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Trente jours à UA

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C’est bien une idée de gonzesses, ça, songea Bakugou. Il les écoutait piailler depuis dix minutes autour de la table de Face-de-Lune, à se prendre en photo et à les envoyer Dieu-sait-où. D’abord, seules les filles avaient pris part à ce rituel débile, enchaînant grimace sur grimace. Elles souriaient dans le vide, sans se rendre compte à quel point elles avaient l’air idiotes. Et lui, il assistait à cette mascarade depuis son siège. Jamais il n’avait été aussi pressé que les cours reprennent.

Sans grande surprise, le premier crétin qu’elles réussirent à embarquer fut Deku. Un battement de cil d’Uraraka suffit à ce qu’il relâche sa garde et il finit coincé entre Ashido et Hagakure qui le mitraillèrent de leur portable.

— Et voilà, ça va directement sur la story de l’école ! annonça Ashido, pianotant avec fougue sur son écran.
— Que… de quoi ?

Le visage de ce crétin de Deku avait perdu toute forme de couleur. Il fallait être un bel abruti pour ne pas deviner qu’elles allaient diffuser les clichés aux yeux du monde entier. Ils étaient des célébrités désormais. Depuis le festival de sport, tout le monde savait qui ils étaient. Ils se faisaient accoster dans la rue par leurs nouveaux fans qui leur demandaient une photo ensemble ou un autographe. En tant qu’élèves de la filière héroïque, ils ne seraient plus jamais tranquilles. Enfin, sauf Bakugou, que personne n’approchait jamais… Il ne s’en plaignait pas, d’ailleurs. Une semaine à se trimballer dans les rues en compagnie de Best Jeanist lui avait suffi. Il voulait devenir un héros pour tabasser les méchants, par pour se dandiner devant les caméras.

Toujours était-il que certains prenaient très à cœur leur nouveau statut de starlette. Ashido et Aoyama s’étaient désignés d’office responsables de la communication et passaient leur temps à twitter des anecdotes sans intérêt et à poster des selfies. Comme si quiconque avait envie de voir leur grosse tronche moche tous les jours.

— Uraraka, Uraraka ! Fais-moi léviter !
— Quoi ?! Quoi ? Tu… tu es sûre ?
— Mais oui, t’inquiète, j’ai une super idée.

Uraraka posa une main appréhensive sur l’épaule de son amie, qui s’éleva aussitôt dans les airs. Elle flotta jusqu’à atteindre le plafond sur lequel elle resta collée, son portable toujours en main.

— C’est trop génial ! Je me sens super légère ! Eh, Tsuyu, Yaomomo, faites un sourire pour cette plongée comme on en a jamais vu !

Bakugou avait un mal fou à contenir sa rage. Il n’était pas idiot, il savait que s’il se faisait remarquer, elles sauteraient sur l’occasion et il se retrouverait mêlé à toute cette histoire. Ses paumes le démangeaient ; elles chauffaient un peu plus chaque seconde. Le seul réconfort qu’il trouvait, c’était qu’Ashido aurait tôt ou tard à redescendre et qu’à cette hauteur de plafond… ce serait douloureux.

Malheureusement, comme la fortune ne semblait pas être de son côté, Tsuyu l’enroula de sa langue et la fit descendre en douceur avant qu’Uraraka stoppe l’effet de son Alter. En plus d’être agaçants, ils manquaient d’humour. De mieux en mieux, cette classe…

— Et voilà, on a passé la barre des vingt mille followers ! dit-elle à peine arrivée au sol.

Là, Bakugou était dépassé. Comment vingt mille personnes pouvaient-elles être touchées par la même forme d’abrutissement spontané ? Certes, quelques-uns les suivaient dans le but avoué de se moquer d’eux, comme ce mystérieux NeiMono qui laissait commentaire désobligeant après commentaire désobligeant. Il avait été bloqué à plusieurs reprises, sur toutes les plateformes, mais recréait des comptes à chaque fois qu’il ne pouvait plus poster avec le précédent. Il en était désormais à NeiMono13 et Bakugou admirait ce genre de persévérance, même s’il n’était pas très sûr d’approuver les insultes à son égard — ce qui était un monstrueux euphémisme.

Ce fut ce moment que choisirent Tête d’orties et l’autre taser humain pour faire leur apparition. Comme si cette classe avait besoin d’un nouvel arrivage d’imbéciles heureux.

— Combien ?
— Vingt mille ! répéta Mina. Deux et pas deux, pas trois mais quatre zéros derrière !

Et quoi de mieux que de fêter ça avec un autre selfie de groupe et puis un autre et encore un autre ? A mesure que les autres élèves arrivaient, la foule autour du bureau d’Uraraka s’épaississait. Tout le monde prenait part au rituel, faisait une, parfois deux photos en compagnie de tous les autres, le tout agrémenté de citations surfaites ou d’encouragements pour faire croire à l’abruti de base que lui aussi avait une chance d’être Plus Ultra.

Le seul point positif que Bakugou voyait dans cette situation était qu’aucun de ses camarades de classe n’avait encore songé à le traîner là-dedans. Il avait jusque-là réussi à éviter d’être impliqué et comptait bien continuer ainsi. Le pauvre Tokoyami avait été fait captif. Il se contentait de rester à l’arrière-plan et d’afficher un air mystérieux. Bakugou l’aurait volontiers plaint s’il en avait eu quelque chose à faire.

Encore cinq minutes avant la fin des hostilités. Le professeur Aizawa allait arriver sous peu et calmer ce tas de babouins. C’était sans compter sur les idées débiles qui pouvaient parfois fleurir dans le crâne de Kirishima.

— Allez, on en fait une dernière tous ensemble avant la reprise ?

Il fut accueilli par l’enthousiasme général. Mais oui, quelle merveilleuse perspective ! Collons-nous encore les uns contre les autres pour montrer au monde à quel point nous sommes une classe unie qui étudie dans la joie et la bonne humeur. Bakugou était sur le point de vomir. Qu’ils se dépêchent de faire leur connerie et qu’ils la ferment, c’était tout ce qu’il demandait.

— Eh, Bakugou !

Il se tourna. C’était bien à lui qu’on avait parlé ? C’était bien à lui qu’on avait osé parler ? Le responsable, ô comble du suspense, était Kirishima, un sourire comploteur accroché au visage.

— J’ai dit « tous ensemble »…

Il lui fit un geste, l’invita à venir les rejoindre. Plutôt crever. C’en était trop et, comme d’habitude, Bakugou explosa.

— Pour qui tu me prends, le porc-épic ?! Est-ce que j’ai une tronche à faire l’idiot sur Facebook ?! Allez tous mourir !

Il allait continuer sur sa lancée mais les dix-neuf autres élèves de la classe 1-A ne lui en laissèrent pas le temps. Ils fondirent sur lui en une seconde, Kirishima et Ashido en tête de cortège. Bientôt, ils l’encerclèrent tout à fait, agglutinés comme du vieux chewing-gum tout autour de lui.

— Je vais vous fumer !

Ses protestations étaient vaines, personne ne l’écoutait. Il aurait pu tout aussi bien hurler dans le vide.

— Arg, j’arrive pas à nous faire tous rentrer dans le cadre, on est trop nombreux.

Une déception pour eux, mais une nouvelle victoire pour Bakugou. Lui vivant, il ne se laisserait jamais afficher de la sorte partout sur la toile. Les photos de lui en jean moulant et cheveux plaqués sur le crâne qui avaient fait le tour de la classe après son stage lui avaient suffi. Qu’une vingtaine de personnes le voit dans une situation embarrassante, c’était déjà beaucoup, alors le Japon entier… Et quoi qu’en pensaient les autres, apparaître au milieu d’un selfie était une situation embarrassante.

Ils étaient sur le point d’abandonner — enfin ! — quand Shouji saisit le téléphone. Ses tentacules s’étirèrent et éloignèrent l’objectif jusqu’à ce que tout le monde soit visible. Ashido le félicita d’un pouce levé et d’un clin d’œil. Bakugou, lui, fulminait.

— Allez, tout le monde ! On regarde par ici et on dit « Cheeeeeeeese » !

Aizawa arriva, trente secondes trop tard. Le cliché était déjà posté, accompagné d’un nauséabond « Quand on veut, on peut ! Tous nos encouragements et passez une bonne journée ! Plus Ultra ! ». Fort heureusement, le cours de maths arriva vite à bout de toute cette joyeuse humeur et Bakugou put passer la fin de la journée dans le calme.

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Ils étaient en retard. Ces idiots avaient réussi à se mettre en retard. Ils avaient un seul après-midi de révisions et ils avaient quand même trouvé le moyen de se mettre en retard. Qui plus est le seul jour où Yaomomo n’avait pas pu se libérer pour les aider et qu’ils se retrouvaient livrés à eux-mêmes. Seul Aoyama était arrivé à l’heure et voilà qu’ils étaient là tous les deux à se regarder dans le blanc des yeux — enfin, dans le noir des yeux en ce qui concernait Mina. Nerveuse, elle n’arrêtait pas de tripoter ses cornes à la recherche de quelque chose d’intelligent à dire. Ou, tout du moins, de pas trop bête.

Elle avait beau être extravertie, elle ne le connaissait pas du tout. Dans sa tête, il était rangé dans une case intitulée « type excentrique et super agaçant mais pas méchant ». Elle y avait aussi placé Kaminari et y avait mis Sero avant de le réaffecter à la case « mec juste pénible ». Elle n’avait pas envie de discuter des cours quand elle savait qu’ils ne feraient que cela de tout l’après-midi, mais ne trouvait pas de sujet à aborder.

Les sujets les plus évidents s’étaient vite épuisés. Ils étaient en cours ensemble tous les jours, alors ce n’était pas comme si elle ne savait rien sur lui de ce côté-là. Il était juste au-dessus d’elle dans le classement — c’est-à-dire troisième en partant de la fin — mais s’échinait à prétendre que tout allait bien. Il parlait peu de sa famille, préférant ramener le sujet à lui, à ses exploits aux examens et à sa scolarité exemplaire jusqu’à son arrivée à Yuei. Elle avait d’abord pensé lui parler de shopping mais cela comportait deux risques. Le premier, c’était qu’il fasse son bonhomme et prenne la mouche à l’idée qu’une fille pense qu’il était intéressé par ce genre de choses. Le deuxième, c’était qu’il soit effectivement passionné de mode et qu’il soit impossible de le faire taire. Elle n’arrivait pas à décider quelle option serait la pire.

 

À court d’idées, elle reporta son attention sur le menu. C’était elle qui avait choisi le lieu de rendez-vous quand personne d’autre ne s’était dévoué. Elle avait sauté sur l’occasion de montrer à tout le monde son café préféré, le premier qu’elle avait visité en arrivant à Tokyo, le seul et unique temple du milkshake ultime. Ils proposaient tous les goûts, absolument tous. Des classiques vanille, fraise, chocolat aux très japonais melon, thé vert et haricot rouge. Mais cela ne s’arrêtait pas là, ç’aurait été trop simple. Le patron était un créatif insatiable qui réinventait sa carte plusieurs fois par mois. Quand il avait écumé tous les fruits du globe, même les plus exotiques, il était passé à des saveurs plus… inédites. Maïs grillé, fromage de chèvre, piment et autres saveurs étaient devenus des incontournables. Ashido, elle, était venue pour un goût en particulier. Peu importe ce qu’il pourrait inventer ensuite, rien ne le surpasserait, elle en était certaine.

— Alors, il y a quelque chose qui te tente ?

Loin de l’enthousiasme qu’elle avait attendu, c’était un soupçon de nausée qui se dessinait sur le visage d’Aoyama, un peu plus prononcé à chaque page tournée.

— Peut-être… peut-être que je vais me contenter d’un café…
— Quoi ! Mais tu ne peux pas faire ça ! Ils font les meilleurs milkshakes de Tokyo, voire de tout le Japon ici ! Tu ne peux pas te contenter d’un café, ce serait criminel ! Allez, je suis sûre qu’on peut trouver un parfum qui te plaira !

Sans tout à fait le vouloir, elle l’avait trouvé, son fameux sujet de conversation. Elle ne pouvait pas laisser passer un crime pareil. Avec plus de soixante-quinze à la carte, impossible qu’il n’en trouve pas un qui lui plaise.

— Hmm… Voyons voir… Non, ça, c’est trop classique… Hmm… Ah ! Curry noix de coco, qu’est-ce que tu en penses ?
— Eh bien…
— Il y a aussi celui à la patate douce qui est pas mal… ou alors durian sirop d’érable. Il est super bon, celui-là !
— Je ne crois pas que je suis assez brave pour tenter l’expérience.
— Ben alors, qu’est-ce qui te dit ?

Elle commençait à perdre espoir. Elle tenait tellement à leur faire partager sa passion pour les milkshakes de ce café… Si même Aoyama était réticent à essayer, elle n’imaginait pas ce qu’il en serait des autres.

— Il me faudrait quelque chose de français, déclara-t-il après un instant de réflexion. Quelque chose de fabuleux et en même temps raffiné… comme moi.

Les yeux de Mina s’illuminèrent. Elle allait lui trouver ce qu’il voulait ! Il en allait de son honneur !

Après deux minutes de recherche, il devint évident qu’elle ne lui dénicherait pas ce qu’il voulait. Ce n’était pas le choix qui manquait mais la plupart des parfums étaient inspirés de nourriture populaire : pomme d’amour, barbe à papa, ramune, dango… En dernier recours, elle chercha le milkshake au croissant qu’elle avait testé au mois de mars, quand elle était venue en visite avec sa mère. Au moins, c’était français, il y avait des chances qu’il lui plaise. Elle le trouva, accompagné de la mention « servi uniquement en hiver ». Quelle plaie !

Pour ne rien arranger, la serveuse repassa à ce moment-là et leur demanda s’ils avaient fait leur choix. Elle ne voulait pas abandonner mais est-ce qu’elle avait vraiment le choix ? Elle n’allait pas lui inventer un parfum, là, tout de suite. Autant laisser tomber… Non ! Elle avait encore une chance à saisir, une dernière petite chance.

— Mon ami voudrait quelque de… comment tu as dis, déjà ?
— Fabuleux et raffiné, compléta Aoyama sans se départir de son éternel petit sourire. Possiblement français.
— Oui, voilà. Vous avez quelque chose comme ça ?

La jeune femme réfléchit un instant. Son regard était fixé au plafond pendant qu’elle récitait à mi-voix tout ce que le café pouvait servir.

— Eh bien, je peux vous proposer le nouveau milkshake champagne et violette. Nous avons une toute nouvelle carte de luxe que nous servons depuis hier ! On n’a pas encore eu le temps de les inclure sur les menus.

L’étincelle qui s’alluma dans les yeux d’Aoyama indiqua à Mina qu’elle avait tapé dans le mille. Parfait ! Il ne restait plus qu’à commander le sien et à faire le bonheur des autres quand ils daigneraient enfin montrer le bout de leur nez.

— Super, essayons ça !
— Par contre, je dois vous prévenir…

Mina grimaça. C’était trop beau pour être vrai, il fallait qu’il y ait encore quelque chose qui coince.

— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Eh bien… il est un peu plus cher que nos milkshakes classiques. Celui-ci est à 2500 yens.

Ils manquèrent tous les deux de s’étouffer. Tous les autres oscillaient entre 800 et 1200 yens. Là, c’était une toute autre histoire ! Mina n’avait pris que 1500 yens, ce qui représentait les trois quarts de son argent de poche hebdomadaire.

— Je n’ai que mille yens sur moi, déclara Aoyama en sortant un billet froissé de sa poche.
— Mettez-nous un champagne violette avec deux pailles, s’il vous plait.
— Très bien. Autre chose ?
— Non, ce sera tout.

Elle avait parlé avant de réfléchir, comme d’habitude. En même temps, elle tenait plus que tout à lui faire profiter de son café préféré de Tokyo. Ce n’était pas tous les jours qu’ils sortaient de Yûei, il fallait en profiter. Et puis, elle devait avouer qu’elle était curieuse, elle aussi. En face d’elle, Aoyama semblait contrarié.

— Tu n’étais pas obligée…
— Allons, ne dis pas n’importe quoi ! C’est le moment de faire des expériences. Bon, en attendant que ça arrive, je vais essayer de voir où sont les autres.

Elle appela d’abord Kirishima. C’était celui qu’elle connaissait le mieux, même s’ils ne se fréquentaient pas tant que cela au collège et surtout, parce que contrairement à Kaminari ou Jirou, il décrochait toujours. Il lui expliqua, tout penaud, qu’ils étaient coincés dans le train à cause d’un accident sur la voie et qu’ils arrivaient aussi vite que possible. Pourquoi il ne l’avait pas prévenue plus tôt, ça, c’était un mystère. Enfin, ils ne seraient pas là avant un moment, alors autant profiter de leur milkshake hors de prix. Milkshake qui, justement, arrivait sur un plateau.

Elle devait le reconnaître : c’était magnifique. Des pétales de violette étaient disposés au-dessus d’une mousse beige. Quand même, 2500 yens… Il avait intérêt à être aussi bon que beau.

— A toi l’honneur.
— Non, non, à toi…
— En même temps, alors ?
— En même temps.

Au moment où Ashido porta la paille à sa bouche, elle se rendit compte à quel point Aoyama était proche d’elle. Elle avait tendance à l’oublier à cause de ce côté flamboyant, mais il restait un garçon. Et voilà qu’elle se retrouvait en tête à tête avec lui, à boire dans le même verre. Vu de l’extérieur, cela ressemblait sûrement à… un rendez-vous. Elle recula aussitôt, remerciant le ciel de lui avoir fait la peau rose. Au moins, il ne la verrait pas rougir.

— C’est… c’est pas très bon, hein ?
— Ah bon ? Moi, je le trouve délicieux.

En réalité, ce n’était pas si mauvais qu’elle le prétendait. Elle n’était pas une grande fan de l’alcool, qu’elle trouvait toujours trop amer, mais la violette amenait une touche sucrée et agréable. Certes, si c’était à refaire, elle n’y mettrait pas aussi cher, mais c’était tout de même une réussite. Aoyama laissa échapper un soupir rêveur. Mina ne pouvait s’empêcher de penser à tous ces gens qui la croyaient en rencard. Ce n’était pas que… non… l’idée ne lui avait jamais traversé l’esprit et, si elle devait sortir avec un garçon de sa classe, son choix ne se serait pas porté sur Aoyama. Elle aurait plus volontiers choisi quelqu’un qui lui correspondait plus au niveau du caractère. Kirishima, par exemple — même si après deux trois séances cancans avec les filles de la classe, il était clair qu’elle serait jamais son genre, pour ainsi dire. Elle secoua la tête, se reprit autant qu’elle put. À quoi est-ce qu’elle pensait, là ? La situation n’avait rien d’étrange, ils attendaient des amis, rien de plus.

— Tu n’en veux pas ?
— Non, finis-le, je suis pas fan…
— Tu es sûre ?
— Mais oui.
— Ça me gêne, tu en as payé une bonne partie, quand même…
— Tu n’auras qu’à m’en payer un une autre fois, on s’arrangera.
Elle se retint de se mettre une claque. Réfléchis avant de parler, Mina, pas après, se sermonna-t-elle. Est-ce qu’elle venait vraiment d’inviter Yuga Aoyama à un autre rendez-vous ? Sans même le vouloir ? Et s’il interprétait mal ses paroles ? Et si elle se prenait un râteau par un type qu’elle appréciait à peine ? Son ego ne s’en remettrait jamais.

Aoyama ne répondit pas tout de suite. Il la fixa longtemps, sans doute afin de déterminer s’il avait bien compris ce qu’il avait compris, ou bien… Mina, ne sachant comment réagir face à cette situation inédite, se contenta d’afficher un sourire crispé.

— Avec plaisir, mademoiselle, dit-il avec un clin d’œil.

Mina resta figée encore un moment. Mais dans quel pétrin avait-elle réussi à se fourrer, cette fois ?

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La première chose que Tetsutetsu remarqua ce matin-là fut que l’alarme n’était pas la même que d’habitude. Au lieu des tubes entraînants qui passaient en boucle à la radio, ce fut une série de bips stridents qui le réveilla. Il grogna, se tourna et ce fut en se dressant sur ses coudes qu’il comprit ce qui se passait. Pour être tout à fait exact, ce fut au moment où, se dressant sur ses coudes, il entra en contact avec un cylindre mou et chaud qu’il identifia une seconde plus tard comme étant un bras. Bras qui, c’était évident, ne lui appartenait pas mais était rattaché à Eijiro Kirishima, son petit ami. Il lui fallut quatre secondes de plus pour comprendre ce qui s’était passé.

— Merde… souffla-t-il en se glissant vers le réveil.

Il avait, la veille, rendu visite à Eijiro dans son dortoir. C’était devenu une habitude entre eux. De temps en temps, l’un d’entre eux venait se glisser en toute discrétion dans la chambre de l’autre. Rien dans le règlement n’empêchait aux élèves de visiter les dortoirs des autres classes, mais en principe, chacun devait être de retour dans sa chambre à l’heure du couvre-feu. Cela évitait qu’on ait à chercher partout Pierre ou Paul en cas de problème sur le campus, du moins, c’était l’explication officielle qu’on avait fournie. Il était bien entendu interdit aux filles de rester dans les chambres des garçons et inversement, mais ce n’était pas un problème dans leur cas. Jusque-là, ils avaient réussi à regagner leurs quartiers avant l’heure fatidique.

Les exercices physiques les avaient achevés. Au début de l’après-midi, on avait rassemblé les élèves des classes A et B par groupes d’aptitudes. Ceux qui manquaient de force avaient été séparés des moins endurants, qui étaient eux-mêmes écartés des plus lents. Kirishima et Tetsutetsu s’étaient retrouvés dans une salle de sport en compagnie de Iida, Satou, Kaminari, Todoroki et Midoriya. On les avait poussés jusqu’aux limites de leurs Alters, et c’était à ce moment que les hostilités avaient été lancées. Tapis de course, tours de terrain, appareils de musculation… rien n’avait été jugé trop cruel pour les fatiguer encore et encore. Puis, après une heure de ce traitement, ils avaient dû à nouveau pousser leur pouvoir au maximum, jusqu’au point de rupture. Ce cycle s’était répété trois fois avant que leurs tortionnaires ne décident que c’était tout pour la journée.

Tout le corps de Tetsutetsu était raide de crampes. À force d’entrainements rigoureux, il avait perdu l’habitude des courbatures. Mais, ça… ça s’était un tout autre niveau de rigueur. Il avait mal de la plante des pieds jusqu’à la racine des cheveux. À entendre le grognement qui émana de sous les draps quand il éteignit le réveil, Kirishima n’était pas dans un bien meilleur état. Il cligna plusieurs fois des yeux et fixa Tetsutetsu, le regard plein de confusion.

— Qu’est-ce que… demanda-t-il d’une voix ensommeillée. Pourquoi tu es là ? C’est pas le matin ?
— Si, si, c’est le matin. Je me suis endormi avec toi hier soir, tu te souviens ?
— Ah oui, c’est vrai…

Il s’étira et bailla, puis entoura de ses bras la taille de Tetsutetsu.

— J’ai maaaaaaal…
— Je crois qu’on peut faire l’impasse sur la séance d’entrainement du matin. J’ai l’impression que je vais me casser en deux si je bouge trop vite…

En temps normal, il aurait hurlé au sacrilège pour n’avoir que songé à ne pas faire ses deux cents pompes quotidiennes. Il était primordial de réveiller ses muscles avant toute autre activité, mais cette fois, son corps avait besoin d’un repos bien mérité. Aucune activité physique n’était programmée ce jour-là, il fallait en profiter. Ils s’extirpèrent du lit avec une lenteur de nonagénaires et s’habillèrent. Maudites soient ces chemises qui les forçaient à se contorsionner dans tous les sens pour les enfiler et les boutonner.

Fait exceptionnel, l’ascenseur était bondé. Personne n’avait envie de prendre l’escalier dans un état de fatigue pareil. Au troisième étage, ils durent se serrer pour laisser de la place à Ojiro, Kaminari et Kouda. L’épuisement se lisait dans leurs yeux vides, ils ressemblaient à des figurants sur le plateau d’un mauvais film de zombies. Aucun d’entre eux ne fit de remarque sur la présence d’un élève de la classe B parmi eux ; ils avaient sans doute mieux à penser.

Du côté des filles, la forme n’était pas non plus au rendez-vous. Uraraka était allée s’allonger sur une des banquettes, tandis que Mina et Hagakure étaient étalées à côté de leur bol de riz à la frontière de l’inconscience. Yaoyorozu et Jirou se soutenaient mutuellement, couvertes d’hématomes sur toutes les parties de leur corps laissé visible par leur uniforme. Mineta et Sero étaient appuyés contre Shouji pour éviter de s’écraser au sol. Ils avaient tous l’air aussi pitoyable les uns que les autres. Même Bakugou restait silencieux, lui qui commençait d’habitude à vociférer dès le réveil. Front appuyé contre la table, il diffusait une fumée blanche à l’odeur de soufre tout autour de lui.

Bientôt, tout le monde fut assis devant un copieux petit-déjeuner. Tetsutetsu s’estimait heureux qu’ils prennent deux repas sur trois dans les dortoirs. Il ne serait pas senti capable de traîner sa carcasse délabrée jusqu’au réfectoire. Uraraka lui lança un regard curieux quand elle vint s’asseoir en face de lui, mais ne fit aucune remarque et se contenta de le saluer d’un geste de la main. Il mangea peu ce matin-là, et se contenta d’ingurgiter tout ce qu’il put de tofu et de pâte de haricot rouge. C’était une torture pour son estomac, mais sans sa dose de fer quotidienne, il ne tiendrait pas jusqu’à dix heures.

Il arriva à rejoindre sa classe avant la première sonnerie du matin. Son bureau ne lui avait jamais paru aussi lointain. Kendou le regarda à peine quand elle se rendit compte de sa présence. Elle avait élargi ses mains jusqu’à ce qu’elles recouvrent sa table et s’en servait comme d’un coussin. Il l’imita, croisa les bras et somnola jusqu’à l’arrivée de Midnight.

— Je vois que vous êtes tous très en forme, jeunes gens ! s’exclama-t-elle quand elle entra dans la classe. Vous feriez mieux de vous y habituer, parce que ce sera comme ça toutes les semaines l’année prochaine ! Allez, maintenant, je veux voir tous vos jolis minois tournés vers moi pendant l’heure et demie à venir.

La matinée fut longue, très longue.

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Tsuyu n’a pas tort, se dit Kirishima en posant ses glacières au sol, c’est quand même un peu cliché. Il se rasséréna : à quoi cela servait d’apprendre des milliers de recettes en compagnie des deux plus gros mangeurs que Tokyo ait connu si ce n’était pas pour en faire profiter toute sa classe à son retour. La première année à Yuei avait été éprouvante, c’était peu de le dire. Et à présent que la deuxième était sur le point de commencer, il valait mieux que ce soit sur une note positive.

Il avait réussi à convaincre Hagakure et Ojiro, qui habitaient tous deux non loin du parc, de venir un peu plus tôt dans la matinée pour réserver un emplacement. En pleine période de Hanami, les places étaient chères. En pleine semaine, ils avaient eu la chance de pouvoir s’installer sous un cerisier en fleurs et le drap était déjà couvert de pétales quand Kirishima retira ses chaussures pour s’y installer à son tour.

— Je ne vous ai pas trop fait attendre ? Vous êtes là depuis longtemps ?
— Non, on s’est posé là il y a deux-trois heures, répondit Ojiro. On a eu de la chance parce qu’il y avait déjà pas mal de monde…

Il était presque onze heures et le parc était bondé. Il ne désemplirait pas pendant une semaine encore, au moins jusqu’à la rentrée des classes. S’ils avaient pu, ils auraient choisi cette période plus calme, mais ils avaient préféré profiter de leurs derniers jours de vacances. Rien ne garantissait qu’ils aient le temps de souffler après le début de la deuxième année.

Kirishima était sur le point de s’excuser de les avoir fait venir si tôt mais renonça quand il se rendit compte qu’ils étaient plutôt bien installés. Hagakure, enroulée dans un plaid et la tête posée sur la jambe d’Ojiro, lisait un roman sentimental qui semblait flotter au-dessus du sol. Lui feuilletait un manga sur les arts martiaux, qu’il posait de temps en temps pour pianoter sur son portable. Malgré l’évidence, ces deux-là niaient toujours sortir ensemble.

— Au fait, dit Ojiro tout en répondant à un message, Shinsou me dit de te dire qu’il ne viendra pas finalement. Aizawa-sensei l’a convoqué pour des cours particuliers aujourd’hui et demain.

Kirishima hocha la tête, compréhensif. Midoriya et Ojiro avaient proposé d’inviter Shinsou, avec qui ils avaient fini par se lier d’amitié durant la première année. Personne n’y avait vu d’inconvénients, puisque plusieurs élèves de la classe 1-B avaient eux aussi été conviés à l’événement.

— Quoi ?! s’exclama Hagakure en se redressant. Il devait venir, lui ?!
— Ben oui, il est super sympa quand on apprend à le connaître…
— Mais…

Elle n’eut pas le temps de poursuivre, interrompue par un hurlement qui s’éleva au loin.

— Je vais te crever, le porc-épic !

À plusieurs mètres à la ronde, les familles et les groupes d’amis qui profitaient de la sérénité des cerisiers en fleur se turent. Bakugou arriva au pas de course, lui aussi lesté de deux énormes glacières. Un peu plus loin, Kaminari et Sero suivaient le guide. Ils portaient deux grands saladiers chacun et durent s’arrêter à plusieurs reprises pour éviter de les renverser.

— Qu’est-ce qui te prend de te mettre à courir comme ça ? T’es au courant de combien de connards y a dans ce putain de parc ? Et si tu crois que c’est Sauce Soja et l’autre baveux qui aurait pu m’aider à vous retrouver, tu te fourres bien le doigt dans l’œil !
— Eh, on t’entend même d’ici ! protesta Sero quelques mètres plus loin.
Le calme retomba dès que Bakugou renonça à corriger Kirishima à grands coups d’explosions dans le visage. À midi et demi, tous les élèves de la 1-A, ainsi que Tetsutetsu, Kendou et Shiozaki étaient installés. Midoriya avait débarqué plus tôt en compagnie, de Mirio, Tamaki et Nejire, les trois meilleurs élèves de UA. Il les avait invités dans l’espoir qu’un rassemblement plein de convivialité puisse changer les idées de Lemillion, dont l’humeur était maussade depuis l’affrontement contre Overhaul et les Huit Préceptes de la mort.

Il ne manquait plus que Satou, qui arriva dix minutes plus tard, croulant sous une dizaine de boites blanches. Dès qu’il avait su qu’un pique-nique se préparait, il s’était lancé dans la préparation des desserts, à la plus grande joie des filles.

— Wouah ! s’écria Uraraka quand Kirishima sortit les plats qu’il avait apportés des glacières. C’est toi qui as fait tout ça ?
— Pas tout, non. Bakugou, Kaminari et Sero ont fait presque tous les onigiri et les salades. Moi, je me suis surtout occupé des œufs et j’ai fait plein de temari sushi pour ceux qui aiment ça.

Il ouvrit une boîte en plastique contenant une cinquantaine de boules de riz recouvertes de poisson, omelette ou d’algues. Il commençait à se demander s’il n’avait pas fait une erreur en demandant conseil à Fat Gum sur les quantités à prévoir. Même avec le nombre non négligeable de goinfres rassemblés sous ce cerisier, ils avaient préparé assez de nourriture pour tenir un siège. Heureusement, tout le monde se jeta sur les plats une fois que tout fut déballé. Entre deux onigiris au saumon grillé — comme c’étaient ses préférés, il en avait fait deux fois plus et s’y servait sans vergogne —, Kirishima se félicita. Tout le monde semblait profiter à fond de cette journée. Il avait vraiment eu une bonne idée.

— On a aussi amené la machine à takoyaki, annonça Sero en brandissant un sac.
— Il va nous falloir du courant pour ça, non ? demanda Nejire, confuse. Comment…
— Je m’en occupe !

Kaminari coinça la prise de l’appareil entre ses dents et entreprit d’aider Sero à préparer les takoyakis. Les élèves de la classe 1-A, habitués à ce genre de spectacle, n’y prêtèrent aucune attention. Les autres observaient fascinés. Hado passa de longues minutes à interroger un Kaminari gêné mais heureux d’avoir l’attention d’une fille.

Il la perdit en une fraction de seconde quand arriva l’heure du dessert. Satou avait posé sur la nappe tous les gâteaux qui l’avait apporté, ainsi qu’une quantité considérable de dangos et de mochi fourrés à tous les parfums possibles et imaginables. Cela rassura un peu Kirishima de voir que son camarade n’avait pas non plus le sens des proportions.

— Celui-ci est à la poire, expliqua Satou, couteau et pelle à tarte en mains, devant un auditoire captivé. Là et là, ce sont des fraisiers, un traditionnel et un façon cheesecake. Là, c’est un gâteau chiffon à la crème et là une tarte à la pêche.

Il ne tarda pas à être submergé par une vague d’adolescents qui, contre toute attente, avaient encore faim.

Ce fut après le thé que les premiers admirateurs arrivèrent. Ils s’étaient attendus à être reconnus au milieu de la foule, mais pas à être l’attraction principale des familles venues déjeuner. La première à lancer les hostilités fut une gamine d’une dizaine d’années. Elle s’approcha de Yaoyorozu, qui avait l’air presque aussi embarrassée que la fillette.

— Est-ce que… est-ce que je peux avoir un autographe ?
Si Yaoyorozu avait porté son costume, il aurait paru pâle à côté de la teinte cramoisie que prit son visage.

— De… de moi ?
— Oui ! Je t’ai vue à la télé, je t’ai trouvée vraiment cool… Et euuuuh, j’ai pris mon cahier, mais j’ai pas de crayon…

Finalement, elle repartit avec une dizaine de selfies — dont plusieurs furent postés sur la page de la classe —, une poupée gigogne à son effigie dédicacée par la moitié des élèves présents et une promesse de tous les stages qu’elle voulait si jamais elle décidait de suivre la voie héroïque. Son accueil donna le signal de départ à une foule d’autres groupies et les aspirants héros passèrent une bonne partie de l’après-midi à prendre la pose ou à griffonner des mots d’encouragements sur tout ce qu’on leur tendait.

Mirio profita que Kirishima se soit assis un peu à l’écart le temps de souffler pour venir s’installer à côté de lui. Ils avaient tous les deux récupéré depuis cette fameuse nuit, du moins, à l’extérieur. Se reconstruire à l’intérieur, après de telles blessures, là était tout le défi. Kirishima avait l’air d’aller bien, sans doute était-il plus doué que lui pour dissimuler sa souffrance. Il se reprit. Il n’était pas venu pour s’apitoyer sur son sort. Après tout, il en était sorti vivant et sa carrière de héros était loin d’être terminée. Il ne se laisserait pas abattre pour si peu.

— Merci pour tout. C’était une très bonne idée de nous rassembler ici aujourd’hui.
— Oh, faut pas… En fait, c’est Midoriya qui a eu l’idée de vous inviter tous les trois. Je t’avoue que j’étais tellement dans les préparatifs que j’ai complètement oublié que vous pouviez venir.
— Non, je veux dire, pour tout ça, pour cette idée que tu as eue. C’est important, tu sais…
— Quoi donc ?
— Regarde autour de nous.

Kirishima s’exécuta. Dans le parc, les familles et les groupes d’amis profitaient du beau temps. Certains finissaient leur repas, d’autres avaient sortis leurs instruments de musique et jouaient des airs à la mode. Des enfants courraient entre les nappes de pique-nique, jouaient aux héros et aux vilains. Des gens de tous âges faisaient la queue pour venir discuter quelques minutes avec les élèves de UA rassemblés là pour la journée. Ils prenaient des photos, demandaient des dédicaces, certains leur offraient même des cadeaux. Un vieil homme assis sur un tabouret pliant racontait à Tsuyu et Sirius comment un groupe de héros de la brigade maritime les avaient sauvés d’une tempête, sa femme et lui, quand il était jeune. Ojiro et Uraraka s’étaient lancés dans une démonstration de combat à mains nues, tandis que Aoyama racontait à un public émerveillé ses exploits durant l’examen pour la licence provisoire. Nejire poussait Tamaki à amuser les enfants avec ses doigts en forme de tentacules. Mina avait déniché une fillette au pouvoir similaire au sien et s’était isolée avec elle pour un concours de jet d’acide. Même Mineta avait le droit à son quart d’heure de gloire : une bande de lycéennes — ou de collégiennes en dernière année, difficile à dire — l’avait abordé pour une photo et l’une d’entre elles s’amusait à effleurer du bout du doigt une des boules au sommet de sa tête.

— On ne dirait pas que toutes les choses qu’on a vues toi et moi peuvent arriver, quand on voit des scènes pareilles, pas vrai ?

Kirishima acquiesça. Difficile de croire que l’une et l’autre de ces réalités pouvaient coexister.

— C’est pour ça que c’est important qu’on soit là. Même si on est pas autant d’aussi grands héros que All Might ou Eraserhead, c’est pas grave. Ce qu’il faut, c’est qu’on soit là pour mettre un sourire sur le visage des gens ordinaires. Sinon, ça ne sert à rien. Tout ce qu’on fait ne sert à rien.
— Oui… Je crois que je vois ce que tu veux dire.

Mirio se leva et s’étira. Il essuya du revers de la main sa veste qu’un coup de vent avait couverte de pétales de cerisier. Il tendit la main à Kirishima.

— Allez, viens. Faudrait pas qu’ils s’amusent sans nous !

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— Tu mélanges, tu poses et voilà !

Kirishima regarda avec émerveillement le petit pain gonfler au fond de la louche. C’était un après-midi tranquille, et Fatgum avait décidé qu’ils le passeraient à réviser quelques classiques de la pâtisserie japonaise. À son sens, il était essentiel pour un héros qui travaillait en agence de savoir préparer de quoi accompagner le thé qu’il servait à ses clients quand ils venaient en rendez-vous. Kirishima soupçonnait qu’il avait juste envie de faire des karumeyaki pour le goûter et que tout cet enrobage pédagogique n’était qu’un prétexte, mais après tout, c’était plus amusant que les travaux d’intérêt général chez Fourth Kind. Il s’était laissé prendre au jeu. C’était plus amusant qu’il le pensait et cela pourrait sans doute lui servir un jour.

— À ton tour maintenant.

Fatgum lui tendit une louche en métal, au moins dix fois plus petite que celle qu’il tenait lui-même. Cela ne pouvait pas être bien difficile. Kirishima remplit sa louche de caramel en ébullition, comme il avait vu son mentor le faire juste avant. Il attendit que les plus grosses bulles aient disparu puis y planta ses baguettes couvertes d’une mixture d’œuf et de levure. Il les agita vigoureusement jusqu’à obtenir une pâte lisse et homogène. C’était simple comme bonjour. Il ne restait plus qu’à poser le tout et attendre que le biscuit gonfle de lui-même.

Rien ne se produisit. Tout au plus, le mélange sembla durcir un peu mais cela n’avait aucune forme de ressemblance avec le produit attendu. Kirishima était au désespoir. C’était pourtant si simple ! Comment avait-il pu le rater ? Il se tourna, plein d’appréhension, vers Fatgum, s’attendant à la remontrance du siècle.

Pourtant, le héros professionnel semblait plus confus qu’en colère. Il passa en revue chaque détail de la préparation et s’arrêta sur un coupable.

— Le caramel était trop chaud, pas étonnant que ça ne prenne pas.

Il donna une tape encourageante sur l’épaule de Kirishima. Il n’était pas du tout comme Fourth Kind ; en fait, il était tout son contraire. Le héros chevaleresque avait ses qualités, bien entendu, mais il était loin d’être aussi gentil et patient que Fatgum.

— Allez, recommence.

Il reprit sa tâche, répéta les mêmes gestes. Cette fois, tout se déroula à merveille et il observa, fasciné, le petit pain se former sur métal brûlant. Il paraissait ridicule à côté de ceux qu’avaient préparés Fatgum, mais il en était fier de lui tout de même. Pris dans son enthousiasme, il replongea sa louche dans le sucre fondu. Le bord de la casserole s’accrocha sur le rivet qui attachait le manche au cueilleron. Il réussit à rattraper le tout avec qu’il tombe au sol mais ne put empêcher le caramel de couler tout le long de sa main gauche.

La brûlure était mordante. Il la ressentait du bout de ses doigts jusqu’à son coude, c’était comme si on le rongeait de l’intérieur. Cela n’avait rien avoir avec un coup de poing ou de pied, dont il avait l’habitude.

— Va te mettre sous l’eau froide, vite !

Sans réfléchir, il s’exécuta. Le filet d’eau fraîche qui coula sur la blessure fit l’effet d’une libération. Au bout de quelques secondes, une énorme cloque jaunâtre se forma sous sa peau. Il essaya de durcir sa main, mais la bulle se solidifiait en même temps que le reste.
Fatgum arriva au pas de course, armé d’une trousse à pharmacie. À l’expression de son visage, on aurait cru Kirishima au bord de la mort. Après ce qui s’était passé contre les Huit Préceptes, il était devenu bien trop protecteur envers ses disciples. Il avait passé les trois dernières semaines à couver Kirishima et Tamaki comme s’ils allaient se briser d’un moment à l’autre. Lui-même recommençait à peine à reprendre tout le poids qu’il avait sacrifié lors du combat contre Rappa.

— Ça te fait mal ?
— Un peu, oui, mais ça va mieux maintenant.
— Ah tant mieux, tant mieux. Si ça te fait mal, ça veut dire que ce n’est pas trop grave. Fais-moi voir.

Kirishima leva son bras vers le visage de Fatgum, qui était toujours bien plus grand que lui, même assis sur un tabouret. Privée du contact apaisant de l’eau, la cloque recommençait à brûler. Il pouvait supporter la douleur, mais il ne parvenait pas à s’arrêter de trembler. Fatgum l’immobilisa entre ses doigts. Son pouce recouvrait presque la paume de son apprenti. Kirishima se souvenait très vaguement du moment où son mentor l’avait transporté jusqu’à l’infirmerie. Il était à peine conscient et s’était senti comme une poupée de chiffon, soutenu par ces immenses mains.

 

— Je vais désinfecter et te mettre un pansement gras, je pense que ça suffira. On a eu de la chance que ce ne soit pas plus grave.
— C’est moi, j’ai voulu aller trop vite…

En guise de réponse, il reçut une pichenette sur le front. Ce qui fit tout de même un peu mal, compte tenu que la main qui l’avait donnée était à peu près aussi grosse que son torse.

— Ne dis pas de bêtises. Et surtout ne perds jamais cette énergie que tu as.
— Ça marche, m’sieur !

Ils se turent tandis que Fatgum se démenait avec la bouteille d’antiseptique, qui avait été conçue pour être manipulée par des êtres humains ordinaires.

— Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait ça, dit-il alors qu’il appliquait la compresse vaselinée sur la blessure. Je crois bien que c’est depuis les cours de premiers soins au lycée… Toi aussi, tu vas en avoir l’année prochaine, en principe, non ?

Kirishima hocha la tête. Il était soulagé de voir que Fatgum ne paniquait pas, qu’il ne le considérait plus comme une petite chose fragile qu’il se devait de préserver de tous les malheurs de la planète. Il n’était plus qu’à deux ans d’être un héros professionnel, après tout.

Quand Fatgum eut fini de poser le pansement, Kirishima s’approcha de lui et l’entoura de ses bras. Il n’avait pas prévu de faire cela et n’avait pas d’autres raisons que l’envie de le faire. Des fois, dans la vie, faut pas réfléchir, faut juste faire le truc, lui avait dit Kaminari un jour, entre deux classes. Cela restait embarrassant. Il s’attendait à être repoussé — sans doute gentiment, mais repoussé quand même — et qu’un silence gêné s’installe pour le reste de la journée.

Il n’en fut rien. Au lieu de s’éloigner, Fatgum posa une main sur son épaule et le serra un peu plus contre lui. Kirishima, lui, pouvait à peine enlacer le géant. Le bout de ses doigts parvenait presque dans le dos de son mentor, mais pas plus loin. Il se sentait un peu ridicule, un peu gamin, mais aussi à l’abri, protégé. Il avait l’impression que rien de grave ne pourrait arriver tant qu’il restait là, collé contre ce sweatshirt qui sentait le caramel. Ce n’était pas une pensée très héroïque, mais il fallait bien qu’être un simple élève ait ses avantages, parfois.

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Midoriya était arrivé trente minutes en avance. Pas qu’il était nerveux, non, rien de tout ça. Après tout, ce n’était pas de lui qu’il s’agissait aujourd’hui, mais de Todoroki et Yaoyorozu.

Quatre jours auparavant, Uraraka l’avait coincé au détour d’un couloir, un air de conspiratrice scotché au visage.

— Est-ce que tu veux aller à la patinoire avec moi, samedi après-midi ?

Midoriya avait cru défaillir. Son visage avait tourné au cramoisi en l’espace d’une seconde, son cœur avait manqué une dizaine de battements. Ce n’était pas possible, il ne pouvait pas y croire… Une fille venait de lui proposer un rendez-vous ! Et pas n’importe quelle fille, qui plus est ! Il ne savait plus s’il devait être heureux, confus, embarrassé ou les trois à la fois. Est-ce qu’il devait répondre oui tout de suite, ou est-ce qu’il passerait pour un garçon un peu trop désespéré ? Il valait peut-être mieux prétendre qu’il ne savait pas ce qu’il faisait ce jour-là et qu’il se renseignerait et lui dirait plus tard… Mais… Uraraka ne risquait-elle pas de mal le prendre ? Elle pourrait penser qu’il mettait leur relation au second plan… Le mieux était de se montrer sincère.

— Je… euh… bien sûr, avec plaisir. Ça… ça fait longtemps que je ne suis pas allé patiner.
— Super ! Tu pourras demander à Todoroki de venir aussi ?
— Hein ?

Elle avait remarqué ces derniers temps que Yaoyorozu et Todoroki se tournaient autour sans arriver au moindre résultat et avait décidé de prendre les choses en main. Le plan était simple : Midoriya et elle faisaient croire qu’ils allaient en rendez-vous l’un avec l’autre et qu’ils avaient besoin de soutien psychologique. Ils arriveraient le jour J avec les deux tourtereaux sans qu’aucun des deux ne se doute de rien et les laisseraient profiter d’un après-midi en tête à tête. Midoriya ne pouvait cacher qu’il était un peu déçu. Cependant, cela lui donnait aussi l’occasion de passer du temps seul avec Uraraka.

La mairie de Tokyo avait fait installer une patinoire en plein air sur l’une des places les plus fréquentées de la ville, en plein milieu du marché de Noël. On pouvait y louer une paire de patins pour à peine 500 yens. En attendant que les autres arrivent, Midoriya s’assit sur un banc et contempla la foule qui allait et venait. Quand il était petit, sa mère l’y emmenait tous les ans. Ils faisaient le tour des étals, buvaient un chocolat chaud et allaient glisser quelques minutes sur la glace. Il regarda d’un œil bienveillant les familles qui profitaient de cette journée plus ensoleillée que les autres pour sortir tous ensemble. Il faisait tout de même froid et il dut remonter la fermeture de son anorak jusqu’en haut pour ne pas laisser le vent s’y engouffrer.

Todoroki fut le premier à arriver, suivi cinq minutes plus tard, par les deux filles. Uraraka adressa un sourire complice à Midoriya, tandis que leurs victimes s’échinaient à se saluer sans rougir ni bafouiller. Izuku n’avait jamais remarqué à quel point ils paraissaient embarrassés en présence l’un de l’autre, mais c’était flagrant maintenant qu’il les voyait face à face.

Comme l’après-midi débutait à peine, la piste n’était pas encore bondée. La plupart des promeneurs terminaient leur repas en terrasse ou marchaient entre les étals du marché le temps de digérer. Seuls une dizaine de personnes se partageaient l’espace, bien assez pour que chacun y trouve son compte.

Yaoyorozu était à l’aise sur la glace. Elle glissa, gracile, sur quelques mètres, fit une boucle en avant, puis en arrière et revint vers ses amis, les joues rougies et un grand sourire aux lèvres.

— Tu es super douée, Yaomomo ! s’exclama Uraraka restée au bord.
— Merci… On en fait chaque année avec ma famille quand on va aux sports d’hiver, alors, j’ai l’habitude.

Elle paraissait à la fois flattée et embarrassée. Quand son regard croisait par accident celui de Todoroki, elle détournait les yeux à la vitesse de la lumière.

— Mais je suis sûre que Todoroki est bien meilleur que moi, avec son Alter de glace.
— En fait, je n’en ai jamais fait, expliqua-t-il, placide. C’est une distraction un peu trop triviale, cela aurait nui à mon entraînement.

Il finit de lacer ses patins et monta la marche qui menait à la piste. Uraraka ne put retenir son fou rire quand elle le vit trébucher et tomber sur les fesses après une dizaine de glissades malhabiles. Son hilarité redoubla quand il s’écroula de nouveau en essayant de se relever. Comment pouvait-il être aussi assuré quand il maîtrisait la glace qu’il avait créée et ressembler à un petit pingouin maladroit à la patinoire ? Elle se cacha derrière le garde-corps et pria pour qu’il ne l’ait pas vue. Il le prendrait sans doute très mal s’il se rendait compte que c’était de lui qu’elle se moquait.

Midoriya profita que Todoroki ait le dos tourné pour faire signe à Yaoyorozu d’aller l’aider. Cette dernière devint plus rouge encore et tenta de bégayer quelques mots.

— Allez, je crois qu’il a vraiment besoin d’aide. Et puis, je ne sais pas pour Uraraka, mais il va falloir que je fasse quelques tours tranquillement pour me remettre dans le bain, tu t’amuseras plus par là-bas.

L’argument sembla faire mouche, puisqu’elle se tourna d’une impulsion de talons et alla relever Todoroki, qui avait autant de mal à se redresser qu’une tortue tombée sur le dos. En attendant qu’Uraraka ait fini de lasser ses patins, Midoriya fit plusieurs tours sur lui-même. Il n’avait pas perdu la main, même s’il était loin d’être aussi doué que sa camarade.

Ochako se hissa sur la piste. Sa jambe partit en avant et elle offrit à toute l’assistance une démonstration de sa souplesse, en effectuant un magistral grand écart. Elle se redressa tant bien que mal à l’aide du garde-corps qu’elle n’avait pas l’air décidée à lâcher.

— Ça va ? demanda Midoriya.
— Oui, oui… C’est juste que… que je n’en ai jamais fait non plus, voilà.
— C’est pas grave, ça, je vais t’apprendre !

Il lui tendit une main qu’elle attrapa avec enthousiasme. Il sentait ses doigts à travers les moufles qu’elle portait et ne put s’empêcher de rougir. Il ne l’avait pas remarqué jusque-là, mais elle aussi avait les joues et le nez écarlates, sans doute un effet du froid. Ils se tenaient la main ! C’était plus que ce que Midoriya avait pu espérer de cette journée.

Il la guida, un pas après l’autre, autour de la piste. Elle était encore maladroite et la tentation de s’agripper au bord était grande, mais elle parvint à faire quelques mètres seule et à revenir vers Midoriya. Elle souriait, fière d’avoir maîtrisé l’exercice aussi vite. S’il avait eu le cran, il l’aurait prise dans ses bras. À la place, il lui bafouilla des félicitations et ce fut elle qui prit les devants. Elle lui prit la main une nouvelle fois et l’entraîna vers le milieu de la piste. Il était bien trop sous le choc pour protester.

— Je voulais te remercier d’être venu ici aujourd’hui…
— Mais… mais de rien, c’est normal.
— Tu sais, ce n’est pas seulement parce que tu t’entends bien avec Todoroki que je t’ai fait venir ici, c’est aussi que… que…

Elle évitait son regard, semblait chercher ses mots. Elle fut interrompue par la sonnerie de son portable, un petit air mignon qui passait en boucle à la radio quelques mois auparavant.

— Ah, c’est Tsuyu ! Je reviens.

Elle s’éloigna, téléphone sur l’oreille et laissa Izuku, pantois au milieu de la patinoire. À l’une des extrémités, Yaoyorozu apprenait à Todoroki à placer ses pieds correctement pour ne pas tomber. Il s’agrippait à son bras, attentif à chaque conseil qu’il lui prodiguait. Elle semblait aux anges.

Uraraka revint deux minutes plus tard.

— Tsuyu et Tooru sont en chemin, elles m’ont dit qu’elles allaient arriver d’ici un quart d’heure ! On ira se balader sur le marché en attendant la parade, si ça va à tout le monde.
— Moi, ça me dit pas mal. Qu’est-ce que tu voulais me dire, du coup ?

Le visage d’Uraraka prit un ton cramoisi encore plus profond qu’avant.

— Oh, juste que c’est super que tu sois là et… et tout ça. Super, vraiment.

Elle entreprit de refaire un tour de la piste, Midoriya la suivit. Sa réponse n’était pas celle qu’il attendait, mais il avait toute la soirée pour arranger cela.

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Midoriya eut du mal à lâcher le bras de sa mère. Quand elle le laissa devant l’autel et alla s’asseoir au premier rang, il lui adressa un sourire, mal à l’aise. Il n’avait jamais été aussi heureux, mais il avait aussi peur. Il avait toujours peur depuis l’attaque qui l’avait poussé à précipiter ce mariage. Il aurait voulu prendre son temps, attendre de monter son agence et de s’installer dans un appartement vraiment à lui. Il ne regrettait pas d’avoir pris cette décision, mais il aurait voulu ne pas y être poussé par l’alliance des super-vilains. C’était loin de la situation romantique qu’il avait imaginée.

Il ne s’était pas attendu aux caméras non plus. Un groupe de collègues héros s’était proposé pour tenir les médias éloignés, mais certains avaient réussi à négocier quelques minutes d’images de la cérémonie pour le journal du soir. Certes, ils s’étaient tous habitués à la célébrité une fois le lycée terminé. Ils avaient eu un cursus des plus atypiques, c’était normal que l’attention soit braquée sur eux ; mais ces yeux numériques braqués sur eux en mettait plus d’un mal à l’aise.

Ils avaient organisé une cérémonie en moins d’un mois. Jamais ils n’auraient cru que le simple fait de ne pas avoir de robe à choisir, arranger et retoucher encore et encore leur ferait gagner autant de temps. Ils avaient choisi un endroit en plein air, profitant du beau temps qui s’était installé et ne semblait pas près de repartir. Yaoyorozu leur avait mis à disposition la résidence secondaire de ses parents, un manoir immense entourée d’un parc. Près du lac, on avait installé une arche de fleurs et de ballons blancs, les invités avaient pris place sur des bancs en bois. Midoriya tenait entre ses mains un bouquet de myosotis dont le bleu clair et le blanc contrastait avec le noir de son costume. Tout avait été choisi dans une idée de simplicité. Les colombes, les feux d’artifices et les grandes orgues, ce n’était pas pour eux.

— Nerveux ? demanda Uraraka.

Il se tourna vers elle. Elle avait été un ange, d’accepter d’être son témoin, avec tout ce qui se passait dans sa propre vie. La robe à volants rose pâle qu’elle avait choisie, pour elle et les deux autres demoiselles d’honneur, la faisait ressembler à un petit lapin duveteux. Elle semblait heureuse pour lui, véritablement heureuse.

— Un peu…
— Tu as l’air sur le point de fondre en larmes.
— Non, non, ça va… assura-t-il avec un petit sourire.

Ce fut à ce moment qu’il apparut, au bras de sa mère. Elle avait eu la permission de sortir pour ce jour spécial et Shouto n’avait pas pu résister à cette occasion de s’illustrer dans son activité favorite : faire rager son paternel.

Cette fois-ci, Midoriya avait les larmes aux yeux, il ne pouvait pas le cacher. Il était… beau, tout simplement. Son costume blanc épousait ses épaules larges et sa silhouette élancée. Ses cheveux étaient tirés en arrière, découvrant ses yeux vairons qu’il gardait toujours dissimulés. La musique était douce, c’était un air de piano qu’ils avaient choisi tous les deux, légère et simple comme eux deux.

Le regard de Midoriya croisa celui d’All Might, assis à côté de sa mère. Il l’encouragea d’un geste de la main juste avant que Shoto arrive devant l’autel. Enfin, ils se retrouvaient face à face. Midoriya dut fermer les yeux pour s’empêcher de pleurer. Ils étaient tous passés si près de la mort… Il se revoyait sombrer dans l’inconscience, persuadé que l’amour de sa vie n’était plus. À chaque fois qu’il le regardait, il se rappelait la gerbe de flamme qui l’avait ramené à la surface juste à temps pour qu’ils s’enfuient. Il ne savait toujours pas comment ils s’en étaient sortis. Ils s’en étaient tirés blessés et exsangues, mais ils étaient en vie et c’était tout ce qui comptait dans l’esprit d’Izuku.

Les mains de Shouto étaient chaudes quand il les prit dans les siennes. Ils seraient bientôt unis aux yeux de tous et personne ne pourrait les séparer. Midoriya écouta à peine le discours du maître de cérémonie. Il n’avait pas besoin qu’on lui rappelle qu’il devrait aimer et protéger son époux jusqu’à ce que la mort les sépare, il en avait déjà l’intention. Il ne le laisserait jamais souffrir, il ne l’abandonnerait jamais. Jamais.

Enfin, vint le moment d’échanger leur consentement. Izuku lança un rapide coup d’œil à sa mère. Elle se tenait appuyée sur l’épaule d’All Might, un mouchoir serré entre ses deux petites mains, les yeux embués de larmes. Il n’était pas son fils pour rien.

— Vous allez vous engager l’un envers l’autre. Est-ce librement et sans contrainte ?
— Oui, répondirent-ils de concert.
— Monsieur Midoriya Izuku, consentez-vous à prendre pour époux Monsieur Todoroki Shouto ici présent ?

Il ne pouvait empêcher sa voix de trembler.

— Oui.
— Monsieur Todoroki Shouto, consentez-vous à prendre pour époux Monsieur Midoriya Izuku ici présent ?
— Oui, je le veux.

Ils signèrent le registre l’un après l’autre, suivis par leurs témoins, Uraraka et Iida. Midoriya aurait voulu avoir Bakugou à ses côtés ; malgré son caractère explosif, il restait son ami d’enfance. Cependant, pour éviter tout incident diplomatique durant la cérémonie, ils avaient décidé qu’il resterait un invité comme les autres.

On leur apporta leurs alliances, deux bandes de platine aux motifs géométriques. Midoriya avait passé le mois précédent à préparer un discours. Il avait tourné et tourné les mots dans sa tête des milliers de fois, mais rien ne semblait convenir, rien ne sonnait assez juste, assez authentique. Finalement, il avait décidé de faire quelque chose qu’il n’avait jamais fait avant : improviser.

— Quand je suis arrivé à UA, je n’aurais jamais cru que j’allais y trouver l’amour, et encore moins un amour aussi fort. J’ai trouvé un meilleur ami et aujourd’hui, c’est lui que j’épouse. Alors… alors je t’offre cette alliance pour te rappeler chaque jour que je t’aime, que je te respecte et que je te chéris.

Il passa la bague à son annulaire et ne put résister à la tentation de déposer un baiser léger sur le dos de la main de Shouto.

— Izuku, tu m’as sauvé de mes ténèbres au moment où j’en avais le plus besoin, et tu m’as permis de découvrir que je pouvais aimer. Et aujourd’hui, je lie ma vie à la tienne, pour toujours et à jamais. Je te promets par cet anneau de toujours être à tes côtés, de te soutenir, de t’aimer et de te protéger.

Ce fut à peine s’ils entendirent le maître de cérémonie prononcer leur union. Midoriya se pencha et embrassa celui qui était désormais son mari, sous le crépitement des appareils photo. Même si la menace sombre qui flottait au-dessus de leur tête ne se dissiperait pas de sitôt, il comptait bien faire de cette journée la plus belle de sa vie.

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Ojiro fit claquer sa queue sur le plancher. Ce schéma n’avait aucun sens, aucun putain de bordel de sens. On n’avait pas idée de construire des meubles aussi compliqués à assembler.

— Je vais allumer la lumière, on y verra mieux, déclara Shinsou en se levant.

Le plafonnier s’illumina. La chambre paraissait d’autant plus vide maintenant. Ils avaient tout juste eu le temps d’empiler des cartons remplis de leurs affaires respectives. Entre les missions de nuit et les longues journées à l’agence, c’était à peine s’ils avaient eu le temps de se croiser depuis la remise des clés. Alors, ils avaient profité du week-end pour rester tous les deux. Et quelle meilleure activité de couple que de monter le lit qu’ils avaient acheté en même temps le jour-même où ils avaient loué l’appartement ? À peu près tout, se disait à présent Ojiro. Le seul endroit où il aurait encore moins voulu se trouver était en visite chez ses beaux-parents, mais c’était un peu de la triche, considérant qu’il aurait préféré se retrouver seul devant tout l’alliance des super vilains qu’à table avec beau-papa et belle-maman. Ils n’avaient pas encore digéré que la déception de la famille aggrave un peu plus son cas avec sa provocante homosexualité, qu’il vivait juste pour leur faire honte, sans aucun doute.

Quand ils avaient consulté les instructions pour la première fois, il était aux alentours de midi et demi et ils pensaient en avoir pour une heure ou deux, grand maximum. Une vis disparue, puis retrouvée et une planche dans laquelle il manquait un trou plus tard, il était dis-sept heures trente. Le soleil descendait sur l’horizon. Les patiences s’amenuisaient. Ils n’avaient pas été diplômés d’une des plus grandes écoles du pays pour qu’un stupide lit en kit leur dicte leur conduite.

— Bon, allez, on se calme, on se détend et on suit les instructions. Donc, les grandes vis comme ça vont dans la tête de lit et il faut qu’on mette ces petits machins en plastique sur les côtés et revisser ça par-dessus après comme on a fait de l’autre côté. Ensuite, on n’aura plus qu’à visser les pieds. Ça va, ça a l’air plutôt simple.

Ils s’attelèrent d’abord au plus lourd. L’avant du cadre était un grand panneau de bois noir, percé de quatre trous. Ils le hissèrent à hauteur du reste du lit. Ojiro le retint à l’aide de sa queue et installa les quatre vis, à l’aide de la clef fournie, qui devait être l’outil le moins pratique du monde — à croire qu’il avait été conçu pour être le moins pratique possible. Avec soulagement, il constata qu’ils allaient beaucoup plus vite quand le meuble correspondait au schéma. Cette fois-ci, il pouvait se dire sans trop penser se tromper qu’ils auraient terminé avant la tombée de la nuit.

Enfin, après maintes et maintes difficultés, énervements, renoncements, et autres « on s’en fout de ces putains de caches en plastique, ce sera contre le mur, de toute façon », ils purent contempler leur travail achevé. Shinsou se laissa tomber sur le matelas, vite imité par Ojiro.

— Eh, arrête de t’enrouler dans le plaid, laisses-en-moi un peu… demanda-t-il en tirant sur le coin de la couverture.

Son ton se voulait gentiment autoritaire, mais la fatigue qui transparaissait dans sa voix empêchait tout prise au sérieux.

— Il va falloir me passer sur le corps pour ça… fut la seule réponse de Shinsou, qui commençait déjà à s’assoupir.
— Est-ce que c’est une invitation ?
— Pervers…

En à peine une seconde, Ojiro s’était collé à son petit-ami et l’avait entouré de son corps. Il profitait de sa chaleur, et passa sa main dans ses cheveux, qui étaient maintenant si longs qu’il devait les attacher. Après le festival de sport, durant la première année, il avait cru le détester. Il avait cru ne jamais vouloir avoir affaire à lui, l’éloigner le plus possible. Et puis, petit à petit, il avait compris que personne ne détestait plus Shinsou qu’il se détestait lui-même. Avant même qu’il comprenne ce qu’il faisait et pourquoi il le faisait, il lui avait tendu la main. Était-ce par pure bienveillance ou un peu par orgueil ? Il évitait de se poser la question. Le résultat était le même : il aurait eu du mal à se passer de lui, maintenant qu’il avait découvert qui se cachait derrière cette façade de froideur et de mépris.

— Ah tiens…

Shinsou tendit le bras et récupéra un tout petit objet posé sur un des cartons. C’était une vis, la fameuse vis sur laquelle ils avaient fait l’impasse, se disant qu’une de plus ou de moins ne ferait pas une grande différence. Ils avaient dû la mettre de côté pour ne pas la perdre et avaient oublié qu’ils l’avaient placée là.

Ojiro ne put retenir un rire nerveux.

— Oh non au secours, j’en ai marre… Tu sais quoi, on verra ça demain.

Ils dînèrent de fonds de placard et d’onigiris achetés au convenience store un peu plus tôt dans la journée. Hors de question de s’épuiser à faire la cuisine après une telle journée. Ils passèrent le reste de la soirée devant la télé, toujours allongés sur leur tout nouveau lit. Ojiro n’en revenait toujours pas, ils avaient leur appartement, leur chez eux rien qu’à eux. C’était leurs murs, leur sol, leur cuisine et leur lit. C’était le seul vrai meuble qu’ils possédaient, mais il était à eux et rien n’était comparable à cette sensation.

Shinsou ricana face à l’infortune d’un candidat du jeu télévisé qu’ils étaient en train de regarder et Ojiro le serra encore plus fort contre lui. Il déposa un baiser au creux de sa nuque, lui provoquant un frisson de chair de poule tout le long du dos. Jamais plus il ne le laisserait être traité comme un moins que rien, comme un vilain en puissance, une bombe à retardement. Il avait commis cette erreur lui-même et ne cesserait jamais de s’en vouloir.

Minuit passé, ils éteignirent la lumière. Leurs membres étaient fourbus de courbatures et ils durent se battre pour partager le seul plaid qu’ils avaient amené. Malgré le radiateur allumé à fond, l’atmosphère était encore fraîche.

— Eh, ‘Toshi…
— Hmm…
— On est chez nous…
— Ouais…

Leur sourire était audible dans leur voix.

Chapter Text

La pluie avait repris dans la journée. Des trombes d’eau tiède s’étaient abattues sans discontinuer depuis trois semaines, suivies d’une brutale accalmie.

Sero, par excès de confiance, en avait déduit que la saison des pluies était enfin terminée et qu’il n’aurait plus à y penser jusqu’à l’année suivante. Après tout, la date habituelle de fin des intempéries était passée depuis plus d’une semaine, il était temps que cela cesse. Le mois de juillet serait bientôt terminé, et après lui viendrait le camp d’été des deuxième année. Il comptait bien réussir ses examens de mi-semestre et ne pas passer deux semaines à bachoter en permanence. Il restait trois jours avant les premières épreuves écrites, c’était largement assez pour réviser les derniers points qui lui résistaient encore. Avec un peu de chance, il réussirait à négocier des cours de soutien avec un des premiers de la classe.

Un problème plus immédiat se posait : il avait oublié son parapluie dans sa chambre. Le soleil qui brillait haut dans le ciel quand il s’était levé l’avait dissuadé de s’encombrer. À présent, il devait traverser le campus sous cette pluie diluvienne. Il allait finir trempé.

Il se couvrit la tête avec sa veste d’uniforme. Cela ne suffirait pas pour le protéger en totalité, mais c’était toujours mieux que rien. S’il passait dans le chemin ombragé par les érables au lieu de prendre l’allée qui longeait la bibliothèque, il pourrait être arrivé plus vite. Sans plus réfléchir, il s’élança au pas de course.

Au bout de quelques mètres, la veste était plus un obstacle qu’une protection. Le haut de sa chemise était déjà trempé et de grosses gouttes coulaient le long de son dos. Il s’estimait heureux que la pluie ne soit pas froide, mais il devait tout de même se dépêcher s’il ne voulait pas attraper la mort. Au loin, il aperçut Tsuyu qui marchait d’un pas lent, profitant de la météo. Elle était dans son élément, elle. Elle lui adressa un signe amical de la main quand il la dépassa.

Il continua à trotter jusqu’à voir le contour des dortoirs à l’horizon. La pluie se calmait, s’arrêtait même et le temps s’assombrissait. Non, ce n’était pas ça, constata-t-il en levant les yeux. C’était un parapluie qu’on venait de placer au-dessus de sa tête. Au bout de ce parapluie se trouvait Shouji. Sero sentit son visage chauffer, au point qu’il craignit de produire un nuage de vapeur qui se serait vu à des kilomètres. Depuis le début de la première année, il avait trouvé son camarade des plus intimidants. Au fil des mois, il avait compris que derrière cette façade froide et austère se trouvait une personne attentive. Cela ne l’empêchait pas d’être effrayant et, problème majeur, très attirant.

Les premières angoisses existentielles passées, il avait tenté de se rapprocher de lui. Ce n’était pas évident, même avec son caractère extraverti et sa facilité naturelle à aller vers les autres. Il savait que Shouji l’appréciait à sa manière ; une fois, il lui avait indiqué des réponses en classe, en utilisant l’une de ses mains surnuméraires cachée dans son dos. Une autre, il l’avait tiré in extremis d’une situation délicate pendant un exercice de survie en milieu hostile, se privant d’une poignée de points qui lui auraient sans doute permis de passer au-dessus de Mineta dans le classement. Il était certain qu’il l’aimait bien. Cependant, lui parler équivalait à se heurter à un mur et Sero ne savait plus quoi inventer pour l’approcher.

— Tu aurais dû être un peu plus prévoyant.
— Désolé…

Sero jeta un coup d’œil en biais à Shouji. Il était rare qu’il parle directement avec sa bouche ; la plupart du temps, il utilisait une de ses excroissances. Des gouttes d’eau qui étaient tombées du bord du parapluie gouttaient de ses cheveux et avait détrempé son masque. Le tissu accrochait à sa peau, épousait la forme de sa mâchoire, de son nez et de ses lèvres. Sero s’efforça de continuer à avancer. Il devenait plus rouge de seconde en seconde. S’il s’écoutait, il attraperait Shouji par la nuque et l’embrasserait là, tout de suite, sans retenue. Il rougit de plus belle à cette idée. Bien sûr, il ne le ferait pas. Il savait que des catastrophes se produisaient dès qu’il essayait de faire confiance à son instinct.

Shouji retira le poncho qu’il portait et le plaça sur les épaules de Sero. L’étoffe était épaisse et douce, imprégnée d’un parfum frais et masculin. Sero se demanda un instant si sa gêne n’était pas trop évidente. Il avait l’impression de brûler de l’intérieur. Il était proche, si proche que leurs bras se touchaient. C’était enivrant.

— Merci.
— Il ne faut pas que tu prennes froid. Les examens physiques sont dans moins d’une semaine.
— Mais… et toi ?
— J’ai grandi à Fukuoka. Ce genre d’averse, c’est du crachin pour moi. Ne t’inquiète pas.

Ils marchaient à allure lente, mais il semblait à Sero que les dortoirs s’approchaient plus vite que quand il courait. Il gardait les yeux fixés sur le sol, de peur que, s’il se tournait de nouveau vers Shouji, il ne résiste pas à la tentation de lui sauter dessus. Il plongea son nez dans le col du poncho — en toute discrétion, il espérait — et ferma les yeux. Il s’imagina allongé au sec, à l’abri des bras de Shouji. Il se reprit avant que ses divagations ne prennent un tournant trop interdit aux mineurs.

— En… en parlant d’examens, tu t’en sors dans tes révisions ? demanda-t-il, histoire d’alimenter la conversation.
— Oui, j’ai presque tout en tête. C’est facile quand tu as la bonne méthode.
— Ha ha, parle pour toi. Moi, je suis encore dans les derniers…
— On peut réviser ensemble, si tu veux. Vu le temps qu’il reste, ça ne fera pas de miracles, mais je pourrais t’aider sur les points les plus difficiles.

Le cœur de Sero fit un bond dans sa poitrine. Tant de mois d’efforts pour percer cette armure de glace et tout ce qu’il aurait eu à faire, c’était de se lamenter sur ses faiblesses scolaires ?

— C’est que… je ne veux pas te ralentir ou te faire perdre ton temps ou quoi…

Il faisait de son mieux pour garder son habituel air enjoué, mais c’était à la limite de l’impossible. Shouji lui faisait perdre tous ses moyens. On n’avait pas idée d’être aussi grand et musclé et gentil et intelligent et de sentir aussi bon ! C’était de sa faute tout ça !

— Il n’existe pas de meilleur moyen de retenir une information qu’en l’enseignant à quelqu’un d’autre. Ce sera utile pour moi aussi.
— Avec plaisir, alors… On commence quand, professeur ?

Il lui adressa un sourire taquin. S’il arrivait à plaisanter, c’est qu’il lui restait un peu de contrôle de la situation.

— Je pensais revoir le chapitre sur les équations différentielles, ce soir. Si tu veux, tu pourras me rejoindre dans ma chambre après le dîner, on travaillera une petite heure.
— Dans ta… chambre ?
— On peut rester dans le grand salon si tu préfères, mais j’ai un peu de mal à me concentrer s’il y a du bruit et on est mardi. C’est soirée film.

Il avait oublié ce détail. Depuis le début de l’année scolaire, ils avaient lancé la tradition du mardi film et, cette semaine, c’était au tour de Kirishima de choisir ce qu’ils allaient regarder. Aucune chance de pouvoir être au calme jusqu’à au moins vingt-trois heures trente.

— Ah oui, c’est vrai. Non, mais… mais ta chambre, c’est bien aussi… Je… j’amènerai des coussins…
— Oui, c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’endroits où s’asseoir. Je devrais peut-être investir dans de nouveaux meubles pour les cas comme celui-ci.

Sero ne remarqua qu’à ce moment-là que Shouji lui parlait désormais du bout d’un de ses tentacules. Son visage, lui, était tourné de l’autre côté, ses yeux perdus dans le lointain. Il semblait éviter le regard de Sero.

C’était comme s’il était gêné.

Ils arrivèrent finalement devant le dortoir. Le parvis, qui d’habitude grouillait d’allers et venues, était désert. Sero grimpa les premières marches. Il lui en fallut deux pour enfin être à hauteur du visage de Shouji, qui ne daignait toujours pas le regarder dans les yeux. Sero ne voulait pas se faire des films, mais là, il y avait de quoi. Et s’il osait ? Non… il n’oserait jamais… Mais, d’un autre côté, il avait une réputation de fonceur sans cervelle à tenir.

— Ça te dérange si je ne te le rends que ce soir ? demanda-t-il en désignant le poncho sur ses épaules. Je préférerais le mettre à sécher d’abord, ce serait mieux…
— Bien sûr. Rends-le-moi quand tu veux.
— Shouji ?

Au moment où Shouji se tourna vers lui, Sero l’attrapa par la nuque et écrasa ses lèvres sur les siennes. Il sentit d’abord le masque gorgé d’eau puis, sous le tissu, les lèvres charnues qui lui faisaient envie depuis si longtemps. Même avec cette barrière entre eux, il les devinait douces et pleines. Il se doutait qu’il allait être repoussé d’une seconde à l’autre, mais tant pis. Ça aurait valu le coup.

Ce fut l’exact inverse qui se produit. Après une seconde de stupéfaction, Shouji agrippa la taille de Sero et l’attira plus près de lui. Ses mains étaient larges, leur poigne aussi puissante que Sero l’avait imaginée. Il était sur le point de fondre. De longs mois d’hormones adolescentes et de frustration le rattrapaient d’un seul coup. Il dut se faire violence pour reculer avant de ne plus répondre de ses actes.

Le parapluie était tombé au sol, ils étaient tous deux trempés et tremblants.

— Vingt-et-une heures trente, dans ta chambre, alors ? demanda-t-il en reprenant son ascension.
— Tu es le bienvenu quand tu veux.

Chapter Text

Ils avaient conspiré pendant des semaines. Une remarque de Midoriya avait lancé toute l’affaire et une troupe menée par Mina et Uraraka s’était échinée à tout organiser. Ç’avait été difficile, puisqu’il vivait avec eux, partageait leurs repas et pouvait toujours avoir une oreille à traîner dans leurs conversations. Heureusement, personne n’avait eu à craindre son groupe d’amis, qui s’étaient joints au projet dès le début. Ce ne serait pas une mince affaire, mais ils arriveraient à la mener à bien. Aujourd’hui, ils fêteraient l’anniversaire de Bakugou, que ça lui plaise ou non.

Ils avaient décidé d’entrer dans la dernière phase du plan pendant la pause du midi. Kirishima, Kaminari et Sero étaient chargés de la délicate mission de tenir Bakugou éloigné de la classe. Ils tenaient Uraraka informée en temps réel. De leur côté, les autres élèves avaient été mis à contribution pour accrocher des ballons et pendre des décorations. Perchée sur les épaules de Shouji, Hagakure installait une bombe à confettis à côté de la porte. Le petit engin, trafiqué et prêté par Mei Hatsume, cracherait un torrent de cotillons sur simple pression d’un bouton. Satou arriva avec un gâteau en forme de grenade, sur lequel Todoroki s’empressa d’installer seize bougies.

Tout s’accéléra quand Uraraka reçut un message paniqué de Kirishima. Bakugou en avait soudain eu assez d’être baladé sans but dans l’école et se dirigeait vers la classe sans rien pour l’en retenir. Il n’était censé arriver que dix minutes plus tard et ce temps venait juste d’être réduit de moitié, voire des trois quarts.

— Allez, c’est bon, on arrête tout ! annonça Uraraka. Quelqu’un veut bien se mettre dans un coin avec la caméra ?
— Je m’en charge, dit Tokoyami. Je préfère ne pas me mettre trop sous les projecteurs.

Il prit le caméscope et alla s’asseoir sur une table. A peine trois secondes plus tard, la porte s’ouvrit, Bakugou entra et Uraraka appuya sur le détonateur. Les confettis partirent dans toutes les directions et retombèrent en une pluie multicolore qui se déposa sur les épaules et dans ses cheveux.

— Joyeux anniversaire !

Il se tourna et fit face aux autres élèves, rassemblés près de son bureau. Un long silence s’ensuivit, durant lequel les deux parties se faisaient face comme des cowboys dans un western. Personne n’osa faire un geste, jusqu’à ce que le regard de Bakugou rencontra celui de Midoriya.

— Deku… me dis pas que c’était la tienne, cette putain de foutue idée !

Il avait articulé chaque mot avec un calme des plus olympiens. C’était toujours mauvais signe quand il arrêtait de hurler. Il se dirigea vers son ami d’enfance mais fut coupé dans son élan par Uraraka qui se précipita à sa rencontre, gâteau en main. Todoroki trottinait derrière elle pour allumer les dernières bougies du bout de son doigt.

— Qu’est-ce que c’est que ça, Face de Lune ?
— Tais-toi et souffle.

Elle affichait un simple sourire, comme si la colère noire de Bakugou n’avait aucun effet sur elle. Son stage chez Gun Head lui avait appris une maîtrise d’elle-même hors du commun… ou peut-être avait-elle compris que ne pas avoir peur de Bakugou était le meilleur moyen de les lui faire perdre. Interloqué par le ton qu’avait employé Uraraka, Bakugou ne prit pas la peine de protester davantage. Il se pencha et éteignit ses bougies sans enthousiasme.

Quatre d’entre elles, les plus excentrées restèrent allumées. Il les contempla un instant et souffla de nouveau. Elles s’allumèrent de nouveau, il souffla encore une fois. Et encore, et encore. Des bougies magiques… Heureusement pour eux, il ne remarqua pas ses amis hilares qui se tordaient de rire dans son dos. Un tonnerre d’applaudissements retentit dans toute la salle mais Bakugou n’y prêta pas attention. Il écarta la foule et s’installa à sa place.

Uraraka revint une minute plus tard, et posa une assiette en carton devant Bakugou. Une lueur de détermination brillait dans ses yeux, comme si elle s’apprêtait à lui faire une prise pour le mettre au sol.

— Manges-en. Il est super bon.
— Je vais m’en passer, merci.

Il tourna la tête et soupira. Uraraka, loin d’abandonner, leva une cuillère pleine de gâteau au chocolat et la lui colla sur les lèvres.

— Mange.

Elle souriait mais le tremblement nerveux qui agitait sa paupière trahissait son énervement. Qu’est-ce que c’est que son problème, à elle ? pensa Bakugou avant d’ouvrir la bouche. Elle avait raison, c’était délicieux, mais il aurait préféré mourir plutôt que de l’admettre. Il n’eut pas le temps de l’envoyer balader. Yaoyorozu s’approcha à son tour et posa un cadeau sur son bureau.

— Ce n’est pas grand-chose, mais j’espère que ça te plaira.

Il poussa un grognement et défit le paquet. Il ne s’encombra pas de délicatesse et arracha sans ménagement le papier brillant. C’était une petite boîte en carton, dans laquelle reposait une poupée russe aux cheveux ébouriffés et à l’expression énervée. Elle portait la tenue de héros de Bakugou, reproduite jusque dans les moindres détails. Il la prit, l’ouvrit et y trouva une réplique de la première, dans laquelle se trouvait une nouvelle copie et ainsi de suite. C’était étrangement mignon et le visage satisfait de Yaoyorozu n’aidait pas.

— Mouais… merci…

Le soir-même, il la posa sur une étagère de sa chambre, d’où elle ne bougea pas jusqu’à la fin de l’année.