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Un amour constant

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Un amour constant

PREMIERE PARTIE

Mars 1814

Chapitre 1

Pour deux sœurs aimantes, toutes deux récemment fiancées, et promises à des hommes qui étaient déjà des amis particuliers, il était naturel que les discussions tournent rapidement autour du concept de double mariage. Ni Jane ni Elizabeth Bennet ne pouvait se souvenir qui avait soulevé l'idée en premier, mais toutes deux préféraient cet arrangement, plus simple pour les familles concernées, et comme toutes deux étaient de disposition généreuse, il n'y eut aucun regret égoïste à partager ce jour spécial.

Jane aborda le sujet avec M. Bingley, Elizabeth avec M. Darcy, et tous s'accordèrent à dire que ce plan avait beaucoup de mérite. Il fut présenté au reste de la famille Bennet, et quand Mme Bennet – qui avait prévu de célébrer un mariage séparé et plutôt extravagant pour chacune d'entre elles – fut gagnée à cette idée, les couples fixèrent une date. Tous furent d'accord pour que la majorité des invités fussent logés à la résidence plus large de Netherfield, où l'exposition à Mme Bennet et à son entrain à marier deux de ses filles seraient minimisée ; et ils s'accordèrent à ce que le petit-déjeuner du mariage eût lieu là, dans la spacieuse salle de bal de Netherfield.

La tante et l'oncle Gardiner de Jane et Elizabeth furent parmi les quelques invités installés à Longbourn. Ils arrivèrent une semaine avant le grand jour, dans l'habituel désordre des jeunes enfants émergeant de la voiture, se précipitant vers la maison, puis se rappelant leurs bonnes manières au moment de saluer les Bennet. Elizabeth ressentit du soulagement en voyant sa tante sa mère avait souffert de crises de nerfs croissantes et s'était finalement retirée dans sa chambre, confiée aux bons soins de leur tante Philips. Elle était dans l'incapacité d'aider aux derniers préparatifs ou de fournir le moindre conseil à ses filles avant leur mariage. Et Mme Gardiner, dès lors qu'elle eut quitté ses vêtements de voyage, demanda comment elle pouvait accorder son aide.

Les invités de Netherfield arrivèrent quelques jours plus tard. M. et Mme Hurst, qui amenaient une Caroline Bingley maussade dans leur voiture, furent les premiers. Ils étaient suivis par un cortège de voitures amenant Andrew et Ellen Fitzwilliam, le comte et la comtesse de Brandon ; leurs fils, Andrew, Lord Fitzwilliam, et Edouard, le colonel Fitzwilliam ; Alice, Lady Fitzwilliam, épouse de Lord Fitzwilliam ; Georgiana Darcy et sa dame de compagnie Mme Annesley. Cela représentait toute la famille proche des deux jeunes mariés, à l'exception de quelques parents des Bingley, de Scarborough, qui ne pouvaient faire le voyage, et de Lady Catherine de Bourgh et sa fille Anne, qui n'assisteraient pas au mariage. Lady Catherine en avait fermement informé son neveu dans une lettre comportant de nombreux mots soulignés, la seconde lettre du genre qu'elle eût envoyée à M. Darcy sur le sujet de ses « fiançailles malheureuses ». Il n'avait pas jugé bon de lui faire l'honneur d'une réponse.

Parmi tous les invités, Elizabeth avait surtout hâte de revoir Mlle Darcy. Elle ne tenait pas particulièrement à faire plus ample connaissance avec les Hurst et Mlle Bingley, mais sa sœur épousant Charles Bingley (de loin la plus aimable personne de la famille), elle n'aurait guère le choix. Elle était plus inquiète à l'idée de rencontrer le comte et sa famille. Elle connaissait déjà le plus jeune fils, le colonel Fitzwilliam, et elle appréciait beaucoup sa compagnie. Cependant, elle n'était pas sûre que le reste de la famille se montre aussi affable, et elle n'était pas accoutumée à s'adresser à un comte. Comme la voiture l'amenait vers Netherfield avec Jane et M. Bennet, elle essaya de ne pas s'attarder sur l'influence que ces invités auraient sur sa vie future.

M. Darcy et M. Bingley les aidèrent à descendre de la voiture, puis le groupe traversa le hall d'entrée jusqu'au salon qui était devenu si familier à Elizabeth au cours des derniers mois. Son inquiétude quant au comte et à sa famille était sans fondement. M. Darcy fit les présentations, et Elizabeth réalisa rapidement qu'ils étaient de compagnie aussi agréable que le colonel Fitzwilliam, particulièrement Lady Brandon, qu'Elizabeth fut invitée à appeler Lady Ellen quand ils se trouvaient en famille. Lady Ellen était vêtue de façon impeccable et avait des manières si élégantes qu'Elizabeth se mit à penser qu'elle avait là une femme sur laquelle elle pourrait prendre modèle, quand elle deviendrait Mme Darcy. Lord Brandon et son fils aîné étaient plus réservés, mais participaient occasionnellement aux questions sur la fortune de sa famille et sur les ultimes préparatifs du mariage.

La conversation polie fut bientôt détournée, quand Caroline Bingley nota à quel point Eliza Bennet semblait fatiguée par l'organisation du mariage, et offrit ses services aux sœurs Bennet, s'il était quoi que ce soit qu'elle pût faire pour aider. Nombreux dans le salon étaient déjà habitués aux attaques de Mlle Bingley contre Elizabeth Bennet ; ce n'était pas un secret que Caroline avait elle-même souhaité épouser M. Darcy, et que les événements des jours à venir allaient marquer la fin de plusieurs années de poursuite infructueuse. Lady Ellen, cependant, jeta un regard fort désapprobateur à Caroline et indiqua qu'elle n'aurait jamais pensé Mlle Bennet fatiguée – elle avait l'air tout à fait aussi belle et radieuse qu'une jeune femme sur le point de se marier devait l'être.

Il fut évident au cours du dîner que si Charles Bingley faisait preuve de sa contenance joviale habituelle, il avait planifié, ou peut-être surplanifié, le dîner, du fait de la présence d'un comte. La richesse des plats, et le nombre importants de ces plats sur la table, recentra l'essentiel de la conversation sur la nourriture, et le groupe passa consciencieusement la majeure partie du repas à goûter juste un peu de ceci ou juste un peu de cela. Cela ne dérangeait pas Elizabeth outre mesure, car avec un comte à la table, le protocole avait été soigneusement observé, et elle se trouvait assise entre son père et M. Hurst, Jane étant en face d'elle. M. Hurst se concentrait sur la nourriture et le vin avec un tel dévouement que même son père ne pouvait y donner quelque aspect amusant, et elle ne pouvait penser à aucun sujet de conversation que les Bennet n'eussent pas déjà discuté au cours de la journée.

Quand l'interminable dîner s'acheva et que les dames se retirèrent au salon, Elizabeth rechercha la compagnie de Mlle Darcy. Georgiana Darcy avait été extrêmement silencieuse avant et pendant le dîner, ne parlant guère à qui que ce soit d'autre que Mme Annesley, et Elizabeth voulait être sûre qu'elle ne se sentait pas négligée. C'est pourquoi, quand la jeune femme s'assit dans un coin de la pièce, Elizabeth se joignit à elle.

« Vous êtes très calme ce soir, Mlle Darcy. Vous sentez-vous bien ? »

« Merci Mlle Bennet, je me sens bien. C'est seulement – je n'ai pas l'habitude de me trouver parmi tant de monde. »

« Cela fait beaucoup de personnes, n'est-ce pas ? »

Georgiana hocha la tête.

« Passez-vous beaucoup de temps avec votre tante et votre oncle ? »

« Nous nous rendons fréquemment visite quand nous sommes tous à Londres. Leur domaine est à environ cent vingt milles de Pemberley, nous ne nous y rendons donc qu'occasionnellement. »

« C'est une belle distance. Je ne vois pas ma tante et mon oncle Gardiner autant que je le souhaiterais, et ils ne sont pas plus loin que Londres », dit Elizabeth. « Ils sont cependant arrivés à Longbourn il y a trois jours, je profiterai donc de leur compagnie au moins jusqu'au mariage. »

« Oh, je me rappelle d'eux – ils étaient si gentils et d'une compagnie si excellente. Pensez-vous – pensez-vous que je pourrais rendre visite à votre tante à Longbourn, et rencontrer le reste de votre famille ? »

« Ce serait charmant. S'il vous plaît, considérez-vous la bienvenue à Longbourn à tout moment. Bien que je doive vous avertir, ma mère n'a pas le genre de constitution à supporter les préparatifs de mariage. Nous devrons sans doute passer une bonne partie de notre temps dehors. »

Georgiana sourit. « Je serais contente d'être présentée à toute votre famille. Après tout, dans quelques jours ils seront également ma famille – Mlle Elizabeth, je ne peux exprimer à quelle point je suis heureuse de gagner une sœur. »

« Je le suis aussi, Miss Darcy. »

« Mais vous en avez déjà quatre ! » s'exclama Georgiana. « Une de plus ne doit pas changer grand-chose. »

« Quand elle est aussi charmante et aussi accomplie que vous, je vous assure, cela compte », sourit Elizabeth. « Je vous accorde cependant que ce n'est pas la même chose pour une dame qui a toujours eu des sœurs d'en acquérir une de plus, que pour une dame qui n'en a jamais eu. »

« C'est ce que je voulais dire – j'ai toujours voulu une sœur, et je vais maintenant en avoir une. »

Leur conversation fut rapidement interrompue par l'arrivée des gentilshommes dans la pièce, et Elizabeth encouragea Georgiana à se rapprocher avec elle du centre du salon. Elle fit de son mieux, tout au long de la soirée, pour l'inclure dans la conversation aussi souvent que possible, lui demandant son opinion sur certains des sujets débattus. Elizabeth se réjouit de voir que Georgiana, après avoir semblé inconfortable d'être appelée à s'exprimer, avait gagné en confiance à la fin de la soirée. Les soins d'Elizabeth amenèrent également le groupe à prêter plus d'attention à la présence d'une jeune femme de caractère timide, peu susceptible de s'intégrer d'elle-même dans une conversation rapide. Jane et Lady Ellen, en particulier, comprirent les intentions d'Elizabeth, et firent leurs propres efforts pour aider Georgiana à sortir de sa réserve.

Si Elizabeth avait un grief, quand M. Darcy l'aida à remonter dans la voiture, c'était d'avoir passé très peu de temps avec lui au cours de la soirée. Dans un tel groupe, les discussions privées étaient difficiles, et elle dut se consoler par la pensée que dans trois jours ils seraient mariés, et pourraient passer autant de temps qu'ils le souhaiteraient en compagnie exclusive l'un de l'autre. M. Darcy lui apporta une autre consolation en arrivant à cheval avec M. Bingley, tôt le lendemain. Les gentilshommes avaient prévu une longue promenade tous ensemble ; mais tous deux étaient partis avant les autres afin de rendre visite à Jane et Elizabeth. Ils optèrent pour une brève marche, même s'il faisait encore frais et que le gel craquait sous les bottines d'Elizabeth, au cours de leur marche autour du domaine de Longbourn. Comme ils en avaient pris l'habitude, les couples se séparèrent rapidement – pas assez pour être indécent, mais assez pour tenir une discussion privée.

« Je voulais vous remercier pour l'attention que vous avez portée à Georgiana hier soir », dit M. Darcy. « Elle n'a pas souvent été entourée de tant de monde, et je vois qu'elle n'est pas à l'aise pour prendre la parole dans de telles situations. »

« Bien sûr. Avec un frère si silencieux, si taciturne, il n'est pas surprenant qu'elle ne s'exprime pas souvent en groupe », le taquina- t-elle. « Peut-être est-ce héréditaire. Mais ne vous inquiétez pas, je l'aiderai autant que je le peux. Quant à vous, vous êtes un adulte et vous devrez vous débrouillez par vous-même. »

« Vous plaisantez, mais vous avez raison, Elizabeth. Ma réticence à me retrouver en compagnie peu familière a probablement fait du mal à Georgiana, qui n'a pas eu l'opportunité de "s'entraîner" à la conversation, comme vous m'y avez un jour enjoint. »

« Elle n'a pas dix-huit ans. Elle a tout son temps. »

« Pas pour une dame de sa situation, qui n'a pas de sœur aînée célibataire. On va murmurer en ville qu'il y a quelque chose à cacher, si elle n'est pas présentée en société à la prochaine saison mondaine. Certaines dames de son âge seront alors déjà mariées », dit-il. « Je m'inquiète pour Georgiana. Son attitude est plus positive désormais – Mme Annesley a fait des miracles – mais les événements avec Wickham semblent avoir ébranlé sa confiance en elle de façon définitive. »

Cela n'aidait pas, savait Elizabeth, que son mariage avec Darcy fît entrer Wickham dans la famille de Georgiana. Elle et M. Darcy étaient en parfait accord sur le fait que Wickham ne serait jamais le bienvenu à Pemberley ou dans leur hôtel en ville. Lydia elle-même pourrait peut-être, plus tard, être invitée, mais seulement une fois que ses lettres n'évoqueraient plus « mon cher Wickham » à longueur de pages.

« Nous allons juste devoir reconstruire sa confiance. C'est une jeune femme très accomplie (et cela même selon votre définition, Darcy), et intelligente. Elle a beaucoup apporté à la conversation quand elle a pris la parole. »

« Vous avez raison, elle va avoir bien des opportunités de s'exprimer en public. J'avais pensé aller à Londres, peut-être, cet automne, pour la petite saison mondaine – cela représentera moins de pression pour elle, avec moins de monde en ville et moins d'événements », dit-il. « Cela impliquerait de reporter notre installation à Pemberley jusqu'après Noël, cependant. »

« Cela ne me dérange pas, si cela peut aider Georgiana », fit Elizabeth. En vérité, non seulement cela ne la dérangeait pas, mais cela lui était préférable. Bien que l'idée de devenir la maîtresse de Pemberley l'ait excitée de prime abord, et l'excitât toujours dans une certaine mesure, elle était également inquiète à l'idée d'endosser un tel rôle. Sa mère, la seule personne qu'elle ait pu observer sur de longues périodes, était une maîtresse de maison indifférente, et le fonctionnement de Longbourn ne pouvait certainement pas être comparé à celui de Pemberley. Elizabeth savait qu'elle devrait gérer les choses avec l'élégance et les manières gracieuses montrées par Lady Ellen, et n'était pas sûre d'être à la hauteur de la tâche pour le moment.

Par ailleurs, se rendre à Londres à la petite saison lui permettrait, tout comme Georgiana, d'avoir un peu de temps pour s'habituer à la société que fréquentait Darcy. On attendrait d'elle qu'elle évolue dans des cercles plus élevés, désormais, pour développer leur influence et s'assurer que Georgiana ait toutes les opportunités de se retrouver en excellente compagnie. Excellente compagnie, et intéressée par le mariage, si Georgiana devait être présentée en société. Elizabeth comprenait pleinement la préoccupation de Darcy maintenant – Georgiana était une fille douce et timide, absolument pas préparée à repousser les prétendants indésirables.

« Accepteriez-vous d'aller à Londres après Weymouth, donc ? »

« Oui, bien sûr. »

Weymouth avait été choisi pour leur lune de miel depuis plusieurs mois. Brighton était bien plus à la mode, mais faisait résonner des sentiments si négatifs en Elizabeth qu'elle ne se sentait pas encore prête pour un voyage là-bas. L'escapade de Lydia avec Wickham et son mariage avaient peut-être renforcé les attentions de M. Darcy envers elle, et auraient donc dû être perçus comme positifs, mais pour Elizabeth, Brighton restait l'endroit où une jeune fille pouvait n'en faire qu'à sa tête et se compromettre. Ils avaient considéré Weymouth comme une alternative acceptable, car si Elizabeth n'avait aucune envie d'aller à Brighton, elle désirait vivement se rendre au bord de la mer.

« Merci, ma chère Elizabeth. Vous savez comme Georgiana est importante pour moi, et de savoir que vous partagez la même préoccupation pour son bien-être – cela veut dire beaucoup pour moi. »

Elle tapota son bras tandis qu'ils retournaient en direction de la maison. « Personne, connaissant Georgiana, pourrait ne pas souhaiter son bien-être. Et ne vous inquiétez pas, avec l'entraînement, comme vous dîtes, elle va devenir plus confortables avec les exigences de la société. »

« Je suppose qu'acquérir une sœur un tantinet impertinente pourrait aider. »

« Mais, M. Darcy, je crois que vous me taquinez », dit-elle. « Vous voyez, si je peux vous apprendre à taquiner, aider Georgiana à s'exprimer en compagnie sera fort simple. »

Georgiana vint elle-même leur rendre visite, avec Lady Ellen et Mme Annesley, environ une heure après le départ des gentilshommes. Elizabeth fut impressionnée par la condescendance montrée par Lady Ellen, qui demanda à être présentée à toute la famille. L'état de nerfs de sa mère s'était rapidement amélioré en apprenant qu'une noble dame était en visite, au point qu'elle s'était habillée et les avaient rejointes dans le salon, mais elle fut si impressionnée par les manières supérieures et l'apparence de Lady Ellen qu'elle se contenta de faire sa révérence et de se dire heureuse de la rencontre. Mary et Catherine, de même, furent calmes, répondant poliment et prudemment chaque fois que Lady Ellen posait une question. Georgiana s'aventura à poser une question, à la satisfaction d'Elizabeth.

Avec Elizabeth, Jane et Mme Gardiner pour animer la discussion, une demi-heure passa rapidement, et Lady Ellen se leva pour prendre congé, leur disant qu'elle était ravie d'avoir fait leur connaissance et qu'elle espérait les revoir avant le mariage. Georgiana se leva pour la suivre, mais Elizabeth était réticente à la laisser partir. Elle suggéra que sa – presque – sœur reste dîner et les aide dans les derniers préparatifs. Georgiana dit que cela lui plairait beaucoup, Lady Ellen promit de prévenir les résidents de Netherfield, et Mme Annesley dit qu'elle resterait avec Georgiana pour la raccompagner plus tard.

Mme Bennet se retira dans sa chambre pour se reposer, et Mme Gardiner expliqua à Georgiana et Mme Annesley qu'elles en étaient à finir les éléments du trousseau des demoiselles Bennet. Les robes de mariage étaient finies, mais il restait nombre d'autres robes et items à finir et orner. Georgiana sa saisit d'un bonnet sur la table et dit qu'elle aimerait s'essayer à leur ornementation, tandis que Mme Annesley se consacrait à la broderie de mouchoirs.

Quelque temps passa en silence, les dames concentrées sur leur travail. Elizabeth levait les yeux régulièrement, notant que Georgiana n'avait rien cousu sur le bonnet lui-même. Par contre, elle semblait travailler avec soin sur une pièce d'étoffe. Mme Annesley, pendant ce temps, réalisait de petits points délicats. Puis Elizabeth se concentra sur son propre travail, brodant l'ourlet d'une des robes de Jane. C'est l'exclamation de Catherine qui lui fit relever la tête :

« Oh, c'est le bonnet le plus élégant que j'aie jamais vu. Vous devez absolument m'apprendre à faire ces petites roses, Mlle Darcy. »

Georgiana rougit, et Elizabeth put voir que le compliment de sa sœur n'était pas excessif. Le tissu sur lequel Georgiana travaillait était transformé en minuscules roses, arrangées avec talent sur la bordure du bonnet. Un ruban vert pâle se faufilait entre elles. Catherine s'assit à côté de Georgiana, et celle-ci lui apprit comment rassembler et coudre le tissu pour lui faire prendre la forme d'une rose.

Ainsi débuta une improbable amitié entre Georgiana Darcy et Catherine Bennet. Georgiana avait longtemps manqué de compagnons de son âge, et même si elle allait avoir une sœur en Elizabeth, une sœur mariée n'était pas la même chose qu'une amie sans attaches de son âge, même si leur avenir en société s'annonçait différent. Elizabeth s'inquiéta un temps de leur association – Kitty avait été presque aussi sotte que Lydia pendant des années. Mais Kitty avait reçu des lettres personnelles de Lydia, et savait que la vie maritale avec un homme aux revenus insuffisants était bien loin de ce que ses sœurs aînés allaient atteindre. Elle en était venue à comprendre qu'un bon mariage serait essentiel à son bonheur futur et à son indépendance – bien qu'elle espérât toujours que ce puisse être avec un homme portant l'uniforme. Elle en était venue à réaliser qu'elle ne pouvait plus courir après les officiers, et qu'une amitié avec une jeune fille accomplie et bien élevée était bien plus désirable pour elle qu'elle ne l'eût été auparavant.

Georgiana, de son côté, profitait des manières ouvertes et amicales de Catherine. Et comme elle visitait Longbourn les jours suivants, Elizabeth nota avec joie que Georgiana avait trouvé une autre personne avec qui parler confortablement. Mary, d'abord distante, fut inclue dans leur intimité quand Georgiana, apprenant qu'elle était accomplie au piano-forte, lui demanda d'en jouer. Comme cela faisait très longtemps que personne n'avait demandé à entendre Mary jouer, cela lui fit apprécier Georgiana. Et Georgiana ne sembla pas souffrir outre mesure d'écouter Mary donner de longs discours pédantesques.