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Alone Together

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« Tu as juste besoin qu’on t’emmène à l’aéroport, c’est ça Robert ? »

Bob Leckie leva les yeux d’où il était assis, sur le sol, alors qu’il scotchait un autre carton contenant ses affaires. Son père se tenait à l’entrée de sa chambre, ignorant complètement le chaos qui se trouvait dans la chambre de son plus jeune enfant. Il avait eu toujours le même physique, vieux avec des cheveux gris et des rides, et l’air beaucoup plus fatigué que ce qu’il devrait. Leckie secoua légèrement de la tête ; il avait déjà complètement oublié ce que son père venait tout juste de lui demander. 

« Qu’est ce qu’il y a, papa ? » demanda-t-il alors qu’il tenait maladroitement le rouleau de scotch dans ses mains. 

« Ta mère voulait savoir si tu voulais que l’on t’emmène à l’aéroport. » répéta-t-il avec un soupir alors qu’il plongeait ses mains dans les poches de son pantalon.

Leckie laissa s’échapper un tout petit soupir et laissa sa tête tomber légèrement alors qu’il se concentrait sur le scotch dans ses mains. Un sentiment de déception se forma dans son torse mais il fit du mieux qu’il put pour l’éloigner. Il devrait être habitué à ce genre de traitement, vraiment ; après plus d’une décennie de ça et soudainement il devrait s’attendre à quelque chose de différent,  une sorte de taquinerie ?

« Ouais, j’ai juste besoin qu’on m’emmène papa. » Leckie répondit finalement alors qu’il regardait son père et se retenait de lui donner une réponse insolente qui lui passerait complètement au –dessus de la tête. « Et maman m’a acheté un ticket il y a un mois.  Tout est sous contrôle-»

« Bien, c’est bien. » dit M. Leckie, coupant son fils alors qu’il se tournait pour quitter la pièce et disparaître dans le hall.

Leckie fixa l’entrée de sa chambre désormais vide, pendant un moment avec sa bouche toujours ouverte, incertain sur comment il devait se sentir après le manque total de compassion ou de sociabilité de son père. Des fois, Leckie se demandait comment au diable son père avait réussi à convaincre sa mère de se marier avec lui, et encore plus pour avoir huit enfants, mais encore une fois, son père n’était pas très affectif. Leckie se souvenait qu’une fois son père avait souris et lui avait même fait un câlin à l’occasion, et avait essayé de connaître ses propres putains d’enfants.

« Arrête ça. » se dit Leckie alors qu’il jetait le rouleau de scotch à travers la pièce et le regarda rebondir contre le mur et atterrir sans danger sur son lit.

« Robert, qu’est ce que tu fais là-dedans ? »  demanda sa mère doucement alors qu’elle glissa sa tête à l’intérieur de sa chambre, l’air préoccupée.

« Oh, tu sais, je fais mes cartons pour mon incursion dans l’éducation supérieure. » dit Leckie avec un sourire incertain alors qu’il se levait et s’étirait ; il avait été assis pendant beaucoup trop longtemps.

« D’accord, tu as tout ce qu’il te faut ? » demanda sa mère alors qu’elle rentrait dans sa chambre et se tenait au même endroit que son mari quelques temps auparavant.

« Il semblerait. » marmonna-t-il alors qu’il glissait sa main dans ses boucles brunes indisciplinées.

« Eh bien… Parfait. » dit Mme. Leckie avec un petit sourire et un hochement de tête. Elle se tourna pour sortir mais s’arrêta à mi-chemin et se retourna pour faire face à son plus jeune encore une fois. «  Oh, et ton frère et tes sœurs viennent ce soir pour le diner. »

« Quoi ? » s’exclama Leckie avec contrariété. « Quand est ce que ça a été décidé ? »

Ce n’était pas comme s’il détestait ses frangins, les plus âgés avec déjà quittés la maison durant son enfance, et les autres n’étaient pas plus chiants et énervants que les frères et sœurs des autres. C’était juste que quand tu devais forcer sept enfants, désormais adultes, deux épouses, un copain ou une copine, et un nouveau gosse, ou deux, au tout, le diner passait d’un paisible rassemblement à quelque chose de plus emmerdant.

« Chéri, on te l’a dit il y a une semaine,» dit sa mère en fronçant les sourcils.

« Non ! Personne ne me l’a dit ! »

« Eh bien, ce n’est pas si grave, chéri, » dit-elle avec un petit mouvement de la main, « ils voulaient juste te voir avant que tu ne partes pour l’université. Ca va être bien. »

Leckie croisa les bras et fit de son mieux pour ne pas faire la tête comme un enfant.

« Est-ce que c’est juste eux, ou est ce que c’est tout le monde ? »

« Si par tout le monde tu veux dire tes frères et sœurs avec Josh, Maddie, et George et Eric et Hope, alors oui, il va y avoir tout le monde. »

Leckie se retint de rouler des yeux,  et afficha une expression irritée qui ne perturba même pas sa mère.

« Ils seront là à sept heure. N’oublie pas de te laver avant ça. »

 

µ

 

 

« Je jure devant tout ce qui est horrible et pas sacré, que quiconque à mis de la gelée  sur mon iPod va recevoir un coup de pied au cul ! » cria George Luz aussi fort qu’il le put alors qu’il tenait son iPod désormais tout collant dans la main.

Il regarda avec des yeux perçants deux masses courir à travers la porte et descendre les escaliers. George émergea de sa chambre et couru après les deux petits démons, sachant que c’était leurs doigts couverts de gelée qui avaient ruiné son iPod, mais également enfermé en dehors de sa chambre pendant une heure.

« Donnie ! Joe !  » les appela George alors qu’il faisait de son mieux pour courir après ses plus jeunes frères dans les escaliers sans tomber ou faire tomber son iPod. «  Vous avez pas intérêt d’avoir prévu de vous asseoir aujourd’hui, parce que quand j’en aurais fini avec vous, vous vous tiendrez debout pour le reste de- !»

« George ! »

George s’arrêta net sur sa marche au milieu des escaliers. Cet arrêt momentané faillit le faire s’écrouler au sol et dévaler le reste des escaliers, mais il réussit avec chance de se tenir debout et en un seul morceau. Grimaçant légèrement il se tourna et trouva sa mère en train de descendre les escaliers avec une bassine pleine de linge sur sa hanche, l’air sévère comme toujours.

« Pourquoi est ce que tu t’agites ? » demanda-t-elle alors qu’elle s’arrêtait devant George ; même une marche au dessus de lui, elle était toujours plus petite que lui et George n’était pas un gars très grand en premier lieux. Peu importe, de toute façon, son manque de hauteur ne diminuait pas la fureur qu’elle pouvait produire quand l’un de ses dix enfants était trop perturbateur.

« Donnie et Joe ont mis de la gelée partout sur mon iPod et m’ont enfermé en dehors de ma chambre pendant toute une putain d’heure ! » s’exclama George alors qu’il espérait ne pas avoir l’air aussi plaintif que ce qu’il ressentait. Il était un putain d’adulte pour l’amour de Dieu. Il ne pouvait pas avoir l’air d’un gamin de cinq ans qui piquait une crise.

Mais ces petites merdes n’arrêtent pas de toucher mes affaires ! pensa George pour lui-même.

« La gelée s’en va, Georgie, » dit sa mère exaspérée. «  Et je pense qu’une heure loin de tes affaires t’a fait le plus grand bien. »

« Mais maman- ! »

« Est-ce que tu as finis de préparer tes affaires ? »

« Oui, mais tu ne vas quand même pas sérieusement les laisser s’en tirer juste parce qu’ils ont quatre ans- ? »

« Non, je vais m’en occuper et tu vas finir de préparer tes affaires parce que je sais pour sûr que tu n’as préparé aucun sous-vêtements, en voyant que je viens de tous les laver. » dit sa mère alors qu’elle secoua la bassine de linge.

« Et bien, peut être que je prévoyais d’aller à l’université en commando, » dit George, faisant un grand sourire, faisant briller ses yeux marrons. « J’ai entendu dire que c’était à la mode en ce moment. »

Il observa sa mère alors qu’un petit sourire apparaissait sur son visage ; il pouvait le voir au coin de ses lèvres  et dans ses yeux qui brillaient, et il savait qu’il venait de désamorcer une autre bombe. Sa mère pris une paire de chaussette de la bassine de linge et lui envoya dans la figure, ce qu’il admit qu’il avait mérité.

« Va. Finis tes cartons. Si je me rends compte que tu as oublié tous tes sous-vêtements je volerais jusqu’à ton université et te donnerais personnellement tous tes slips blancs devant tes petits potes d’université, compris ? » le menaça sa mère.

« Je ne porte pas de slip blanc, » marmonna-t-il en faisant la moue, ce qui lui fit gagner une autre paire. « Je suis un homme. »

« Va. »

« Bien, bien, maman. »

Il la regarda descendre les marches qui restaient avant de se tourner et de remonter les marches alors qu’il faisait de son mieux pour ignorer la pâte visqueuse qui recouvrait son iPod chéri ;

« Hey, George ! George ! Qu’est ce qu’il s’est passé, hein ?! » cria une petite mais puissante voix alors que George passait devant l’une des portes de chambres ouvertes.

Il s’arrêta, se tourna, et vit une fille miniature, avec des grands yeux marrons et des cheveux bruns et bouclés qui avaient été tiré dans des couettes. Derrière elle se trouvait une autre fille qui était légèrement plus grande et un peu plus âgée, mais qui lui ressemblait.

« Donnie et Joe sont juste chiants, Annie. » informa George. « Comme d’habitude. »

« Oh mon dieu je sais ! Hier ils ont pris ma poupée et ont essayé de la noyer dans les toilettes ! »

« Et bien… Je suis content qu’ils n’aient pas essayé de faire la même chose avec mon iPod, sinon on aurait un très gros problème ici. » dit doucement George, alors qu’il pensait à comment il aurait dû cacher deux corps de jeunes garçons si un tel évènement s’était produit.

« Qu’est ce qu’ils ont fait avec ton iPod, Georgie ? » demanda Rita alors qu’elle poussait sa petite sœur en dehors de son chemin.

« Oh, rien. » dit George, se sentant un peu bête de comment il avait réagi plutôt. « Rien de très grave. Retourne dans ta chambre regarder la télé. Je dois finir mes cartons. »

« Des cartons pour quoi ? » demanda Annie alors qu’elle agrippait l’une des mains libres de George et le suivait jusqu’à sa chambre.

« Il va à la foc, Annie. » déclara Rita alors qu’elle trottinait pour les rejoindre.

« En réalité, c’est la fac, Ri » la corrigea George avec un sourire. « Et je vais aller dans une école pour les grands, tu te souviens Annie ? »

« Tu nous quittes. » dit Annie avec une moue tellement puissante qu’elle fit regretter son choix d’université pendant un moment.

« Pas définitivement, ma puce. » dit il, « tu ne te rendras même plus compte que je serais plus là après un jour ou deux, cette maison est tellement bruyante. »

« Si. » la petite fille continua de faire la moue.

« Ouais, je veux dire, qui va nous conduire pour aller chercher une glace, et tout ? »dit  James, le deuxième garçon le plus âgé, alors qu’il passait à côté, les yeux rivés sur son téléphone alors qu’il envoyait un message à la vitesse de l’éclair à quelqu’un.

« Je vais te manquer crétin. » dit George alors qu’il frottait la tête de son petit frère qui passait à côté, faisant grogner le jeune adolescent.

« Tu vas nous manquer comme la peste, Georgie. » dit Stella, la fille la plus âgée, de 16 ans, alors qu’elle sortait de sa chambre, habillée d’un short qui était trop court et d’un haut qui était trop moulant au goût de George.

« Et où est ce que tu vas habillée comme ça ? » s’exclama-t-il alors qu’il regardait le visage de sa sœur couvert de maquillage et ses ongles.

« Ca te concerne pas, crétin. » répondit-elle alors qu’elle claquait la langue, descendit le long du hall, et commença à envoyer un message sur son téléphone tout neuf.

Alors que Stella suivait James dans les escaliers, deux autres formes coururent derrière eux, gloussant comme des démons. Les deux  rentrèrent dans une chambre et fermèrent la porte derrière eux, riant à plein volume de derrire la porte.

« Louise ! Ricky ! » cria Charlotte alors qu’elle doublait ses autres frangins et commençait à frapper sur la porte fermée à clé. « Lequel de vous deux a mangé le dernier Popsicle à la banane ?! Je le gardais pour plus tard ! »

Secouant la tête faiblement, George sortit de l’emprise de sa sœur et disparut dans sa chambre, où les cris du couloir étaient légèrement atténues. Il s’écroula sur son lit, faisant tomber une pile de vêtements fraichement lavés et pliés au sol, et ferma les yeux.

Il allait bientôt partir pour l’université, une université qui se trouvait à l’autre bout du pays. Ca allait être la première fois qu’un Luz allait à l’université, et ça allait aussi être la première fois que George allait quitter sa famille pour plus que quelques nuits. Bien sûr que ces neufs , tarés, chiants, bruyants et doux frangins allaient lui manquer, mais alors que les cris ne faisaient que monter en gamme à l’extérieur de sa chambre, alors qu’ils étaient mixés aux bruits que faisait la télé toujours allumée trois étages en dessous, il avait l’impression que du changement allait lui faire du bien. Il était fatigué d’être juste un autre visage dans le clan géant qu’était la casa des Luz.

« Je veux pas un Popsicle à l’orange, maman ! » cria Charlotte depuis le couloir, alors qu’une voiture crachant à qui veut l’entendre du rap s’arrêtait sous sa fenêtre, probablement là pour Stella.

Il entendit des pots tombés en bas, et les pas frénétiques d’un enfant qui essayait désespérément de ne pas se faire attraper, pendant que quelqu’un, sûrement Jame, augmentait le son de la télé.

Ouais, George avait besoin de changements.

 

 

 

µ

 

 

Le dîner de famille à la maison des Leckie était, comme prévu, bruyant. Ce n’était pas comme s’ils étaient tous en train de crier et de se battre  et de se lancer des chaises ou quelque chose du genre mais quand quatorze personnes essayaient de toutes rentrer dans une seule pièce dans une maison, les choses étaient destinées à être bruyantes. Merde, Leckie pourrait sûrement apprécier ce genre de réunion si sa famille était comme l’une des familles que l’on voyait dans les téléréalités dont tout le monde était obsédés ; au moins ces familles rendaient les disputes amusantes. Non, quand la famille Leckie se disputait, c’était quelque chose qui ressemblait plus à débat présidentiel qu’à un épisode de Jerry Springer. Tout le monde laissait l’autre parler et personne n’essayait de parler plus fort, élevant seulement la voix pour se faire entendre quand les enfants de sa sœur se mettaient à pleurer. La famille Leckie était remplie de personnes qui faisaient attention à ne pas marcher sur les orteils de quelqu’un.

Et ça énervait Bob.

Tout le monde dans cette famille faisait tellement attention aux sentiments des autres, c’était comme s’il devait marcher sur des œufs à chaque fois que toute sa famille venait à la maison. Dès qu’il y avait une grande réunion de familles, comme quand Elizabeth a eu des enfants ou quand Sara s’est mariée ou quand Lucy a été diplômé de l’université, c’était toujours comme s’il y avait un éléphant dans la pièce.

Leckie, bien sûr, connaissait le nom de l’éléphant, comme tout le monde, mais il était le seul à mettre un nom dessus à haute voix. Dès qu’il essayait de prononcer ce nom qui criait dans les têtes de tout le monde, son père se fermait complètement et quittait la pièce, et sa mère essayait de son mieux pour ne pas pleurer, et ses frères et sœurs se mettaient à le bousculer avec des « comment oses-tu le mentionner » et « pourquoi a-t-il fallu que tu dises ça » et « qu’est ce que ça t’apporte, le ramener à un moment pareil ». Mais Leckie avait le sentiment que quelqu’un devait le faire. Le reste de sa famille était peut être d’accord pour essayer de l’oublier mais Bob ne l’était pas.

Putain, il avait besoin d’une clope.

S’excusant du trop formel et oppressant repas, Leckie trottina dans la pièce, atteignit l’arrière de son placard, en sorti un paquet de cigarettes, couru en bas et se précipita à l’extérieur. Il avait une cigarette entre ses lèvres avec un briquet à mi-chemin de sa bouche avant même que ses pieds n’aient atteint l’arrière du porche.

Une fois allumée, il rangea son paquet à moitié vidé et son briquet dans sa poche de jeans et se dirigea vers l’arrière de la propriété où il s’écroula derrière un érable géant qui le cachait facilement du reste de sa famille.

« Tu sais que tu pourrais être un peu moins ouvert sur à quel point tu hais ta propre famille, Bobby. » dit une voix juste derrière lui. Cela choqua Bob, le faisant s’étouffer avec sa dernière inhalation de tabac.

Il se tourna pour voir sa sœur aînée, Karen se tenir derrière lui. Elle n’avait pas l’air déçue ou ennuyée et ne faisait même pas la tête face à la cigarette qu’il était en train de fumer. Elle avait parlé comme s’ils étaient en train de parler du temps ; pour encore une fois ne pas avoir de disputes et éviter de lui marcher sur les orteils le plus possible.

« Est-ce que t’es une putain de ninja ou quoi ? Parce que tu te faufiles comme si t’en étais une. » déclara Leckie avant de prendre une autre taffe.

Karen sourit légèrement avant de s’asseoir à côté de lui. Aucun du frère et de la sœur ne dit rien avant un moment, avec Bob en train de fumer pendant que Karen avait l’air aussi calme et stoïque  que les autres membres de leurs familles. Finalement, Bob brisa ce silence.

« Je ne hais pas ma famille, Karen, vraiment pas.

« Eh bien alors qu’est ce que tu ressens ? » demanda-t-elle poliment. « Tu ne nous apprécie pas ? Ou c’est du mépris ? Quoi ? »

« Je… »

Qu’est ce que Leckie ressentait vraiment vis-à-vis de sa famille ? Il était sûr qu’il ne les détestait pas, c’était trop fort et trop cruel pour eux. Ne pas apprécier était aussi trop fort, mais que c’était alors ? Plus souvent qu’autre chose, il était juste exaspéré, si ce n’était frustré du manque de communication de sa famille et aussi du manque de lien émotionnel. Donc au lieu d’essayer de la convaincre directement qu’il ne détestait pas sa famille, il fuma sa cigarette en paix, heureux du fait que d’ici une semaine, il serait à l’autre bout du pays, loin d’eux.

« Oublie ça, Bob. » dit Karen avec un léger soupir alors qu’elle se levait et enlevait la terre qui était sur son jean. « Molly et Sara vont être là pour encore une heure et je voulais leur parler. Si tu penses pouvoir continuer cette conversation plus tard, je serais dans ma chambre.

Alors qu’il entendait la porte de derrière se fermer derrière sa grande sœur, Bob finit sa cigarette et au lieu de rentrer à l’intérieur, il resta à l’extérieur assis l’arbre alors qu’il regardait le soleil descendre à l’horizon, jusqu’à ce que sa mère l’appelle pour venir dire au revoir à ses frères et sœurs.

Bon dieu, il devait juste s’échapper.

 

 

µ

 

 

Carwood Lipton regard le soleil se lever alors qu’il s’appuyait contre la barrière du porche arrière de sa maison. Il avait toujours été un lève-tôt depuis qu’il avait commencé à prendre plus d’importance dans le rôle de prendre soin de la maison d’hôte de sa famille, il se levait juste à l’heure où les jeunes de son âge allaient se coucher. Il se levait même avant sa mère, qui gérait la maison d’hôte toute seule depuis plus de huit ans et ne s’était pas levé après le lever du soleil depuis des décennies.

Lipton inspira profondément et essaya d’ignorer le léger frissonnement qui lui venait dans les heures les plus matinales quand il n’était habillé que d’un t-shirt et d’un short. Il devait vraiment se mettre au travail. Il essayait d’effectuer le plus de choses avant que sa mère ne se lève, juste pour pouvoir lui rendre les choses plus faciles. Pas qu’il pensait qu’elle ne pouvait pas le faire ; il n’y avait que très peu de choses que Carwood pensait sa mère incapable de faire. Huit ans auparavant quand elle avait été mise dans un fauteuil roulant à cause d’un accident de voiture qui tua également le père de Lipton  elle avait prouvé tout ce qu’elle était capable de faire. Non, il voulait juste la soulager du plus de stress possible avant qu’il parte.

Carwood atteignit sa poche arrière de short de sport et en sortit une brochure froissée. Sur le dessus se trouvait une large photo d’un bâtiment de pierre avant en arrière plan l’océan. Les mots ‘Pacific Coast University ‘ étaient écris dessus en gros. Lipton caressa les mots des doigts avant de ranger le papier dans sa poche.

Dans moins d’une semaine il serait dans un avion en direction de l’université qui se trouvait à plusieurs milliers de kilomètre de chez lui en Virginie. Il n’avait jamais vraiment quitté la maison auparavant, personne dans sa famille ne l’avait fait. En fait, si ça n’avait tenu qu’à lui, il s’en serait tenu à son plan initial qui consistait à prendre des cours à la fac communautaire pendant qu’il continuait d’aider sa famille à la maison d’hôtes.

« Chérie, tu dois vivre la vraie expérience de l’université » lui avait dit sa mère à chaque qu’il avait mentionné la fac communautaire. « Tu as besoin d’une opportunité pour étirer tes ailes, quitter le nid et vivre tes propres aventures. Et tu ne vas trouver aucunes aventures si tu fais exactement la même chose que tu as faite depuis ces dix huit dernières années. »

Peu importe à quel point Carwood avait essayé de la convaincre que l’université n’était pas seulement très cher, mais qu’il ne ressentait pas le besoin d’aventures. Peu importe après des mois de prises de bec encore et encore, Carwood avait promis à sa mère que oui il n’irait pas seulement dans une vraie université, mais il irait à une qui ne se trouvait pas à cinq minutes en voiture de chez lui. Carwood avait décidé d’aller à l’Université Marshal, qui ne se trouvait pas aussi loin que Mme. Lipton aurait voulu , mais c’était toujours une fac communautaire. Jusqu’à ce que sa mère décidé de s’y impliquer elle-même. C’était à cause de la prise en charge de Mme. Lipton que Lipton avait réussi à être accepté dans cinq universités où il n’avait jamais postulé et encore moins entendue parler.

S’il y avait eu un temps où il avait été plus qu’exaspéré et énervé auprès de sa mère, Carwood ne s’en souvenait pas. Il avait crié auprès de sa mère pendant au moins une demie heure à propos du fait que c’était une intrusion de sa vie privée, et que c’était sûrement illégal de mentir aux universités où elle avait postulé en son nom. Mais Mme. Lipton n’avait pas été intimidé par son fils aîné et son caractère. A la place elle lui avait dit calmement et fermement qu’elle n’avait fait qu’utiliser des copies de ses formulaires d’inscription qu’il avait utilisé pour l’Université Marshal, et puisqu’il les avait laissé traîner sur la table, ce n’était pas une intrusion dans sa vie privé et encore moins une usurpation d’identité.

« Je veux juste que tu sortes de cette ville, de cet état » avait-elle dit après une heure de discussion « Etire tes ailes, chéri. Je ne veux pas que tu grandisses sans prendre les opportunités tant que tu le peux. » Lipton se souvenait comment elle avait agrippé ses mains et regarder dans ses yeux marrons inquiets. « Si jamais tu vas dans ce monde effrayant et que tu te rends compte que ça ne te plais pas  et que tu ne peux pas le gérer, je te promets que tu peux revenir à la maison. C’est bien de rester ici une fois que tu as grandi. Mais je ne veux pas que tu restes ici sans vraiment sortir et tester ce monde dehors. Juste essaye. Tu pourrais aimer ce que tu y trouves. »

Et se fut grâce aux mots de sa mère que Carwood se trouva en train d’accepter une place entre les murs de Pacific Coast University. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait choisi cette école en particulier, bien sûr la demie bourse l’avait aidé dans son choix, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt sur le pourquoi. Peut être que ca ressemblait à ça ce que Carwood s’imaginait comme aventures, quelque chose à voir avec l’océan avait l’air beaucoup plus aventurier qu’une université classique. Peu importante ce que c’était, sa mère avait été ravie qu’il se soit fait une raison et qu’il adhère à ses idées.

« Et ne t’inquiète pas pour moi, chéri, » avait dit sa mère encore et encore quand il avait commencé à s’inquiéter à propos d’elle et comment elle allait s’en sortir sans son aide. «  Maintenant on peut enfin pousser au travail ton frère et Emma n’est jamais contre l’idée d’aider. Tout se passera bien. On peut gérer les choses sans que notre petit homme soit à la maison. »

Si Lipton avait été complètement honnête avec lui-même, maintenant que la date de son départ était presque là, il commençait à être vraiment nerveux sur le fait de quitter sa famille et ses amis et la ville qu’il connaissait si bien. Mais peut être que sa mère avait raison que ce changement lui ferait du bien.

« Tu sais que tu si tu pensais un peu plus fort, la maison entière pourrait t’entendre. »

Carwood se tourna et observa sa mère s’approcher doucement de lui avec son fauteuil, déjà habillée et prête pour la longue journée qui les attendait. Il lui sourit et embrassa le haut de son crâne alors qu’elle s’arrêtait à côté de lui, comme il le faisait depuis désormais des années.

« C’est pas grave si tu es nerveux tu sais. » dit elle avec un sourire ; Carwood ne se laissa pas être surpris sur comment sa mère avait su ses pensées. Cette femme lisait ses pensées depuis qu’il était né, pas une fois il avait réussi à s’en sortir avec ses mensonges quand elle était aux alentours.

« Ca va aller. » se dit Lipton à lui-même en regardant le soleil se lever. « Je vais juste avoir besoin de temps pour m’adapter et être sûr que je vais bien.

« Bien. Je suis contente que tu te sois enfin mis à me croire. »dit-elle avec un sourire.

« Je devrais me mettre au travail pendant que la maison est encore silencieuse. » dit Lipton après une pause alors qu’il quittait le porche et se dirigeait vers la porte.

« Réveille Danny et force le à t’aider. » lui dit sa mère au loin alors qu’il disparaissait dans la maison. « Il va devoir commencer à se faire à l’idée de devoir te remplacer quand tu seras à la grande méchante université.

Lipton ne fit que sourire et secoua la tête. Peu importe ce qu’il allait se passer à l’université, il savait que ces matins avec sa mère et toutes ses tâches épuisantes qu’il effectuait dans cette maison silencieuse, allaient lui manquer.

 

 

µ

 

 

« Tu sais que tu n’avais pas à me suivre à travers le pays, Bill. »

Bill Guarnere se tourna pour regarder son meilleur ami, qui était assis avec ses jambes qui pendaient dans le vide, au dessus de la sortie de secours à côté de sa chambre alors qu’il regardait le sol en dessous.

« Je peux prendre soin de moi. » continua Edward ‘Babe’ Heffron avant de prendre une autre taffe de sa cigarette qu’il avait piqué à Bill plus tôt. « Contrairement à ce que les gens peuvent penser. Je suis un grand garçon. »

« C’est ce que tu penses. » dit Bill en roulant des yeux. « Mais je t’ai jamais vu tout seul avant, donc comment tu pourrais savoir si tu peux prendre soin de toi-même, hein ? »

« Peut être que si j’étais autorisé à être tout seul je saurais si je pouvais prendre soin de moi. » contra Babe alors qu’il passait ses doigts dans ses cheveux roux.

« Tu t’es brûlé en réchauffant un burger dans un micro onde. » lui rappela Bill alors qu’il piquait sa cigarette à son ami et tira une taffe. « Et tu t’es coupé avec une cuillère en plastique. »

« Ouais, mais c’était l’une de ces cuillères merdiques de la cantine qui sont hyper coupantes sur les bords. » se défendit Babe avec une moue enfantine. « Tu dois admettre que ces cuillères sont des fois plus coupantes que des couteaux. »

« T’es quand même un abruti qui serait déjà mort si des personnes n’avaient pas fait attention à ton cul d’Irlandais.» marmonna l’autre adolescent.

« Tu sais qu’un jour je n’aurais pas de ceinture de sécurité et que je vais devoir apprendre à prendre soin de moi, éventuellement. » s’exclama Babe, irrité du manque apparent de son manque d’instinct de survie.

« Qui a dit ça ? »demanda Bill. « Je vais pas laisser ton cul avant qu’on soit sur notre lit de mort, tu sais ça, hein ? Jusqu’à ce que la mort nous sépare. »

« Ok tu dis des trucs comme ça et après tu fais l’étonné quand les gens se demandent si on sort ensemble. » dit le roux avec exaspération.

« T’aimerais être assez chanceux pour pouvoir sortir avec moi. » dit le brun. « J’veux dire, si tu veux essayer tu vas devoir faire face à Frannie et te battre avec elle pour moi ; »

« J’ai peut être un avantage avec ma taille, mais j’ai comme l’impression qu’elle se battra pas loyalement. »

« Je lui appris tout ce que je savais. » dit il fièrement.

« Oh, et bien dit comme ça, peut être que je pourrais la battre. » blagua Babe, ce qui lui fit gagner une tape sur la tête.

Les deux adolescents se turent un instant alors qu’ils écoutaient les bruits qui venaient de la rue voisine et de la musique qui provenait de la radio de seconde main qui était sur le bureau de Babe de l’autre côté de la fenêtre ouverte.

« Mais sérieusement, Bill. » dit doucement Babe. « Tout ce que tu as toujours voulu, c’était de t’engager dans l'armée, et d’un coup tu changes complètement de bord juste pour t’engager dans du babysitting pour les quatre prochaines années de ta vie… t’avais pas à faire ça mec. »

« Hey, je vais pas le faire tout seul, tu te souviens ? Julian et Ralph seront là aussi, » répondit Bill.

John Julian et Ralph Spina étaient les deux autres meilleurs amis de Bill et Babe. Les quatre parcouraient les rues du de Philly depuis qu’ils étaient en couche.

« Et je vais être dans la réserve de l’armée et ma mère et Frannie voulaient que j’aille à la fac aussi tu vois, alors pourquoi pas ? » Bill prit la dernière taffe de la cigarette avant de l’écraser sur la rambarde de la sortie de secours. « Julian a pas arrêté de nous faire chier pour partir de Philly depuis le primaire. Et Spina n’allait quand même pas être laissé derrière. Son on avait pas fait ça Babe, on aurait laissé ton cul voler jusqu’à l’autre bout du pays. "

« Ouais, bah, j’aurais aimé que vous me laissiez le faire seul… »

« Pourquoi ? Babe, tous les gosses du pays se plaignent de partir pour l’université où ils sont tout seul. Et toi, un gamin qui n’a jamais quitté son quartier où tout le monde connait ta sale tronche, n’attends qu’une chose c’est d’aller à l’autre bout du pays pour voir s’il peut s’en sortir tout seul ? C’est quoi ça, putain ? »

« Nage ou coule, en quelque sorte. » dit Babe avec un léger sourire alors qu’il regardait la rue vie en dessous.

« Si tu me le demandais, je te dirais que ce serait une situation de merde où t’allais te fourrer. »

« Ouais, bah je te l’ai pas demandé. »

« T’es un petit merdeux roux, on te l’a jamais dit ça ? »

« Tu me l’as dit une fois par semaine depuis qu’on a huit ans, Bill. »

« Parce que c’est la putain de vérité. » dit Bill avant de se lever et passer sa jambe dans la chambre de Babe à travers sa fenêtre. « Maintenant, viens. J’ai la dalle, et tu payes parce que je t’ai prêté dix balles la semaine dernière et tu m’as toujours pas remboursé. »

« Mais ouais, c’est ça, Bill. » dit Babe alors qu’il suivait son ami à l’intérieur et dans les escaliers qui menaient à la rue.

Bien sûr que dès que Babe avait entendu que pas seulement Julian, mais aussi Bill, et même Ralph allaient le suivre à Pacific Coast University sur la côte ouest, il avait été un peu emmerdé. Surtout parce qu’il avait dû faire un grand discours à ses amis et à sa famille sur à quel point il voulait devenir plus indépendant et comment il n’aurait jamais ça, s’il restait à Philly pour le reste de sa vie où il avait sa famille et ses amis à chaque coin de rue. Mais en même temps, il était secrètement heureux que ses amis se soient tapés l’incruste parce que ouais, il avait un peu peur d’être complètement tout seul. Il pouvait toujours essayé et être plus indépendant avec quelques uns de ses bons potes derrière son dos, pour qu’il ne se plante pas royalement alors qu’il était loin de chez lui, nan ?

Mais ton plan… Se rappela Babe silencieusement. Tu voulais essayer et être un nouveau Babe.

Il avait eu une idée, qui n’avait jamais vraiment été un plan, mais il avait une chance d’aller à l’université, et peut être que là bas il aurait pu être quelqu’un de différent. Pas complètement différent de qui il était maintenant, mais quelque chose du style Babe 2.0. Peut importe, de toute façon depuis que Bill et Julian s’étaient incrustés, il avait abandonné cette idée.

Plus il y pensait, et plus il réalisait que c’était peut être une bonne idée s’il avait ses amis avec lui pour l’aider dans sa transition en Babe 2.0., ce serait plus simple à expliquer une fois rentré à la maison quand il devrait tous leur expliquer.

C’était le problème quand on cachait des choses aussi grandes à ses amis et à sa famille. Le plus longtemps tu le faisais, le plus dur c’était à expliquer. Mais encore une fois, ce n’était pas quelque chose que Babe se sentait de lâcher comme ça, même avec ses amis les plus proches. Non. Il avait encore besoin de temps pour se faire lui-même à l’idée.

En espérant que l’université l’aiderait avec ça.