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Moody Jenny

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Il fait chaud en ce début septembre. L'air fouette mon visage tandis que le paysage, principalement composé d'arbres, défile sous mes yeux.

Ça change de l'internat dans lequel j'étais, en tout cas. Là-bas tout était gris, neutre et triste – chiant, c'était chiant-. Enfin c'est sûr que de passer du titre de fils du shérif au petit nouveau, c'est plutôt triste en soi – ça fait chier, ouais -.

Certains diront que c'était un mal mérité, d'autres... D'autres le diront aussi.

J'avoue ne pas avoir été l'enfant dont un père fraîchement veuf aurait rêvé, sans compter mon trouble de l'attention, j'avais tendance à aimer attirer l'attention. Après la mort de ma mère j'ai eu comme un dé-clique – google –* qui a fait de moi ce que j'étais à l'époque, un chieur, et un de qualité, s'il vous plaît !

C'est vrai quoi, mettez vous à ma place deux secondes, vous apprenez que vous vivez en permanence avec la mort qui vous colle au cul, que les risques que je sois atteint de la même chose que ma mère et que donc je ne dépasse pas la trentaine sont de plus de vingt-cinq pour cent – encore une fois, google -, ça vous fait revoir vos priorités c'est clair.
Et si j'ai plus ou moins tué le chat de la voisine en l'enfermant dans la machine à laver à onze ans, bien disons que cela fait partie du processus me permettant de vivre pleinement ma vie.

Quand je dis plus ou moins, comprenez bien qu'on n'a jamais retrouvé le corps, et qu'il est aussi probable qu'il se soit enfui ou qu'il soit enterré dans le fond du jardin.

Il est enterré au fond du jardin.

J'ai peut-être aussi omis de préciser que j'étais con. Alors con ça oui, je l'étais, c'est le moins que l'on puisse dire. Vous voyez le gringalet qui s'amuse à insulter les grosses brutes ? Non ? Bin y a une raison, hein.

La première c'est qu'il est probablement mort avant que vous ayez eu vent de ce qui a pris place, et la seconde qu'il n'a jamais été assez con pour recommencer.

Je ne sais pas pourquoi j'ai défié la règle n°1 à savoir ne t'en prends pas à plus fort que toi, en revanche ce que je peux vous dire, c'est qu'être un geek, un nerd, un intello, un inconnu, c'est pas juste un mode de vie, c'est génétique. Littéralement.

Ah, je m'en suis pris des raclées, toujours avec le sourire, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai perdu mes dents de lait plus vite que les autres gamins de mon âge.

Et Scott, ah mon Scott, compagnon d'infortune – c'est le cas de le dire -, frère de cœur. Qu'est-ce qu'on a pu se marrer ensemble, on en a fait des conneries.

Comme la fois où on est parti à la chasse aux sangliers dans la forêt et qu'on est tombé sur des chiens de chasses à la place. Ils nous avaient coursés sur presque tout le retour ! Qui aurait cru que l'homme était capable de courir si vite ? Pas moi en tous cas.

J'admets que je suis peut-être allé trop loin, arriver un moment.

J'veux dire, je suis presque sûr que foutre le feu à l'école – bien que ce soit une expérience plus qu'enrichissante – c'est peut-être un peu too much.

Juste un peu.

Alors forcément, je me doute bien que cette fois-ci même mon père n'a pas eu son mot à dire quand à mon exclusion. L'idée de départ c'était de me trouver une autre école, pas trop loin de la maison.
Excellente idée qui malheureusement n'a pas eu le temps d'être appliquée étant donné que j'ai merdé -encore -.
Pour faire court, j'étais en pleine phase de rébellion, et une chose en entraînant une autre des mots ont été échangé, de vilains mots.

Des mots blessants.

Je ne pensais aucun d'eux et mon père, même après m'avoir pardonné, croit toujours le contraire.

C'est donc les principales raisons pour lesquelles j'ai été envoyé en internat, même si je soupçonne le chat d'être derrière tout ça, je ne peux pas le prouver, alors ce sera la version officiel.

Pour le moment …

La question que tout le monde se pose, j'en suis sûr, c'est pourquoi est-ce que je suis de retour en ville dans ce cas ?

C'est très simple, les internats, privés qui plus est, ça coûte un bras, et mon père, bah, il a pas de bras à offrir, enfin, pas à des petits merdeux bourrés de fric jusqu'au trogno-

Ouais, on avait plus les moyens de me laisser là-bas. Franchement, ça me brise le cœur, je vais pas le cacher.

Vous sentez le sarcasme, ou faut que j'en rajoute une couche ?

Du coup me revoilà à Beacon Hills, chez moi, dans ma ville. Nostalgie quand tu nous tiens.

La voiture ralentit avant de s'arrêter complètement. J'ouvre ma portière et descends du véhicule, en profitant pour me dégourdir un peu les jambes.

Après toutes ces années je m'attendais à beaucoup de choses – notamment l'expansion des villes qui aurait conduit à une destruction de la moitié de la forêt -, mais au final rien n'a changé, ou presque.
Ma maison en tout cas, est restée intact, à part peut-être l'espèce de petit nain franchement glauque qui me fixe avec ses petits yeux noirâtre.

« Papa ? Je demande.

- Hm ? »

Il descend la dernière valise de la voiture avant de poser son regard sur moi :

« Qu'est-ce qu'il y a ?

- Qu'est-ce que Mimi Mathy fout dans l'jardin ?* je marque une pause, avec une barbe ?

- Qu- Oh ! Tu veux parler de Billy ? »

Je me retourne lentement vers lui, puis de nouveau vers la figurine en céramique, incrédule :

« Billy ? Parce que ça a un nom ça ?

- Écoute, c'était à la voisine, Célestine tu te souviens d'elle non ?

J'hoche la tête en signe d'approbation :

« Elle est décédée il y a trois semaines, et elle tenait beaucoup à cette babiole alors quand les huissiers sont venus nettoyer la maison j'ai plus ou moins emprunté son nain de jardin.

- Tu te rends compte que Peter Dinklage* est probablement la cause de sa mort ?

- Stiles, il soupire, elle est morte d'une crise cardiaque.

- Eh Eh ! Justement ! Je m'exclame, imagine qu'elle se lève, descend prendre un verre de lait et là BAM ! La bête apparaît sous ses yeux. J'veux dire, même moi en voyant la chose j'ai cru sentir mon cœur s-

- STILES ! Stiles ! »

Il me lance un regard appuyé avant de me fourrer un bagage dans les bras :

« Va mettre ça dans ta chambre, tu veux ? »

Je n'ai pas le temps de répliquer qu'il est déjà en train d'ouvrir la porte d'entrée.

Une fois dans ma chambre, je pose soigneusement – balance – ma valise quelque part entre mon bureau et la fenêtre avant de m'affaler sur mon lit.

Ici non plus rien n'a changé.

Je laisse mes yeux vagabonder sur les figurines trônant sur l'étagère au dessus de ma commode, celles sur le bureau.

Je me lève sous le grincement du matelas et me dirige vers le bureau. Je m'assieds sur la chaise, et tourne sur moi même.

Des fois je me demande si je serais mature un jour, probablement pas. Mon pied butte sur quelque chose et je me baisse pour le ramasser.

« Mon stylo ! »

Bordel ! C'est là qu'il était ? Je me rappelle l'avoir cherché pendant des jours – bon ok, c'était plus proche de cinq minutes qu'autre chose mais l'intention y est ! -.

Mon ricanement résonne entre les murs de ma chambre.

C'est étrange comme sentiment.

Après avoir rangé mes affaires - et ça restera la version officielle jusqu'à nouvel ordre -, j'ai eu le droit à un petit déjeuner royal : Des toats sans beurre et bien cuit – entendez par là cramé - parce que papa Stilinski avait oublié de faire les courses .

L'important ne l'oublions pas, étant que mon père ait pris la matinée pour me déposer devant mon nouveau lycée. Alors, loin de moi l'idée de douter de sa confiance en moi, mais était-il vraiment nécessaire de me suivre jusqu'au bureau de la proviseur et d'y attendre avec moi ?
Encore une fois, je ne crache pas sur un bon moment père-fils, relations familiales blah blah blah, mais je me permets de me sentir légèrement insulté quand mon père regarde la femme comme ci elle était destinée à mourir dans les plus grandes souffrances que ce monde ait jamais connu.
Je ne suis pas si terrible, en tout cas plus maintenant, je veux dire, j'ai changé – autant qu'il est possible de le faire en 4 ans - !

Il est aux environs de neuf heures quand mon père finit de régler les derniers petits détails de mon inscription pas si tardive étant donné que je n'ai qu'une semaine – et trois jours, si on est précis – de retard. Il quitte le bureau de Mme. P.T Shark avec l'énergie d'un condamner à mort, ou plutôt l'énergie d'un homme qui envoie sa bonne petite vache à l'abattoir. Ce qui fait de moi une vache.

F-A-N-T-A-S-T-I-Q-U-E.

« Stiles ? »

Sa voix me fait sortir de mes pensées et reporter mon attention sur elle.

« Tu n'as rien écouté de ce que j'ai dit, c'est ça ?

-Définissez écouter ? »

Elle rie franchement, une main reposant sur son estomac tandis qu'elle loge discrètement une mèche de cheveux derrière son oreille.

« Vous, je marque une pause, est-ce que vous êtes sûr que vous allez bien ?

-Comment ça ? Demande-t-elle

- J'vous ai laissé parler dans le vide pendant les dix dernières minutes, vous ne devriez pas être, je sais pas moi, en colère ?

- Ton père m'avait prévenu que tu avais,tu sais, des troubles de l'attention, alors je suppose que ce serait mal vue de ma part de t'enguirlander. »

Elle me sourie et c'est maintenant que je remarque à quel point elle paraît jeune, de long cheveux brun aux reflets roux, des yeux presque trop bleu, une jolie bouche en somme, elle est magnifique.

Il y a quelque chose, cependant, qui est étrange. Je ne sais pas si ça vient de sa façon de se tenir ou peut-être de sa façon de parler – enguirlander sérieux ? - mais ça me fout les ch'tons.

« Bon, comme je disais je t'ai préparé ton emploi du temps que j'ai glissé dans ce petit carnet, ici . »

Elle me tends l'objet plastifier avant de sortir quelque chose d'un des nombreux tiroirs de son bureau :

« Il faudra toujours l'avoir sur toi, c'est un peu comme une carte d'identité si tu veux, il contient aussi ton numéro de casier, tes coordonnées etc. Ça, elle me tend cette fois une petite carte, c'est ton pass. Littéralement passe partout, tu peux l'utiliser pour la bibliothèque, la cafétéria et la salle des étudiants.

- Excusez moi la quoi ?

- La salle des étudiants, elle me regarde confuse, tu n'en avais pas dans ton internat ?

- Non ?

- Bien, ce n'est pas un problème, je ferais signe à mon collègue de choisir un des présidents du conseil pour qu'il te fasse visiter. Tu vas voir, c'est très cosy cosy. »

Elle m'offre un sourire éblouissant tout en se balançant sur sa chaise. Si un autre gars, n'importe qui j'en suis sûr, aurait été à ma place il aurait probablement trouvé ça adorable.

Moi ça me fait seulement frissonner d'horreur. Mais qu'est-ce qui va pas chez moi, bordel !

Je prends le pass que je mets dans ma poche – ce serait con de le perdre – et prends mon carnet avant de sortir de la pièce, Mme. à ma suite.

Le chemin jusqu'à ma classe est meublé par un long et gênant silence. Très gênant le silence, je précise. Autant dire que quand on s'arrête devant une des nombreuses salles je me retiens de soupirer de soulagement.

Elle ouvre la porte me laissant passer devant et je me retrouve face à une classe pleine de gens de mon âge. Si toutes ces années ne m'avaient pas rendus, blasé va-t-on dire, j'aurais probablement paniqué, mais honnêtement je pense qu'ils m'auront tous oublié d'ici midi, donc show must go on comme on dit.

La proviseur chuchote quelque chose à l'oreille du professeur qui lui répond d'un sourire avant qu'elle ne s'éclipse hors de la classe, non sans un clin d'œil dans ma direction.

Les frissons reviennent...Seigneur ait pitié de mon âme.

Je sens une main se poser sur mon épaule et une voix rauque s'élever dans la pièce :

« Bon, voici votre nouveau camarade, je vous prierai de le traiter aussi bien qu'il pourra l'être dans le rang social auquel vous l'identifierez. »

Il retourne son attention vers moi :

« T'es quoi toi d'ailleurs? »

Face à ma confusion il crois bon d'ajouter :

« Nerd, hipster rock ? Définitivement pas populaire. »

On entends quelques ricanements dans la classe tandis que je hausse les sourcils :

« Je suis trop jeune pour toi, voilà ce que je suis. Alors main sur la table et va donc poser ton cul sur une chaise papi, faudrait pas que tu nous claque entre les doigts ce serait dommage. »

Un silence de plomb tombe dans la pièce, seulement entrecoupé de quelques chuchotements. Tout le monde me fixe tandis que je serre les dents.

Eh merde j'ai recommencé ! Premier jour Stiles PREMIER JOUR !

Et soudain l'impensable ce produit, il explose de rire, sans déconner, il rigole tellement qu'il doit se tenir les côtes et s'appuyer sur moi.

Non mais c'est quoi le problème des adultes ici ?

« Ok, il reprend son souffle, tu es définitivement différent des autres. J'ai bien peur que tu sois … »

Il prend son air le plus sérieux, et quand je comprends ses intentions il est déjà trop tard :

« Divergeant.

-Oh put-, sérieusement ? »

Il éclate à nouveau de rire, suivi par la majorité de la classe. Après un moment il finit par reprendre son sérieux :

« Bien bien, un peu de silence. Donc présente toi rapidement à la classe et après tu pourras aller t'asseoir à côté de Greenberg* là-bas, au fond. »

Je soupire lascivement avant de commencer mon monologue – si on peut appeler ça comme ça - :

« Stiles Stilinski, non c'est pas mon vrai nom, oui l'original est tellement à chier qu'il a fallu le changer, non mes parents ne me haïssent pas, en tous cas ils évitent de le faire devant moi, j'espère rester là toute l'année et euh je suis bisexuel, apparemment ça compte même si beaucoup d'alcool était impliqué alors. »

Le professeur qui avait commencé à écrire son nom au tableau reporte son attention sur moi, choqué. En y regardant de plus près tous le monde dans la classe me regarde bizarrement, surtout ce mec au fond, on dirait presque le regard qu'à tirer la vieille en apprenant que son chat avait séjourné dans ma machine à lavé. Après tout le monde me fixe plus ou moins différemment alors, je n'y prête pas plus d'attention que ça.

« Quoi, qu'est-ce que j'ai dit ?

- C'est très bien que tu sois ouvert avec ta sexualité mai- commence si j'en juge par ce qui est écrit au tableau, avant d'être coupé par le gars qui me fixaient bizarrement tout à l'heure.

- T'es con. »

Le silence règne de nouveau en maître dans la pièce tandis que je me retourne vers le diffamateur :

« Qu'est-ce qu'il a dit jacob ? »

La classe éclate de rire, seule quelques groupies ont l'air indigné. Oui, oui groupies, parce que même si son air de je-vais-te-tuer-t'arracher-la-peau-et-m'en-faire-une-cape est très très drôle – et effrayant – il est sexy. Sexy comme dans c'est le genre de gars que tu prendrais en photo à son insu et tu la garderais sous ton oreiller le soir. Ce genre de gars sexy.

« Silence dans la salle ! Stiles à votre place. »

Je m'avance vers le fond de la classe sentant le regard du tueur de bébé phoque percer des trous dans ma nuque, et si un regard pouvait tuer, je serais probablement mort. Je lui sourie et ça à l'air de le foutre encore plus en rogne parce que ses sourcils font une espèce de truc impossible à décrire qui lui donne l'air encore plus constipé qu'il ne l'était avant. Le professeur semble le remarquer aussi parce qu'il s'exclame joyeusement :

« Allons allons Derek, c'est de bonne guerre.

- Mais oui, Drake.»

J'ai peut-être modifié une syllabe – ou deux- de son prénom pour les lui briser, peut-être, et à en juger par la tronche qu'il tire, j'ai visé juste.

« C'est de bonne guerre je susurre avant de ricaner. »

Le reste de l'heure passe lentement. Le professeur s'est présenté mais, pour être honnête j'ai arrêté d'écouter à la seconde où il a évoqué les tartes aux pommes de sa mère. Sérieusement, les adultes sont tous timbré ici, c'est dingue. Tu les insultes ils rigolent, tu les ignores, ils rigolent.
Enfin, c'est toujours mieux que d'avoir mon ancien prof de maths, un vrai couillon. Son balai était tellement enfoncé dans son cul qu'à chaque fois qu'il ouvrait là bouche je pouvais en voir la brosse.

J'ai essayé de parlé à Greenberg mais il était vraiment morose, je ne sais pas comment l'expliquer autrement que si il venait de perdre quelqu'un de proche. Il a l'air anxieux et aigri. Comment pourrait-il être possible d'être aigri à seulement seize ans vous me direz, bien il suffit d'avoir vécu des événements et des pertes suffisamment traumatisante pour vous bousillez le morale à long terme. On a tous une façon différente de réagir à des événements, par exemple, moi, à la mort de ma mère, je suis devenu un petit con excentrique et blasé, Greenberg, lui, va vivre dans le passé, devenir un casse couille à plein temps tout en restant incroyablement vulnérable.*

Je suis là depuis une heure et j'ai déjà compris qu'il était basiquement le souffre douleur de pas mal de personne, pourtant quand on y regarde de plus près, je suis sûr que si il s'en donnait la peine il serait sans aucuns doute un des leaders de ce lycée. Sauf qu'il n'a même pas envie d'essayer, et c'est plutôt triste en soit.

Drake lui – oui Drake, oui – est probablement un de ces populaires à la con qui se croit au-dessus de tout le monde quand ils n'ont de populaire que la tronche. Je parie que si je demandais à tous ceux qui se prétendent ses ami(e)s, aucuns ne seraient foutus de me dire le nom de son groupe préféré, et pour certain même son nom de famille. Ça aussi, c'est triste en soit.

Finalement, après ce qui me paraît être une éternité, la sonnerie retentit et, dieu merci, ce n'est qu'une sonnerie à trois notes. Dans mon internat on nous passait du Mozart sans arrêt. Attention je n'ai rien contre un peu de musique classique de temps en temps, mais à huit heure du matin, TOUS les matins, t'as pas envie de l'entendre te jouer du piano au creux de l'oreille. Croyez-moi, vous n'en avez pas envie.

Du tout.

Je me lève, ramasse mes affaires et alors que mon voisin en fait de même un récipient à pilules tombe de sa poche. Je le ramasse et en lit l'étiquette :

- Deroxat : antidépresseur inhibiteur de la recapture de la sérotonine.
A prendre matin et soir, 2 gélules par prise.

Quand je reporte mon attention sur lui, il reste interdit. Il me fixe dans l'expectative, de quoi je ne sais pas. Probablement de la moquerie, ou quelque chose du genre.

« Tiens, tu l'as fait tomber. »

Je lui tend le flacon et il le récupère lentement tout en me remerciant vaguement, il s'apprête à partir quand je le retiens d'une main sur son épaule :

« Troubles de l'attention.

- Pardon ? Il répond.

- C'est ce que j'ai. C'est ma maladie à moi. »

Il ouvre la bouche à plusieurs reprises sans qu'aucuns sons n'en sortent, mesurant le pour et le contre. Il finit tout de même par s'exprimer avec la phrase suivante :

« Pourquoi est-ce que tu me le dit ?

-Je connais ta faiblesse et maintenant tu connais la mienne. Si tu ne dis rien, je ne dis rien. »

Face à son air ahuri je poursuis :

« Tu sais c'est comme, eum, un système de confiance. On connait tous les deux le problème de l'autre, on en parle pas. Tu me suis ?

- Pas vraiment. Je ne le cache pas, c'est juste que je n'en parle pas non plus.

-Oh... »

Un silence gênant s'installe avant que je ne ramasse mon sac et que je le passe sur mon épaule. Il se racle la gorge.

« Merci quand même d'avoir essayé. »

Une fois cela dit, je n'ai pas le temps de répondre qu'il est déjà sorti de la salle de classe, me laissant seul avec le professeur et, oh joie, Drake.

« Stiles ! S'exclame monsieur Mins. Inutile de vous présenter je présume.

- Inutile en effet. Drake c'est ça ? Je sourie. »

Derek me regarde sombrement. Ah, je crois que je viens de signer mon arrêt de mort, ça y est, puisse mon âme reposer en paix.

« Stiles. Inutile de changer ton prénom, il est suffisamment ridicule au naturel. Comme son propriétaire en fin de compte. »

Il me rend mon sourire tandis que je serre les poings.

Le petit con !

Le raclement de gorge de nous sors de notre compétition yeuétale – néologisme mes amis !* - et tandis que je tourne mon attention vers lui, Derek continue pour sa part de m'infliger toutes les souffrances possibles et imaginables avec ses yeux.

« Derek va te montrer la salle des étudiants, étant donné que tu n'en avais pas connaissance. Il en est le président, tu as de la chance, il est très demandé. Il ponctue sa phrase d'un petit clin d'œil.

- Oh ! Oui ! Quelle chance, alors ! Olàlà, je suis tout excité ! »

Le professeur ricane tandis que je sens plus que je ne vois Derek se tendre encore plus, si c'est possible, à mes côtés.

« Bien dans ce cas, sortez de ma classe, j'ai du travail. »

A peine la porte est-elle fermé que Derek me plaque contre le casier le plus proche. Je n'ai pas le temps de gémir de douleur que déjà il pose sa main juste à côté de mon visage :

« Écoute moi bien espèce de petit trou- »

Le reste de sa phrase se confond dans un murmure quand je me laisse aller à la contemplation de son visage. C'est vrai qu'il est beau, et encore ! Beau est un euphémisme. Seigneur ! Et ses yeux, on s'y perdrait. J'arrive pas vraiment à en définir la couleur, mais c'est un mélange entre le gris, le bleu et le vert. Je connaissait pas se mélange avant, et là je me sens con parce que si ça c'est pas un mélange digne d'une toile ! Mais qu'est-ce que je raconte moi.
Par contre qu'est-ce qu'il cause. C'est vraiment du gâchis ! Je veux dire, je peux penser à une centaine de truc à quoi sa bouche pourrait servir, et parler n'en fait pas parti.

Une autre chose que j'ai remarqué chez lui ce sont ses cils. Ils sont noir et lonnnnnnnng. C'est vachement sexy en fait. Est-ce qu'on lui à déjà complimenté les cils ? Sûrement.

« T'as de super longs cils ! »

Ça a le mérite de lui clouer le bec tandis qu'il me regarde les yeux grands ouverts.

« Quoi ?

- J'ai dit : t'as de super longs cils. C'est plutôt sexy, enfin ça dépend des goûts je suppose. Moi je trouve ça sexy. Après qu'est-ce qui n'est pas sexy chez toi, c'est la question qu'il faudrait se poser. Mais je pense pas que niveau caractère tu charmes grand monde. C'est peut-être pour ça que t'es aussi chiant. Je parie que t'es coincé au lit. Ce serait drôle à voir. Peut-être même que t'as du mal à la lev- »

Sa prise se resserre sur mon épaule me faisant grimacer tandis qu'il grogne, véritablement. Il grogne.

« Regardez qui parle ! Comme-ci tu y connaissais quoi que ce soit.

- J'y con-

- QUEDALE, t'y connais que dalle. T'es aussi vierge qu'une none dans un monastère. »

Il ricane méchamment tandis que j'essaye de me déloger. Sans franc succès, je suis même pas sûr qu'il ait remarqué ma petite tentative de fuite.

« Oui, parce que tu me connais depuis tellement d'années. C'est clair qu'on a passé le cap des soirées pyjamas où on se fait des tresses pendant qu'on bave sur les tablettes de Ryan Gosling.

-Qu-

- Donc ouais, je suppose que notre grande amitié m'a poussé à te raconter ma vie sexuelle non existante. »

Il rie jaune l'air incrédule.

« T'essaye de me faire croire que t'as déjà couché ! Pitié !

- Et comment est-ce que tu saurais que ce n'est pas le cas ? !

- Mais parce que tu PUE LA VIERGE ! »

Il finit sa phrase en hurlant tandis que je ravale la réplique acerbe qui menaçait de sortir. Il blêmit considérablement quand il se rend compte de ce qu'il vient de dire tandis qu'il me relâche tout en murmurants des : enfin je veux dire ça ce voit.

Un long silence s'installe, silence durant lequel je continue de le fixer quand, lui, me regarde nerveusement.

« Tu sais quoi, on va faire comme ci t'étais pas une espèce de taré qui renifle les gens,

- Je t'ai pas renifl-

- Et, je le coupe, je vais faire comme ci tu n'avais rien à cacher. Peu importe de quel sorte de gang ou de famille de cinglé tu viens je veux pas être impliqué là-dedans.

- Ma famille n'est pas cinglée ! Il grogne.

-Ouais bien sûr, tout ce qui te feras plaisir, Drake. Je murmure tout en avançant, où, pas la moindre idée, mais en avançant quand même.

- C'est Derek ! »

Je me retourne en sourillant doucement :

« Je sais. »

Le reste de la 'balade' s'est déroulé dans le calme, étrangement. Il m'a montré la fameuse salle d'étudiant. Comme l'avait dit la proviseur, c'est très cosy. Il y a des canapés, une grande télé, un lecteur D.V.D et un V.H.S mais d'après Derek personne ne l'utilise plus. Il y des jeux de société, et une console.

Après qu'il m'ait fait faire un petit tour du propriétaire, il m'a lâché devant mon casier pour rejoindre sa classe.
Bien sûr je ne suis pas con, j'ai très bien vu qu'il allait sécher dans ce qui ressemble fortement être le terrain de je ne sais pas quel sport on pratique ici.

J'ai peut-être murmuré un connard après mon merci pour la visite, et il a peut-être ou peut-être pas entendu l'insulte.

Il l'a entendu.

Il est l'heure de déjeuner et dire que la cafétéria est bondée, c'est enjoliver – sacrément – la vérité. C'est un vrai bordel. Les tables sont rassemblées entre elles par ce que je présume être les populaires. Il y a aussi des gothiques, des émos et un tas d'autres groupes de personnes dont je n'ai absolument pas envie de connaître l'existence. A ma grande surprise j'aperçois Greenberg à la table des musiciens. Maintenant que j'y pense, il m'a dit qu'il faisait parti d'un groupe.

Je n'aperçois pas Scott, et ça ça craint, parce que ça veux dire que je vais devoir manger seul. Quelle merde.

Je comptais vraiment ne pas faire de vague, comme j'ai promis à mon père. Sérieusement, j'essaye, mais c'est dur quand j'entends Derek m'insulter et sa petite bande d'ami(e)s ricaner.

Alors après avoir acheter un sandwich et avoir quand même pris un plateau sous le regard sévère de la dame de cantine, c'est tout naturellement que je renverse, accidentellement bien sûr, ledit plateau sur les genoux de Derek.

« PUTAI-

- Oh mon dieu ! Drake ! Sincèrement désolé, je t'avais pas vu. Étrange vu toute la place que tu prends. »

Le silence s'abat dans la pièce tandis que tout le monde nous fixe. Je peux sentir la colère s'échapper de tous les pores de sa peau. Il pose son regard – meurtrier – sur moi tandis qu'il respire bruyamment, ses poings se contractant.

C'est le moment où il faut tirer sa révérence et se retirer. Ouep. C'est le moment.

« Stiles, il murmure dangereusement.

- Bon, c'est pas tout ça mais j'ai à faire moi, à plus tard princesse. »

Et avec cette phrase, une petit guerre s'engage. La victoire revenant à celui qui humiliera le plus accidentellement l'autre.

Quelle magnifique journée !

Un peu plus tard dans l'après-midi je me retrouve devant mon casier à ranger mes affaires quand quelqu'un m'explose la tête contre le casier. Je sens la douleur s'étendre dans mon front et un peu partout ailleurs en fin de compte. Par réflexe je me tiens le nez d'une main, me rendant compte que l'arrête est légèrement fendu, mais que Derek – parce que ça ne peut-être que lui – n'y a pas mis beaucoup de force.

Ça fait mal quand même. Très mal même.

« Mais t'es malade ! Je m'exclame.

- Tu, il me pointe du doigt, l'a mérité. »

Je continue à geindre de douleur tandis que je cligne des yeux dans l'espoir vint de chasser les quelques petites étoiles qui dansent devant mes yeux.

« Espèce de sale connard, ça fait mal putain !

- T'as renversé ton plateau sur moi !

- C'était un accident et je me suis excusé. Puis grâce à moi t'as senti la sauce bolognaise toute la matinée. Tu devrais être reconnaissant.

- Reconnaissant ? RECONNAISSANT ?! Mais tu te fous de ma gueule ! Tu mériterais que je te casse le pif', je sais même pas pourquoi je l'ai pas fait d'ailleurs. Probablement parce que j'ai été éduqué moi.

- Éduqué à renifler le cul des gens ? Tu fais ça à tous tes potes ou c'est un truc plus ouvert ?

- Je ne t'ai pas reniflé !

- A d'autre. La vérité c'est que t'es juste un taré qui se fait passer pour un gars mystérieux. »

Une petite foule s'est formée autour de nous. Ma remarque a tiré quelques ricanements qui ont eux pour effet de rendre Derek fou de rage. Le bout de ses oreilles est aussi rouge qu'une tomate bien mûre, et ses pupilles sont presque totalement dilatés.

« Et tu saurais comment reconnaître un taré quand t'en vois un pas vrai. Il susurre vicieusement.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- C'en est une qui t'as élevé non ? »

On entend des murmures un peu partout autour de nous, mais je n'y fais pas attention. Je suis comme figé, le sang frappant violemment contre mes tympans. La haine m'aveuglant.

Tous le monde sait pour ma mère, la femme du shérif. Quand elle est morte, la nouvelle s'est rependue comme une traînée de poudre, il sait aussi très bien que c'est à cause de ça que j'ai quitté la ville et que c'est un sujet sensible.

Je serre les poings et tente de contrôler ma respiration, comme mon psychiatre me l'a appris. Je ramasse mon sac, ferme mon casier et pars sans demander mon reste, ne manquant pas de bousculer Derek au passage.

Et si j'avais regardé j'aurais probablement pu voir la culpabilité inscrite sur son visage.

Après être rentrée chez moi, je me suis réchauffer un bol de céréale avant de me lancer dans un marathon « supernatural ». C'est un peu tous ce que j'ai trouvé pour me calmer. Ça et frapper le mur.

Très très mauvaise idée. Ma main n'approuve absolument pas cette idée.

Il est dans les environs de vingt-deux heures quand on sonne à la porte. Mon père n'étant de retour qu'à une heure, en générale, je ne vois pas bien qui cela peut-être. J'arrête ce que je suis entrain de faire – réchauffer ma pizza – et je pars ouvrir la porte.

Quelle n'est pas ma surprise quand je découvre un Derek le regard distant sur le pas de ma porte. Il me ferait presque penser à un chiot perdu au milieu des bois.

Nous nous fixons pendant quelques temps et je finis par prendre la parole :

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Mon ton est plus dur que ce à quoi je m'attendais, et il le remarque car je le vois se tendre et se gratter l'arrière du crâne gauchement.

« Je eumh. Il se racle la gorge. Ma mère m'a demandé de venir m'excuse- »

Je lui claque la porte au nez avant qu'il n'ait eu le temps de finir sa phrase.

Mais quel con !

C'est quand je sens quelque chose la bloquer que je soupire bruyamment.

« Je suis désolé okay ? Je m'excuse. J'étais en colère, j'aurais pas dû te dire ça et je suis désolé. »

Je le fixe sans rien dire alors qu'il est de plus en plus mal à l'aise.

Je soupire encore une fois avant de retourner dans la cuisine laissant la porte ouverte derrière moi.

« Pizza et film ça te dit ? J'ai pas encore vu le dernier Avengers alors ça te laisse pas trop le choix, mais bon. »

Quand je me retourne il est au milieu de la pièce l'air méfiant et surtout incrédule.

« De la pizza ?

- Ouais, tu sais ce truc avec de la garniture.

- Tu veux manger de la pizza avec moi ? »

Je le regarde blasé avant de couper ladite pizza en six et d'en prendre une part.

« Tu peux me regarder la manger si tu préfère, ça me va aussi. »

Il ricane tout en murmurant un léger : « ça ira, merci. ». Il s'assoit à côté de moi et prend une part.

Le reste de la soirée se déroule dans la bonne humeur et la rigolade. Je ne sais pas lequel s'endort le premier mais quand mon père rentre ce soir là c'est pour retrouver un amas d'adolescent sur son canapé.