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Published:
2017-09-13 12:11:31 -0400
Original:
Five Things Naomi Novik Said
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Cinq Choses qu'un/une Bénévole de l'OTW A Dites

Une fois par mois environ, l'OTW (Organisation pour les Œuvres Transformatives) organise une session de questions/réponses avec l'un/l'une de ses bénévoles à propos de son expérience au sein de l'OTW. Ces billets expriment le point de vue personnel du/de la bénévole, et ne reflètent pas nécessairement les positions ni les politiques de l'OTW.

À l'occasion de notre 10e anniversaire, le billet Cinq Choses de ce mois-ci est un peu spécial : il nous ramène dans le passé. Aujourd'hui, nous vous présentons donc une interview de Naomi Novik, membre fondatrice de l'OTW ayant précédemment siégé au Conseil d'Administration (CA), et désormais membre du personnel du Comité Accessibilité, Design et Technologie. Vous trouverez ici la retranscription de cet entretien, révisée par souci de clarté et de concision.

Comment s'est passée la première année de l'OTW ? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué pendant cette période ?

Je ne me rappelle plus très bien des bons moments ; en fait, avec les années, je me souviens surtout des problèmes. Au début, nous avons dû beaucoup rassurer les gens sur ce que nous essayions de faire, par exemple en expliquant qu'ils/elles n'auraient pas d'ennuis [juridiques], et que des moyens seraient mis en place pour que les créateur-trice-s gardent le contrôle sur leurs œuvres. L'autre souci, pendant cette première année, était que certain-e-s s'attendaient à recevoir des résultats concrets cinq minutes après la formation de l'organisation ! Vous voyez le genre : "Elle est où, Archive of Our Own – AO3 (Notre Propre Archive) ?" Hélas, tout cela demande du temps, et l'OTW ressent encore aujourd'hui les conséquences des nombreuses difficultés de ses débuts, difficultés qui sont inévitables lorsqu'on lance un projet en partant de zéro. Mais ma philosophie est de profiter de l'énergie du moment pour accomplir des projets, et qu'il vaut mieux créer quelque chose d'imparfait plutôt que de ne rien faire du tout.

À plusieurs points de vue, être passionné-e ne suffit pas pour faire fonctionner une organisation de manière durable ; mais dans le même temps, cette passion doit nous permettre de rester motivé-e-s. Je crois que nous avons eu du mal à effectuer simultanément la création et l'expansion de l'organisation. J'ai oublié beaucoup de détails depuis. J'ai très mauvaise mémoire pour tout cela ; une fois que je ne suis plus responsable de quelque chose, je n'y pense plus, et je finis par l'oublier.

La création du Comité Communications et son développement [au sein de l'OTW et en tant que comité] sont un bon exemple de ce phénomène. [Les premier-ère-s bénévoles] utilisaient tous/toutes LiveJournal ; dans mon esprit, la communication allait se limiter à nos newsletters, et peut-être à des membres de l'OTW qui publieraient des billets sur leur blog et qui discuteraient avec d'autres fans de façon individuelle. Ce système n'a pas très bien fonctionné. Je n'étais pas personnellement impliquée, mais je me souviens de la frustration liée au fait que nous n'arrivions pas à accomplir nos projets aussi bien que nous l'avions espéré.

J'étais plus présente au niveau technique, sur lequel nous avons aussi eu beaucoup de désaccords. Voilà la question qui se posait : est-ce qu'on réfléchit d'abord à la structure, pour que tout corresponde exactement à nos attentes, avant de commencer à la construire... ou est-ce qu'on se lance directement dans la construction ? Et je suis très fermement convaincue qu'en fin de compte, nous avons pris la bonne décision. Nous nous sommes simplement jeté-e-s à l'eau et nous avons commencé le processus de création. De manière générale, je suis plutôt satisfaite du succès de cette stratégie, même si en fin de compte nous savons que le résultat n'est pas parfait et que certaines choses manquent, et donc que malheureusement, nous n'avons pas répondu aux exigences de chacun et chacune comme nous aurions pu le faire. C'est le prix que nous avons payé pour la création effective de notre archive.

Cependant, je reste convaincue que c'était la bonne décision, et nous sommes loin d'être la première organisation à avoir dû faire ce choix. Il existe de nombreuses réponses possible à ce dilemme, et nous aurions peut-être pu en trouver une meilleure. Maintenant, nous devons payer le prix de cette stratégie sur le long terme. Mais ce qui m'importe le plus, personnellement, est que nous ayons accompli quelque chose. Et nous travaillons sans relâche pour faire en sorte que cet accomplissement devienne durable. À nos débuts, c'est une sorte de motivation très dynamique qui nous a guidé-e-s pour construire cette machine et la mettre en marche.

Quels ont été selon vous les moments déterminants de l'OTW durant ces dix premières années ?

Nous sommes parti-e-s avec un énorme avantage : au départ, nous étions juste un petit groupe de personnes qui se connaissaient toutes plus ou moins. Rebecca Tushnet [aujourd'hui membre du personnel du Comité Juridique de l'OTW], Francesca Coppa [aujourd'hui membre du personnel de Transformative Works & Culture – TWC (Œuvres et Cultures Transformatives)] et moi nous connaissions déjà, et les autres membres du tout premier Conseil d'Administration vivaient relativement près les uns/unes des autres, ce qui fait que nous pouvions nous réunir en personne pour échanger des idées. Cela a beaucoup facilité les choses. Mais ce groupe initial rassemblait aussi une base d'expertise considérable : nous avions des expert-e-s judiciaires, académiques, rédactionnel-le-s et techniques. Les membres du premier CA étaient les piliers de leurs comités respectifs. Nous avions donc un petit groupe, capable de travailler en harmonie, et où chacun/chacune pouvait rapidement mener à bien sa part de travail.

Pendant un moment, au milieu de la croissance de l'OTW, nous avons perdu cette impulsion. Siéger au CA n'est pas une mince affaire, et cela demande énormément de temps pour que le travail soit fait correctement. Ce travail, je l'ai bien fait, mais je l'ai aussi moins bien fait. Cela dépend en grande partie, mais pas entièrement, du temps que l'on peut y consacrer et des personnes avec qui l'on travaille, de la facilité qu'on a à communiquer avec elles, et de la confiance qui existe au sein du groupe.

De mon point de vue, nous sommes passé-e-s par une très mauvaise période. Il s'agit de la "deuxième vague". Des recherches ont été faites sur ce phénomène parmi les organisations à but non lucratif qui montrent que l'OTW a en fait subi une tendance assez courante : un/une fondateur-trice visionnaire (ou plusieurs) se lance dans un projet trop ambitieux, ce qui crée une multitude d'imperfections et de détails non résolus. Les personnes recrutées par la suite, attirées par la vision des fondateur-trice-s, constatent ces imperfections (passées ou présentes), mais se sentent frustré-e-s parce qu'ils/elles ne sont pas nécessairement en contact avec les fondateur-trice-s ou n'ont pas les moyens de résoudre ces problèmes. C'est alors que les relations deviennent hostiles, au niveau personnel ou organisationnel. À ce moment-là, beaucoup de candidat-e-s se sont présenté-e-s aux élections du CA, et ce dans un esprit d'opposition par rapport au fonctionnement du CA actuel.

Mais même si l'organisation ne fonctionne pas bien et le CA non plus, les membres du CA connaissent parfaitement la situation au sein de l'OTW, parce qu'ils/elles ont déjà eu des discussions et des désaccords sur ces mêmes sujets ; ils/elles sont déjà passé-e-s par là, et ils/elles savent pourquoi les choses se font d'une certaine manière. Mais la confiance a disparu, et le CA devient inefficace. Et et effet, nous avons eu plusieurs CA inefficaces à la tête de l'OTW.

Puis arrive la troisième vague, qui se satisfait de son travail dans l'OTW et ne désire pas forcément siéger au CA. Mais ces nouveaux-elles arrivant-e-s ont aussi constaté les problèmes qui existent, ont progressé au sein de l'organisation, et savent ce qui se passe en haut de l'échelle. Et même si ces bénévoles préféreraient se cantonner à leur part de travail habituelle, ils/elles se sentent obligé-e-s de prendre les rênes et de réparer cette situation dans laquelle nous nous sommes retrouvé-e-s. C'est ce genre de CA que nous avons aujourd'hui, et c'est une bonne chose. L'OTW a réussi à surmonter ces difficultés initiales, ce qui est remarquable, car beaucoup d'organisations ne se remettent jamais de ces périodes de transition.

Au tout début, nous avions aussi beaucoup de désaccords ; mais par contraste, tout le monde se connaissait et respectait déjà les compétences des autres avant de se retrouver au CA. C'est une bonne chose sous certains aspects, mais cela crée aussi un isolement. Ces premières années étaient très spontanées : si vous vouliez essayer quelque chose de nouveau, vous pouviez simplement vous lancer. Il n'y avait personne pour vous arrêter. Rien n'existait encore, alors on ne pouvait que créer.

Donc au départ, personne n'avait encore établi une façon standard de faire les choses, qui aurait ensuite dû être changée — on ne peut pas faire ça aux gens, changer leurs habitudes de travail et renverser leurs processus de cette manière-là. Notamment pour le codage, où le début d'un projet est une période extrêmement créative où l'on peut tout simplement construire des choses. Et en général, dans le domaine de la technologie, la plupart des gens préfèrent construire de nouvelles choses plutôt que d'entretenir des structures anciennes. Donc au début, tout est plus facile. Nous avons tous et toutes mis les mains dans le cambouis. Aucun-e d'entre nous n'avait jamais travaillé sur un projet de l'ampleur actuelle de l'OTW, et nous avons appris sur le tas. Pour certaines personnes, le plus stressant est de devoir lancer un projet ; mais pour d'autres, son maintien et son développement le sont tout autant.

Dans tout le temps que vous avez passé au sein de l'OTW, quelle est la réussite personnelle dont vous êtes la plus fière ?

AO3 est là, tout simplement, elle existe. D'un point de vue méta, au moment où j'ai écrit ce premier billet sur la création d'une archive, je n'envisageais pas de concrétiser ce projet moi-même. J'ai même dit que c'était quelque chose dont nous avions besoin, et que si quelqu'un s'attelait à la tâche, je lui apporterais mon aide. Mais ensuite, j'ai vu que personne ne se portait volontaire, et c'est là que j'ai réalisé. Je me rappelle de ce moment, de la certitude que la mise en marche de ce projet me demanderait énormément de temps et d'investissement émotionnel, et que cela me coûterait des opportunités dans ma vie future. Mais je l'ai fait quand même.

Cette discussion initiale avait provoqué bon nombre de réactions, et il fallait que l'on s'en serve comme tremplin immédiatement. Il y a parfois un moment-clé où on a la possibilité de propager une idée, et si on manque ce moment, le projet tombe à l'eau et il ne pourra plus jamais se réaliser. Au moment où j'ai rédigé ce billet, je l'ai fait parce que j'étais très en colère et parce que j'y croyais ; j'étais persuadée que nous devions faire quelque chose. Comme le dit ce vieux cliché, "Sois le changement que tu veux voir dans le monde". Donc je suis allée voir Rebecca et Francesca et je leur ai dit "on va le faire, mais je ne peux pas le faire sans vous." Et elle m'ont répondu "d'accord, on est avec toi." Nous avions déjà discuté des problèmes que nous voulions aborder grâce à l'OTW, et le moment était venu de faire quelque chose.

Quel est selon vous le rôle de l'OTW aujourd'hui, et pensez-vous qu'il a changé depuis sa création ? Comment pourrait-il évoluer dans les dix prochaines années ?

Pour moi, le rôle principal que l'OTW n'avait pas à ses débuts est celui de la maintenance, comme par exemple s'assurer qu'AO3 fonctionne correctement. C'est le cas pour AO3 et aussi pour Fanlore, mais Fanlore demande beaucoup moins de travail. Ce n'est pas facile de le développer, mais le simple fait de le garder fonctionnel n'est pas très exigeant. Même AO3 va devenir difficile à développer dans les dix prochaines années, car nous devrons nous assurer qu'elle reste à jour des exigences techniques modernes. Il devrait y avoir des discussions, et je présume qu'il y en a déjà, à propos de la version 2.0 d'AO3. Mais AO3 a beaucoup de progrès à faire d'ici dix ans, et nous devons commencer à réfléchir à notre plan [pour atteindre cet objectif] aussitôt que possible.

Nous avons décidé d'endosser une responsabilité, et j'ai toujours su (même durant les pires périodes du CA, pendant lesquelles je croyais réellement que tous/toutes les membres du personnel technique allaient partir et qu'il ne resterait plus personne pour faire fonctionner AO3) que ce qui empêchait les bénévoles de quitter l'organisation malgré l'absence de toute amélioration, c'était un désir passif de ne pas baisser les bras. Il peut arriver un moment où la charge personnelle pour faire avancer nos projets est trop lourde ; mais si un projet exige que je continue [personnellement] à travailler de cette manière, alors de toute manière, il ne pourra pas survivre. À cette étape de ma vie, je ne pouvais pas continuer à assurer la responsabilité d'entretenir et de développer ce que nous avions créé. J'avais un enfant en bas âge, ma vie était en plein changement. Et j'avais véritablement essayé de discuter avec le CA (ce qui n'était pas facile) et de leur faire comprendre que si l'on ne fait pas confiance aux membres du personnel pour savoir ce qu'ils/elles ont à faire, si on ne leur laisse pas assez de liberté pour faire leur travail, alors le projet ne survivra pas. Il ne repose que sur une poignée de personnes, et c'est toujours le cas aujourd'hui ; mais maintenant, nous faisons appel à des contractuel-le-s qui nous aident à aller de l'avant, et nous avons aussi une méthode standardisée qui rend AO3 plus facile à gérer.

Il faut que nous agissions avec grâce, que nous soyons en situation d'accord ou en situation d'échec. Peut-être bien qu'un jour, l'organisation ne fonctionnera plus. Peut-être qu'un jour, nous ne pourrons plus nous permettre de la garder l'archive en état de marche, mais nous laisserons son contenu disponibles en téléchargement et nous partagerons les données que nous avons afin que quelqu'un d'autre reprenne le flambeau. C'est cela même qu'Open Doors (Portes Ouvertes) essaye de combattre : les sites qui ferment leurs portent sans prévenir, "merci, au revoir, toutes vos œuvres ont disparu". [Le site web] iMeem a fait subir ça aux [fans qui créaient des] fanvidéos. Comme ça, un beau jour, "oh nous n'allons plus héberger de vidéos". J'ai pour conviction ultime que nous avons la responsabilité de ne pas faire ce genre de choses ; voilà notre devoir, voilà la mission la plus importante de l'OTW. Et j'ai l'impression que c'est ce qui se produit [que nous assurons le bon fonctionnement du projet], et j'en suis heureuse.

Il me semble également que la situation s'est améliorée d'un point de vue légal, ce qui est formidable ; je suis très fière de tout ce que l'équipe du Soutien Juridique a accompli. C'est formidable de voir tous les combats qu'elle gagne. J'ai l'impression que l'OTW a été efficace dans sa démarche de préservation à travers Open Doors, et c'est une chose que j'aimerais voir devenir plus centrale, ce travail de préservation. Mais la chose la plus importante sur laquelle nous devons travailler est la prochaine génération. Le fandom est aujourd'hui bien plus large qu'auparavant, donc nous n'avons pas besoin d'attirer tout le monde, de toucher absolument tous/toutes les fans. Mais il faut tout de même suivre les tendances de la jeunesse ; par exemple, nous ne sommes pas assez attentif-ive-s à Wattpad. Et donc je pense que certaines personnes arrivent sur AO3 avec des notions préconçues et des attentes spécifiques, puis en repartent sans vraiment comprendre ce que le l'Archive est censée être.

Il y a une chose que je veux éviter : c'est que l'OTW essaye d'être une organisation branchée et à la mode, et qu'elle décide soudain de se réinventer dans ce but. Nous devons plutôt viser à incarner la bibliothèque, l'endroit rasant mais que tout le monde connaît, et qui est là pour vous aider si vous en avez besoin.

Quel a été l'aspect le plus amusant de votre bénévolat auprès de l'OTW ?

La construction d'AO3. J'adore le codage ; je trouve que c'est extrêmement amusant, de tout simplement créer et coder quelque chose. J'adore ça, c'est ce que je préfère.


Maintenant qu'une de nos membres fondatrices a partagé cinq choses sur son activité, c'est à vous d'ajouter une sixième chose ! Depuis combien de temps connaissez-vous l'OTW ? Est-ce que vous utilisez ses différents projets ? Depuis combien de temps faites-vous partie du fandom ?

Vous pouvez également consulter les précédents billets "Cinq Choses" qui mettent en vedette plusieurs de nos bénévoles.

Ce billet d'actualités a été traduit par les traducteur-trice-s bénévoles de l'OTW. Pour en savoir plus sur notre travail, merci de consulter la page du Comité Traduction sur transformativeworks.org.