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In The Storm

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Le ciel de Londres était brumeux. Les nuages gris couvraient le ciel et l’air froid frappait contre ses joues rougies. L’hiver approchait à grand pas et Emmanuel n’était pas prêt à ce changement drastique de climat. Après tout, il venait à peine de quitter la chaleur de Floride, où il était allé en stage pour Gringotts.

Le temps londonien ne lui avait pas manqué.

Il marcha rapidement vers la cabine téléphonique rouge vide la plus proche. Il respira un bon coup, à la fois par le changement de température ainsi que pour se préparer mentalement.

Sa famille lui en avait découragé — rejoindre les Aurors était du suicide, selon eux. Mais il n’avait pas abandonné cette idée.

Il n’avait pas voulu rejoindre le ministère juste après Poudlard ; il avait préféré travailler pour Gringotts, où il a pu s'épanouir — tantôt dans des nouveaux horizons que dans la culture et le langage.

Mais le moment était venu de finalement rejoindre les Aurors.

Et il avait une interview avec le chef du bureau dans quelques minutes.

Il composa le code et ignora le frisson que la voix omniprésente de la femme lui provoquait.

« Votre motif de visite ? »

Emmanuel se sentit un peu débile de parler tout seul.

« Bureau des Aurors, » murmura-t-il.

Un badge marron tomba du vide. Il le prit du sol et le retourna — « Auror ». Il eut un petit sourire. Il allait être finalement un vrai Auror.

Sans s’attarder, la cabine téléphonique commença à descendre, le sol l’engloutissant. Ce n'était pas la première fois qu’il visitait le ministère — enfant, il était venu plusieurs fois avec ses parents. En tant que médicomages de prestige, ils venaient souvent ici pour régler quelques problèmes à St Mangouste, ou pour tout simplement parler avec d’autres personnes de haut niveau.

C'était d’ailleurs un peu décevant de voir que le ministère n’avait pas changé d’un poil. La statue trônait toujours au milieu de l’Atrium : le Gobelin, le Centaure et l’Elfe de maison regardant avec admiration les deux sorciers qui pointent leurs baguettes au ciel. Emmanuel avait cru qu’ils s'étaient débarrassés de la statue une fois Hollande élu Ministre de la Magie, mais ce n'était évidemment pas le cas.

Il prit quelques minutes pour faire identifier sa baguette et l’enregistrer. Emmanuel tapa impatiemment du pied en attendant. Le jeune homme en face de lui venait sûrement de quitter Poudlard, fraîchement sorti de la puberté et déjà au regard vide et fatigué.

Emmanuel se dit qu’il ne le verra sûrement plus jamais. Il n’a bien évidemment pas l’intention de passer cette même procédure chaque matin. Une fois que sa signature magique faisait partie du registre, il pourrait transplaner sans aucun problème.

Une fois que le jeune homme lui rendit sa baguette, Emmanuel se dirigea de suite vers l’ascenseur. Il sortit à l'étage deux « département de la justice magique », où se situait le bureau des Aurors.

Plus il s’approchait, plus son cœur battait la chamade.

S’il se souvenait bien, il devait aller voir le chef du bureau des Aurors, Manuel Valls, dans cinq minutes. Il a cinq minutes pour trouver le bureau du chef.

Il maudit son retard sur le jeune homme de l’accueil et se dépêcha.

Ce ne fut pas difficile de trouver la porte qui séparait le bureau des Aurors des autres — une magnifique plaque en or ornait les portes où était gravé en une jolie calligraphie « Bureau des Aurors ».

Emmanuel n'hésita pas — il ouvrit les portes en grand et rentra.

Il cligna des yeux.

C’était le chaos.

Des origamis en forme d’oiseaux de toutes les couleurs volaient au-dessus d’eux à une vitesse dangereuse. Des feuilles vierges flottaient çà et là, quelques dossiers sans importance traînaient sur le sol (Emmanuel faillit trébucher à cause d’un d’eux), et les Aurors marchaient ici et là, sans regarder où ils allaient dans leur empressement.

C'était le bordel absolu.

Et un brouhaha impossible.

Emmanuel s'inquiéta un moment sur ça : comment allait-il pouvoir se concentrer sur son travail avec tout ce bazar ?

Mais non, il n’avait pas le temps de penser à ça. Il devait se dépêcher.

Le bureau des Aurors étaient composés de plusieurs bureaux personnels, ainsi qu’un espace commun où figurait un tableau avec plusieurs photos et des notes post its.

Il se dirigea vers un des bureaux dans l’intention de demander les directions. Un homme de petite taille y travaillait, les cheveux ébouriffés et trois gobelets en papier de café.

« Excusez-moi, » interpella Emmanuel, quelque peu gêné d’interrompre l’homme visiblement occupé. « Pourriez-vous me dire où se situe le bureau du directeur Valls ? »

L’homme le dévisagea avec un regard embrouillé, comme s’il peinait à comprendre ce qu’Emmanuel venait de dire. Puis, avec une main tachée d’encre, il pointa vers une des portes au fond de l’immense pièce.

Il remercia l’homme sans quitter la porte des yeux, et s’y dirigea directement. Il était en retard de sept minutes.

Ce que le directeur lui fit savoir une fois qu’il a été autorisé à entrer. Emmanuel s'excusa de son retard et alla s’asseoir sur le fauteuil indiqué.

Manuel Valls tenait entre ses mains son dossier. Il le feuilletta lentement en silence, histoire de mettre un peu plus les nerfs d’Emmanuel à rude épreuve. Emmanuel s’efforça à ne pas ouvrir la bouche.

« Un Serpentard ? » s’étonna Valls, sans vraiment changer d’expression. Il semblait plus ennuyé qu’autre chose.

Emmanuel hocha la tête, regardant ses mains posées sur ses genoux.

Valls continua son inspection à son dossier.

Emmanuel savait pleinement bien que son dossier était parfait : que ce soit dans ses études à Poudlard (où il n’a eut que des O et des EE) ou dans son travail post-Poudlard.

« Dis-donc, il est bien rempli ton dossier. Élève exemplaire — tu ne voudrais pas être plutôt sous-secrétaire du Ministre ? »

Sous-secrétaire du Ministre, c’est-à-dire les lèches bottes qui ne font qu'être d’accord avec le Ministre et faire tout le sale boulot.

C'était une insulte implicite à sa personne.

« Non, je veux être Auror, » dit-il avec conviction, levant la tête pour croiser la première fois les yeux du directeur. Ils ressemblaient à un océan tourmenté par la tempête.

Valls leva un sourcil, jeta un dernier coup d’œil à son fichier avant de le refermer d’un bruit sec.

« Madame Taubira a lu ton dossier et t’a envoyé ici, c’est bien ça ?

— Oui, elle m’a accepté.

— Tu as travaillé pendant plusieurs années aux côtés des Gobelins, que ce soit ici ou à l’étranger… Quand as-tu eu le temps de passer tes trois années de formation pour devenir un Auror ? »

Emmanuel ne put s'empêcher de sourire — finalement un terrain familier. Il commença donc à expliquer son parcours ; de son éducation exemplaire à Poudlard, d’être accepté par la banque Gringotts juste après avoir fini ses études, d’avoir défié la tradition de sa famille de devenir des médicomages, d’avoir appris maintes et maintes choses pendant ses voyages (notamment des sorts de défense et d’attaque nullement utilisés en Angleterre), et ainsi de suite.

Une fois commencé, il ne put plus s’arrêter.

Jusqu’à ce que Valls lève une main pour l’interrompre.

Emmanuel cligna des yeux, prit au dépourvu par l’attitude désintéressé de son supérieur.

« Va droit au but, » ordonna-t-il simplement.

Le cadet sentit ses joues s’empourprer, remarquant la gaffe qu’il venait de faire. Avec tout ce qu’il venait de dire, il n'avait pas encore répondu à la question de Valls.

« Je faisais ma formation en même temps que je travaillais pour Gringotts. Je l’ai commencée ici, à Londres, et je l’ai continuée ensuite en Floride.

— Voilà, ce n'était pas très difficile, » commenta Valls avec un sourire en coin, se moquant librement d’Emmanuel.

Ce dernier se sentir tout petit devant cet homme. Malgré toutes ses compétences, il se sentait minuscule, incapable, et un imbécile de première.

Il n’aimait pas du tout ce sentiment.

Valls prit un autre dossier sur sa table. Contrairement au bordel qui régnait dans l’espace commun des Aurors, le bureau du directeur était impeccable. Tout était à sa place, tout était organisé, tout était propre. Il remarqua aussi la bibliothèque au coin de la pièce, et ne put s'empêcher de la regarder avec envie.

« Je vais t’attribuer un partenaire qui te guidera pendant tes premiers mois, voire années, en tant qu’Auror. »

Il prit sa baguette et tapa sur un papier — une phrase s'écrit toute seule et le papier se transforma en un oiseau origami. Il s'envola par en dessous la porte.

Après quelques secondes d’attentes (pendant lesquelles Emmanuel admira avec peu d'intérêt le bureau en bois ébène), quelqu’un toqua à la porte et rentra. Emmanuel ne la reconnaissait pas.

La jeune femme sembla surprise par la présence d’Emmanuel, mais comprit rapidement de quoi tout cela s’agissait. Sans un autre regard vers Emmanuel, elle rendit un parchemin rempli d’encre au directeur.

« C’est le compte rendu de Benoît. Il est parti avec Arnaud pour un problème avec des moldus. »

Valls hocha la tête. Il indiqua Emmanuel de la main.

« Voici ton nouveau partenaire, fraîchement sorti de sa formation et de la banque. Emmanuel Macron. » Il indiqua la jeune femme. « Auror Vallaud-Belkacem. Entendez-vous bien. »

Il fit un mouvement de la main, indiquant à tous les deux de sortir, et s'immergea dans le parchemin à l'écriture indéchiffrable.

Il suivit Vallaud-Belkacem dehors et regretta de suite le silence qui régnait dans le bureau de Valls. Vallaud-Belkacem remarqua sa grimace et sourit en coin.

« Ne t’inquietes pas trop. Soit tu t’habitues, soit t’apprends à maîtriser le sort silencio et toutes ses nuances. »

Emmanuel hocha la tête, bien qu’il doutait qu’il allait s’habituer à cette cacophonie.

Vallaud-Belkacem l’emmena à un des bureaux vides ; elle s’installa en silence devant le bureau voisin et commença directement à lire un parchemin.

Emmanuel regarda son bureau. Bien qu’il était vide de personne, la surface était déjà remplie de parchemins et feuilles volantes, ainsi qu’un livre sur les créatures magiques. Il remarqua même une tâche d’encre noire séchée au bord de la table.

Il se dit que c'était seulement le premier jour, et que les suivants allaient définitivement être meilleurs.


 Il avait tort.

Le jour suivant, quand il transplana dans l’Atrium, il fut directement accueilli par Hamon, le premier Auror à qui il avait dirigé la parole.

Après qu’il se soit assis à son bureau la veille, Hamon était apparu pour parler d’une affaire avec Vallaud-Belkacem. Cette dernière avait profité de sa présence pour présenter le nouveau Auror. Hamon l’avait d’abord regardé avec confusion avant de le saluer et de continuer son compte rendu à Vallaud-Belkacem.

Emmanuel ne savait pas si l’homme était tout simplement impoli, ou s’il avait la tête ailleurs avec tout le boulot et toute la caféine qui parcourait ses veines.

Dans tous les cas, il le rencontra le lendemain à l’Atrium. Hamon avait un paquet de parchemins en mains. Il n’avait pas vu Emmanuel, trop occupé à lire un des parchemins, et lui avait rentré dedans. Les feuilles qu’il tenait s’étaient toutes envolées, ainsi que le café qu’Emmanuel buvait.

Emmanuel réprima un juron, regardant d’un air agacé Hamon sortir sa baguette et rassembler ses parchemins. D’une main distraite, il appuya sur le numéro deux de l’ascenseur, et daigna finalement de lever la tête quand il remarqua le café étalé par terre.

« Oh ! Emmanuel ! » s’exclama-t-il avec surprise. « Toutes mes excuses, je ne t’avais pas vu.

— Ce n’est pas grave, » se força-t-il à répondre, nettoyant d’un coup de baguette le gâchis.

« Je te repayerai ça, » insista Hamon, « je sais ce que ça fait de commencer à travailler sans café le matin, surtout dans le bureau des Aurors.

— Merci. »

Il ne put dire autre chose – et de toute façon il n’avait rien d’autre à dire – puisque l’ascenseur s’arrêta à leur étage. Hamon sortit, tête à nouveau enfouie dans ses parchemins. Emmanuel le suivit, ne sachant toujours pas quoi penser de cet homme.

« Tu es juste venu à un mauvais moment, » l’informa Vallaud-Belkacem quand il lui fit part de ses remarques. « Tout le monde est sur les nerfs, ces derniers temps.

— Pourquoi ? »

Pour toute réponse, elle lui donna un parchemin de trente centimètres de long, gribouillé sur les marges à l’encre rouge. Elle hocha la tête, un sourire crispé au lèvres, l’invitant à lire.

Il ne perdit pas de temps : il s’immergea directement dans sa lecture. C’était un compte rendu d’un Auror dont il ne reconnaissait pas le nom qui décrivait un lieu de meurtre d’un sorcier. L’écriture était tremblotante, et la scène n’avait pas trop de détails. C’était pourtant facile à deviner de quoi il s’agissait – les yeux crevés, la langue coupée, et deux vagues gravées sur le torse de la victime.

Emmanuel posa le parchemin, se sentant soudainement faible face à ces nouvelles. Il se tourna vers sa partenaire.

« Les journaux avaient dit que le FN n’était plus un problème…

— Mensonges, » dit-elle avec dégoût, claquant la langue. « Ils ont juste dit ça pour apaiser la population. Ils ont profité que le FN s’était “calmé” pour sortir toutes ces âneries.

— Le FN s’était calmé ? »

Elle haussa les épaules avec nonchalance, mais Emmanuel pouvait voir à quel point elle était inconfortable avec le sujet.

« “Calmé” n’est pas le bon mot… Tu te rappelles quand il y avait un meurtre chaque semaine ? » Elle attendit son hochement de tête pour continuer. « Maintenant il y a un meurtre par mois. On essaie de découvrir pourquoi. » Elle pointa le bureau de Hamon, qui gribouillait quelque chose sur un parchemin.

« Il fait quoi exactement ? »

Emmanuel se sentait comme un enfant curieux. Il n’avait aucune idée de ce qu’il se passait – la formation pour devenir un Auror était, pour la plupart du temps, purement physique. Il n’avait aucune idée de ce qu’il devait faire au bureau.

Heureusement, Vallaud-Belkacem reste professionnelle, et même s’il reconnaît de l’agacement dans ses yeux, elle répond tout de même à ses questions.

« Il revoit les anciens meurtres.

— Et toi ?

— Voir ceux de maintenant. »

Il comprit que le questionnaire était terminé. Muet, il lui rend le parchemin. Techniquement, il le savait, il n’avait pas encore le droit de se mêler à cette affaire. Il devait s’occuper de petits cas, comme le vol, la fuite d’animaux magiques dans le monde moldu… C’était d’ailleurs ce qu’il faisait en ce moment même.

Même en n’étant pas allé sur les lieux, avec le peu de données qu’on lui avait transmis, il découvrait les créatures comme s’il s’agissait d’un jeu d’enfant. Le groupe qui se charge de cette affaire, qu’il avait rencontré la veille, l’avait rempli de compliments. Ils lui avaient proposé de se joindre à eux, mais Emmanuel avait poliment refusé. Il n’avait pas l’intention de stagner, son but était d’augmenter de rang jusqu’à ce qu’il puisse se rendre en terrain.

Quelques heures plus tard, il entendit une forte voix qui réussissait à se faire entendre par dessus tout le vacarme. Emmanuel leva la tête, interloqué, et remarque un homme grand aux cheveux bruns qui s’approchait de Vallaud-Belkacem. Hamon le suivait, ressemblant plus à un nain à côté d’un géant. Il fut tout de même surpris de voir les deux cernes entourant ses yeux clairs.

L’homme déposa un gros dossier sur la table de Vallaud-Belkacem, qui soupira, pensant sûrement à tout le boulot qu’elle avait.

« Y’a tout c’qu’on a trouvé. En résumé, rien ne sort de la normale. Il n’y a aucun indice qui montre les raisons du FN d’arrêter avec les meurtres à chaque semaine.

— Merci Arnaud, j’y jetterai un coup d’oeil ce soir.

— Oui. Bon, du coup, nous on a fini. Comment ça se passe ici ? »

Vallaud-Belkacem souffla à nouveau.

« Ç’aurait été plus simple avec un partenaire expérimenté. »

Emmanuel sentit ses joues s’empourprer. Il était compétent ! Il apprenait vite - il était sûr qu’il comprendrait ce qu’il se passe s’ils lui expliquaient et lui laissaient du temps. D’ailleurs, il était même sûr de découvrir ce qu’il se passe en quelques jours !

Le dénommé Arnaud leva un sourcil, jetant un rapide coup d’oeil sur Emmanuel, qui ne cachait plus le fait qu’il écoutait la conversation sans aucune gêne.

« Bah, pourquoi tu laisses pas le nouveau tenter sa chance ?

— C’est dans les règles que les nouvelles recrues ne se mêlent pas dans les grandes affaires.

— Pourtant j’ai entendu dire qu’il était un des meilleurs de sa formation, » indiqua Arnaud.

Emmanuel ne put retenir son petit sourire satisfait, qu’il cacha rapidement avec sa main. Il sentait la fierté l’envahir. C’était la vérité : il avait été le meilleur de sa formation, tout comme il a été le meilleur élève de sa classe.

« D’ailleurs, Manuel semble bien l’apprécier. Ce qui est très rare, » ajouta-t-il.

C’était nouveau ça. Valls ne semblait pas l’apprécier du tout hier. Et les Aurors appelaient leur chef par le prénom ? Ou était-ce parce qu’ils étaient proches ?

« Vraiment ? » demanda sa partenaire avec un regard dubitatif. « Écoute, je lui en parlerai. J’avoue qu’un coup de main ne me dérangerait pas… »

Arnaud lui sourit à toutes dents.

« Voilà ! Maintenant que ça c’est réglé, tu déjeunes avec nous ? Tu es aussi invité, » ajouta-t-il en se tournant vers Emmanuel.

Emmanuel accepta en souriant. Il se rendit compte qu’il ne s’était pas encore présenté, et remédia cela immédiatement. L’autre homme fit pareil, et Emmanuel apprit qu’il s’appelait Arnaud Montebourg.

« On a décidé d’aller manger à un restaurant moldu pas très loin, » annonça Hamon, parlant pour la première fois.

Emmanuel avait même oublié sa présence.

« La cafet’ du ministère n’est pas assez bonne pour toi ? » taquina Vallaud-Belkacem en rangeant ses affaires pour partir.

« C’est trop bondé. »


Il fut sortit de ses pensées par un bloc de feuille qu’on venait de déposer sur son bureau. Emmanuel leva la tête, surpris, et fit face à sa partenaire, qui avait un large sourire sur ses lèvres.

Emmanuel se dit qu’il n’avait pas bu assez de café pour ce qui était à venir.

« Manuel est d’accord pour que tu m’aides avec cette affaire ! » s'enthousiasma-t-elle. « Je te donne donc tous les fichiers à propos de l’affaire FN. Tu peux aussi consulter le tableau dans la partie commune — puisque notre affaire est la plus importante, nous nous avons approprié le tableau. » Elle tapa légèrement sur le tas de feuilles avant d’ajouter : « J’espère que tu n’es pas sensible au gore. »

Emmanuel ne répondit pas, fixant les feuilles avec appréhension. Certes, c’est exactement ce qu’il voulait, mais maintenant qu’il était face à l’affaire, il avait perdu toute conviction et motivation.

Il se lança tout de même dans l’affaire, commençant avec la première feuille dont le sujet était le premier meurtre du FN.

Celui-ci avait été le tout premier, et Emmanuel se rappelle parfaitement du jour où cela s’est passé. Il était encore à Poudlard, sa dernière année, pendant les ASPIC. Cela avait été le chaos — la victime avait été trouvée à Pré-au-lard, tout juste devant le portail de Poudlard.

Cela avait fait la une des journaux ; des Aurors avaient été de partout, questionnant les villageois et les élèves ; les parents avaient tous envoyés plusieurs lettres à leurs enfants, et l’on voyait un nuage noir de hiboux et de chouettes voler dans le ciel, mettant en danger le Code International du Secret Magique.

Cela avait été aussi la première fois qu’un sorcier avait été autant défiguré.

Emmanuel remarquait, grâce à la photo mouvante, qu’à l'époque le FN était beaucoup moins habile avec les gravures. Avec l’habitude, ils s'étaient améliorés — les deux vagues gravées sur le torse devenant plus nettes et soigneuses.

Le FN n’a jamais changé ses marques : toutes les victimes étaient dénudées, avaient les yeux crevés, la langue coupée et deux vagues gravées sur le torse. Quelques victimes étaient plus défigurées et sanglantes que les autres, montrant qu’elles s'étaient battues courageusement avant de succomber aux sorts du FN.

Il fut à nouveau sorti de ses pensées par un gobelet en papier de café posé sur son bureau. Cette fois-ci, il se trouva face-à-face avec Hamon.

« Le café que je te dois, » dit-il avec un sourire, regardant curieusement les feuilles qu’Emmanuel examine.

« Oh merci, ce n'était pas la peine. »

Il préféra garder pour lui la remarque que ça fait trois jours depuis que Hamon avait renversé son café. Il avait complètement oublié l’incident.

« Mais si, je te l’avais promis. Tu regardes l’affaire FN ? Manuel a donc approuvé ?

— C’est ce que l’Auror Vallaud-Belkacem a dit. »

Hamon regarda le bureau voisin vide.

« Elle doit être avec Arnaud, » dit-il distraitement en s'éloignant.

Emmanuel replongea dans ses recherches.


 Ce fut une semaine plus tard qu’il partît dans sa première mission. Cela allait faire deux semaines qu’il avait rejoint les Aurors.

Il était, comme à son habitude maintenant, plongé dans sa lecture des meurtres du FN. Les photos qui accompagnait chaque fichier ne lui tournaient plus le ventre avec dégoût tellement il s'était habitué.

Vallaud-Belkacem s'était approchée à pas vifs de son bureau, attirant l’attention d’Emmanuel. Elle semblait essoufflée et soucieuse — Emmanuel s’était levé, inquiet.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Que se passe-t-il ?

— Tu voulais aller en terrain, n’est-ce pas ? Voilà ta chance. On a retrouvé un cadavre au bord de la Forêt Interdite. Benoît et Arnaud nous attendent sur place. »

Emmanuel sentit son cœur s’arreter.

« Le FN a commis un nouveau meurtre ? »

Il se dépêcha en voyant l’impatience de sa partenaire. Il la suivit dans les couloirs du ministère et, une fois à l’Atrium, ils transplanèrent sur le lieu du crime.

Leurs pieds eurent à peine le temps de toucher le sol qu’ils furent de suite interpellés par Hamon.

Tout se passait tellement vite pour Emmanuel. La seule chose qu’il avait en tête était le fait que ceci n'était pas un entraînement.

« Il se peut que le FN soit encore sur le coin. Avec Arnaud, nous allons faire le tour de Pré-au-lard. Vous allez vérifier la forêt. Faites attention aux animaux et créatures qui rôdent — surtout les Centaures.

— Oui, oui. On y va, » dit-elle à Emmanuel en se tournant vers l'entrée de la forêt.

Emmanuel la suivit, les jambes flageolantes. Il agrippa sa baguette jusqu’à ce que ses doigts deviennent blancs. Il admira le courage que Vallaud-Belkacem avait en pénétrant dans la forêt obscure.

Il n'était pas prêt.

 

Cela faisait un bon moment qu’ils tournaient en rond dans la forêt. Ils avaient reçu, il y a quelques minutes, un patronus sans forme avec un message de Hamon, indiquant qu’ils n’avaient rien trouvé et qu’ils allaient, à leur tour, fouiller la forêt de leur côté.

Emmanuel commençait à se dire que le FN a largement eu le temps de transplaner, malgré le fait qu’Arnaud avait mis en place le sort d’anti-transplanage dès qu’il était arrivé sur place.

Vallaud-Belkacem s'arrêta soudainement  devant lui. Elle regarda à gauche, faisant signe à Emmanuel de se taire, bien que celui-ci n’avait pipé mot depuis qu’ils étaient entrés dans la forêt.

« T’as entendu ça ?

— Non, » répondit-il nerveusement. « Ça doit être Arnaud et Benoît.

— Non, ils sont à l’ouest. On ne va pas aller loin comme ça ; séparons-nous. Je vais à gauche et toi à droite. Si tu trouves quelque chose, envoie-moi un patronus… Tu sais faire un patronus, n’est-ce pas ?

— Bien sûr ! Certes, il n’a pas de forme mais… Eh, attends une seconde là ! On ne va pas se séparer, c’est la pire chose qu’on puisse faire !

— Nous n’avons pas d’autre choix, sinon nous passerons toute la soirée ici. »

Et sur ces mots, elle prit le chemin de gauche. Emmanuel resta un instant paralysé, ne sachant pas s’il devait suivre son ordre ou son propre instinct qui lui disait de la suivre. Il déglutit difficilement et prit le chemin de droite.

La lumière de son lumos était bien trop faible pour l'obscurité de la forêt. En plus de ça, le soleil se couchait et les nuages noirs couvraient le ciel. Bientôt, il se mettra à pleuvoir, et ils devront arrêter leurs recherches.

Il n’avait jamais mis les pieds dans cette partie de la Forêt Interdite auparavant. En tant qu’étudiant, il était bien évidemment allé contre le règlement et s'était aventuré dans la forêt, où il avait trouvé pleins d'ingrédients pour ses potions. Il n’avait pas été surpris par quiconque une seule fois.

Et alors qu’avant cette forêt lui servait comme lieu d’apprentissage et de refuge pendant la nuit, elle lui semblait terriblement menaçante maintenant. Emmanuel ne saurait dire si c'était par le peu de clarté de sa baguette, si c'était l’obscurité qui semblait l’engloutir, ou le fait qu’un ou plusieurs criminels rôdaient les lieux.

Il marchait seul depuis déjà une quinzaine de minutes, sans trouver quoique ce soit d’anormale, quand il l’entendit : un cri. Un cri faible, lointain, qu’il reconnut tout de suite comme celui de sa partenaire.

Le cœur lui sauta à la gorge.

Il fit demi tour et courut à toute allure vers le son de sa voix. Il manqua de s’écraser plusieurs fois par terre à cause des racines d’arbres et des buissons.

Il lui semblait mettre une éternité pour trouver Vallaud-Belkacem, alors qu’il savait que cela ne devait faire que quelques minutes.

Et il finit par la trouver.

Elle était allongée par terre, une ombre au-dessus d’elle pointant sa baguette au niveau de sa clavicule.

La scène lui glaça le sang — il agit par réflexe.

Il envoya un stupefix que la personne évita de justesse. Emmanuel continua à balancer sort après sort, s’avançant de plus en plus. Mais l’autre l'évitait avec une agilité surprenante, lançant à son tour des sorts impardonnables qu’Emmanuel dû éviter à son tour.

Il remarqua, trop tard, que l’autre n'était pas seul. Une autre ombre, couverte de la tête au pieds par une cape noire, désactivait le sort d’anti-transplanage qui entourait la forêt.

Avec un cri, il redoubla d’efforts pour les empêcher—

Mais ce ne fut pas suffisant. Le sort d’anti-transplanage s’effondra et, dans une tentative désespérée de les retenir, Emmanuel lança une rafale de vent qui découvrit les têtes de ses adversaires.

Ils transplanèrent.

Emmanuel était seul.

Il se retourna doucement, hésitant. Il appréhendait la scène.

Auror Najat Vallaud-Belkacem était étendue sur le sol, la chemise déchirée au niveau du col, laissant apercevoir les tâches de sang qui couvraient rapidement son torse. Il savait que, s’il s’approchait, il pourrait voir parfaitement les deux lignes formant deux vagues. Il savait aussi que, sous le sang recouvrant l'entièreté de son visage, il trouverait deux trous vides.

La nausée l'envahit et il se retourna, ne pouvant plus regarder le cadavre de sa partenaire .

Il vida son estomac, tombant à genoux sur le sol.

« Putain, Najat ! »

Emmanuel n’avait pas entendu les pas précipités d’Arnaud et de Benoît.

Il tourna légèrement la tête pour voir Arnaud aux côtés de Vallaud-Belkacem. Benoît s’approchait de lui.

« Emmanuel ? T’es blessé ? »

L’interpellé s’essuya la bouche et secoua la tête, ne faisant pas confiance à sa voix.

« Peux-tu nous dire ce qu’il s’est passé ? »

Emmanuel ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sorti. Il sentait ses yeux s’humidifier à la vue du corps de sa collègue. Il secoua de nouveau la tête, sentant la nausée lui remonter.

« Il est sous le choc, » informa Arnaud, dont la voix lui semblait de plus en plus loin.

Benoît l’attrapa par le bras, criant quelque chose à Arnaud, mais Emmanuel ne comprenait plus un mot de ce qu’il prononçait.

L'obscurité absolue envahie sa vision.