Actions

Work Header

Zodiaque

Chapter Text

Vierge. Je suis vierge, putain.

J’ai 16 ans. Pour certains, rien de plus normal. Pour d’autres, je suis en retard.

Qu’est-ce que j’en ai à foutre, vous me répondrez.

Rien, justement.

Bon, assez de vannes cyniques. Assez d’apitoiement. Ce n’est pas moi, ça. Je sais que ce n’est pas moi.

Ce n’est pas mon genre d’accorder de l’importance à ce que disent les autres. A ce qu’ils peuvent penser de moi. Je doute que la sexualité d’Hermione Granger leur traverse souvent l’esprit, de toute façon.

Il faut être lucide. Je sais très bien comment j’apparais, aux yeux des autres.

Miss Je-Sais-Tout. Princesse des glaces.

Et encore, ce sont les plus softs. Je sais très bien les commentaires qui circulent sur la relation entre mon derrière et un balai de Quidditch.

Et vous savez quoi ?

Je m’en fous.

Cette bande d’imbécile pourrait aussi bien se branler sous un kilt, j’en aurais toujours rien à foutre.

La seule chose qui m’atteigne, c’est lui.

La seule chose qui me blesse, dans les murmures méprisants que l’on me rapporte ou que je perçois, c’est que lui aussi partage cette opinion de moi. Qu’il me voie comme ça, à travers ses yeux si bleus. Les seuls qui comptent.

Vas-y, regarde-moi, enfoiré.

La salle commune des Gryffondors est pleine. Comme tous les soirs, la plus dissolue des maisons de Poudlard noie sa jeunesse dans l’alcool, la drogue, l’orgie des corps et des sens, jusqu’au petit matin.

Ils se détruisent pour coller à ce monde dégénéré qui les attend derrière les murs du château. La nuit est le témoin silencieux de leurs espoirs morts, de leurs rêves jetés par les fenêtres, de leur résignation. Ils se détruisent pour oublier, se désinhiber, et pour que lorsque la mort viendra, elle n’ait plus que leur vie à leur prendre.

Ils se détruisent parce qu’ils savent que leur existence sera courte. Alors ils la brûlent.

C’est ainsi qu’ils m’apparaissent, à l’heure où je les observe. Je ne peux m’empêcher de les envier, je crois. Il y a une forme de beauté dans cet abandon total. Ce suicide à petit feu. Cette absence de limites.

Pourquoi ne puis-je pas être comme eux ?

Pourquoi suis-je incapable de les rejoindre ?

Les extrêmes, ça n’a jamais été pour moi. Et aujourd’hui je me sens lâche, honteuse et seule. Spectatrice du péché sans pouvoir y participer. Sans que personne ne songe une seule seconde à m’y inviter. Ils n’imaginent même pas que je puisse en avoir le désir.

Je les envie, c’est vrai. Et en même temps, ils me dégoûtent.

La jeune fille sage en moi – l’insupportable jeune fille sage en moi – ne peut s’empêcher de s’insurger devant cette bacchanale de tous les instants, cette absence totale de retenue et de pudeur, cette attitude blasée qui dit merde à la vie pour lui préférer autre chose, quelques minutes de plaisir, quel qu’en soit le prix.

Je les regarde boire, danser, se vautrer les uns sur les autres dans des odeurs de bière, de sueur et de sexe, le tout sous une musique qui donne le rythme, comme le cœur immense et fou d’une créature multiforme.

Avant, tout cela m’indifférait. Parce qu’avant, le combat contre Vous-Savez-Qui m’écartait du quotidien désespéré de mes congénères. Parce qu’avant, Harry et Ron formaient le centre de mon monde. Le trio gagnant.

Mais à présent, même si Vous-Savez-Qui est bien là, plus présent que jamais, préparant son retour au su de tous sans que personne ne puisse rien faire pour l’en empêcher, cette sixième année se révèle désespérément calme. Peut-être la plus calme que nous ayons jamais vécu à Poudlard.

Bien sûr, Harry a ses petits rendez-vous avec Dumbledore, et je me doute bien qu’ils ne restent pas plantés là à se regarder dans le blanc des yeux en se tournant les pouces. Mais quel que soit ce combat, Harry ne l’a pas partagé avec moi. Il est vrai qu’Harry a beaucoup changé depuis l’année dernière.

Depuis la mort de Sirius.

Il est là, ce soir. Avachi dans un canapé, avec tous les autres. Une fille sous chaque bras. L’une d’elles lui embrasse le cou comme si elle voulait le dévorer.

Il sent que je cherche son regard, alors il me l’accorde. Harry a toujours été là pour moi. A sa manière. Il me regarde, comme si le monde autour de lui n’avait plus la moindre importance. Il perçoit ma détresse, elle fait écho à la sienne. Il comprend. Et en même temps, il sait qu’il ne peut rien y faire.

Harry est amoureux de Ginny. Cela aussi, je le sais. La vie a quand même une putain d’ironie.

L’année dernière, il aurait suffi d’un mot de lui pour que Ginny se jette dans ses bras.

Mais cette année, c’est trop tard. Ginny en a eu assez d’être ignorée. Elle a rejoint les autres, elle a rejoint les bacchantes. Pour le dire moins élégamment, elle est devenue une salope.

Ça la regarde. Je me retiens de la juger. Mais pour Harry, ça a été le coup de trop.

Harry n’est plus le même depuis cette nuit au Département des Mystères. Quelque chose s’est brisé en lui. Le destin l’avait déjà suffisamment éprouvé, mais cette fois… Il s’est perdu. Il n’est plus le petit garçon que j’ai rencontré dans le Poudlard Express. Il se battra contre Vous-Savez-Qui, il se battra jusqu’au bout. Mais il a laissé tomber tout le reste. Il ne croit plus en rien. Il a décidé de tout envoyer en l’air, et sa vie avec. Il se comporte comme le pire des connards, peut-être pour faire payer à ce monde d’avoir été si cruel avec lui. Ou peut-être pour n’avoir plus rien à perdre. Tout semble plus facile, lorsqu’on n’a rien à perdre.  

Quoi qu’il en soit, lui aussi, il a rejoint le flot. Il boit beaucoup. Il se drogue, lorsque l’envie lui en prend. Il ne fout plus rien en cours, sauf avec Slughorn. Il se tape tout ce qui bouge. Peut-être pour se venger de Ginny. Peut-être pour oublier. Tout cela à la fois.

Les seuls moments où je le retrouve, c’est lorsqu’il sent que je vais mal, et qu’il reste auprès de moi, sans rien dire. Plus que jamais conscient que nous ne sommes plus les mêmes, et ne le serons plus jamais.

Un rire attire mon attention. Je quitte Harry des yeux, pour le laisser à sa petite soirée.

C’est elle. Cette sale poufiasse de Lavande. Depuis deux semaines qu’ils sont ensemble, elle ne lâche plus Ron d'une semelle. Sa bouche semble vissée à la sienne comme la ventouse d’un tentacule de poulpe. Ça me donne envie de vomir.

Ron ne m’aperçoit pas, ne fait même pas attention à moi. Quel enfoiré…

Déjà je sens les larmes me brûler les yeux, et je me mords la lèvre pour ne pas pleurer. Je me sens tellement conne de pleurer pour un salaud pareil…

Ce n’est pas vrai. Je sais pourquoi je pleure. Je sais que je ne fais que l’insulter pour dissimuler mes sentiments. Je l’aime, cet enfoiré.

Je me lève, et les bouscule alors qu’ils s’embrassent devant la cheminée. Ron prend son air d’imbécile interloqué, puis Lavande se jette de nouveau sur lui comme un animal en rut.

Je n’ose pas imaginer ce qu’ils vont faire cette nuit. Comme toutes les nuits.

J’ai beau fermer les yeux, m’enfuir très loin de la salle commune, je ne peux m’empêcher d’imaginer ses mains courant sur son corps, sa peau nue contre la sienne, ses baisers descendant dans son cou, sur ses seins, lui en elle, tout simplement, et leurs soupirs alors qu’ils s’unissent encore et encore…

J’ai vraiment envie de vomir.

Je marche inconsciemment jusqu’à la salle de bain des préfets, dont je referme la porte derrière moi avant de m’y appuyer, les yeux fermés. Mon pouls bat trop vite. Dire que je me mets dans des états pareils, pour ce type qui ne le mérite même pas… Je suis vraiment trop conne.

Reprenant mes esprits, je rouvre les yeux pour m’apercevoir que je ne suis pas seule. Et merde. Cette soirée aura vraiment décidé de me faire chier.

 

- Insomniaque, Granger ? fait Drago Malefoy sans se lever du bord de l’immense baignoire qui se remplit doucement.

 

- Je ne suis pas d’humeur, Malefoy.

 

- Moi non plus.

 

Il est assis contre une colonne, une main dans l’eau moussante, l’autre portant une bouteille à ses lèvres. Il boit une gorgée, puis me la tend :

 

- Une bière ?

 

- Tu te fous de moi ?

 

- Tu as l’air d’en avoir plus besoin que moi.

 

Je soupire :

 

- J’étais venue ici pour être seule…

 

- Moi aussi.

 

Il repose la bouteille et ne dit plus rien. Et puis merde. C’est peut-être la preuve de mon désespoir, mais je préfère encore boire une bière avec Malefoy plutôt que de retourner dans la salle commune. Au moins, je pourrai passer mes nerfs sur la fouine.

Je viens m’asseoir en face de lui et je bois une gorgée de sa bouteille.

 

- Ça ne te dégoûte pas de boire après une Sang-de-Bourbe ? j’attaque, pressée d’en découdre. 

 

Il m’accorde un rictus désabusé qui me donne envie de le frapper :

 

- Tu crois vraiment que j’en ai quelque chose à foutre de toutes ces conneries, Granger ?

 

Pour le coup, je ne sais pas quoi répondre. Il le voit. Sourit de plus belle :

 

- Je te traite de Sang-de-Bourbe parce que c’est ce qu’on attend de moi. Je me comporte comme une merde parce que c’est ce qu’on attend de moi. Quand on s’appelle Malefoy, on n’a pas le choix. Soit t’es un salopard, soit tu crèves.

 

Je secoue la tête :

 

- Tu ne me feras pas avaler ça.

 

- Pourquoi, parce que je t’ai insultée quand on avait douze ans ? Parce que j’ai blessé ton orgueil de petite fille ? Parce que j’ai traité ton copain ? Je t’en prie. J’y croyais peut-être quand on était mômes, parce que c’était fun et qu’il n’y avait aucune conséquence. Mais maintenant, ne me prends pas pour plus con que je ne le suis. Si je croyais vraiment à toutes ces conneries, je ne me foutrais pas en vrac au milieu de la nuit avec une de mes pires ennemies.

 

Il ricane, puis recommence à boire. Je ne sais plus quoi dire. L’instant me semble surréaliste. Au moins, j’ai momentanément oublié Ron et sa pouf. C’est déjà ça.

 

- Pourquoi tu te fous en vrac ? je m’entends demander d’une petite voix.

 

Malefoy plisse les yeux, d’un air qui n’en a rien à foutre sans le penser vraiment. Il sort sa main de l’eau et relève sa manche droite. Je sais ce que je vais voir. Je ne suis pas surprise.

 

- Tu t’en doutais, n’est-ce pas Granger ? C’est pour ça que ton petit pote Potter ne me lâche plus depuis la rentrée.

 

Il boit à nouveau avant de rabattre sa manche, comme si la vue de la Marque des Ténèbres sur son bras lui était insupportable.

 

- Pourquoi tu me montres ça ? je lui demande, et je me rends compte que c’est la seule chose que je trouve à lui demander.

 

Je suis pétrifiée. Je ne sais si je devrais avoir peur, ou courir le dénoncer. Je reste assise là, tout simplement, transpercée par ses yeux de cobra :

 

- Parce que je suis foutu, dit-il, et son corps se soulève d’un rire nerveux. Cette marque, c’est mon ticket pour l’abattoir. Elle n’a pas d’autre but.

 

Il doit voir mon air ébahi, car il ajoute :

 

- Quoi, tu croyais que je m’étais porté volontaire ? Tu crois que j’ai eu le choix ?  

 

- Je…

 

- Le Seigneur des Ténèbres en a après ma famille, Granger. L’anéantissement des Malefoy, c’est un passe-temps pour lui. Ça l’amuse de nous arracher les pattes et de nous regarder couiner.

 

Il boit jusqu’à finir la bouteille. Il en exhume une autre de derrière la colonne :

 

- Et toi, dis-moi…, fait-il comme s’il était résigné à tout entendre. Quels sont les malheurs de la petite Granger ?

 

- Je ne suis pas sûre que…

 

- Je parie que ça a à voir avec cette andouille de Weasley.

 

Il lève la bouteille comme s’il portait un toast :

 

- Sans rancune. J’ai jamais pu le blairer celui-là.

 

Je secoue mes boucles. Je sais que je ne devrais pas répondre. Mais le désespoir en moi se rebelle. J’en ai assez de faire ce qu’il faut. J’en ai assez d’être la petite fille sage que tout le monde laisse à l’écart. L’alcool m’aide, sans doute, car je décide de griller ma raison :

 

- Ron sort avec Lavande Brown, je lance, du ton le plus neutre qui soit.

 

- Et toi, tu en pinces pour lui.

 

Je ne peux m’empêcher de rire :

 

- Tu es au courant de ça, toi ?

 

- Tout le monde est au courant de ça.

 

Je ne me laisse pas démonter :

 

- Et toi ? Miss Pansy Parkinson fait toujours tes quatre volontés ?

 

- Ne change pas de sujet.

 

- Je t’emmerde, Malefoy.

 

Il porte un nouveau toast à ça. Son regard se perd dans le vide un moment, puis il déclare :

 

- Tu sais, la solution à ton problème est simple.

 

- Ah oui ? J’ai hâte de l’entendre.

 

Malefoy hausse simplement les épaules :

 

- Tape-toi d’autres mecs. Fais-lui payer, rends-le jaloux. A défaut de pouvoir l’avoir, agite-lui sous le nez ce qu’il a manqué.

 

J’ouvre la bouche sur une répartie qui ne vient pas. Et merde. Je le sens, ce caractère prude qui m’empêche de parler de ça, surtout avec Malefoy. Il perçoit ma gêne, ce bâtard. Ça m’apprendra à baisser ma garde. Qu’est-ce qu’il va encore inventer pour tirer parti de ma faiblesse ?

 

- Qu’est-ce qui te pose problème, Granger ?

 

- Je n’ai pas envie de me vautrer avec le premier venu…

 

- Personne ne t’oblige à prendre Londubat.

 

Il sourit de sa propre vanne, puis reprend :

 

- Attends, laisse-moi deviner… Tu ne l’as jamais fait, c’est ça ?

 

Je ne réponds pas.

 

- Réponds-moi, Granger. C’est ça ?

 

Je ne peux plus m’échapper. Ce n’est pas un Serpentard pour rien, l’enfoiré. Lentement, je fais non de la tête. Pourquoi, pourquoi a-t-il fallu que je tombe sur Malefoy ? Pourquoi a-t-il fallu que la discussion s’oriente là-dessus ? Pourquoi cette nuit ?

 

- Maintenant, on sait pourquoi Weasley t’a préférée Brown, fait-il en ricanant.

 

Je me lève, prête à sauter du haut de la tour d’astronomie si cela pouvait effacer ma honte.

 

- Déconne pas, Granger ! Reviens ! Excuse-moi.

 

Ce sont ces derniers mots qui me font me retourner.

 

- « Excuse-moi » ? je répète.

 

- Ouais, ça peut être sensible comme sujet… J’aurais dû me retenir. Tu me connais.

 

Jamais je n’aurais cru entendre Drago Malefoy s’excuser. Encore moins auprès de moi. Et pour un truc aussi con. Cette fois, je commence à croire à ce qu’il dit. Tout son couplet sur l’être et le paraître lorsqu’on est un Malefoy…

Je me rassois, lentement.

 

- Je suis vierge, j’énonce doucement, comme pour le mettre à l’épreuve.

 

- Tu n’as qu’à prendre Londubat alors, finalement. Au moins, vous serez deux.

 

- Putain, mais tu vas arrêter de dire des conneries !

 

Il sourit. J’ai toujours envie de le gifler, mais c’est… différent. Peut-être parce que cette nuit, Drago Malefoy m’apparait plus humain que tous mes camarades réunis. Plus vivant. Il m’a adressé la parole, il m’a regardé, il s’est… révélé. Sans son humour à deux ronds, je pourrais même presque croire qu’il a de la compassion pour moi. Qu’il cherche à m’aider.

J’ai vraiment trop bu…

 

- J’ai toujours été de celles qui pensent que l’on ne doit pas… passer à l’action pour de mauvaises raisons, je dis sans m’en rendre compte, faisant de Malefoy le réceptacle de mes pensées refoulées depuis trop longtemps.

 

- Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises raisons, Granger. C’est un contrat entre deux personnes. Ou plus.

 

Il comprend le message et renonce définitivement à l’humour :

 

- L’important, c’est que les participants connaissent les termes du contrat, et les acceptent.

 

- Justement, je ne veux pas imposer à quelqu’un… ma jalousie, mon mal-être…

 

- Mais les mecs n’en auront rien à foutre, Granger. Tout ce qu’ils voudront ce seront un peu de bon temps, pas d’attachement, et la possibilité de voir comment Miss-Je-Sais-Tout se débrouille au plumard.

 

- Tu me mets à peine la pression…

 

Malefoy se lève lentement, abandonnant ses cadavres de bouteille sur le sol :

 

- La balle est dans ton camp, Granger. Tu ne m’as pas demandé mon avis, mais je te le donne quand même. Tu devrais commencer à réagir, au lieu de subir. Si ce crétin n’en a toujours rien à foutre de toi après ça, au moins tu auras retiré un peu de plaisir au milieu de cette merde.

 

Il fait mine de s’en aller, mais je le retiens :

 

- Tu t’en vas ?

 

- J’étais parti pour prendre un bain, mais tu m’as pourri mon plan, Granger. On va pas se dessaper tous les deux, pas vrai ? Qui sait où ça pourrait nous mener…

 

Il m’adresse un clin d’œil, toujours moqueur :

 

- Remarque, si tu cherchais un moyen de foutre Weasley en rogne, je serais la cible idéale…

 

Il se retourne et me plante là, avec son sourire en coin. Les mots sortent de mes lèvres avant que j’ai le temps de les penser :

 

- Et pourquoi pas ?

 

Il s’arrête sur le seuil de la porte, me regarde :

 

- T’es sérieuse ?

 

- Tu as raison. Il n’y a pas de meilleur moyen d’offenser Ron.

 

- T’oublie que je m’appelle Malefoy, Granger. J’ai pas envie qu’on aille crier sur tous les toits que je me tape la Sang-de-Bourbe de Weasley.

 

- Je ne le dirai à personne.

 

- Mais à quoi ça sert, alors ? Si ton Weasley chéri n’est même pas au courant ?

 

- Moi je le saurai. Ça me suffira.

 

Je me lève, j’avance jusqu’à Malefoy et sans le laisser réagir, je plaque mes lèvres sur les siennes. Il n’y a plus de place pour le raisonnement, ni pour le doute. Je sais que je suis folle. Je sais que j’ai trop bu. Mais pour la première fois de ma vie, je n’ai plus rien à foutre de rien.

Malefoy me repousse, je le laisse faire. Ça a eu le mérite de lui fermer sa belle petite gueule. Il me dévisage, incertain :

 

- Tu es sûre de ce que tu fais Granger ? Il y a une heure, tu m’aurais étripé si je t’avais fait un truc pareil.

 

Je hausse les épaules :

 

- Tu n’es pas plus mal qu’un autre, Malefoy.

 

C’est un euphémisme. Je n’ai jamais pensé à Drago Malefoy de cette manière, mais force est de constater qu’il est plus que canon. Je ne suis pas sûre de pouvoir en dire autant…

 

- Comment tu me trouves ? je demande directement, envahie par une pointe d’inquiétude.

 

L’alcool me rend vraiment trop conne… Et vraiment trop franche…

 

Malefoy semble se prendre un nouveau coup de poing en pleine figure :

 

- La vache, Granger… Si on m’avait dit que…

 

Il secoue la tête :

 

- Laisse tomber. T’es une jolie fille. Trop jolie pour Weasley.

 

- Alors viens.

 

Je lui prends la main pour l’attirer vers la baignoire. Il me suit sans plus me quitter des yeux. Personne ne m’a jamais regardée de cette façon. C’est étrange. C’est agréable.

Je retire mon haut, que je laisse tomber sur le sol. L’eau chaude de la baignoire dessine des volutes de vapeur qui me chatouillent la peau.

J’approche mes mains de Malefoy, doucement, pour ne pas le faire fuir, et je défais sa cravate.

Mon cœur bat très vite et très fort. Ce n’est que le début, et pourtant, je n’ai jamais rien vécu d’aussi sensuel de toute ma vie.

Malefoy me regarde longuement. Comme s’il pesait le pour et le contre, une toute dernière fois. Je dégrafe mon soutien-gorge. Il se décide enfin à entrer dans mon jeu.

Il défait les boutons de sa chemise et la retire, révélant une peau très blanche, et une silhouette plus maigre que je ne l’aurais cru. Puissante, mais comme creusée par les soucis, dévorée par les ombres.

Il sait que je l’observe, et il me laisse faire, un petit sourire aux lèvres. Il pose ses doigts sur ma peau et fait glisser les bretelles de mon soutien-gorge.

Quelque chose a changé dans ses yeux. Je n’aurais jamais imaginé voir une telle expression sur le visage de Drago Malefoy. Il est calme, et déterminé. J’ai perdu toute l’assurance qui s’était brusquement emparée de moi. Tel un chasseur capturant irrésistiblement sa proie, il me rapproche de lui et passe ses mains dans mon dos dans une étreinte forte, et froide. Il m’embrasse et cette fois, il ne me laisse pas repartir.

J’ai déjà embrassé Victor Krum en quatrième année. Mais cela n’a rien à voir avec ce baiser. Cela reviendrait à comparer une flamme et une étoile. Drago Malefoy m’embrasse, avec une intensité presque douloureuse, presque cruelle, comme si ses lèvres cherchaient à s’emparer d’un petit fragment de moi, une part que je perdrais et qui me hanterait à jamais. Lui me donne quelque chose en échange. Un petit fragment de lui, pour que je n’oublie jamais. Et pour qu’il me hante plus encore.

J’ai conscience de mes seins mis à nu tout contre son torse. Je n’ai jamais ressenti un tel contact humain. Et ce n’est que le début…

Libérant ses mains, Malefoy défait la fermeture de mon jean. Il me laisse le retirer ainsi que mes chaussures, tandis qu’il en fait de même.

Nous sommes nus, mais il ne reste pas là à me fixer, sans doute pour ne pas me mettre mal à l’aise. J’ai encore la présence d’esprit de m’en rendre compte… Et de m’étonner d’une telle prévenance, venant de Drago Malefoy.

Cette fois c’est lui qui me donne la main, et il nous fait entrer dans l’eau.

La chaleur fait naître des frissons tout le long de mon corps. J’ai l’impression de flotter. J’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre. Je me sens belle.

Une petite voix au fond de moi cherche à me rappeler que ce moment n’est qu’une bulle sur le point d’éclater. Que lorsqu’elle le fera, ma folie m’explosera en pleine figure. Je m’en fiche. Je veux vivre ces instants intenses que je pressens. Je ne peux plus revenir en arrière.

Malefoy m’attire contre lui et m’embrasse à nouveau. Brusquement, je suis désorientée. Je ne sais plus quoi faire. Je pars en quête de ma lucidité perdue, et elle me dicte mes gestes. Sous l’eau, je trouve ce que je cherche, et je me prépare, autant mentalement que physiquement.

 

- Qu’est-ce que tu fous, Granger ? fait Malefoy en m’écartant tout à coup.

 

- A ton avis ?

 

Il me prend par les épaules, comme une enfant à qui l’on fait la leçon :

 

- Je ne suis pas une bête sauvage. Si on doit le faire, il faut y mettre les formes.

 

- Malefoy…

 

- Non, même pour te rendre service, je ne donne pas dans les formalités vite expédiées.

 

- Ce que je voulais dire, c’est que… Pour une première fois… Je n’ai pas l’intention de te réciter tout le Kama Sutra.

 

Il éclate de rire :

 

- Je le sais bien, imbécile.

 

Il me saisit par la taille et nous fait tourner dans l’eau, jusqu’à m’appuyer contre la paroi carrelée. Je me laisse guidée, surprise d’apprécier le sentiment de sa force sur mon corps.

 

- Détends-toi, murmure-t-il. Je ne vais pas te faire mal. Je ne vais pas te demander quoi que ce soit de bizarre. Mais la vie est déjà assez merdique, Granger. Si on est foutus pour tout le reste, essayons au moins de ne pas foirer ça.

 

J’acquiesce, étonnée de trouver dans ses paroles une profondeur comme je n’en avais encore jamais deviné. Ses yeux luisent à la lueur des torches.

 

- Tu sais, je n’avais encore jamais réalisé à quel point tu étais beau, je murmure.

 

Il sourit. Je ne me sens plus idiote. Je ne saurais expliquer pourquoi. Il m’embrasse doucement, et murmure :

 

- Et tu devras l’oublier dès le lendemain… 

 

Je ne comprends pas ce qu’il veut dire. Il ne me laisse pas le temps d’y réfléchir : ses doigts me touchent, comme jamais on ne m’a touchée auparavant.

Je suis d’abord plus curieuse qu’autre chose. Mon taux d’alcoolémie, et l’eau environnante, me donnent plus que jamais la sensation de flotter. Puis je m’éveille à ce contact si différent du mien. J’ai peur que cette différence ne me bloque. Il ne me touche pas comme je le ferais. Pas au rythme que j’emploierais. Mais petit à petit, je sens s’éveiller en moi une chaleur nouvelle. Je passe un bras autour de son cou et je soupire dans le creux de son épaule.

Il ne s’arrête pas, doucement, fermement. Il m’embrasse sur la joue, les lèvres, dans le cou. Comme si j’étais un diamant dont il chérissait les multiples facettes.

Je le sens durcir tout contre moi, et de sa main libre, il me guide jusqu’à lui.

J’ai une vague idée de ce que je dois faire. Je me laisse entraînée par le rythme qu’il exerce sur moi. Cette fois, nous partageons quelque chose, je le sens. Cette sensation qui monte en moi monte aussi en lui.

Il redresse son visage, appuie son front tout contre le mien pour me regarder dans les yeux. La gêne me donne envie de le fuir, mais ses iris sont deux pôles magnétiques qui ne me relâchent plus.

 

- Maintenant, Granger…

 

Il m’embrasse longuement. Il retire ses doigts, met sa main sur la mienne pour le guider jusqu’à moi.

Je me plaque contre la paroi lorsqu’il entre en moi, et je ne peux m’empêcher de fermer les yeux, les bras serrés autour de son torse.

Il reste sans bouger. Il a reculé son visage, et il m’embrasse doucement, chaque parcelle de mon visage, en me murmurant de me détendre. Sa voix est si douce et si calme… Jamais je n’aurais cru entendre la voix de Drago Malefoy habitée de tels sentiments. Il dégage mes cheveux humides de mon front, et me sourit avant de continuer :

 

- Ça va ?

 

- Oui…

 

- Il va falloir que tu t’habitues un peu… Dis-moi si tu veux que je m’arrête.

 

J’acquiesce, et soudain c’est moi qui l’embrasse, de toutes mes forces. Il bouge et cette fois, je le sens en moi. La douleur revient. Je n’y prête pas attention, je me perds dans la douceur des lèvres de Malefoy, le va-et-vient de sa langue autour de la mienne.

Ses gestes se font plus profonds, et petit à petit, la douleur reflue. Je la sens s’évanouir en moi, remplacée par autre chose. Le feu éveillé par les doigts de Malefoy ne s’est pas éteint. Le voilà qui grandit à nouveau, et je peux détacher mon visage de celui de mon amant, pour le contempler tandis que nous ne sommes plus qu’un.

Je ne suis plus frappée par la folie de l’instant. Je voudrais que cet instant demeure hors du temps.

La respiration de Malefoy se fait plus rapide, il se laisse emporter lui aussi. Je m’agrippe à lui autant qu’il s’agrippe à moi. Nous y sommes presque, presque au seuil de quelque chose, une chose que je ne peux que deviner…

Soudain je me contracte autour de lui, et mon plaisir s’échappe de ma bouche, en même temps que le sien. Il me serre très fort. J’ai la sensation de n’être plus qu’une seule chair. Un seul être. J’ai la sensation que si l’on venait à nous séparer, cela me déchirerait. Je ne veux plus jamais quitter la sécurité de cette étreinte qui n’est dédiée qu’à moi.

L’excitation reflue, pour laisser place à une étrange quiétude. Je me sens chaude. Je me sens entière.

Malefoy me dévisage, et caresse mes cheveux. Il m’embrasse encore de cette douceur surprenante.

Il se retire, mais me garde un long moment dans ses bras sans rien dire. Il laisse l’eau du bassin nous bercer dans la nuit.

J’ai la gorge serrée. Je suis trop émue pour dire quoi que ce soit. A part que je ne m’attendais pas à ça.

Alors Malefoy m’embrasse une dernière fois sur les lèvres, très vite, avant de murmurer :

 

- Ne laisse pas Weasley te priver de ça, Granger.

 

J’avais complètement oublié Ron. Je ne veux pas penser à lui.

Malefoy sort, se sèche rapidement et m’invite à le rejoindre. Il passe une serviette autour de mes épaules, encore une fois comme si j’étais une enfant. Il joue avec les mèches de mes cheveux trempés.

Son silence donne à l’atmosphère un caractère presque religieux. Je ne sais ce qui m’a le plus touchée cette nuit. Cette étrange maturité que j’ai découverte, dans les traits de mon ennemi…

Il se rhabille. Il m’embrasse sur le front. Puis il disparait, aussi brusquement qu’il s’est révélé à moi.

Je remets mes vêtements moi aussi, plus pour éviter de penser qu’autre chose. Il y a de l’eau dans mes yeux, et du feu dans mon cœur. J’ai l’impression de le sentir encore en moi…

Lorsque je rentre me coucher, la salle commune des Gryffondors est déserte. L’aube ne tardera plus.

Au petit déjeuner, je regarde Ron bécoter sa Lavande. Je regarde Harry faire du pied à sa voisine de table, pour oublier que Ginny est encore dans la tour à se taper Dean Thomas. Je regarde ce spectacle, et cette fois, j’ai l’impression d’en comprendre le sens. De partager un secret sur lequel je ne peux poser de mots.

C’est stupide, je le sais. J’ai rompu le serment que je m’étais fait à moi-même. J’ai trahi mes convictions, trahi mes sentiments. Mais alors, pourquoi est-ce que je ne regrette rien ? Pourquoi ai-je envie de recommencer ?

 

Le soir suivant, au milieu de la fête, je m’éclipse à nouveau. Je retrouve le chemin de la salle de bain des préfets, sans savoir exactement ce que j’espère. Ou plutôt si, je le sais. Je refuse simplement de me l’avouer.

J’ouvre la porte, et Drago Malefoy est là. Assis au pied d’une colonne, une main dans l’eau moussante. Il me regarde entrer, et il dit simplement :

 

- Une bière ?