tu voudrais !”

Bill semble réfléchir un instant, puis s’exclame joyeusement “Non !”

Ford serre les poings. Si Dipper ne peut pas sortir et reconstituer la roue, donner des consignes aux autres, son plan ne vaudra rien. C’est ce que pense Dipper. Oh, et puis Ford est inquiet pour lui, bien sûr. Dipper est inquiet pour sa famille aussi. L’issue que Ford voyait était bien mince.

“Tu vas être jaloux, Stanford Pines, très jaloux, mais cet enfant me plaît beaucoup. Il te ressemble. Tu as dû le remarquer, non ? C’est pour cela qu’il te plait aussi, que tu veux le garder pour toi ? Tu n’as pas assez à m’offrir. Trop peu de ton corps et de ton âme qui ne m’appartiennent pas déjà. Alors dis-moi juste qui de nous deux va le prendre, et qui va regarder.”

Un sourire amer tord les lèvres de Ford, et Dipper se demande s’il est vraiment jaloux. Il se demande aussi pourquoi cette boule de chaleur dans son ventre quand Bill dit qu’il lui plaît.

Il se demande ce qui va lui arriver. Il se demande ce qui va arriver au monde autour de lui si personne n’arrête Bill.

C’est le plus important pour Ford, n’est-ce pas, sauver le monde ? Il sacrifierait tout pour cela, parce que c’est un héros ? C’est aussi le plus important pour Dipper… Presque… mais sa famille en fait partie, et...

Et puis il a une idée. Une idée destructive et désespérée.

Donnerais ta liberté pour le monde ? tapote-t-il contre la peau de Ford. Ce mode de communication, qui lui semblant risible il y a quelques instants, est si naturel maintenant, presque une marque d’intimité.

Oui, répond Ford avec force. Il observe Dipper avec un regard incrédule. Que me reste-t-il à donner, semble-t-il penser.

Et Dipper le ferait aussi, n’est-ce pas ?

Fais semblant me rejeter mépriser, ajoute-t-il.

Ford le regarde maintenant avec un regard perdu. Puis il le prend par les épaules et le relève brusquement.

“Cette plaisanterie a assez duré, Bill !” s’exclame-t-il. “Dipper est mon neveu et je ne ferai rien de la sorte avec lui ! Je suis déjà allé trop loin et j’ai détesté chaque seconde de... Je suis désolé, Dipper, mais je ne comprends même pas comment tu peux vouloir cela. Ce démon joue avec ta tête, et j’ai l’impression que tu le laisses faire. Réfléchis un peu !”

C’est assez modéré. Et pourtant, si Dipper ne l’avait pas demandé, cela suffirait à lui briser le coeur. Même là, il se demande quelle partie est vraie.

“Je suis venu te sauver parce que je t’aimais !” clame-t-il. “Je le voulais, et toi tu me laisses… je comprends que tu ne veuilles pas, mais… pas même pour me sauver… moi je l’ai fait...”

“C’était déjà assez malsain la première fois.” dit Ford sur un ton sans doute un peu trop dramatique. “Je voulais te toucher… comme un grand-oncle, pour oublier, pour te faire oublier. Mais ce n’était pas ce que tu voulais, n’est-ce pas ? Tu ne te vois plus comme mon neveu ? He bien si tu le veux tellement tu ne l’es plus. Tu me voudrais comme amant, ou une autre folie ? Ma réponse est claire : jamais.”

Des larmes perlent aux yeux de Dipper. Elles sont trop simples à venir. Il se retourne, fixe Bill.

“Ce que tu disais est vrai ?” demande-t-il. “Tu tiens vraiment à moi ? Pas seulement pour le manipuler ?”

“Bien sûr, Pine Tree…” La prise des tentacules sur son corps se fait plus forte à nouveau. Ils le soulèvent en l’air, le séparent de son oncle. Dipper résiste à l’envie de le caresser une dernière fois.

“Et…” Il avale sa salive. Ce n’est pas jouer la comédie. Il a vraiment peur. “Tu vas me faire… ce que tu as dit que tu ferais ? Devant lui ?”

“Tu as hâte ?” demande Bill d’un ton moqueur. Il lui caresse les cuisses, et Dipper ne se retient plus d’écarter les jambes, de lui laisser accès à son sexe. Il n’en a pas besoin. Il ne sait pas s’il pourrait feindre le désir. S’il pourrait feindre l’envie de compter pour lui. Mais tout ceci est tellement réel, et il ne saurait dire ni depuis quand ni pourquoi.

“Je pourrais peut-être devenir… un magicien immortel… un démon...” dit-il en rougissant, pour plus d’une raison. “Mais je ne veux pas faire du mal à ma famille, et si tu en faisais, je ne veux pas être avec toi…”

“Oh, ces Pines, toujours le sens du sacrifice ! Que ce soit clair, je garde mon petit Fordsy.”

“D’accord pour lui !” s’exclame Dipper. Il a eu son accord, et il savait bien qu’il serait forcé d’abandonner quelque chose. “Il m’a renié de toute façon. Même si…” Il rougit rien que de prononcer les mots, même s’il ne les pense pas. “S’il reste prisonnier, je voudrais bien pouvoir jouer avec aussi, de temps en temps. Tu nous as promis du temps ensemble !”

Bill semble excité comme si on lui présentait un cadeau d’anniversaire. “Oh, cela peut être arrangé.” Les tentacules autour du corps de Dipper frémissent encore, le faisant haleter. Il se demande si Bill fait exprès de le garder sans cesse tout au bord de l’orgasme.

“Mais seulement si tu promets de ne tuer, blesser ou emprisonner personne d’autre de ma famille !” s’exclame-t-il. “Ou de donner des ordres, ou faire quoi que ce soit d’autre pour que cela arrive !”

Bientôt il saura à quel point Bill veut le garder. Il s’interroge, presque abstraitement. C’est peut-être le jeu de hasard le plus important de sa vie, et chacune des deux alternatives lui semble un gouffre.

Bill ricane. “Tu me demandes quelque chose en échange de te rendre immortel ? C’est ton oncle Stan qui t’a appris à marchander ?”

Dipper prend une grande inspiration. “Je te donne mon humanité. Je te jurerai fidélité. Je tenterai de convaincre mon grand-oncle de me suivre. Je ne demande que ça, la sécurité et la liberté pour toute ma famille sauf lui. Pas seulement ceux qui s’appellent Pines, ma famille éloignée aussi. Et puis…”

“Et puis quoi ?” demande Bill dont la pupille s’est élargie.

“C’est de la folie, Dipper !” s’exclame l’oncle Ford. “Es-tu complètement égoïste, ou juste inconscient ? Je ne te reconnais pas ! Arrête immédiatement !”

Dipper ne sait pas s’il continue selon le plan ou s’il est vraiment dégoûté par ses actions. Mais l’effet qu’il espère sur Bill sera le même, lui donner envie d’accepter.

“Et puis…” dit-il à Bill en l’ignorant, “tu me donneras cet orgasme. Tu me rends fou, Bill !” Et ce n’est pas un mensonge, pas vraiment.

Bill éclate de rire et fait apparaître une main supplémentaire, petite et noire. “C’est un pacte, Pine Tree.”

Et Dipper lui serre la main.

Ce n’est pas la première fois, ils ont déjà passé un pacte, et pourtant cela ne ressemble en rien à…

Une vibration part de la main de Dipper, coule le long de son bras. Pendant ce temps, les doigts de Bill continuent à malaxer sa peau. Mais cette fois ils font plus qu’allumer ses sens, ils transforment son corps. Un sang nouveau, comme électrifié, bat dans chacune de ses veines. Les doigts entrent en lui, par sa bouche, entre ses fesses, partout. Un simple contact sur son sexe, et ses reins, comme dotés d’une vie propre, dansent sur les doigts du démon. et bientôt il ne comprend plus ce qu’il est, seulement ce qu’il ressent. Le désir fou, puis ja jouissance qui lui fait tout oublier.

Quand il se relève, il découvre qu’il s’est probablement évanoui. Il n’est plus en haut de la pyramide mais dans une sorte de salle du trône ; le trône en question formé d’humains pétrifiés. Il s’est effondré dans les bras de Bill et il y est encore enfermé, doucement enveloppé. Il est à peu près certain qu’ils étaient encore seuls quand il a crié son nom.

Son corps lui semble plus grand et plus fort. Il ne veut pas encore se regarder dans un miroir. Le triangle est penché au-dessus de lui. Au coin de son regard, il peut distinguer l’Oncle Ford, à genoux, enchaîné, qui le regarde avec une expression désespérée.

“Où est Mabel ?” demande-t-il.

“Oh, je n’ai pas vérifié. C’est le principe avec les gens qu’on relâche. Probablement en train de se promener. Ne t’inquiète pas, j’ai donné des ordres. Gideon m’a même fait des histoires, mais il n’est pas le chef ici.”

Dipper réalise que non seulement les démons mais aussi Gideon l’ont vu comme ça et… oh. Bah, il a prévu les humiliations. Il lui reste à vérifier qu’elles en valaient la peine.

“Laisse partir ceux que tu as pétrifiés pour faire ce trône.” dit-il, plongeant son regard dans l’œil de Bill.

Le démon ricane. “Tu crois que tu peux me donner des ordres, petit, juste parce que tu m’appartiens ?”

“Tu as promis.” dit Dipper. Les mots sont difficiles à prononcer, mais c’était son objectif, n’est-ce pas ? “Tu avais raison, tu ne comprends rien à la reproduction sexuée. Tous les humains de cette planète, tous les êtres vivants de cette planète sont du même sang que moi !”

Sa situation lui semble soudain très mauvaise alors que Bill devient soudain rouge et terrible. C’est ce qu’il pouvait imaginer de moins cruel. Cela veut dire que le démon ne peut pas briser sa propre promesse, il rirait sinon. Et pourtant, Dipper est terrifié. Le sacrifice n’est pas si simple et si doux qu’on le dit.

Puis Bill redevient jaune, le lance en l’air, et le rattrape.

“Oh, Pine Tree, j’aime de temps en temps avoir quelqu’un comme toi avec qui jouer. Quelqu’un de brillant. Je remplirai ma part du pacte. Si tu remplis la tienne et que tu me jures fidélité, comme prévu.”

Dipper se lève. Bill le laisse partir, mais toujours avec cette façon qu’ont ses doigts de s’attarder sur sa peau, de le faire regretter. Il se met à genoux. Il ne sait pas comment s’y prendre.

Le désir est revenu. Il se demande si, sous cette forme, il se calmera jamais. Son corps entier a été changé, et cela pourrait faire partie des jeux de Bill.

“Bill.” murmure-t-il. “Je t’obéirai en tout. Je ne ferai jamais rien contre toi. Je te le jure, pour toute mon existence.”

Bill tend une main qu’il embrasse avec horreur, avec espoir - mais la sensation de quand il lui a serré la main ne se reproduit pas, et ses lèvres se glacent.

“Tu seras à mes côtés pendant que nous allons conquérir l’espace, Pine Tree. Nous garderons ta planète pour la fin.” Il ricane. “Et s’ils ne se sont pas tous entretués d’ici-là, vu comme tu auras changé, il y a de bonnes chances pour que tu les détruises toi-même, pour le plaisir !”

Un grand vide se creuse dans son estomac. Il ne devrait pas croire en cette menace, mais… peut-être est-ce ce qu’il est, elle ne lui semble pas si vaine.

Il cherche du regard l'Oncle Ford, toujours ligoté et bâillonné par des chaînes de magie. C’est le seul humain ici, maintenant, pense-t-il en frémissant. Il lui lance un regard suppliant. Ne me déteste pas. S’il veut rester lui-même, il aura besoin de lui.

Ford lui lance un regard… Il y a de l’affection et de la compassion dans ces yeux, Dipper en est certain. De l’admiration, même. Mais aussi un effroi sans nom, et Dipper ne sait pas s’il a peur de lui ou pour lui.

Les statues s’animent à nouveau et fuient à toutes jambes. Les démons n’essaient pas de les retenir ou de les blesser, même si certains s’amusent à leur crier dessus pour les faire partir encore plus vite. Aucun des humains ne s’arrête pour tenter de délivrer Dipper ou Ford. Bill flotte un instant dans l’air, avant de conjurer un nouveau trône, qui semble d’or décoré de rivières de sang.

Dipper embrasse à nouveau sa main en signe de gratitude et de révérence et de désir, fermant les yeux, et essayant de ne pas vraiment ressentir ces sentiments, ou pas trop fort.