Actions

Work Header

Harry Potter et l'Enfant Maudit

Chapter Text

Le 1er Septembre 2017 était arrivé. Une nouvelle année allait commencer pour les élèves de Poudlard, qu’ils soient nouveaux ou anciens. Comme toujours, à cette date, la gare de King’s Cross était particulièrement bondée et il n’était pas rare que l’on voie d’étranges voyageurs chargés de bagages peu communs. Mais comme toujours, les Moldus faisaient semblant de ne rien remarquer. Le 1er Septembre était « étrange ». C’est tout. Ils préféraient ne pas trop se poser de questions. Parmi ces voyageurs se trouvait une famille en particulier, deux parents accompagnant leurs enfants en poussant des chariots débordants de valises énormes. L’hululement d’une chouette se perdit dans le brouhaha qui régnait dans la gare. Malgré le vacarme environnant, Harry entendait ses deux fils se disputer. Albus, les mains crispées autour du guidon de son chariot, clamait haut et fort :
- Je n’irai pas ! Je n’irai pas à Serpentard !
Sa mère fronça les sourcils en regardant James :
- Arrête un peu !
Le fils aîné adressa un grand sourire à Albus :
- J’ai simplement dit qu’il y serait peut-être ! Il n’y a pas de mal à ça. Il sera peut-être à Serp…
Il se tut en croisant le regard noir de sa mère.
Anxieux, le plus jeune garçon regarda la barrière séparant les voies 9 et 10. Son cœur battait la chamade. Il faisait aujourd’hui sa rentrée à l’Ecole de Sorcellerie de Poudlard, tandis que James entamerait sa deuxième année. Ce dernier afficha un petit air supérieur, lui jeta un rapide coup d’œil et se mit à courir en direction de la barrière. Un instant plus tard, il avait disparu.
Profitant de l’absence momentanée de son grand frère, Albus leva les yeux vers sa mère :
- Vous m’écrirez, hein ?
- Tous les jours, si tu veux, proposa Ginny en lui souriant et en le recoiffant sommairement.
- Pas tous les jours, répliqua précipitamment Albus. James dit que la plupart des élèves ne reçoivent des lettres de chez eux qu’une fois par mois.
- Nous avons écrit à ton frère trois fois par semaine, l’année dernière… souligna sa mère.
- Quoi ?! s’exlama Albus outré en apprenant le mensonge de son aîné.
Harry sourit en ajoutant :
- Il ne faut pas croire tout ce que James te raconte sur Poudlard. Il aime bien se moquer de toi.
En grommelant, Albus, aidé de son père, fit pivoter son chariot et ils se mirent à courir. Lorsqu’ils atteignirent la barrière, le garçon grimaça mais il n’y eut aucun choc et la famille émergea sur le quai de la voie 9 ¾, obscurci par l’épaisse vapeur blanche que produisait la locomotive écarlate du Poudlard Express.
Lily, la plus jeune des enfants Potter, se mit à regarder fébrilement autour d’elle tandis qu’Albus avançait à pas mesurés en regardant devant lui. Il avait conscience des nombreux regards pesant sur sa famille et il trouvait ça quelque peu déroutant. James était déjà loin devant, surement en compagnie des amis qu’il s’était fait lors de sa première année. Albus se demanda vaguement s’il arriverait à se faire autant de bons camarades, il était moins extravagant que son grand frère qui adorait se pavaner et clamer qu’il était le fils du grand Harry Potter.
- Là ! Les voilà ! s’écria Lily en désignant un groupe de quatre personnes qui émergea de la brume, à côté du tout dernier wagon.
Albus se sentit un peu moins tendu :
- Salut !
Rose, déjà vêtue de sa toute nouvelle robe de Poudlard, lui adressa un beau sourire.
Comme lui, elle entrait en première année, et il espérait bien se retrouver dans la même Maison qu’elle. Albus entra dans le wagon tandis que Ron et Harry commençaient à décharger les chariots :
- Alors, tu as réussi à ranger la voiture ?
Ron acquiesça :
- Oui. Hermione ne croyait pas que je puisse passer un permis de Moldu. Elle pensait qu’il faudrait que je jette un sortilège de Confusion à l’examinateur.
- Ce n’est pas vrai, protesta Hermione. J’avais parfaitement confiance en toi.
Elle s’éloigna pour retrouver sa fille et son fils en train de converser avec James qui avait daigné les rejoindre. Profitant de son absence, Ron baissa la voix, tout en passant les valises et les cages à hibou à Albus.
- En fait, je lui ai vraiment jeté un sortilège de Confusion. J’avais simplement oublié de regarder dans le rétroviseur et, entre nous, je peux très bien m’en passer en utilisant un charme Supersensoriel.
Harry sourit de cette confidence. Ron adressa un clin d’œil à Albus, signifiant qu’il s’agissait d’un secret. Mais le garçon était distrait. Un élève était monté dans le wagon pendant qu’ils chargeaient les valises, il n’était certainement pas en première année puisqu’il arborait déjà les couleurs de sa maison : Serpentard. Vert et Argent. Ses inquiétudes revinrent à la charge. Tout le monde craignait la Maison de Serpentard, la Maison du Mal, la Maison qui forme les Sorciers qui tournent mal… Sans parler de James qui ne cessait de lui raconter mille anecdotes de tels et tels élèves de Serpentard qui avaient fait d’horribles choses à leurs camarades comme glisser des serpents dans leur lit. Albus frissonna à cette idée et redescendit sur le quai. Il remarqua à peine l’homme grand et blond, les cheveux en catogan, qui s’éloignait au loin, et porta son attention sur sa mère qui serrait dans ses bras un James qui se trémoussait sur place.
- N’oublie pas de transmettre nos amitiés à Neville !
- Maman ! protesta le frère d’Albus. Je ne peux pas transmettre des amitiés à un Professeur !
- Mais tu connais bien Neville…
James leva les yeux au ciel :
- En dehors de l’Ecole, oui, mais en classe, c’est le Professeur Londubat, tu comprends ? Je ne peux pas entrer en cours de botanique et lui transmettre des amitiés…
Albus sentit sa gorge se nouer en suivant le dialogue. Pour la première fois, il allait quitter ses parents et sa maison durant plusieurs semaines. Ses seuls repères seraient son frère déjà habitué des lieux, Rose toute aussi nouvelle que lui et un Professeur de Botanique.
Trop perdu dans ses pensées, il n’esquiva pas le léger coup de poing joueur que son frère lui donna dans le bras :
- A plus tard, Al’ ! Fais attention aux Sombrals !
- Je croyais qu’ils étaient invisibles ! protesta Albus en sentant ses cheveux se dresser sur sa tête.
En riant, James étreignit rapidement Harry et sauta dans le train, avant de courir pour rejoindre ses camarades. De plus en plus inquiet, Albus se blottit contre son père qui lui caressa gentiment les cheveux :
- Les Sombrals sont de très gentilles créatures, elles n’ont rien d’effrayant. De toute façon, tu iras à l’Ecole en barque, c’est la tradition.
Le garçon hoche la tête, à peine rassuré. Harry continua sur un ton apaisant :
- Ecoute tes Professeurs, n’écoute pas James. Ne t’approche pas de Peeves et ne te bats pas en duel tant que tu n’auras pas appris à le faire. Et n’oublie pas que tu es invité à prendre le thé vendredi, chez Hagrid.
Vérifiant que personne ne se trouvait à portée d’oreilles, Albus murmura en changeant de sujet :
- Et si je suis à Serpentard… ?
Son père s’accroupit à sa hauteur et lui sourit.
- Albus Severus… commença-t-il dans un murmure. Tes deux prénoms t’ont été donnés en souvenir de deux Directeurs de Poudlard. L’un d’eux était un Serpentard et il était sans doute l’homme le plus courageux que j’aie jamais rencontré.
- Mais dis-moi simplement…
-… Si c’était le cas, alors Serpentard gagnerait un excellent élève, n’est-ce pas ? Pour nous, ça n’a pas d’importance, Al’. Mais si ça en a pour toi, tu pourras choisir Gryffondor plutôt que Serpentard. Le Choixpeau magique tiendra compte de tes préférences.
- Vraiment ? marmonna le garçon on ne peut plus sceptique.
- C’est ce qui s’est passé pour moi, lui révéla Harry.
Impressionné par ce secret qu’il entendait pour la première fois, Albus écarquilla les yeux, admiratif. Ginny le serra ensuite contre son cœur avant de l’aider à monter dans le train dont elle ferma les portes. Près de Rose, il regarda par la fenêtre et vit que la plupart des sorciers présents jetaient des coups d’œil plus ou moins discrets à Harry et à ceux qui l’entouraient. Plusieurs le montrèrent même lui, Albus, du doigt. Le garçon adressa un signe de main à sa famille et recula, le cœur battant, en se demandant s’il allait réussir à être le digne fils Potter que tout le monde attendait qu’il soit.

 

Tirant sa grosse valise, Albus essayait désespérément de suivre le rythme de Rose qui avançait d’un pas décidé le long du couloir, comme si sa valise à elle ne pesait pas plus lourd qu’une plume. Sa cousine jetait des coups d’œil dans les compartiments, sans prendre le temps de s’arrêter, le menton fièrement relevé. Essoufflé, Albus commençait à se demander pourquoi Rose ne s’était pas encore arrêtée pour s’installer, ils avaient pourtant déjà dépassé des compartiments avec des places libres. En même temps, il n’avait intérieurement pas vraiment hâte de trouver une place. Il savait comment se déroulerait la suite : on viendrait lui poser des questions : « C’est toi, le frère de James Potter ? », « Tu es le deuxième fils de Harry Potter ? LE Harry Potter ? ». Avec un peu de chance, Rose était en réalité en train de chercher un endroit totalement désert, lui épargnant ainsi bien des questions gênantes.
- Dépêche-toi, Albus ! lui lança sa cousine en le regardant par-dessus son épaule.
Le garçon de onze ans ne put que lui répondre par un soupir exaspéré et fatigué. Son bras lui faisait mal à force de tirer cette satanée valise plus grosse que lui ! Enfin, quoi ! Il rentrait pour les vacances Noël, pourquoi sa mère avait-elle tant tenu à lui mettre trois tonnes de pulls, une tonne de T-shirt, deux paires de chaussures de rechange ? Sans compter le livre « L’Histoire de Poudlard », que tante Hermione avait absolument tenu à lui offrir et qui devait peser à lui seul près de la moitié de son bagage ! Ce fut donc avec un certain soulagement que l’adolescent vit une sorcière rondelette avancer dans leur direction en poussant un chariot débordant de bonbons multicolores. Il s’autorisa une pause pour regarder les confiseries, sous le sourire bienveillant de la vieille femme. Remarquant que son cousin ne la suivait plus, Rose pivota sur ses talons et, posant les mains sur les hanches, elle se mit à taper le sol du pied avec agacement :
- Al’ ! Nous devons nous concentrer !
Détachant à regret son regard d’un paquet de Chocogrenouille, Albus leva les yeux vers Rose :
- Nous concentrer sur quoi ?
Avec un sourire d’excuse à l’adresse de la sorcière aux bonbons, il reprit sa valise et rejoignit sa camarade dont le regard brun commençait à refléter un certain agacement. Comme un texte apprit par cœur, elle répliqua :
- Nous devons choisir nos amis ! Mes parents ont rencontré ton père dans le Poudlard Express, lors de leur tout premier voyage.
Le garçon hocha machinalement la tête. Bien sûr… Rose ne parlait que de ça depuis qu’elle avait reçu la lettre de Poudlard annonçant qu’elle faisait partie des nouveaux élèves inscrits à l’Ecole.
- Donc… il faudrait qu’on choisisse maintenant des gens avec qui on va rester amis toute notre vie, marmonna Albus qui se demandait en quoi il devait forcément respecter cette tradition. Ça fait un peu peur…
Surtout si on choisit mal nos amis… ajouta-il intérieurement.
Loin de s’attarder sur l’expression faciale peu convaincue de son cousin, Rose continua avec un grand enthousiasme :
- Peur ?! Au contraire, c’est une chance formidable ! Je suis une Granger-Weasley, tu es un Potter – tout le monde voudra forcément être ami avec nous, on peut se permettre de choisir qui on veut !
Albus retint de justesse un gémissement de désespoir. Il se voyait déjà rencontrer plus de cinquante personnes et s’attendait presque à voir Rose sortir une grille avec des cases à cocher pour savoir si cette personne était digne ou non d’être leur ami. Il ne voulait pas avoir des amis parce qu’il était un Potter !
- Mais comment on va décider où s’asseoir ? demanda-t-il en espérant lui faire comprendre que là, tout ce qu’il voulait, c’était poser ses fesses sur une banquette avant que son bras ne se détache de son corps et reste accroché à la poignée de sa valise.
Sa cousine prit le temps de la réflexion en se tapotant la lèvre inférieure. Puis, d’un geste décidé, elle repoussa soudain en arrière ses cheveux roux :
- Je sais ! On va regarder dans tous les wagons et ensuite on décidera !
Albus resta bouche bée de cette proposition et espéra vaguement que Rose le taquinait. Mais non, elle semblait malheureusement on ne peut plus sérieuse. Elle allait le traîner dans tout le train, sans doute deux ou trois fois « pour être sûrs, tu comprends, Albus, on ne peut pas se permettre de choisir n’importe qui ! », avant de prendre sa décision. Le temps que ça arrive, ils seront déjà arrivés à Poudlard et ils ne se seront pas reposés une seule seconde.
Résigné et certain que ce sera son corps mort d’épuisement qui arrivera à l’Ecole, Albus emboîta, à contrecœur, le pas à Rose. Il se demanda vaguement si être un Fantôme lui permettrait de ne pas dépendre de l’une des Quatre Maisons.


Arrivé au deuxième wagon, l’adolescent s’arrêta un instant pour souffler. Il remarqua alors qu’il venait de marquer une pause devant un compartiment quasiment vide, il n’y avait qu’une seule personne installée qui regardait par la fenêtre. Un garçon blond qui devait avoir leur âge, surement un première année lui aussi et visiblement sans amis. Albus risqua un coup d’œil vers Rose qui continuait d’avancer et se demanda pourquoi elle n’avait pas pris la peine de s’arrêter au moins quelques instants pour parler avec ce camarade.
- Rose, attend, j’ai besoin d’une pause ! déclara-t-il tout en ouvrant la porte du compartiment.
Le garçon blond tourna la tête, vraisemblablement surpris que quelqu’un entre. Albus eut la certitude qu’il s’était furtivement essuyé une joue.
- Salut ! lui dit-il aimablement. On peut prendre place ?
L’élève désigna les banquettes d’un ample geste de la main :
- Je t’en prie, c’est libre.
Soulagé, Albus tira sa valise à l’intérieur :
- Génial ! On va s’asseoir un moment, si ça ne te dérange pas ?
Une petite lueur de méfiance s’alluma brièvement dans le regard gris du garçon qui sembla se demander vaguement si on ne lui faisait pas une farce. Il sourit toutefois :
- Non, non, c’est bon.
Sans se départir de son sourire, il regarda Rose débouler dans le compartiment et fusiller son cousin du regard. Ce dernier, qui n’avait rien remarqué, tendit la main vers lui :
- Albus ! Je m’appelle Albus.
Serrant la main qu’on lui tendait, le garçon hocha la tête :
- Salut, Scorpius. Je veux dire, Scorpius, c’est moi. Toi, c’est Albus, donc. Et toi, tu dois être…
Il présenta sa main à la fille qui avait rejoint Albus. Celle-ci fusilla ses doigts pâles du regard et croisa les bras en répondant sur un ton glacial :
- Rose.
Scorpius baissa le bras :
- Salut, Rose.
Etonné par le comportement de sa cousine, Albus cala sa valise contre la banquette, avant de prendre place avec un soupir de soulagement tandis que sa camarade restait bien campée sur ses pieds. Scorpius ouvrit une fermeture éclair de sa valise :
- Vous voulez des Fizwizbiz ?
- Je viens de prendre mon petit déjeuner, rétorqua froidement l’adolescente.
Loin de se laisser abattre par l’attitude distante de Rose, Scorpius sortit de la valise un gros sac de confiseries en fredonnant machinalement une chanson : « Rien ne vaut les bonbons pour se faire des amis… »
Surprenant le regard assassin de Rose et celui interrogateur d’Albus, il rougit en marmonnant sur un ton d’excuse :
- C’est une idée de ma mère…Une idée stupide sans doute.
Il présenta le sac à Albus qui ne savait pas où donner de la tête au milieu de toutes les friandises qu’il lui proposait. Cherchant un sujet de conversation, il confia à Scorpius :
- Ma mère m’interdit d’en manger. Par quoi tu me conseilles de commencer ?
Rose fronça les sourcils et prit place près de son cousin, avant de lui donner un discret coup de coude. L’air content, Scorpius plongea la main dans le sachet :
- Oh, facile. Pour moi, le roi des bonbons, c’est Gnome au Poivre. Ils ont un goût de menthe et ils te font sortir de la fumée par les oreilles.
Albus s’apprêta à son tour à prélever la friandise, ravi de pouvoir déjà désobéir à l’interdiction de sa mère, lorsque Rose lui donna un nouveau coup de coude.
- Tu peux arrêter, s’il te plaît ?
L’adolescente écarquilla des yeux innocents :
- Je n’ai rien fait.
- Si, tu m’as donné plusieurs coups et je te signale que ça fait mal.
Scorpius baissa les yeux et son sourire s’effaça lorsqu’il entendit ces mots. Dépité, il dit à mi-voix :
- C’est à cause de moi.
Etonné, Albus reporta son attention sur lui :
- Comment ça ?
Le garçon blond désigna Rose :
- Elle te donne des coups à cause de moi.
Constatant qu’Albus ne semblait pas comprendre, Scorpius prit une inspiration et souffla :
- Ecoute, je sais qui tu es, alors, il vaut sans doute mieux que toi aussi, tu saches qui je suis.
- Comment ça, tu sais qui je suis ? interrogea Albus intrigué.
Le regard gris de Scorpius se teinta de tristesse un bref instant :
- Tu t’appelles Albus Potter. Elle, c’est Rose Granger-Weasley. Et moi, je suis Scorpius Malefoy. Je suis le fils d’Astoria et Drago Malefoy. Et nos parents, les tiens et les miens, ils n’étaient pas vraiment amis.
Les lèvres pincées, Rose acquiesça d’un hochement de tête :
- C’est peu dire ! Tes parents sont des Mangemorts !
- Pas ma mère ! protesta immédiatement Scorpius outré.
L’adolescente pinça davantage les lèvres. Le fils Malefoy comprit immédiatement pourquoi et fronça les sourcils :
- La rumeur est fausse !
Ayant l’impression d’avoir loupé un épisode, Albus regarda tour à tour sa cousine et Scorpius en se demandant ce que taisait cette dernière. Les épaules un peu voutées, le garçon blond regardait à présent le plancher sous leurs pieds, le visage peiné.
- C’est quoi cette rumeur dont vous parlez ?
Rose répondit par un simple claquement de langue désapprobateur et se leva de la banquette, prête à partir. Elle n’avait vraisemblablement pas envie d’aborder le sujet elle-même. Scorpius prit une inspiration tremblante et ferma les yeux en expliquant à mi-voix :
- On raconte que mes parents ne pouvaient pas avoir d’enfants. Mon père et mon grand-père auraient été désespérés à l’idée que notre lignée s’éteigne sans héritier digne de ce nom… Alors, on prétend qu’ils se sont servis d’un Retourneur de Temps pour envoyer ma mère dans le passé…
- L’envoyer où ?
- Selon la rumeur, il est le fils de Voldemort, répondit Rose d’une voix aussi tranchante qu’un couperet.
Un silence de mort s’installa dans le compartiment. Scorpius avait rouvert les paupières mais continuait de fixer le sol, abattu. Rose regardait obstinément le couloir devant la porte coulissante. Albus ne savait pas trop quelle attitude adopter. Sa cousine se montrait trop froide à son goût, alors que Scorpius n’avait rien fait qui méritait qu’on le traite ainsi. Il avait été gentil avec eux. Indécis, Albus tripotait machinalement le sachet de bonbons qu’il tenait toujours dans les mains.
- Cette rumeur est sans doute idiote, finit par lâcher Rose avec un effort maladroit. Toi, au moins, tu as un nez.
Albus esquissa un sourire tandis que Scorpius éclatait d’un rire tremblant :
- Oui, j’ai le même que mon père. J’ai son nez, ses cheveux et son nom. Ce qui n’est pas forcément un avantage. Les problèmes père-fils, je les ai aussi.
Il marqua une pause et ajouta sur le ton de la confidence :
- Mais, dans l’ensemble, j’aime mieux être un Malefoy que… vous voyez ce que je veux dire… Le Fils du Seigneur des Ténèbres.
Albus comprit immédiatement ce qu’il voulait dire par là. On attendrait forcément du fils de Voldemort qu’il marche sur ses traces et soit un digne héritier. On le comparerait forcément au « Père ». Un Père puissant et connu de tous. Comme son propre père à lui, le Grand Sorcier Harry Potter.
Il croisa le regard de Scorpius qui lui adressa un coup d’œil compréhensif.
- Bon ! On doit continuer notre chemin, viens Albus ! décida Rose en se dirigeant vers la sortie.
Albus visualisa brièvement comment se passerait la suite s’il suivait sa cousine : ils recommenceraient à trainer leurs valises dans tout le Poudlard Express, Rose déciderait elle-même quels « amis » ils devraient avoir, des amis dignes d’un Potter et d’une Granger-Weasley. Et Scorpius resterait seul dans son coin, délaissé par les autres camarades bourrés de préjugés sur la famille Malefoy. Scorpius n’était pas responsable des agissements de son père et de son grand père. Et si lui, Albus, acceptait de suivre Rose et de se faire de nouveaux amis, ces derniers refuseraient certainement d’accueillir Scorpius parmi eux. Et il n’avait pas envie de malmener encore son pauvre bras en lui faisant trainer sa grosse valise. Prenant soudain sa décision, il tourna résolument le dos à sa cousine :
- Je suis bien, ici. Vas-y, toi.
Sa cousine le regarda longuement, déjà dans le couloir et la main autour de la poignée de sa valise :
- Je ne t’attendrai pas, prévint-elle.
- Je ne te demande rien. Je reste là, c’est tout.
Rose pinça à nouveau les lèvres, puis referma la porte du compartiment d’un geste sec, avant de s’éloigner rapidement dans le couloir, décidée à explorer le wagon suivant.
Restés seuls, les deux garçons échangèrent un regard furtif, un peu incertain. Scorpius finit par sourire et hocher la tête, reconnaissant :
- Merci.
Albus plongea la main dans le sachet de bonbons qui lui faisait de l’œil depuis tout à l’heure :
- Ne me remercie pas, je suis resté pour tes bonbons.
Le sourire du garçon blond s’agrandit :
- Elle a du caractère, ta cousine.
- Oui. Désolé.
Haussant les épaules, Scorpius se cala un peu plus confortablement contre le dossier de la banquette :
- Et tu préfères que je t’appelle Albus ou Al’ ?
En attendant la réponse, il enfourna deux bonbons dans sa bouche.
- Albus… finit par répondre lentement le concerné.
Al’, c’était bien pour la maison, quand il était le Fils Potter. Ici, il pouvait être Albus. Juste Albus.
Un sourire fendit ses lèvres quand il remarqua que son nouvel ami avait effectivement de la fumée qui commençait à lui sortir des oreilles.
- Merci d’être resté avec moi pour mes bonbons, Albus !
Ce dernier porta à son tour les Gnomes au Poivre à ses lèvres, impatient d’essayer et de faire un concours de fumée avec Scorpius.