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Le rugissement de satisfaction des spectateurs lorsque leurs corps se heurtent est presque aussi titanesque que l’impact lui-même, couvre l’espace d’une seconde le grondement de Hulk, la voix du commentateur, le battement du sang dans les tempes de Thor.

Ses avants-bras vibrent encore du coup encaissé que déjà le géant attaque de nouveau, sauvage, rageur. Thor évite le poing monstrueux qui fait voler le sable de l’arène, se glisse sous son bras, profite de l’ouverture pour asséner deux coups puissants au flanc, au défaut des côtes, sous l’armure ridicule. Thor a jadis stoppé net la charge d’un getark qu’un coup de poing, mais Hulk titube à peine, balaye l’air de sa main libre et cueille Thor au creux du ventre, l’envoie rouler quinze mètres plus loin, provoquant un nouveau mugissement de la foule et les insultes des parieurs ayant misé leur argent sur le prince Asgardien. Il les ignore et se redresse, un rire sauvage aux lèvres, essuie distraitement un filet de sang et se débarrasse du casque inutile, dont l’une des ailes est déjà tordue, abaisse son centre de gravité, affermit sa posture. Laisse son adversaire venir à lui.

 

Il n’a rien pu contre Hela ; il a échoué, tout simplement. Asgard est ravagée, le pouvoir de Mjolnir est brisé et il est seul au fin fond des Mondes, enchaîné et humilié sur une planète dont il ne connait même pas le nom, jeté dans l’arène d’un cirque, à la merci des manigances démentes et vengeresses de Loki…  et pourtant, pour la première fois il reprend courage.

Il n’a jamais été homme de stratégies subtiles, ou de doubles jeux retors, d’adversaires intangibles… manquements que son frère s’est toujours empressé de souligner. Mais il est Thor, fils du Père de toutes choses et Prince d’Asgard. Se battre est dans son sang. Pas toujours la seule ou la meilleure solution, il le sait désormais, leçon amère ; mais une discipline dans laquelle il n’a que peu d’égaux dans les Neuf Mondes.

Et il a beau pleurer son royaume en ruine, haïr sa situation en apparence inextricable, ce combat qu’on lui impose pour le plaisir des foules et la vengeance de Loki... à cet instant précis, tout cela importe peu. Dans l’arène tout est simple, les choix immédiats redeviennent évidents. Et à présent il n’est plus seul, il a à ses côtés un frère d’arme du calibre de Banner.

Bien-sûr le combat est inévitable : la rage de Hulk rend toute collaboration impossible pour l’instant. Mais ensuite, ensemble, il ne doute pas de leur capacité à émerger victorieux, quelles que soient les épreuves qui se dressent devant eux. Et en attendant il se sait de taille à tenir tête à son allié, même sans le pouvoir de Mjolnir armant son bras.

A tenir tête, certes, mais peut-être pas de triompher, car Banner est véritablement un adversaire hors du commun… Mais qu’importe ! Il est dans une arène, sans autre issue que cet affrontement inévitable, et si c’est du spectacle qu’ils veulent… Qu’il ne soit pas dit que Thor Odinson ait jamais reculé devant un combat d’égal à égal.

 

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L’affrontement est glorieux, de ceux qui font trembler le sol, de ceux dont on fait les épopées.

La perception de Thor s'étrécie au cercle de l’arène, se focalise sur les mouvements de son adversaire, la machinerie fabuleuse de son corps massif, la danse brutale de leur joute. Son propre corps n’est que muscles douloureux, attendris par les impacts répétés, mais il vibre aussi de la jubilation du combat, du plaisir de l’effort prolongé, de la brûlure incomparable de l’adrénaline en lui.

Si Hulk se bat à mains nues, les armes fournies par leurs geôliers depuis longtemps oubliées dans le sable et les pièces d’armure progressivement arrachées au fil du combat, Thor n’a pas de trop des masses d’arme pour amortir et parer, parfois distraire d’un jet bien placé. Il porte des coups pour ralentir, stopper et déséquilibrer, parfois mettre à terre. Il ne cherche pas à blesser sérieusement, encore moins à tuer, si tant-est que ce soit possible avec les armes communes dont il dispose ; mais il n’en a pas moins besoin de faire appel à toute sa considérable expérience de guerrier, de se battre avec tout ce qu’il a.

Se laisser saisir serait fatal, car si son adversaire frappe sans dessein autre que la violence elle-même plutôt que pour tuer, Banner dans cet état n’en a pas moins la capacité de lui rompre les os, de broyer son corps… Mais à cet instant précis ce ne sont que des considération vagues, lointaine. Il est dans le présent, dans la survie et le feu de l’explosion de violence cathartique.

 

L’affrontement est glorieux et difficile, mais Thor pourrait se battre durant des jours.

Il perd le fil du temps, encaisse et rend au centuple. Au bout de deux heures de combat intense et ininterrompu - ou peut-être trois ? C’est difficile à dire - la rage de Hulk retombe un peu et ils s’observent, se contournent et se jaugent. A plusieurs reprises le géant teste en vain le champ de force qui sépare l’arène des spectateurs et dans les gradins l’enthousiasme initial faiblit progressivement, quelques huées impatientes retentissent...

Et soudain des sondes électriques émergent des murs et relâchent des décharges qui font hurler Hulk de douleur et de colère, le son comme un tocsin monstrueux qui fait saigner les oreilles de Thor et le met momentanément à genoux. Heureusement la rage frénétique de son adversaire se tourne d’abord envers les sondes, qui avant d’avoir pu se rétracter complètement se voient saisies et arrachées sans ménagement de leurs supports muraux, réduites en charpie aux quatre coins de l’arène. Le temps que l’agression de Hulk se tourne une nouvelle fois vers lui, Thor est sur pied, encaisse l'assaut de justesse, esquive, bondit sur le dos du géant et le chevauche un instant, provoquant une nouvelle clameur.

 

Les heures s’écoulent, au rythme des attaques qui s'enchaînent et de leurs respirations lourdes qui se mêlent, au rythme de la géographie changeante de l’arène, labourée par les déplacements des combattants dans leur danse guerrière. La sueur et le sable collent à sa peau, marbrent de motifs abstraits celle de Hulk. Une partie des spectateurs ont quittés des gradins, malgré le combat qui se poursuit. Lors d’un instant de répit Thor peut apercevoir le Grand Maître dans sa loge, en train de s’adresser avec véhémence à Loki, qui contemple l’arène avec un rictus figé. L’affrontement est devenu plus sporadique, moins agressif. En temps normal Banner aurait repris le contrôle depuis longtemps, et si Thor avait un doute dès le début, celui-ci s’est depuis transformé en certitude, encore renforcée par le fait que Hulk soit quasiment non-verbal. Qui sait quelles drogues, ou quelle magie pernicieuse ils ont infligé à Banner pour forcer la transformation… Ce sont des manières de couards, indignes de guerriers...

Depuis une bonne heure déjà il parle à son compagnon, bouche desséchée et voix à présent rauque d’avoir trop crié, lui rappelant les combats auxquels ils ont participé ensemble, leur collaboration sur Midgard, son nom. Hulk va et vient le long des murs de l’arène, rugit de frustration et tente de s’approcher des portes, sitôt repoussé par de nouvelles décharges qui courent sur les vantaux.

En temps normal les gardiens de l’arène enverraient sans doute quelque laquais pour aiguillonner les combattants, mais Hulk est trop dangereux pour que quiconque s’y risque et ils ont déjà utilisé en vain leurs machines. Thor saisit volontier l’occasion de reprendre son souffle. Le combat est fantastique et enivrant, et jamais il n’avait affronté Hulk aussi longtemps, qui plus est sans le pouvoir de Mjolnir. Il n’a que très rarement besoin d’être si extraordinairement mobile en combat, de virevolter et esquiver, de feinter, bondir… Il n’a non plus guère l’habitude d’être le parti le plus faible d’un affrontement. Sa force brute est suffisante pour parvenir à tenir tête à Hulk mais non pour prendre le dessus, et il regrette de n’avoir point pris plus au sérieux les propositions d’entraînement de la Dame Natasha, dont les techniques de combat lui auraient été précieuses… Un manquement de sa part, auquel il remédiera dès son retour sur Midgard, décide-t-il fermement, sans s’autoriser à se tourmenter avec le quand ni le comment.

Quand Hulk se tourne de nouveau vers Thor, les assauts ne sont plus aussi rapides, plus aussi dangereux, prennent un tour presque joueur qui ressemble plus à la fin de certaines séances d'entraînement Midgardiennes… Que l’on ne s’y trompe pas, chaque coup qui porte fait vibrer tout ses os et lui coupe le souffle, le fait reculer au minimum de trois pas… mais la folie du combat disparaît progressivement des yeux bruns de son adversaire, ses mouvements se font moins impulsifs, il provoque et feinte, accueille une belle passe d’un rire rauque et haché auquel Thor répond de même.

“Hulk smash !

- Ami Hulk ! Tu parles de nouveau !

Hulk grogne et penche la tête.

- Hulk smash ?

- Pas smash, nous sommes compagnons, ne te souviens-tu pas ? Je suis Thor !”

Ce n’est clairement pas ce pour quoi l’audience a payé et des huées retentissent de nouveau. Thor pourrait pourtant parier son armure que nul autre que lui n’a survécu aussi longtemps face à l’Incroyable Hulk, ni ne leur a offert plus bel affrontement... mais ils s’attendaient certainement à un massacre rondement mené et sont incapables d’apprécier l'incroyable vaillance et le niveau hors du commun du duel auquel ils viennent d’assister.

Ce combat sans fin, entre deux adversaires tout aussi formidables l’un que l’autre et dont aucun des combattants ne veut ni ne peut réellement sortir vainqueur absolu n’est pas ce qu’ils voulaient.

 

Soudain, sur un signe du Grand Maître, des oiseaux mécaniques survolent l’arène et la voix du commentateur, à laquelle Thor avait cessé de prêter attention depuis longtemps, se fait pressante. Un mugissement frénétique enfle et grandit, la foule de nouveau galvanisée. Eux savent ce qui se passe, songe Thor à l’instant où la première fusée explose au dessus de lui et dégage un panache de gaz vert vif. Une seconde détonne et avant que Thor n’ait pu décider de la conduite à tenir Hulk a bondit, un saut de près de quinze mètres de haut. Il saisit au vol la troisième fusée, qui explose entre ses mains à l’instant où il la rompt en deux comme une brindille, absorbant de son corps massif le gros de l’explosion mais aussi du jaillissement de gaz vert, dont le nuage l’engloutit un instant avant qu’il n’en jaillisse avec un nouveau rugissement de détresse et de colère mêlées.

Thor a battu en retraite, le plus loin possible des effluves qui retombent vers le sol, et arraché un lambeau de sa tunique pour couvrir sa bouche. Vaine mesure sans doute, car l’arène est un espace fermé dans lequel l’air n’est que brassé et rien ne dit que les toxines ne pénètrent pas par la peau plutôt que par inhalation… Il doute qu’il s’agisse d’un quelconque narcotique : endormir les combattants pour pouvoir les sortir de l’arène n’est pas une chute appropriée au spectacle grandiose promi.

A une vingtaine de foulées de lui, Hulk s’est laissé tomber à quatre pattes et arpente le sable souillé de sueur et de de sang en grognant doucement dans le fond de sa gorge, un son insatisfait et anxieux. Sa peau frémit sur ses muscles puissants, comme celle d’un étalon de guerre qui chercherait à se débarrasser d’une mouche et Thor peut voir son souffle s'accélérer de nouveau, ample et profond comme le soufflet de la forge de Völund .

Il y a quelques heures, quand le combat était encore sans retenue, Thor a utilisé le harnais et la ceinture du pantalon dont leurs geôliers ont équipé Hulk comme prise pour détourner sa course et le projeter contre un mur tête la première. Même hors de lui, Hulk est une créature qui fait preuve d’une intelligence pratique, et si le harnais est mal placé et trop solide pour qu’il puisse s’en débarrasser facilement, il ne lui a pas fallu longtemps pour arracher l'inconvénient morceau de tissu. A présent il n’est plus vêtu que de la partie haute de son armure de cuir, dont seule la moitié droite est encore fixée au harnais, et tandis qu’il se meut au travers de la fumée verte en train de se dissiper, Thor peut voir son vit soudain engorgé se balancer entre ses cuisses massives au rythme de ses pas.

Presque simultanément il peut sentir la nature du feu changer en lui-même, glisser de l'excitation glorieuse du combat à une tension plus physique, bien que tout aussi familière.

“Bast de houliers sans honneur issus de puterelle borgnes !”

Il sait à présent ce qu’il y a dans le gaz, un autre moyen pour la meute de provoquer une violation et d’obtenir le divertissement qu’elle souhaite, et il y a sans doute là la marque mauvaise de Loki, avide d’infliger à Thor une défaite et une humiliation plus cruelles que celles que lui-même a subit sous les poings de Hulk.

Vouer aux gémonies la foule vorace ou le Grand Maître dans sa loge serait futil, et il ravale sa tirade courroucée. Il ne veut donner à Loki le plaisir de voir son indignation... De toute manière faire appel à son honneur de guerrier est peine perdue d’avance et insulter ses ancêtres n’aurait guère de sens.

Machinalement il passe sa main dans ses cheveux, surpris une nouvelle fois de les trouver taillés courts, et tressaille au frisson que le contact de sa propre peau lui arrache et qui descend le long de son dos. Non loin Hulk s’ébroue et frotte ses bras l’un contre l’autre avec un grondement sourd à la fois surpris et irrité, tourne sur lui même et encense nerveusement, renâcle et piétine. Il a pris le gaz de plein fouet et son membre saille agressivement, aussi épais que l’un des avant-bras de Thor et d’un vert plus sombre que le reste de sa peau, qui rappelle les feuilles des pommiers d’Idunn après la floraison, quand les arbres commencent à porter fruit. C’est véritablement une lance grandiose, digne du combattant qu’est Hulk.

Sous les écailles de cuir de sa tunique, Thor peut sentir son propre vit se dresser en écho, plus lentement mais tout aussi indéniable, et la pression en lui se fait plus urgente. Il se force à se planter jambes écartées, bras loins du corps et à respirer profondément, à réfléchir à une stratégie tout en gardant un oeil alerte sur son adversaire.

Se pourrait-il que Loki ait mal calculé sa fourberie ? La taille de l’arène leur laisse tout à fait la possibilité de rester séparés et pour l’instant Hulk semble plus enclin à se replier sur lui-même qu'à chercher l’affrontement, palpant sa propre peau avec des grognements tour à tour inquisiteurs et satisfaits, jusqu’à trouver sa hampe, qu’il frotte et manipule avec la plus grande expression de contentement surpris que Thor lui ait jamais vu.

Il semble avoir jusqu’à oublié sa présence… Mais soudain un éclair blanc explose non loin de lui avec une pétarade, puis un autre, et encore un autre, le faisant bondir, et tournoyer vainement, à la recherche d’un adversaire qui n’est pas là.

Au premier flash lumineux Thor s’est laissé glisser dans une posture de garde haute instinctive, a cherché la source avant de réaliser que les petites explosions sont plus fumée que feu, a priori guère plus dangereuses que les pétards qu’affectionnent les enfants Midgardiens, et ne le visent point. Elles éruptent autour de Hulk comme par magie, nouvel aiguillon destiné à exciter et tourmenter, et il n’a nul besoin de lever les yeux vers la loge pour en connaître l’origine. Un nouvel acte de couardise sans honneur ni respect, dans une liste qui ne fait que s’allonger. C’était trop espérer, que leurs geôliers laisseraient le duel suivre son cours et trouver un achèvement sans interférer… Ses poings serrés vibrent d’une indignation impuissante, qui ne fait qu’enflammer un peu plus son corps. Hulk adresse un rugissement de frustration aux gradins, manifestement conscient de l’origine générale de l’attaque, puis se tourne de nouveau vers lui, exutoire tout désigné à son irritation de nouveau attisée, charge et bondit.

 

Il percute Thor de plein fouet et ils roulent ensemble dans un tourbillon de poings et de genoux, jusqu’à ce que Thor parvienne à reprendre pied et à plonger hors de porté avant qu’une main géante ne l’immobilise.

“Hulk smash Thor !

Une nouvelle empoignade les porte de l’autre côté de l’arène et le sang de Thor chante dans ses veines à chaque contact, brutal ou non, toute retenue balayée. L’air est insuffisant dans ses poumons, tout son corps lui semble frémir de convoitise.

- Pas smash, amis !

Un coup de poing qu’il n’évite pas totalement l’accroche au flanc ; l’impact est à peu près aussi dense qu’une ruade de Sleipnir dans les côtes et il titube, met un genoux en terre. Mais il parvient malgré tout à bloquer le coup suivant, puis celui d’après, et une fois qu’il a suffisamment retrouvé son souffle il retente sa chance :

- Ami Thor ! Avengers, assemble !

- Assemble ! répète Hulk, l’air dubitatif, puis : Ami Thor ?”

A ce point ils sont engagés dans une prise de lutte fort peu formelle, muscles bandés contre muscles bandés, leurs jambes d’appuis se croisant, arc-boutés l’un contre l’autre. Les muscles de Thor tremblent, et il peut se sentir perdre des millimètres un à un. La cuisse de Hulk est bouillante contre la sienne à l’endroit où leurs peaux se touchent, et toujours les bras de Thor ploient sous la puissance énorme déployée, ses talons s’enfoncent dans le sable et dérapent...

Le visage de Hulk est à deux largeurs de main à peine au dessus du sien, ses traits épais et expressifs tendus dans une expression de concentration et de plaisir sauvage qui semble à Thor être l’écho de ce que lui-même ressent… Mais c'est insuffisant encore, même le point où leurs bras et avant-bras se touchent semblent irradier de chaleur… et soudain Hulk rompt la prise, le déséquilibre de la pression soudain relâchée fait basculer Thor en avant, contre lui.

 

Avant qu'il n’ait pu reprendre pied la main énorme se referme autour de son torse, pouce au niveau du plexus et couvrant presque entièrement son pectoral gauche, doigts écartés sur toute la largeur de son dos, le clouant où sa chute l’a laissé, plaqué à demi à cheval sur la cuisse noueuse, consumé d’une vague étourdissante de désir qui le traverse comme une décharge électrique, aussi glorieuse que le pouvoir de Mjolnir.

“Ami Thor, répète Hulk, ami ! Puis, avec reproche, presque plaintif : Hulk brûle…”

Thor cherche un instant à se dégager, en vain. La main qui l’enserre est bouillante, presse contre sa nuque. Sa respiration s'emballe quand il se rend compte que c’est impossible, qu’il est finalement immobilisé - vaincu - et il ne peut retenir le halètement rauque qui lui échappe.

Il est à la merci de Hulk, son frère d’arme, son égal sur le champs de bataille. Son vainqueur, à cet instant précis, au terme d’une lutte dont l’indignité leur a été imposée mais qui laisse leurs honneurs saufs. Le puissant Thor, subjugué.

Il se redresse du mieux qu’il peut, une main en appui au niveau de l’aine, presse contre le poids qui l’ancre, sans réel espoir de se dégager mais par instinct et pour le plaisir imprévu, enivrant de ses muscles qui jouent au maximum sans pouvoir outrepasser la résistance. Le mouvement presse son bassin contre le muscle offert et Thor appui son front contre le torse massif de Hulk, laisse échapper un râle de soulagement, enfin. C’est avec frénésie que sa main libre explore l’étendue verte de peau vallonné à portée, presse et malaxe, et il peut sentir contre lui le sursaut de surprise de Hulk au contact nouveau, la vibration du grognement qui lui échappe. Un spasme referme plus étroitement la poigne énorme autour de lui, à la limite de la douleur, qu’il accueille avec un nouveau grognement de plaisir.

“Laisse moi faire, ami”, ordonne-t-il et Hulk émet un son rocailleux mais relâche un peu sa prise, la transforme en une caresse sans finesse contre toute la longueur de son dos et la naissance de ses cuisses, qui meut irrésistiblement le corps entier de Thor contre lui dans une friction volcanique, mais lui permet aussi de se redresser un peu plus, d’ajuster ses appuis pour gagner accès au sexe énorme, aux bourses contractées de son compagnon.

L’accouplement avec un guerrier n’est guère dissemblable du feu de la bataille, le même plaisir sauvage, la même lutte des muscles l’un contre l’autre, mais aussi l’un avec l’autre, au fur et à mesure qu’ils trouvent un rythme, que leurs mouvements s’accordent.

Sous ses paumes la peau des bourses alourdies de désir est rugueuse et rapeuse de courts poils noirs et drus, pas tout à fait assez résistante à la pression pour qu’il se permette d’y appliquer toute sa poigne, mais en contraste la hampe est lisse et polie, soyeuse presque, et de forme suffisamment semblable à celle des Aesirs pour que Thor n’ait aucune hésitation sur la manière de la manier.

Les mains de Hulk sur son corps vont et viennent avec une rudesse sans calcul, parfois pressantes, parfois enveloppantes, et l’irrégularité ne fait d'attiser le plaisir de Thor, ballotté et arc-bouté, tout à son ouvrage, pressant son vit contre la chaleur et la friction fulgurante, à bout de souffle.

Leurs paroxysmes viennent presque simultanément, d'abord la semence de Hulk, qui se déverse en jets bouillonnants entre ses doigts et précipite son propre assouvissement.

C’est seulement dans le silence retombé entre eux, appuyé entre les cuisses énormes et éclatant d’un rire satisfait que Thor prend de nouveau conscience du bruit hors de l’arène, qui avait disparu sous la passion du combat puis celle de leur jointure, sous les rauquements graves de plaisir de Hulk vibrant contre lui.

Le commentateur s’est tu, et si la foule n’est pas silencieuse - les foules ne le sont jamais-, ce n’est que le brouhaha incertain de la masse indécise, qui ne sait point encore si elle doit louer ou huer. Il y a là une opportunité à saisir.

“Ami Hulk, je grimpe”, prévient Thor avant de joindre immédiatement le geste à la parole, prenant prise sur la cuisse puis sur l’épaule de son compagnon pour se hisser à toute vitesse. Hulk ne frémit pas d’un muscle sous le poids soudain et - plus important - ne semble point s’en offenser et ne tente pas de désarçonner Thor de son perchoir sur son épaule, appuyé contre les cordes de son cou, une main dans ses cheveux drus pour l’équilibre. A la place il laisse échapper un roulement de gorge interrogatif puis se remet lentement debout d’un mouvement chaloupé, se redresse de toute sa considérable hauteur, tourne lentement sur lui-même.

Thor lève un poing victorieux, et juste ainsi la foule bascule en leur faveur.

 

Il faut un moment pour qu’il puisse se faire entendre sous les hurlements des spectateurs en délire et les rugissements de Hulk en réponse. Il n’est guère difficile de leur rappeler la bravoure dont ils ont fait preuve, de les laisser se convaincre que c’est l’issue qu’ils attendaient au combat, plutôt qu’une lutte à mort ou presque, dont le vaincu aurait été laissé brisé sur le sable de l’arène comme c’est probablement arrivé aux pauvres diables qui ont dû affronter Hulk avant lui. Il ne peut se départir de sa colère face au manque d’honneur de leurs geôliers, qui les a poussé dans cette situation, mais également de la satisfaction presque suffisante d’avoir retourné leur nasse, trouvé une issue non-violente qu’ils n'envisagaient pas.

Loki a disparu avant l’achèvement et la loge ne contient plus que le Grand-Maître qui pressé par l'enthousiasme délirant des spectateurs n’a d’autre issue que de concéder la fin du duel, et dont un geste de la main provoque enfin l’ouverture des portes.

Les muscles de Thor tirent et protestent quand il saute à terre. Sa semence souille ses cuisses et commence à poisser, il soupçonne une ou deux côtes froissées, peut-être brisées... mais la satisfaction résiduelle du combat et de la jointure vibre encore trop fort en lui pour qu’il puisse s’en irriter plus que cela. Il adresse une tape virile à l’épaule - bon, ok, plutôt au bras - de son compagnon, qui la prend dans l’esprit avec lequel elle est été donnée et lui rend la pareille, avec un rauquement amusé quand le geste manque de mettre Thor à plat ventre dans le sable. Côte à côte, ils traversent l’étendue de l’arène, jusqu’à la porte béante par laquelle Hulk est entré il y a une éternité.