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Une marque sur son coeur

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"IQ ! Je suis de retour !"

D'abord c'est juste la voix qui fait éclore un grand sourire ravi sur les lèvres de Ford. Puis Bill apparaît, tout petit devant ses yeux, avant de reprendre sa taille habituelle dans un bouquet de confetti triangulaires.

"Bienvenue." répond Ford, le coeur battant. Il voudrait lui demander où il était ; cela fait trois nuits qu'il dort d'un sommeil profond, sans rêves. Mais il a peur d'être impoli, trop insistant.

"Je t'ai manqué ?" demande Bill d'un ton innocent.

"Oui." confesse Ford en souriant. "Mais j'ai progressé, et j'ai des choses à te montrer." Déjà il déroule un parchemin sur lequel il a projeté les dernières créations de son esprit. Ouvrir une porte vers une dimension parallèle est relativement simple, explique-t-il, surtout dans un endroit comme Gravity Falls où tout peut arriver. Fiddleford est en très bonne voie. La partie difficile est de choisir la dimension d'arrivée quand rien n'en a communiqué auparavant. Mais entre leurs deux dimensions, il est déjà des liens - le cercle de Bill, pour commencer. Il leur faudra mêler la magie et la science ici, et même s'il a quelques idées, il avait hâte de demander...

"Oh, mon petit génie, je devrais me méfier. Un jour tu n'auras plus besoin de moi du tout." plaisante Bill, passant son bras autour du cou de Ford. Ses doigts jouent paresseusement sur sa peau, juste derrière l'oreille, là où naissent quelques boucles folles.

Ford prend une grande inspiration, rayonnant. "Jamais." dit-il avec ferveur.

"Tu veux dire que même si je ne suis plus nécessaire pour t'inspirer, tu auras toujours envie que ma peau touche la tienne ?" Les petits doigts de Bill caressent le cou de Ford, son menton, le faisant frissonner.

"Ce n'est pas seulement..." Ford rougit, s'interrompt, puis rit, amusé de ses propres pensées. "Les deux. Ton esprit mêlé au mien, mais cela aussi."

"Je vais te faire un cadeau." lui murmure Bill. "Pour que tu ne te sentes pas seul quand je ne suis pas là."

"Tu sais," répond Ford, "c'est naturel que tu me manques. J'accepte avec joie tous mes sentiments pour toi, celui-là avec les autres. Cela en vaut la peine."

Bill rit doucement et lui caresse les cheveux. "Oh, Sixer, tu es tellement adorable. Disons, pour que tu te sentes moins seul. Mais seulement si tu le veux, bien sûr." Il tourne autour de lui pour lui faire face. "Si oui, tu devrais enlever ces vêtements."

Ford n'hésite pas. Il n'a jamais refusé un cadeau de Bill, et il n'a jamais été déçu. Il retire lentement son chandail, sa chemise. Il contemple Bill. Son corps est petit, mais l'oeil immense fait penser à un dieu formidable et majestueux, quand Ford choisit de s'y perdre, comme il le fait en ce moment.

Il finit en enlevant d'un coup son pantalon et son slip. Il est entièrement nu maintenant, avec un début d'érection, dont il aurait eu honte autrefois.

Mais Bill, quand il a réalisé, lui a dit pas de problème, Sixer, lui a dit ensuite j'aime te voir comme ça, je crois et Ford, depuis, n'a plus qu'une discrète rougeur aux joues quand son corps dévoile une fraction de combien il aspire à se rapprocher de Bill de tout son être.

Il sait que son affection est irrationnelle et excessive et folle et perverse et inacceptable mais il s'en moque. Bill est un esprit interdimensionnel, aimable, séduisant même, quasi-omniscient et avec le sens de l'humour, qui a été pris pour Dieu en d'autres temps ; et il accepte Ford, il l'a choisi, il le loue et l'estime et s'émerveille de ses sentiments, et peut-être qu'il l'aime en retour, à sa façon. Aucune règle morale ou sociale ne pourrait l'empêcher de lui donner son coeur.

(Et Ford n'a jamais prétendu à être normal. Il n'a même pas eu le droit d'essayer.)

Bill tourne autour de lui, murmure à son oreille, j'aime ce corps, Sixer, et je suis heureux, car il est à moi. Il manque lui effleurer le cou, puis le front, puis l'intérieur de la cuisse, puis la main. Finalement, il pose la paume de sa main sur son torse, légèrement à gauche, à l'endroit de son coeur.

"Ici," murmure-t-il, "ici ce sera bien."

Ford a l'impression que des miliers d'aiguilles lui traversent la peau, ou peut-être un picotement électrique, mais cela ne fait pas mal, pas vraiment, ou plutôt pas seulement. Quand il reprend son souffle, il baisse la tête et découvre une effigie de Bill gravé sur son torse, une forme de tatouage.

Il a un sourire radieux. Bien entendu, il ne s'était jamais posé la question mais il aime l'idée de porter sa marque. C'est un lien entre eux, un de plus, et oui, elle l'apaisera quand il est seul.

Oh, il aimerait marquer Bill aussi. Il n'en dira pas un mot. Qu'est-il pour lui ? Un élu, certainement, et c'est déjà une joie, mais toujours un nom sur une longue liste. Si je suis le premier à ouvrir une porte dimensionnelle vers ta dimension, pense-t-il sans oser dire les mots, te souviendras-tu de moi comme de quelqu'un de spécial, même parmi les humains que tu as inspirés ? Maintenant et longtemps après ma mort, pour les siècles des siècles ?

Il porte la main à son coeur, et a une brève inspiration de surprise. La sensation est agréable, mais elle est inhabituelle - ou trop habituelle.

"Continue !" intime Bill, qui semble beaucoup s'amuser de sa surprise. "Touche-le."

Ford trace les lignes du tatouage. C'est troublant. Son esprit est pleinement conscient que Bill est en face de lui, le regarde, ses petites mains pendant dans le vide. Et pourtant, la sensation est celle de Bill qui le touche. Non seulement la douceur soyeuse des mains, mais la béatitude émotionnelle, ce sentiment d'être estimé, soutenu...

Cela ne peut pas être seulement l'effet du tatouage, pense-t-il. C'est parce que Bill est là, parce que c'est le cadeau qu'il lui a fait, parce qu'il le regarde en ce moment.

Il faudra, pour être objectif, qu'il teste cela quand il sera vraiment seul.

En attendant, il semble ne pas pouvoir - ne pas vouloir - cesser de faire glisser ses doigts sur son tatouage, et la sensation est tellement délicieuse qu'il est à peine surpris de découvrir que son érection a durci pleinement.

"Comment fais-tu cela ?" demande-t-il. Il pense à cessser ses attouchements pour parler - finalement non. Bill lui a demandé de le faire, et cela suffit pour qu'il puisse se perdre dans l'extase sans retenue.

"Par magie !" répond Bill, très fier de lui-même.

C'est peut-être exactement le genre de magie sympathique dont il aurait besoin, pense-t-il, un lien entre une représentation et son objet, et dans un effort de concentration, il s'interrompt vraiment cette fois, saisit son dossier, prend des notes, couché sur un canapé qui passait dans son espace mental.

Il est toujours nu, et il est toujours tremblant de désir, son érection frottant le canapé, mais certaines choses ne peuvent pas attendre. Bill répond à ses questions, en riant, mais le fait que Ford puisse retenir ses pulsions ne semble pas le vexer, au contraire, lui inspirer une sorte d'approbation complaisante.

Enfin Ford referme son carnet, gardant de plus amples réflexions pour plus tard. C'est seulement à ce moment qu'il rit aussi, semblant prendre conscience du cocasse de la situation.

"J'ai... interrompu quelque chose." dit-il, toujours pouffant. "Désolé."

"Pas de raison." répond Bill. "On reprend ?"

Sa voix joueuse et provocante ravive déjà le désir de Ford. "Oui." dit-il.

Bill caresse le dos de Ford, descend doucement le long de la colonne vertébrale. "Veux-tu continuer à jouer avec mon cadeau, ou veux-tu que je te touche ?"

C'est la même sensation, mais différente. Ford pense qu'il devrait étudier cela. Puis il réalise qu'il ne pourra jamais même essayer, perdu dans son extase.

"Touche-moi." demande-t-il. "Je t'en prie." Il ne pense pas que Bill le lui refusera, mais il y a une part de lui qui exulte dans ces prières, même s'il ignore s'il s'agit de ferveur religieuse réelle ou de perversité. "Je te désire, je t'adore, je t'espère."

Une des mains de Bill lui caresse doucement les cheveux. L'autre se glisse entre ses cuisses, et Ford se cambre, écarte les jambes, plie les genoux, pour lui laisser libre accès. Quand les doigts de Bill se referment sur son sexe, il tremble de tout son corps.

"Je suis à toi." murmure-t-il.

"Je sais, mon petit génie." lui murmure Bill à l'oreille très doucement, très tendrement. "Et tu es exactement tout ce que j'ai toujours voulu avoir."